‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 74 sur 97 · BOLBEC · texte numérisé non relu

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questions qai toaehent à ses intérêts matériels et moranx. Si noas possédons aajonrd'hai le gonvernement de la Répabliqae, vous n'ignorez pas, citoyen, que c*est grftce aux suffrages donnés par les travailleurs; aussi espérons-nous que notre attente ne sera pas déçue. Le comité républicain ouvrier n'a jamais combattu pour des personnalités, mais pour des principes; il est convaincu, citoyen, que telle est aussi votre manière de voir les choses. » (Cris répétés de : Vive la République l tive Gambelta!)

M. Gambetta a répondu :

Messieurs,

Je vous remercie beaucoup de votre accueil, et je ne saurais mieux faire que de vous rappeler ce que vous disait tout à Theure votre représentant, mon ami Faure. Oui, il est nécessaire que tous les intérêts, dans une démocratie comme la nôtre, trouvent leur heure, mais à une condition, c*est que ces intérêts s'harmonisenti entre eux, c'est qu'ils reçoivent dans la loi et dans les mœurs la consécration de leur véritable équilibre. La République, Messieurs, n'est le bien de personne; elle n'est l'affaire d'aucune catégorie sociale; elle est au contraire le faisceau de tous les intérêts nationaux, p'est h ce litre qu'elle sera un gouvernement national, et ici, dans un pays de liberté et de travail où se trouvent constamment associés dans les mômes efforts ceux qui vivent du salaire de leurs bras et ceux qui consacrent leur intelligence et leur énergie à doter la France d'industries vraiment nationales, ceux-là sont faits pour s'entendre s'ils savent les uns et les autres abjurer, soit l'aversion qu'inspirent quelquefois môme aux esprits élevés et peut-être trop raffinés les mœurs de la démocratie, soit l'envie et la défiance que le démocratie ressent peut-être trop souvent pour les classes supérieures. Je crois que la conciliation peut se faire, et cette conciliation doit être surtout l'œuvre des hommes

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publics qui n'ont les passions ni des uns ni des autres. (Bravos et applaudissements prolongés.)

C'est cette politique sagement poursuivie sans recul, sans emportement, sans sacrifier rien à l'esprit de précipitation, mais sans jamais non plus faiblir devant les difficultés et les nécessités de la société moderne, qui a la tâche de vivre au milieu des pro- . blêmes et d'en résoudre les difficultés. Et c'est parce que la nation est véritablement maîtresse des solutions qui devront être données, que malgré les préjugés du passé elle devient de plus en plus républicaine ; c'est seulement sous la République qu'elle peut trouver le libre développement de sa volonté, de ses institutions et de sa fortune, car je crois que les intérêts matériels sont aussi des intérêts moraux; que les efi'orts s'appliquent à l'industrie ou à l'agriculture, ils sont un produit de la pensée et, comme tels, ils constituent un effort moral. (Vive adhésion et applaudissements.)

Faisant allusion aux paroles prononcées par le président du comité ouvrier qui venait de dire qu'il croyait que le président de la Chambre allait prendre la direction da ministère, M. Gambetta continue ainsi :

Je vous remercie de vos paroles élogieuses, peutêtre prématurées; j'écarte ces dernières et je ne conserverai de votre accueil qu'un sentiment de gratitude entière. ( Vifs applaudissements et cris répétés de : Vive Gambetta! )

M. Gambetta, répondant au maire de Lillebonne, a dit :

Je vous remercie. Monsieur le maire; vous pouvez croire, en effet, que la question que vous venez de traiter n'est pas nouvelle pour moi : j'en ai causé avec les hommes les plus compétents, et les raisons que vous venez de donner et que vous connaissez bien tous pourront être facilement complétées.

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Je partage pleinement votre manière de voir sur cette idée d*une ligne à grand rayon et à transit direct, franchissant la Seine dans des conditions de sécurité, de permanence et d'emploi constant assurées, et pouvant être largement utilisée pour tous les grands intérêts de Tindustrie, de Tagriculturc et • même de la défense nationale, comme vous Tavez très bien visé dans la fin de votre exposé.

Je suis très aise de recueillir de nouveau ici Taffirmation des représentants de cette cité et de vous. Monsieur le maire, en me félicitant de vous trouver d'accord avec votre député, ce qui affirme votre victoire politique, si longtemps attendue, et qui est due à vos efforts. Par conséquent nous sommes d'accord sur la politique, nous sommes d'accord sur les affaires, nous resterons d'accord dans la poursuite du but que vous indiquez. {Applaudissements.)

Quillebœuf, 26 octobre.

AU banquet de Quillebœuf, le maire a porté la santé de M. Grévy. Le comte d'Osmoy a pris ensuite la parole. Il a commencé par défendre les intérêts de ses compatriotes et a fait appel à Tesprit de justice et d'équité du président de la Chambre en faveur des améliorations à apporter à la navigation du fleuve.

Les travaux accomplis ont déjà amené des progrès, il faut les continuer et prolonger Tenfliguement jusqu^à Tancarville. Le député de la circonscription a terminé en buvant à la santé de M. Gambetta.

M. Gambetta a répondu :

Mes chers concitoyens,

(Bf^uit et applaudissements.) Un peu de silence, Messieurs, d'autant plus que je ne vous retiendrai pas longtemps. Je ne veux pas faire un discours, je veux simplement vous remercier de l'accueil que vous nous

avez fait à tous. Je dis « nous », car nous sommes comme une colonie depuis quelques jours {Btres)y visitant les ports de ce fleuve; c'est toute une expédition.

Ce voyage de Normandie, nous Tavons entrepris il y a déjà quelques années; nous le poussons avec plus d'activité dans cette dernière saison. Nous Tavons interrompu, après cette première visite que j'ai faite en compagnie de mon ami d'Osmoy, de Papon, et des autres. Aujourd'hui, nous venons de le reprendre en allant de Paris au Havre, en brûlant des stations où nous reviendrons d'ailleurs {Applaudissements)^ ce qui vous prouve que nous pouvons être courts aujourd'hui, parce que nous sommes perpétuellement destinés à nous revoir. (Nouveaux applaudissements,)

En effet, ce n'est pas une œuvre d'un jour. Messieurs, que l'étude, le développement, la défense d*intérôts aussi grandioses et, il faut bien le dire, aussi emmêlés que les vôtres. Pour moi, je ne veux pas ici accepter la responsabilité des demandes que je recueille ; cela ne me serait pas possible, et je crois que cela ne serait pas correct. Ce dont je m'efforce. Messieurs, c'est de recueillir des données précises et pour cela de venir les chercher sur place, en m'adressant sans distinction de partis aux hommes que je crois les plus compétents, dans tous les rangs, en contrôlant leurs dires les uns par les autres, en ayant non pas une carte, mais le pays lui-même sous les yeux. Je crois qu'en le faisant avec sincérité, sans avoir plus de passion pour l'une que pour l'autre des localités qui sont aux prises, et qui ont peut-être tort d'être aux prises, je suis sur le chemin de la vérité. Cette vérité, je l'emporterai avec moi, je tâcherai de m'en servir au jour prochain, vous le savez bien, où la France tout entière, adonnée à des œuvres d*activité industrielle et commerciale, entièrement consacrée à l'épanouissement de ses ressources intérieures, demandera au gouvernement définitivement assis lares-

considérables. A chaque instant on réclamait leur courage, leurs lumières, leur dévouement pour guider les navires ; aujourd'hui, on ne les met plus qu'à peine à contribution. Pourquoi? Parce que le péril a disparu ; parce que le lit du fleuve est plus profond et que Ton passe presque sans danger. Est-ce à dire que tout avenir est perdu pour ce pays? Je ne le crois pas. Je crois le contraire. Je pense qu*il y a là un passage à créer, une gi*ande route permanente à établir audessus ou au-dessous de ce fleuve, et que la route ouverte, tout le monde en retirera un bénéflce : ceux qu'on aura débloqués, ceux qui garderont la porte de ce transit et ceux qui derrière en recevront les fruits. {Applaudissements prolongés,) C'est là une série d'entreprises qui réclament l'entente d'abord, et beaucoup d'argent ensuite. Je sais bien qu'on se dit quelquefois : Est-ce que la France ne dépense pas trop dans ces travaux d'utilité publique? est-ce qu'on ne porte pas témérairement la main sur l'épargne du pays en le provoquant à multiplier les voies de communication, les chemins de fer, les canaux, les œuvres d'utilité générale?

Hé! Messieurs, quand un pays dépense pour multiplier les échanges, pour travailler et pour produire, on peut être sûr que cette dépense est placée à un intérêt usuraire. Non seulement il le retrouve par la multiplication de la prospérité qu'il développe sur le passage, sur le sillon de ses voies, de ses canaux ; mais l'État, même au point de vue de l'impôt par toutes les veines de la contribution publique, ne tarde pas à récupérer, non pas l'intér^. mais bien au delà du capital dont il a couvert le Jjft'ys pour le faire fructifier. [Bravos et applaudissements prolonges.)

Ce n'est pas qu'il ne faille une règle, qu*il ne faille proportionner les sacrifices de la génération présente à ceux de la génération future ; mais il y a un reproche à adresser au passé : c'est que Ton a toujours

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fait des travaux d'utilité publique pour un avenir de dix ans et qu'en somme ils se sont trouvés trop mesquins, trop exigus et que, s'ils avaient été faits pour un avenir plus lointain, il y aurait eu économie à dépenser plus tôt et largement l'épargne du pays. (Nombreux applaudissements.) C'est avec cet idéal qu'il faut concevoir la transformation de Toutillage de la France. {Longs applaudissements.)

Je sais, Messieurs, que ce sont vos idées ; et sans apporter ici une opinion préconçue et sans me faire le défenseur d'un syslème local ou régional quelconque, j'ai assez recueilli pour me donner le désir et le plaisir de revenir encore au milieu de vous. {Bravos.) Je bois donc, Messieurs, au développement et à la conciliation de tous les intérêts le long de cet admirable ruban qui est mieux que la Tamise, quoi que vous en disiez (Rires), car il part d'un océan qui nous est ouvert sur 500 lieues de côtes et il aboutit, quoi qu'on dise et quoi qu'on raille, à la capitale de la civilisation humaine. {Longues acclamations, — Bravos et applau' dissements prolongés. — Cris répétés de : Vive la France ! Vive la République! Vive Gambetta! )

Pont-Audemer, 26 octobre.

M. Ga mbelta, à son arrivée à Pont-Audemer, a élé reçu par les membres du conseil municipal, qui lui ont été présentés par le maire, M. Montier, par les membres du conseil général et du conseil d'arrondissement, et par toutes les corporations de la ville.

Un grand nombre d'habitants des campagnes environnantes étaient accourus.

Toutes les fenôlres étaient garnies de spectateurs : il y en avait jusque sur les toits et les murs des jardins.

L'accueil fait au président de la Chambre a été très enthousiaste. Les cris de : « Vive Gambetta! Vive la République! » n'ont cessé de se faire entendre sur son passage.

Au banquet, le maire, M. Montier, a porté un toast à

M. drévy, président de la République, et un second toast à l'armée et au général Lecoiute.

M. d'Osmoy a porté un toast à M. Gambelta.

M. Ganibetta a prononcé le discours suivant:

Messieurs et chers concitoyens,

Il n'y a rien de plus dangereux que de répondre à des orateurs qui, sous prétexte de se défier d'euxmêmes, savent merveilleusement rencontrer au fond de leur pensée à la fois l'éloquence du cœur et la poésie de Tarliste. {Vifs applaudissements,)

Mon ami, et votre représentant déjà depuis dix ans, — depuis onze ans même, mais la première année comptait à peine, — mon cher d'Osmoy vient tout à la fois, sous la forme d'un apologue ingénieux, de m'adresser une leçon et un panégyrique. {Rires ûpp'odatifs.) Le panégyrique, je l'accepte en le dépouillant des exagérations inévitables de Tami et du poète. {Très bien! très bien!) Quant à la leçon, je la retiens. {Nouveaux rires.)

Et ce n'est pas ici, Messieurs, que je croirais nécessaire de reprendre une à une ces épithètes élogieuses pour en faire sentir l'exagération. 11 n'y a qu'une chose vraie, une chose que je tiens à confirmer de ce qu'il a dit dans un assez fier langage et dans une forme assez définitive pour que je la reproduise elle-même. Oui, avec l'orgueil des grandes choses j'ai la passion des petits intérêts. {Bravos et applaudissements prolongés.) Ah! Messieurs, au fond, il n'y a pas de petits intérêts. C'est une façon tout à fait inexacte déparier. Les intérêts valent par la nature des droits qu'ils contiennent et surtout aussi par la légitimité de la place qu'il faut leur faire dans le monde. Tous les intérêts sont petits ; c'est en les rapprochant, c'est en les liant dans un indestructible faisceau, qu'on en fait la force et la richesse même d'un peuple. {Vifs et nombreux applaudissements.)

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