PONT-AUDEMER
Et à côté de ces intérêts qu*on qualifiait d'opulents tout à rheure, en faisant allusion sans doute à ces deux maîtresses cités, si nobles et si jalouses de leurs fortunes légitimes Tune et l'autre, on croyait qu'ici rintérôt était plus étroit. Je ne le pense pas, Messieurs. Je crois, j'ai vu, j'ai appris de vous, de vos représentants, que, bien que votre cercle d'action soit restreint, on vous doit que dans sa sphère il soit véritablement plein, garni et vraiment rémunérateur. [Applaudissemenls p9*olongés.)
Vous avez une question qui vous tient à cœur, et il est légitime que vos revendications se fassent jour. Je ne dis pas que cette rectification du cours de la Risie, que cette navigation à la fois maritime et fluviale qui ne demanderait qu'à croître pour la batellerie, c'est-à-dire à participer en même temps du cabotage et du transport en atteignant le chiffre de 250 ou 300 tonneaux qui pourraient remonter jusqu'à Pont- Audemer, je ne dis pas que cette étude n'ait pas été forcée, exagérée, dans une certaine mesure, au point de vue de la dépense; mais ce que je sais, c'est que vous avez un intérêt, en même temps que la possibilité, à vous faire une place honorable au soleil. C'est qu'il s'agit en ce moment d'une médiocre question d'argent, et vous me trouverez à côté de votre député pour faire prévaloir vos droits. {Vifs et nomhrexix applaudissements.) Et, Messieurs, il faudrait bien s'entendre; il faudrait se défendre d'un jugement téméraire sur cette enquête et sur cette étude que je poursuis. Je n'ai pas la prétention, — et je la rejette bien loin, — par le fait seul que je m'occupe d'une affaire et d'un intérêt, de le voir, pour ainsi dire, prendre plus de consistance et s'imposer plus à l'attentfon du pays et de ses représentants. Nullement : mais je pense que dans la limite qui est la mienne, usant de ma liberté d'action et de propagande, de mon travail et de ma libre parole, je suis bien libre de
choisir dans les intérêts qui se présentent ceux que je crois légitimes, urgents, impérieux, et d'en poursuivre librement aussi la réalisation et le succès. [Applaudissements prolongés,)
Voilà, Messieurs, le but de ce voyage. Cette seconde tournée va s'achever. Mais je ^n'exprimerais pas le fond de ma pensée si je me bornais purement et simplement à cette très sèche expression de mon opinion économique. A coup sûr, il y a autre chose derrière ce besoin de travail et de concours. Il y a, Messieurs, le sentiment qu'en servant ces intérêts je sers le parti républicain. {Bravos et applaudissements prolongés.) 11 faut que dans notre France laborieuse, soucieuse de ses intérêts, de son épargne, de son développement, ceux qui s'attachent passionnément à la fondation, à l'inébranlable fondation de la République dans ce pays, comprennent les intérêts des diverses populations et se consacrent à leur protection.
Et, bien que je me sois promis de ne pas prononcer une parole touchant à la politique générale de l'État dans ce voyage, je manquerais à la sincérité qui est mon devoir envers la démocratie, envers mon pays, si je ne disais pas que soigner, défendre, protéger les intérêts matériels de l'immense production nationale, c'est à mes yeux la meilleure propagande de l'ordre républicain. (Vive adhésion et longs applaudissements,)
Voilà ce qu'il y a de politique dans cette démarche ; et maintenant on la jugera, on la critiquera. Je suis habitué. Messieurs, à la critique {Rires approbatifs), et même à la critique qui dépasse la mesure ; je ne m'en plains pas. J'ai traversé, on peut le dire, des orages, des averses d'injures et d'outrages, et, grâce au bon sens français, je peux constater qu'aujourd'hui comme hier, demain comme aujourd'hui, lorsque je me retrouve face à face avec mon pays et mes coreligionnaires politiques, je reçois ce jour-là et je l'emporte comme le consolateur, s'il en était besoin, —