Election Maillé contre Bruas
2. Dans le département de la Seine, sur 354,911 votants, on compte 202,124 suffrages républicains, 105,342 radicaux, intransigeants, etc., 27,805 réactionnaires et 19^640 socialistes.v. . >
4i6 XX* ARRONDISSKMENT.
seulement été plus nombreuse : il n est pas contestable qu'elle eût été encore plus compacte, plus franche, plus sérieusement progressive, pour tout diro en un mot : plus politique. Elle eût été élue partout sur des programmes plus loyalement consentis. Nous n'aurions pas, comme aujourd'hui, trente ou quarante députés qui ne doivent leurs élections qu'à des promesses de réformes qu'ils savent euxmêmes irréalisables, mais qu'ils ont faites pourtant, au grand détriment de leur honneur politique et de la moralité du corps électoral. I«a lutte électorale eût été partout une lutte de principes. Elle n'eût été nulle part, ce qu'elle a été dans tant de circonscriptions transformées, suivant une sévère comparaison, en loges de portières, une lutte de personnes. On nous eût épargné les hontes et les misères qui seront dévoilées par la vérification des pouvoirs. Nous n'aurions pas été les spectateurs des scènes odieuses de Gharonne et du Cirque d*Hiver. Nous n'aurions pas eu à tenir compte, dans cette grande bataille républicaine, des injures et des calomnies de la presse immonde. J'imagine peut-être que cela eût mieux valu pour la bonne réputation de notre jeune démocratie.
« Donc, si nous devons être fiers et heureux de la grande victoire du 21 août, si nous pouvons avoir confiance dans l'esprit républicain de la nouvelle Assemblée législative que nous allons prochainement voir à Tœuvre, il convient dès maintenant do le dire très haut. De toutes les espérances légitimes que cette belle journée nuus a fait concevoir, il n'en est pas une qui doive nous être plus chère que celle qui nous fait entrevoir, comme conséquence directe de ce vote, le rétablissement du scrutin de liste. Nous estimons que les faits ont parlé assez haut. Que certains hommes d'État soient restés sourds, il y a deux mois, à la voix persuasive de nos orateurs les plus éloquents, cela peut s'expliquer à la rigueur. Il serait inexplicable aujourd'hui qu'ils restassent aussi aveugles aux faits qu'ils ont été sourds aux raisons. On nous a dit que la rue Saint-Biaise avait été le chemin de Damas des derniers avocats du scrutin uninominal et nous en sommes enchanté. Mais, à notre sens, il est un enseignement bien plus probant que celui qui se dégage de quelques tumultes digne:* d'un autre régime; c*est celui qui est donné par le tableau électoral que nous venons de
résumer. Quant à la nation, sa conviction est faite. Dans les campagnes les plus reculées comme dans les villes, le scrutin de liste a été imposé à ceux-là même, parmi les •députés d'hier, qui avaient rejeté le projet Bardoux. On a justement remarqué que partout où Ton a crié : Vive le suffrage universel! on a crié en même temps : A bas le scrutin d'arrondissement!
« Nous ignorons quel sera le cabinet que la haute confiance du président de la République appellera aux affaires à la rentrée des Chambres. Mais nous affirmons que ce cabinet n'aura la confiance du pays que s'il inscrit sur son programme : pour fortifier le Sénat, la révision de sa loi électorale ; — pour mettre le suffrage tmiversel au-dessm de toute atteinte^ le rétablissement du scrutin de liste comme partie intégrante de la Constitution. »
Prononcé le 5t5 août §881
AU CIRQUE D'HIYER
iCimteremtm et M. PmI Sert, dcp«té, n pnftt et Técalc UifM fikre €( de la Vibfiockê^ae 4a XX* airoarfiiMitat 4e Paris/
SOCS LA PmESIDE5CE DC H. GAMBCTTA
Noos reprodoUoos, d* après la République finmçaise^ le compte rend a de la conférence da 25 août :
« M. Paul Bert a fait, dimanche, aoe conférence aa Cirque d'Hiver, soos la présidence de M. Ganibetla, an proGt de Técole laïque libre et de la bibliotbèqae du vingtième arrondissement.
« On ne peut estimer la foale des auditears à moins de quatre mille, parmi lesquels on apercevait un grand nombre de dames.
«< L'entrée de MM. Gambetla et Paul Bert, à deux heures précises, est saluée de plusieurs salves d'applaudissements. Une voix crie : Vive le député de Belleville ! et immédiatement les applaudissements recommencent. Après qu*ils ont cessé et que la musique de la garde républicaine a jonè Fair national, M. Gambetta se lève et s'exprime ainsi :
Mes chers concitoyens, et vous, Mesdames, je veux tout d*abord remercier cette nombreuse assistance de Tempressement qu'elle a mis à se rendre à la convocation que nous lui avons adressée dans Tintérêt que nous mettons au-dessus de tout, dans Tintérèt du développement de Tinstruction à tous les degrés.
Vous savez, — et il n'y a vraiment pas ici nécessité de le rappeler, — que quelles que puissent être les
difficultés, les ennuis inévitables de la vie publique, il existe par-dessus les querelles personnelles une cause à laquelle vous êtes toujours restés fidèles et à laquelle, moi aussi (je puis le dire avec quelque orgueil), je suis toujours resté inviolablement attaché. {Applaudisse^ menls prolongés,)
C'est la cause du progrès démocratique; non de ce progrès chimérique qu*on formule en deux mots comme si le monde entier n'était pas la preuve qu'on n'arrive à constituer et à créer qu'à force d'efforts continus et soutenus, en ayant pour soi l'assentiment de ses concitoyens et en ayant aussi la ferme volonté de ne jamais se rebuter devant un obstacle , pas plus que de se laisser enivrer par les faveurs de la fortune ou de la victoire. (Vive^approbatîon et applaudissements.)
Et de tous les efforts que peuvent tenter les penseurs, les tribuns, les hommes d'État, il n'en est qu'un seul, entendez-le bien, qui soit véritablement efficace et fécond , c'est le développement de ce capital premier que nous avons reçu de la nature et qui s^appelle la raison. {Adhésion unanime et bravos,)
Oui, notre tâche la plus élevée consiste à développer chez tout homme qui vient au monde, — et par ce mot j'embrasse l'espèce entière , — à développer l'intelligence qui s'éveille, ce capital à l'aide duquel on peut conquérir tous les autres et par conséquent réaliser la paix sociale sur la terre sans force ni violence, sans guerre civile, rien que par la victoire du droit et de la justice. {Salve d'applaudissements,)
Voilà notre religion, mes amis, la religion de la culture intellectuelle. Ce mot sublime de « religion » ne veut pas dire autre chose, en effet, que le lien qui rattache l'homme à l'homme et qui fait que chacun, égal à celui qu'il rencontre en face, salue sa propre dignité dans la dignité d'autrui et fonde le droit sur le respect réciproque de la liberté. {Applaudissements unanimes et pivlongés,)