‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 71 sur 97 · SOO BANQUET DU HAVRE · texte numérisé non relu

SOO BANQUET DU HAVRE

imprimées et racontées dans la presseS il in*est, je le répète, agréable de vous dire ce que j^étais allé voir et observer en Allemagne : c'était justement le développement des ports de commerce de Brème, de Hambourg, de Lubcck, de Stettin, et je viens vous dire précisément : Il faut travailler, il faut vous presser, vos concurrents se sont engagés. dans la route: voilà une lutte paciûque dont vous pouvez sortir victorieux, car la nature vous a plus favorisés. Il ne s*agit que de vouloir et de se mettre résolument à Tœuvreî {Longs applaudissements.)

Voilà le voyage que j'ai fait! Et j'en parlais à vos amis, à vos magistrats. Je faisais des comparaisons entre les quais, entre vos bassins, entre les moyens d'écoulement de vos produits, la difficulté qu'il y a môme d'entrer dans vos ports pour les grands navires qui affectent aujourd'hui des longueurs énormes de 150, 160, 170 mètres; je pensais à ce qu'il y avait véritablement d'humiliant pour nous, non pas pour vous, gens du Havre, mais pour nous. Français, de penser qu'un grand centre, un grand foyer d'appel (les marchandises du monde entier, pouvait en être réduit pour quelques rubans d'acier qui lui faisaient défaut, à ne pouvoir soutenir la lutte, à ne pouvoir se trouver en communication directe, ni avec le nord, ni avec le centre, ni avec l'ouest de la France. Messieurs, c'est une situation qui ne peut durer! [C^est cela! c'est cela! — Applaudissements prolongés.)

Je ne parle ici que comme simple citoyen. Je ne mets à votre disposition que le concours de ma parole individuelle et libre; mais s'il dépend de moi de pousser à cette question, certainement vous ne res-

1. Le Times avait raconté que M. Oambetta avait eu une entrevue avec M. de Bismarck pour le rassurer sur ses intentions à l'égard de la Prusse. Toute la presse intransigeante et réaction-, naire avait naturellement accueilli et commenté cette invention ridicule.

lerez plus bloqués par derrière, quand la mer vous sollicite par devant. {Bravos et applaudissements,)

Et puis, je crois qu'il faudra aborder résolument d'autres questions qui vous touchent.

J'ai vu, j'ai compris vos applaudissements, toutes les fois que venaient sur les lèvres d'un de vos orateurs, d'un de vos confidents, d'un des avocats habituels de vos intérêts, ces mots de « Seine-Maritime ». {Applaudissements répétés.) Je ne puis pas vous dire à l'heure qu'il est ce qu'il peut en advenir, ce n'est pas mon rôle; ce sont des questions d'État dans lesquelles je n'ai pas à entrer. Je n'ai qu'une chose à vous dire : c'est qu'un jour, à une certaine heure, j'ai pu jouer ce rôle à votre égard, et j'ai signé un décret.

Ce décret a été rapporté.

Je ne dis pas qu'il faut le reprendre immédiatement, mais je crois, Messieurs, que l'heure viendra. Oui, il faudra le reprendre.

Vous avez su attendre, sachons attendre encore, et un jour je pense que je serai au nombre de ceux qui reprendront le décret dont je vous ai parlé tout à l'heure. {Bravos et applaudissements prolongés,) Mais je ne voudrais pas et ne comprendrais même pas qu'on solidarisât trop étroitement ces deux questions : votre développement au point de vue maritime et votre développement au point de vue administratif.

Ces deux questions se touchent, mais ne se commandent pas l'une l'autre.

On peut très bien ajourner ce que vous appelez votre autonomie administrative et cependant reconnaître qu'il y a une nécessité impérieuse à ne pas ajourner l'installation de vos ports et de vos débouchés de voies ferrées. {Nouveaux applaudissements,)

Ce sont des questions qui doivent être traitées avec ordre. Ce qui presse le plus, c'est de mettre votre fortune et vos ressources à la hauteur des concurrences

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et (les rivalités qui éclatent dans le monde. {Vifs applaudissements.)

Qui est-ce qui pourrait douter qu'avec Tesprit d'entreprise qui vous caractérise, ou avec tout ce qui existe ici et qui s'y développe tous les jours, qu'avec Tesprit de conciliation, d*association, de rapport entre le capital et le travail, qui pourrait douter, dis-je, que le jour où vous serez véritablement dotés des instruments de lutte vous ne sortiez vainqueurs de l'arène où tout vous provoque à descendre?

Ce n'est certes pas moi, qui connais les progrès merveilleux accomplis par votre commerce depuis trente ans.

Ce que vous avez fait est le garant de ce que vous pouvez faire.

Je sais bien que le plus grand bénéfice ne serait pas pour vous. Vous trouveriez naturellement la légitime rétribution de vos sueurs, de vos peines, de votre travail, des capitaux engagés; mais c'est surtout la France qui gagnerait; c'est elle qui sentirait décupler sa puissance; c'est elle qui, par toute la filière des impôts, des transactions, recueillerait le bénéfice le plus considérable des progrès et des améliorations de ce grand port du Havre; c'est elle qui se verrait pour ainsi dire devenir elle-même la grande route par où passeraient tous les produits du monde américain. Elle ne serait plus témoin de cette sorte de circuit, qui est presque une injure et une honte pour nous. [Vives marques d'appi^obation et applaudissements,)

Non seulement ce serait ici que l'on jouirait des premiers bénéfices de cette restitution au transît naturel, mais ce serait encore tout le long de la route, car vous savez bien que lorsque les denrées, les marchandises, les trésors de la terre voyagent, ils laissent p artout des vestiges bienfaisants que les populations recueillent et qui deviennent le fond de leur épargne. {Applaudissements et bravos.)

Je dis que c'est à cet avenir qu'il faut travailler; que c'est là la tâche d'un gouvernement réparateur, du gouvernement de la République, de ce gouvernement que vous avez appelé de vos vœux, que vous avez su défendre de vos votes, que vous voulez faire tous les jours pénétrer plus avant et plus sérieusement dans la confiance de la France. Et je n'ai qu'à me souvenir combien on vous a toujours trouvés unis et fermes à l'heure du danger, pour être convaincu que vous savez bien que la tâche d'un pays n'est jamais achevée, et que l'unité et l'union qui ont régné parmi vous pour vous assurer à vous-mêmes l'abri de la République, est encore plus nécessaire pour l'assurer à vos enfants, à la génération que vous dirigez si bien dans les écoles que j'ai parcourues et visitées aujourd'hui avec une émotion profonde, à cette génération qui sera véritablement la France nouvelle. {Bravos prolongés,)

Vous voudrez persévérer de plus en plus dans cette politique d'union et de conciliation.

C'est ici, dans cette salle Franklin, au milieu des amis et des confrères réunis, que je trouve véritablement agréable de me souvenir du passé et de vous rappeler que cette institution n'était pas encore fondée quand je vous visitai en 1872. Grâce au dévouement de citoyens éclairés et d'hommes qui comprennent que le rôle des heureux ou des favorisés de la fortune dans ce monde, c'est de penser qu'il y a des déshérités et des frères puînés autour d'eux, et qui depuis qu'ils sont rentrés au milieu de nous n'ont d'autres visées que le bien public et vous en donnent tous les jours des marques éclatantes (Bravos); grâce à leur dévouement, dis-je, il m'est doux do traduire vos sentiments à tous en exprimant notre gratitude envers ce vertueux et honnête citoyen que vous avez placé à la tête de votre municipalité. {Bravos et acclamations prolon-gés.)

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