B BANQUET DU HAVRE
dissements patriotiques, à coup sûr je me sens digne de concourir aussi bien qu*un autre pour mériter cette récompense. {Nouveaux applaudissements,)
Oui, je suis venu parmi vous, non pas, Messieurs, comme en 1872, pour protester contre les machinations et les complots des partis hostiles à la République, non plus pour poursuivre devant le pays la propagande do la dissolution, — ces temps sont pas* ses et, quelles que soient les terreurs stipendiées d'une certaine presse, ils sont passés pour toujours. (Oui! oui! — Bravos et applaudissements.)
La France peut songer désormais, dans sa liberté reconquise et assurée, au développement de ses intérêts moraux qui ne peuvent sérieusement, dans une société démocratique, c'est-à-dire qui repose sur le travail, être séparés des intérêts matériels du plus grand nombre (Applaudissements) ; et c'est pour cela que depuis quelque temps je m'efforce, autant qu*il m'est possible, de me rapprocher des hommes d'affaires, des sociétés de travail, de m'adresserenmême temps et à ceux qui n'ont d'autre ressource que leur travail manuel et à ceux qui se gloriûent de consacrer toute leur intelligence et l'énergie de leur esprit d'entreprise à vivifier ce travail par le capital et à en faire une véritable force nationale, permettant ainsi î\ la France de se donner la joie d'être encore la première des nations dans le monde [Salve d'applaudisseînents); et c'est parce que vous êtes dans ce pays, grâce à la nature qui vous a si admirablement placés pour jouer dans le concert des forces nationales un rôle prééminent, c'est parce que vous êtes placés pour ainsi dire comme une tête de pont entre les deux mondes et que vous pouvez devenir à la fois le plus vaste entrepôt et le plus grand marché de la patrie, que je suis venu parmi vous [Bravos et applaudissements répétés) pour m'enquérir sur place, avec le concours de vos édiles, de votre municipalité mari-
lime, de votre chambre de commerce, des ingénieurs qui ont consacré leur intelligence au développement de votre prospérité maritime, pour m'enquérir sur place, dis-je, et voir par moi-môme, en recueillant méthodiquement, en contrôlant les uns par les autres, les dires et les renseignements de ceux qui ont fait vœu de faire du Havre le plus grand port de France. {Applaudissements. — Acclamations,) Eh bien, qu'ai-je vu?
J'ai vu que vous aviez les germes et les éléments de la fortune, mais qu'ils n'avaient reçu ni l'impulsion ni la chaleur nécessaires pour leur faire véritablement produire tous leurs fruits.
Je n'accuse personne, ni les gouvernements ni les obstacles que vous avez rencontrés : ce sont là affaires de circonstances; le passé est le passé. Tournons les yeux vers l'avenir; vivifions le présent; et surtout, Messieurs, donnons-nous un idéal aussi élevé, aussi large, aussi immense que celui que traçait votre maire.
Il faut que nous soyons tous résolument disposés à ne jamais reculer devant le plus haut idéal, en sachant marcher avec fermeté, avec méthode, avec précision, sans rien abandonner à l'esprit d'aventure, de chimère, mais aussi sans jamais sentir le froid de la défaillance et de la lassitude au cœur. {Vifs applaudissements,)
Ce port, on voit bien ce qui lui manque pour être à la hauteur des rivaux qui le harcèlent; je ne parle pas de ceux de ce pays-ci. Je parle des rivaux qui sont en face {Très bien! très bien! — Bravos), qui sont plus haut, non seulement dans le canal de la mer du Nord, à Brème, à Hambourg, dont on vous parlait tout à l'heure, mais plus haut encore.
Je vous avouerai, — il m'est agréable de vous le confesser à vous, mes amis, mes coreligionnaires politiques, — après toutes les inventions que l'on a