DANS LE GRAND AMPHITHEATRE DE LA SORBONNE
(paris)
Mesdames et Messieurs,
Le premier sentiment que j*éprou?e, en me levant, est celui de la reconnaissance pour le président, pour Tami qui a bien voulu saluer ma présence au milieu de vous. U n'avait pas besoin, — et c*est la seule réserve que je ferai, — d'attribuer à cette présence un mérite quelconque de conduite. Je suis venu ici, Messieurs, pour me trouver en votre compagnie et pour saluer avec vous votre anniversaire de cinquante ans, hélas! si rare dans les œuvres et les institutions sociales de notre pa3's; je suis venu pour m'associer à cette fête qui ne peut éveiller, dans tous les cœurs vraiment tournés vers l'avenir de la France, que des pensées et des sentiments de solidarité profonde. ( Vifs applaudissements.)
Qu'est-ce, en effet, que cet institut auquel vous êtes si fiers et si légitimement heureux d'appartenir, et qui va bientôt entrer dans la seconde phase de son existence? Cet institut, je crois qu'on peut le définir et le caractériser d'un mot : c'est la meilleure création qui ait été faite, depuis un demi-siècle, au point de vue
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de la diffusion de la science et de la justice dans la société française. [Très bien! très bien! — Bravos,)
Oui, au lendemain de 1830, au souffle généreux de cette révolution qui se leva comme une aurore pleine d^espérances sur la patrie, et qui devait subir si promptement une éclipse, une pensée dominait les généreux combattants de Juillet : cette pensée, c'était de fonder une démocratie rationnelle, éprise de vérité scientifique, maîtrisant ses passions par la connaissance des faits, des lois, des rapports et de la nature des choses. Cette pensée qui a donné naissance à votre institution est peut-être la seule qui ait survécu au grand mouvement de 1830; c'est celle qui, à travers tous les obstacles, toutes les difficultés et toutes les luttes, devait réapparaître, avec un nouveau contingent de forces, sous la République de 1848;c*est celle qui luttait encore sous TEmpire et même au triste lendemain de nos désastres; mais déjà les efforts de ceux de nos concitoyens qui lui étaient restés dévoués nous la montraient plus triomphante, plus prospère et plus féconde. Et l'institution qui est née de celte pensée, c'est la vôtre, Messieurs, et je n'ai qu'un regret, c'est de n'en avoir pas fait partie plus tôt. (Vive approbation et applaudissements répétés,)
Mais j'en connais les origines, j'en ai étudié l'histoire, histoire qui n'a pas été écrite depuis longtemps, qui date d'hier; mais il n'en est pas de plus instructive et, permettez-moi le mot, de plus exemplaire.
Que pouvons-nous tirer, en effet, de l'histoire de votre Société? Nous pouvons en tirer cet enseignement, que des hommes, absolument placés en dehors de tout concours officiel, dénués de toute fortune, et je dirai presque de toutes relations sociales, que des hommes, animés par les seules forces de la passion et de la volonté, mais doués de toute l'énergie de Tintelligence, peuvent arriver, en sortant tous les jours un peu plus des cercles restreints qu'ils occupent, i
se répandre dans tous les rangs de la société de leur pays et, s'adressant aux intelligences les plus différentes, parvenir à les grouper, à les unir, à les éclairer et à faire converger tous ces efforts si divergents et si disparates vers un but commun, en prenant pour unique moyen la vérité toute nue. (Salve d'applaudissements.)
Oui, la vérité dans sa clarté et dans sa majesté positive; la vérité, qui consistée écarter de renseignement tout ce qui est sujet à contestation, tout ce qui est la chimère, Thypothèse, le rêve, la fantaisie et le caprice des uns et des autres ; qui consiste à avoir le respect de ceux auxquels on s'adresse; qui ne leur apporte que des observations décisives, convaincantes, que des résultats 'éprouvés, et à considérer comme un crime de lèse-intelligence d'essayer de faire passer dans leur cerveau une idée fausse ou inexacte. {Explosion d'applaudissements et bravos prolongés.)
C'est, Messieurs, cette méthode, sévère dans son principe, plus sévère encore dans son application, que traçait, au début même de votre Association, le plus grand penseur du siècle. Pourquoi ne le dirais-je pas ici môme, dans cette Sorbonne longtemps vouée à un autre idéal et à d'autres doctrines, mais qui^ grâce à l'effort du temps et au concours d'hommes nouveaux et d'esprit généreux, — je me permettrai cet éloge devant le représentant le plus autorisé de l'Université de Paris, — se dégage peu à peu des ombres du passé pour regarder vers l'avenir et jeter les bases d'une véritable science positive, — cette méthode sévèrement tracée, plus sévèrement pratiquée, telle a été la philosophie du plus puissant penseur du siècle, comme je le disais, celui dont les idées pénètrent aujourd'hui partout, d'Auguste Comte. {Adhésion unanime. — Applaudissements prolongés.)
Et à côté de ce penseur uniquement préoccupé de