TOAST DK M. LÉON SAY
Je vous remercie des termes élevés dans lesquels vous avez apprécié la présence à Cherbourg des présidents des deux Chambres aux côtés de M. le président de la République.
Vous avez raison. Nous sommes venus ici pour achever l'œuvre du 14 juillet.
Nous, qui confondons dans un même sentiment l'armée de terre et l'armée de mer, nous sommes venus saluer à Cherbourg, le pavillon de la marine, comme nous avions salaé^ à Paris, les drapeaux de l'armée.
î'> AOCT
J'ai Iq taiitiH sur rnkçmplua •fin ée* 3iniiiimi»ai> ce Tolre Tîlie q»-? Xapc^<?iaQ arût r^r-» i^ nAihs^ t Ous^tirx le* merreill^ de IX^rpt?.
Noos, noa5 n'aToos ri»*fi r€T.é Jksoîfn iûmsmeiti» . siiiisr n*aToos pas ciienrh'^ de i»>iè{e 'ifta» TioCjaieEi^^n» noii5 aTocis ra réaJuer l^ onerr-HiliK -ie^ La Fnfu»
Os menreill^s Tirante?^ p^rôeot ^itfo. jiiis h iti^ si que les ni^rT>^illes mortes^ d'-me EzTpcs jm^içâLi elles sont le ?a2«- de TaT^nur. cHBii«PK''»ii*!9 •fn. «me rite. .'^ppIrntiicwMcaÊi. Voc» ROCfStQLûez lias rx»nMr.*twr^ t m dépaHemeQt maritiflie qui iMtti •*-<£ 3er. T^nb? His. Imi^ sieor le mairp. k la t^te d'hall» 9«Miaà^'iuii bmi: je ^esr jac à ronisMo du naître.
Ces! m»» |M>palitî»j« qai aixBiï la Framx. ^ BesMOâiioie et la mer : la Fraar>», qvi te éomua ;e ^outt a itffiaiiiifnii*^ qui loi donna ta tibertê : ei ^ okt. -çiu iil flwnanr. .' >«pare, «ollkôte son çénie iTeocnorT.ite •» m pnmpc p« richesses da monde.
Les paroles de M. Léoa ^xw «nie îté^ -smwivrv» c «aoiaodtssemeots entliossiastes. et La p^rmoiii» iii ^rfÂuar m S^at a été l'objet d'a.-v^ aLia:f«?ï!ta£uo ^is*» «î£3âiicark7'>.
T»>Jt*T »'?: M- vunsm
Monsieur le maire, je <7oè» «fFie. « ^ iL>3f!:ifU.iiH que ma prudence, jlmit^^rûf fElatfr»^ ai?aitéaiii!aea doni le silence e>l dereiia IrâniiEr^^ et ^çit^* -^«mitt Conrart, j<^ me tairais.
Jo n'ai rien à ajooler anx r^nfeerrîemtM^ >tniu^ dn citoyen le plu< stnlorlié qv: ait îiMifir^ <îi^ «i ^r»sence cette réunion et cette nCe: ok» jÉ^nu^n*»»' moi d:* TOUS dire, avec VasX k»- r^-»ftwt ^fn**^ ^t^ t»^w aux pouvoirs publics, quli n^ s-^nit Oi» ^nafr.nii» à la correction démotralîqiie et ccfl(:«tît«uJ'.a!i«ti> ti*^ mettre les trois préndents §st le mh»^ ^«.^iL.
Je crois bien conoaitre la Coa^itatit'jXL. La C'.Or' stilulion fut saze et bien ôkspîrée lrjn*fii'eu«e ait 4^isa Chambres auprès do povrotr eiécvtif fr>9r
72 CHKRBf»URG.
et le pondérer. Elle aurait été mal inspirée en plaçant dans des sphères inaccessibles et inviolables lo cbof suprême de TÉtat.
J'accepte vos applaudissements; mais cette parité do réception qui tend à réunir dans une même ovation le président de laRépubliqueet les présidents des deux Chambres ne saurait aller plus loin sans fausser Topinion et sans méconnaître les devoirs de tous. Je bois à la ville de Cherbourg dont vous êtes l'expression la plus autorisée, je bois à vos collaborateurs qui vous ont donné la preuve hier et les jours précédents de ce que peuvent, dans une société démocratique, le zèle, le goût ctrintelligence pour transformer, comme avec une baguette magique, des rues, des places et des monuments en une féerie inoubliable.
Je bois à cette population que vous servez et qui est bien digne de posséder à sa tête une administration éclairée et sympathique à laquelle elle doit de ne jamais donner l'exemple que du respect de l'autorité. Je la connais depuis de longues années, cette population, dans laquelle je salue l'alliance de l'esprit, de l'ordre et de la liberté, car il nV a eu au milieu de l'expansion des joies publiques ni un cri, ni un désordre, ni une exagération individuelle. Je bois à l'avenir de cette ville, à son développement, î\ son progrès, tant au point de vue militaire, qui est le premier, (ju'au point de vue économique.
Enfin, Messieurs, pour finir, je bois à ceux qui sont accourus dans cette ville attirés par cette fête qui, née de la spontanéité de tous, a revêtu un caractère général, ce qui prouve que, quand une idée s'empare de tous, malgré les dHisions , l'hostilité et les malentendus, il en résulte une idée supérieure, suprême, une idée qui plane au-dessus de tout : l'idée de la patrie sous le drapeau de la République. {Applaudissemenfs répétés . )
M-ri^ d'iijcd^zzl^ Ô-6HI.1 iiifiï'' iTin» -symt •«>
prriToqiire ea c# \^J^^ mxx nue» ô» <««rt«?fidr» t c i^subt* derniers, à f ««**»:«! ôk i£iur^^ c"'ItTeiiL L* aipr-ssr;** « étr iMHiT^aa duE^ xkicr» ïuAur* ^rvur^is^^ ^^assaau^r^ c m
dlioiiii«iir à M fo» iiQ±îi«? inn^^sî^ -as. ^unitfiir^ Gais- «f^ faai de l'Adn^tiqvf iia ô*^ iA m? 1^*?^ -fr 'itiùt oi ubpartie de rt4ÂziJi>:; «^ a^st-^ wncvra: lar l iHi«ru«%
dire ifiip«D<éiBf^i «u» ^m. Fruu^ dkc lUiUAÇier it jsk. vsgnnt dûODée et rapç»î*>*-r si £lc«^. •jI»*- •*î!:iuiii»^ ir-*rr m» us*— Unre <i «israli^re > r»*iiJB: à m»* iHiiniout ip imirriiiHr- T«-Dtian que rLurviç.»-. tCMinà-A. ^ D*?iuniO*' •?* Dfiiaair*» « baote Toii de 4f*»aj»* :aa!ft*« f^-Tiui!** ii!Tr jti*a. nnrwajr '* phroooMAe-: 4^ Fntnraûf «u. îai*-^aKir L^ar» înir» oip la FraïKe a j^^ar, T**! a *s^ Jt -rs-at ^oik^jêk.^. nii * -îv^ offert nrecauBeitt ats b»:^i*ô» m:.* &9 FrBir^iif^ au^ uiiuaanoo« T<i«ig m^.Âftï- i.M»î'r^ti •>'cî oii. lie nn^wiit* *.**-
0005, nous *iimxs^fSit & ^a '-aiiEiiifcrztt gi'ie ^ d*vir if^ d'avoir dihjT-rie srjn rrû u:*iiï : ic rnigiBjn** ck «< i^ir
« N<Mi5 ree'»aiaî^:«ri> mu:* i«ûxif^ «u*- VisTirirW' oïl *^ c rorijrioe de î<>aîe «1> açcjciicL a *^«^ 'ur. smanm^nr oardie et qa'elie a -r^ riiusiizL^ if»»iî mi* iHa»ii^j«^ r^—îî»» ■> n*e*4 pas kmsiqoeflK&'L î^u: a ^mj- ^*isf *«i*l ir»:a;iiîi«»qœ le cri d'aianDe a --> î*?*!»»-- ?iiru, j ^ a *'i "i"tr iti looç traiail prtparal»>iT^, irarai nurtfc'T-*^ a -»fniu^ ' in»- Dion, à la mMtrt «nr «* «ar6*t- l *^*îii#*r ti^ **»ui#- tii*- - » l'éiiKNiToir, a \m àfnm^ ^a f»*Tr*. •'•! t o*fi«irk^ wr ^ ûf— cour» de M. Gafni-e<la as Cerc*^ ôi &wixiiu»îr!:* *r o* "iidustrie à <I^ii»:*BfT. Os* a nuirjii:ii^ 3«*i.' .t jur^iin. oi irêoéraJ Tboma^^în à Ali»*ï»»?t- La i^-tir itn mil ^swsuul comme la ealomnv». • E4rrr*a. *dL-èT-*2- f* '^^^-fciL lii»!»*.
I. I«f«tM» nii^fiir ca Fr«»r; e; M la Hrrvc ^0li/»f«^ éa 11 decv^We 1
7i CHERBOURG.
il eii restera toujours quelque chose. » Quand le télégraphe du 10 août apporta aiix lecteui*s de Paris et de la province les fortes et patriotiques paroles prononcées à Cher})ourg par le président de la Chambre, nul ne devina, entre les lignes de ce discours, des menaces quelconques de f^uerre contre l'Aiiemagne, la Turquie ou la Russie. Mais, huit jours après, d'aucuns ayant dit : « Vous ne savez pas lire : ce discours est une déclaration belliqueuse! » — comme il n*cst jamais agréable de s*entendre affirmer qu*on ne sait pas lire et qu'on manque de perspicacité, il arriva ceci : c'est qu'un certain nombre de braves gens ignorants et naïfs voulurent avoir lu aussi bien que le journaliste parisien, et que, pour ne pas démentir Tastrologue, ils jurèrent a)>rès lui qu ils voyaient un animal dans la lune. C'est ainsi que, prononcé le 9 août, le discours de Cherbourg ne fut inventé que du io au 18 du même mois. — Et de même pour la mission du général Thomassin. Le gouvernement grec avait demandé à M. de Freycinet de désigner un officier supérieur et deux ou trois ingénieurs français pour le conseiller dans la direction de sa réorganisation militaire et de ses travaux publics, tout comme la Porte demandait au môme moment à M. de Bismarck des banquiers allemands f)our mettre un peu d'ordre dans ses finances, comme TKgypte avait demandé aux cabinets de Londres et de Paris des administrateurs probes et économes, comme le Maroc et le Japon nous avaient déjà demandé des officiers, qui leur avaient été accordés, pour introduire dans leurs bandes armées les éléments de la discipline française. Le général Thomassin et deux ingénieurs avaient été désignés simultanément par M. de Freycinet. liien n'était plus simple, plus naturel, plus normal. Mais ceux-là mômes qui inventèrent le discoui*s de Cherbourg découvrirent que l'arrivée du général Thomassin au Piréc serait plus périlleuse pour la paix de la France que ne l'avait été jadis le débarquement de tout le corps d'armée du maréchal Maison en Morée. Et il se trouva encore, pour se laisser tromper, un public aussi crédule que timide.
« Ces exploiteurs delà crédulité publique,c*étaient les chefs du parti intransigeant unis aux chefs des partis réactionnaires. Le vote de l'amnistie plénière avait enlevé au parti intransigeant son drapeau de combat, sa raison d'être poli-
(ique. Uo parti sans drapeaa se ddhaade. Ob A^iafta ée refaire FunioD menacée «w la q«e<4ioD de la fiûi. «k «« ooe des formes de la qoestîoo da trarul. Sas» <f«e ^ «fvi de la patrie vint on instant airHer ce oompioL «a pour drapeaa la peur de l'étranger. Lef rf-^rtÂwai tiques et cléricales virent dans céue BkaiKtviT» m± i^muL de noire à la République : elles ad'jpttï^rest ie ém^t^nut meneurs intransigeants, elles entonoerffstt tique d'alarmes... Notre toléranee e^ ï^npt : î! « }eic &!folles espérances oo de reçrets chkbmf k< cwt s»'.<» jtt soyons disposés à excoscr. Ge qvH uw» ert zjsLTuitt-siùt -à^ pardonner jamais, ce sont les atieziiî«i <■'»£ q^rm»» a porter à l'honneur de la FraïKier. Et <:'e< à ilbMmsn:? ât ua France, c'est à sa dignité devant rEfir^^ ç»( *'*& iczsmvttt ouvertement la coalition des partis extriWf. EIi»fr f j «i£ attaquée sarbant qnelle impresâîos ses céiiixÂvC;^?» ■*>:&songères allaient produire à rctranrer. sMtL^Li ar^it çneue joie les reptiles de Beriin aUaient >*» aiciraALL^ ^tr >« exploiter contre nous *, sachant q«ei T*^'jti «. apporter an chancelier de TEmptre ;
I. La Gazette de tÀUewuÊfme dm S'^fd yAi^ fiaoat ««la ixiomt^ do 24 août, an long Utxam ecuauv IL G«&f>ir.jL Ej^^ixûaac pl a U fto du xvin* uêde >^ les e*pr:tt ifJÔewc vasatk srsu» vsl JÙm^ magiie qu'ils le sont acOKllcmeiu es Fnacfr «.la O^si^iM tna^ânù: ainsi:
• Le peuple anemaxid aueulh *« t>ja U xwF.jt^ n^ancmi^ de rhiitoire. Les TÎ^i^mee» de L>«is XIV fsma A'yiâfcw^ jasr edlet de Napoléon l^, ci la Fnjkcxtr § cs«9ilr jwm'iox vi«i«!aiM de TElbe. M. Gambei ta pownit ami tîe» rcdbflwr. vl v.aL àt la jnsûee. Lnbeck oq Haabowir. Coosm TAjAikot. e« tjIk» «oc été arrachées à TABemagae et m soe; n^»siK« ya a rar^jc *j^ l'hiftioire.
« Si la Franee répaljlicaine. drngée par H. Cei^MXak. i«tr continiier les tradition* de la FraaK- Mi^/aarekiÇie «( a;tf<dMr «v les traces de Inouïs XJV. d« L^ais XV. dm dc^sx Kajr^ja. x faut Doas résigner à d^ pas co«pc«r nr V3^ jaîx évnrj>t x-'*^ la France, il faot waleaieai q*e la Ba>«rr> fAc:iiçae 3m ii«T: pavs sache qui rient troabler um. repo^
• L'Allemacne ne oeséera de prtMver qv'c&e ▼«<■: retK^r «a paix et qo'eUe hait tome çnem. X«re f^Bâir^ve. nMi» «œb»** llert lie le «toe, est arrivée à^.m^ dix a*« q«e ac*» •xâi/.** coaune nation unie, à ntsnrer pleinement FEônM:. «• nfM'^ personne ne croit qae nons non* oeenpions dldjwn de ct^r
« Noiu recrettotts qne Tetprit bcUiqacsx, qnî anîiiieMt .w stns anjoardind eooune il v a tmis cents ans. mmm Mree à nMU
dans ses luîtes budgétaires, mais dans tout l'cnseniblc de sa politique anti française. Une telle conduite a été de la trahison au premier chef.
« L'histoire dira peut-t^lre quelle a été la part de Tétranger dans les intrigues néfastes qui ont précédé cette journée du 21 mai 1873, od les droites monarchiques renversèrent du pouvoir le bon citoyen que plus d'un, de Tautre côté de la frontière, détestait et redoutait comme le réorganisateur de Tarmée française et le libérateur du territoire. M. Gambetta partage depuis longtemps la haine que les ennemis de la Franco avaient vouée à M. Thiers. Qu'on y prenne garde î D'ores et déjà, Vliistoire est en état de dire quelle est l'approbation qui a clé donnée de Berlin, sans qu'on daignât s'en cacher plus que de mesure, selon une habitude connue,
garder par une armée forte et toujours prête à entrer en campagne .
« Nous ne demandons à nos soldats que notre sûreté; mais celle-ci, nous la voulons, et nous nensons l'avoir. »
La République française réponait en ces termes aux imputations du journal allemand :
u II ne nous est pas possible de laisser passer sans protester de toute notre énergie cette phrîise de la Gazette allemande.
« Il faut que la majorité pacifique des deux pays sache qui vient u troubler son repos. » Nous n'aurions pas besoin, pour repondre à cette insinuation, de remonter très haut dans la collection des journaux berlinois ; mais nous laissons de côté les articles de journaux à quelque inspiration qu'il soit permis de les attribuer.
« Nous dirons seulement qu'aucun homme public n'a protéré en France, depuis l'exécution du traité de Francfort» quoi que ce soit qui ressemble aux paroles enflammées et autorisées dont a retenti la tribune allemande contre « la nation d'au delà des Vosges M, toutes les fois qu'il s'est agi d'obtenir une aggravation des charges militaires.
« Nous ne nous sommes point prévalus de ces formes au moins âpres pour nous plaindre que notre paix fût troublée; tout au plus V aurions-nous vu un encouragement, s'il en eût été besoin, â retloubler d'efforts « pour que, selon l'expression du discours de Cherbourg, ce qui reste de la France nous reste entier ».
« Aussi bien, cette fois encore, l'article de la Gazette de V Allemagne [du Nord a-t-il une conclusion qui peut jeter quelques lumières sur des susceptibilités au premier abord si peu explicables; il s'agit de démontrer au peup'e allemand la nécessité des armements formidables dont il supporte le fardeau ; c'est pour cela que la Gazette s'applique à découvrir chez nous un prét«ndu «t parti de la guerre ». Si le moyen prête gravement à la critique, la ^n n'est pas de celles auxquelles nous avons qualité pour trouver à redire. »>
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aux manœuvres odieuses qui ont suivi Je dtseoors de Cherbourg et qui avait pour but, daus le camp des intransigeants comme dans celui des cléricaux . d'éloigner la nation effrayée de Thomme que la Prusse considère à bon droit, qu'elle craint et qu'elle déteste comme rincamalîon vivante du patriotisme français.
•< Poursuivons ce triste historique. On connaît maintetenant les agitateurs elles bas-fonds où ils opèrent. Disons quelles furent leurs dupes. C'est une loi élémentaire de physique. Si quelque bruit, c:i ua endroit quelconque, ébranle fortement l'atmosphère, les vibrations s'en tran.^ mettent indéfiniment et dans tous les sens : que ces vibrations rencontrent une paroi sonore, et le phénomène de l'écho se produit. Il en est de même pour les clameurs de la presse. \jà. paroi sonore qui fit écho aux déclamations des partis intransigeants et réactionnaires, ce fut cette fraction de notre bourgeoisie, fracti^m aussi honnête que timide, et qui, depuis dix ans, ^'est avisée de croire que porter les yeux sur ce qui se passe au delà de nos frontières, que faire entendre la voix de la France sur le Bosphore, an Caire ou à Tunis, c'est le comble de l'imprudence, c'est une audace digne d'un fou ou d'un traître. Une triple inquiétude est au fond de cette conviction l)Ourgeoise. On ignore quels sont les intérêts français qui se trouvent en jeu de l'autre côté de la frontière, et . précisément par ce qu'on ignore ces intérêts de premier ordre, on s'effraye an premier sonfUe, on prend peur pour la rente qu'une intervention active de la France dans la politique extérieure pourrait faire baisser de quelques centimes : on craint sans rime ni raison pour cette armée qu'au bon temps du remplacement on laissait partir sans murmurer pour restaurer un Bouii>on à Madrid ou pour installer un Habsbourg à Mexico ; on tremble pour soi-même, sans savoir pourquoi, mais on n*en tremble que davantage. Voilà ce que devinaient à merveille les chefs de la réaction et du parti intransigeant et ce qu'ils résolurent d'exploiter, qui contre les meilleurs des républicains, qui contre la République ellemême. Voilà pourquoi ils eml)onchèrent la trompette d'alarme. Voilà comment, en faisant appel anx intérêts les plu5 bas, aux craintes les moins fondées et aux sentiments le^ moins françab, ils finirent par trouver un écho, — et nne
recette, — là où ils n'avaient récolté jusque-là que haine, dédain el mépris.
" Agitation factice que cette première agitation du mois de septembre. On Ta dit plus d*une fois et nous voudrions le croire. Mais nous n*avons jamais aimé nous payer de mots et le mal que nous dénonçons, le mal que nous voulons combattre, il est plus viril de le regarder en fare, et peutêtre même est-il plus habile de ne rien cacher de la vérité.
c< Ce qui a été factice, cela est hors de doute, ce qui a été au premier chef artificiel et mensonger, c'a été Talarme des meneurs, leurs craintes pour la paix, leurs prédictions désolées de prochaines et sanglantes aventures; c/a été, en un mot, la fabrication de Tinquiétude publique pai*une association bizarre où M. Paul de Cassagnac travaillait d'accord avec M. Henri de Rochefort et où M. le duc de Broglie et M. Bulfet se délectaient à faire reproduire dans le Français les articles de M. Laisant et de M. Clemenceau. Ceux qui ont signalé des menaces de guerre dans le discours de Cherbourg, ceux qui ont déclaré compromise la paix de la France parce que le général Thomassin était désigné pour se rendre à Athènes, ceux-là savaient à merveille que leui*s accusations étaient sans fondement, que leurs griefs étaient vains et que pas un fait sérieux, pas un seul, ne pouvait légitimer leur manœuvre antipatriotique et leur haineuse intrigue. Mais ce qui n'a pas été factice, ce fut Telfet produit par ces cris d'alarme sur une fraction trop notable, sur une trop forte minorité de Topinion. Ce qui a été grave, ce qui nous a aftligé, plus même que nous ne voulons le dire, ce qui nous a révélé l'existence d'une maladie dangereuse et qui pourrait devenir déshonorante, c'est l'impression que ces clameurs de comédie ont finalement produite au milieu de tant d'hommes de bonne foi, bourgeois, ouvriers et paysans. Nous avions bien souvent, ici même, mis en garde contre la fâcheuse ignorance des choses de la politique étrangère où vit toute une partie du public : le fait d'admettre comme vraies les affirmations aussi saugrenues que mensongères d'une certaine coterie en fut une nouvelle preuve. Mais ce qu'il était difficile de prévoir, c'est que la frayeur ait jamais pu sortir de cette ignorance. Des insinuations aussi coupables que eelles que nous venons de
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rappeler auraient dû être refoulées dès la première heure par une protestation unanime de colère et de mépris. La protestation n a pas été unanime.
« Ainsi, vers la fin du mois d'uoût, la comédie de la peur est en bonne voie de succès et les partis extrêmes ont si bien fait que toute une fraction de lopinion se trouve déjà au diapason voulu. C'est en vain que la presse nationale, celle qui a le sentiment profond du rùle historique de la France el qui a deviné quel est le jeu coupable qui se joue, c'est en vain que le Journal des DébaiSy la Républiquefi-ançaise^ le Temps, s'efforcent de rassurer les esprits alarmés, d'expliquer que, sur l'Adriatique comme à BeHin, la France n'accomplit que strictement son devoir de grande nation civilisatrice et que, si le ciel d'Orient est grps de tempêtes, l'entente européenne semble pins parfaite qu'elle ne l'a jamais été, que la paix de la République n'a jamais été moins menacée; c'est en vain que la grande majorité des hommes de bon sens et de cœur prodiguent autour d'eux les avertissements les plus empressés.
« Les germes de fièvre vont toujours se développant. Que craint-on précisément? Nul ne sait le dire. Le caractère propre de la peur, c'est le vague. Bientôt, dans la presse, les organes de la Bourse et de la bourgeoisie timorée, aux idées étroites, donnent dans le panneau ouvert sous leurs pas, se laissent peu à peu aller à soutenir les mêmes théories que les journaux de la réaction et du parti intransigeant. La fièvre va se déclarer tout à fait.
«( Quelle était, en ce moment précis, la situation de la France vis-à-vis de l'Europe et en Orient? Il suffira de quelques mots pour le rappeler. Au mois de juillet 1878, a|M'ès quelque hésitation, la France était allée prendre sa place au congrès de Berlin : elle j avait affirmé sa conviction que la Turquie restait, après comme avant sa défaite, un fartcur indispensable de l'équilibre européen; elle s'était montrée favorable à l'émancipation progressive des Slaves du Sud; elle avait plaidé la cause de la Roumanie contre la Russie envahissante, et elle avait réclamé pour la Grèce, au nom de la civilisation et du droit, un accroissement de territoire en Thessalie et en Épire. M. Waddington, à notre avis, aurait pu faire plus au congrès de Berlin ; il ne pouvait faire moin^, sous peine de laisser croire que la France
«tut toih»»^ da niLÇ dp» paÈséance ^ prunier ordre ran^r d<» rEéfone. Le truie saie £d» siçné. la Fraie? ■' pioâ distant fEnrop^ ^pi'iuK^ »»Z»^ p«4itit{iie. (Mëtiif»» par ei'TieiUm^e mjts et onyderh» : posnwvre wù^peaiMit fappiutatbKi pC^tne et entière d« trailé^. ie cantMiaer $«r ie temcD de la légalité interBatÛMale. te ne (o«rt point de danzefi ^ar sa pareil terrain : ofi j tro«¥e é» aspérités, maiâ OQ D> rencontre point de pokipke^. An beat de quelques mfft». (e« p{i» timide» auraient dà cesser é^ r>>doater te fn.'jn5tre, le protoe>>le Xlll : mais. ci>auiie tlDteadiaîre d«nj le p*~jeme de Vi>!ti>r Ha^. ils ne «araient pas bre.
V Le traita de Beriin «>xeeute sur les Balkans et snr le [lanalje : il oe §>xéea(e ni sur la mer L^ée ni sur FAdriatiqne. Pendant deux ans. la diplomatie épuise contre la maoTaise (o\ et l'obstination de la Porte toutes ses finesses et toutes ses séductions. Pas une parole de colère n'est proférée, pas une mena*re. L'An^eterre se la<se la première, elle récUme la réunion d'une conférence pour trancher les diff^nités interminables de la Turquie, de la Grèce et du Monténégro. A rnoanimité des tocx. proclamant, par cet accord tout nouTean dans l'histoire diplomatique, le grand conceK pacifique des puissances européennes, la conférence f>e prononce coniire les prétentions de la Porte : elle accorde Dulci^rno aai Monténéirrins : au lendemain du discours de ^>herb^>urff et de la mission du erénéral Thomassin, elle promet solennellement à la Grèce ce que la France n'a cessé de réclamer pour elle : la réunion de la Thessalie arec Larisse et de rÉpire a^ec Janina. A coup sûr, — pourquoi le nier? — il T avait alors à l'horizon oriental plus d'un point noir. MaisqueU ris^{nes la France courait-elle d'allumer la guerre? N'était-ce pas un événement rassurant par-dessus tout que le concert européen réalisé à Berlin, que celle entente des grandes puissances s'ocrupanl de résoudre pacifiquement des questions qui semblaient autrefois ne pouvoir être tranchées que par la guerre ? Et cet arbitrag-e international, n'était-ce pas la France qui, par la sûreté de sa politique depuis trois années, par la sagesse de ses conseils, par la légitimité et le désintéressement de ses réclamations, avait, plus que tout autre État, contribué à le réaliser? En même temps, forte de sa réorganisation intérieure et de sa régénération démocratique, forte de sa volonté hautement ma-
nifestée de travailler par la paix de l*Orient à la paix da inonde, et à la paix de TOrient par la défense généreuse autant qu*habile des causes jusles et de la légalité internationale, la France républicaine venait de s'affirmer sur la scène du Levant dans toute Fampleur de son rôle historique, et elle s'y affirmait avec la sympathie de tous les esprits libres et avec cette noble clientèle des Hellènes dont Tavenir montrera tout le prix. Certes, la Turquie refusait d'exécuter les conditions qu'elleavaitcommencé par accepter à Berlin, et l'Europe, qui ne pouvait en vérité se laisser bafouer plus longtemps par les astrologues du sérail et par les bandits de la Ligue albanaise, était réduite à ordonner une démonstration navale dans l'Adriatique. Mais les vaisseaux français qui allaient mettre à la voile pour les bouches de Cattaro, est-ce qu'ils partaient seuls et à la poursuite d'un idéal aventureux? Ils allaient entrer dans l'Adriatique pour que force restât à la foi des traités et pour y rejoindre les flottes alliées de l'Autriche, de l'Angleterre, de la Russie, de l'Italie et de l'Allemagne. Ils y allaient après que la République avait déclaré à Londres et à Vienne que la démonstration navale n'impliquait aucun fait de guerre et avait pour seul objet d'exercer une pression morale sur la Turquie ^. Ils y allaient non seulement pour contraindre la Porte à céder sur Dulcigno, mais pour la déterminer, — et cela était autant dans la logique de la situation que dans la pensée de toutes les puissances ', — pour la déterminer à céder sur la question arménienne et sur cette question grecque qui était devenue une question française. Si la République était restée en dehors de la démonstration, quels projets ambitieux n'aurait-on pu lui supposer et que serait devenu son prestige en Orient! Signataire du traité de Berlin, la France, sans manquer à V honneur, sans manquer à son rôle séculaire de protectrice des chrétiens du Levant, ne pouvait manquer au rendez-vous de l'Adriatique. Bien plus, en envoyant sa flotte à Dulcigno, elle donnait par sa présence même un point d'appui à tous les scrupules pacifiques ';
1. Livre jaune. Dépêche de M. de Freycinet, ministre des atTaires étrangères, à M. Challerael-Lacour, ambassadeur de laRépublique à Londres, le l«r août 1880.
2. Discours de M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des affaires étrangères, au Sénat dans la séance du 30 novembre 1880.