‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 8 sur 97 · PRÉSIDENCE DE M. BRISSON, VICE-PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DE M. BRISSON, VICE-PRÉSIDENT

M. LE PRÉSIDENT. — Veuillez continuer, Monsieur de Cassagnac.

M. Paul de Cassagnac. — Contre M. Gambetta, disais-je, qui, pour la première fois, descendait de sa sérénité prési-

dcntielle pour aller retrouver ses électeurs de Belleville, les solliciler en faveur du candidat opportuniste. M. Ganibetla y est allé, les journaux opportunistes, c'est-à-dire les journaux du Gouvernement, ont fait ce qu'ils ont pu, et le galérien a été nommé; j'ai le droit de dire qu*à aucune époque, et vous le savez aussi bien que moi, et les ministres le savent aussi bien que moi, à aucune époque, dis-je, les journaux partisans de la réhabilitation de la Commune n'ont été aussi vifs, n'ont été aussi audacieux : je vous en épargne la lecture, vous les connaissez comme moi. Il ne s'est rien produit de nouveau depuis^ je le répète. S'il s'est produit quelque chose de nouveau, ce quelqu? chose a été une aggravation dans la révolte et non dans ^apaisement. (Très bien! très bien! à droite.)

M. le ministre président du conseil vous disait tout à l'heure qu'il avait cédé aux manifestations de l'opinion publique. Hélas! il est toujours bon, quand on est gouvernement, de céder aux manifestations de l'opinion publique, surtout quand elles se produisent dans un but d'humanité ou de concorde.

Tel n'est pas le cas qui nous occupe.

Les journaux ont commis des indiscrétions, nous savons comment la question a été réglée, où et par qui elle a été traitée.

Plusieurs ministres ne voulaient pas de l'amnistie; le président du conseil était de ce nombre. M. Jules Ferry, M. Varroy, étaient do ce nombre et auraient résisté jusqu'au dernier moment.

M. LR PBÉsioENT fait remarquer que c*est une décisio.i du cabinet tout entier qui est soumise à la Chambre.

M. Paul dk Cassâgnac dit qu'il croyait avoir le droit de rechercher dans quelles conditions la mesure avait vu le jour; en somme, il n'y a pas eu d'apaisement, la réhabilitation de la Commune a été poursuivie, il faut donc chercher la cause ailleurs : elle est dans rapproche des élections. On a voulu prendre la tête du mouvement pour nu pas rester à la queue. L'orateur déclare que» parlant contre l'amnistie, il votera pour l'amnistie. (Bruits et rires.) Mais, à un autre point de vue que celui du cabinet, il n'y a pas eo de crime plus abominable que la Commune. (Bruit.)

Vn membre à gauche. — Et le 2 décembre?

M. Paul de Cassagnac dit que le 2 décembre a fait mourir 500 hommes et la Commune 30,000.

M. Naquet dit que le 2 décembre a assassiné la France.

M. Paul de Cassagnac répond que le 4 septembre a violé la France.

M. LR PRÉSIDENT dît quc Tinterruption de M. Naquet n*a fait qu'exagérer le sens d'un vote rendu par l'Assemblée nationale. [Très bien! très bitn!)

M. Paul de Cassagnac répond qu'il n'y a pas eu de vote à Bordeaux, mais une simple résolution. L'orateur votera l'amuistie^ parce qu'il n'admet pas les catégories. On pourrait n'accorder ni amnistie ni grâce, mais du moment que sur 6,500 condamnés on en faisait revenir 500, il fallait aller jusqu'au bout; il n'y a pas de différence entre M. Humbert et M. Rochefort. Les journalistes, les écrivains qui sont à Genève ou ailleurs, sont infiniment moins coupables que beaucoup de ceux qui ont élé graciés. La vérité est que le gouvernement ne voulait pas laisser rentrer ceux dont il avait peur au point de vue électoral. Aujourd'hui, il fait une cote mal taillée et il admet les hommes de la Commune au partage, de peur qu'ils ne veuillent tout prendre.

A ce point de vue, l'orateur acceptera l'amnistie, mais il ne comprend pas la capitulation politique du gouvernement; on veut la joie partout à la veille de la fête nationale ; aussi rappelle-t-on les pétroleurs pour augmenter les illuminations. On se demandera pourquoi on fait rentrer des hommes flétris par tous les ministres, au moment où l'on met les congrégations dehors. (Bmits divei'S,) 11 y aura là une cause de grand étonnement dans le pays. Il y a deux forces dans pays : la force sociale et la force antisociale. On détruit la première et on encourage la seconde. {Applardissements à droite,)

M. LE PRÉSIDENT. — D'après l'ordre des in>criptious, la parole est à M. Lenglé.

Sur divers bancs, — Il parle dans le même sens!

M. LE PRÉSIDENT. — Alors la parole est à M. Gambetta.

M. Gambetta. — Messieurs, j'ai cédé à Timpérieiix scntioient du devoir en demandant à la Chambre de vouloir bien m'entendre dans la question qui s'agite aujourd'hui devant elle ; non pas, comme Ta dit le

préopinant, parce que la grande mesure dont le Gouvernement prend aujourd'hui Tinitialive, que les ministres sont venus défendre et que la majorité va ratifier, soit Tœuvre d'une personnalité quelconque. Non, Messieurs, et,dans cette question, il n'y a rien à cacher; le Gouvernement, pour répondre au sentiment du pays, qui veut être tenu au courant de ses affaires, a tout naturellement pensé que, avant de mettre la dernière main à cette grande loi d'abolition et d'absolution, il était peut-être nécessaire de connaître l'opinion, non pas d'un homme, mais de tous les hommes de la majorité de la Chambre {Très bien! très bien! à gauche et au cenlre,)

C'est à ce titre, et non à un autre, que j'ai été consulté. Et je donnerais à ce débat une tournure blessante pour ma dignité personnelle si je répondais à des attaques, à des insinuations, qui, pour s'être produites à cette tribune, n'en sont pas plus fondées. Non, je ne suis pas au-dessus du Gouvernement, pas plus que je ne suis à côté de l'honorable M. Granier de Cassagnac. [Très bien! très bien! à (jauche.)

Je suis à mon rang et à ma place, je suis au poste où votre confiance m'a élevé. [Applaudissements à gawche et au centre,)

Mais ce ne serait pas en comprendre toute la responsabilité si, lorsque l'heure est venue d'examiner sérieusement, profondément, l'utilité, l'opportunité, la gravité d'une mesure d'État, je pensais que je puis, égoïste et indifférent, regarder ce que font les autres, sans venir y chercher ma part de collaboration. {IVouveaux applaudissements à gauche et au centrée.)

11 y a mieux; on m'a donné l'occasion de dire ici devant mon pays — dont je relève toujours, quelles que puissent être les mobilités du suffrage universel, — à propos d'une élection faite hier, ce que j'en pense, parce que je crois pouvoir le dire avec quelque compétence, et parce que je devine déjà l'emploi

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malfaisant quo Ton peut en l'aire, lexploitation antipolitique qu*un ne manquera pas d*organiser autour de ce scrutin municipal, local, restreint, sans portée, sans lendemain. [Très bien! à gauche,)

Oui, vous avez dit que Télection Trinquet devait suffire à surexciter les appréhensions du pouvoir, à augmenter les légitimes, les respectables, les patriotiques inquiétudes de nos amis du centre gauche.

Ah 1 si je réponds ici, c'est parce que je ne veux pas quo cotte inquiétude fasse son chemin ; c'est parce que je suis pénétré de cette vérité, que si l'élection restreinte de Belleville eût donné un autre résultat, quo si la majorité eût été encore plus éclatante et plus soulignée sur le nom d'un incapable, il faudrait encore faire l'amnistie plénière et totale. {Nouveaux applaudissements à gauche et au centre,)

Ah! Messieurs, il faut y regarder de très près dans ces questions qui mettent le suffrage universel tout entier on émoi; je veux bien qu'on bannisse de ces grandes discussions et le sentiment et Thumanité, et le récit des événements qui ont amené ces catastrophes : mais il y a cependant un élément qu'il faut faire figurer dans le débat : ce sont les témoins.

Eh bien. Messieurs, je lesais,jerai vu, je l'entends tous les jours, ne pensez pas, ne pensez jamais qu'il y ait un autre moyen de supprimer ces récriminations éhontées sur la guerre civile autrement que par une mesure d'abolition complète, absolue; ne le pensez pas!

Pourquoi? Parce que vous ne referez pas l'histoire; parce que vous ne pourrez pas aller de quartier en quartier dans tout ce Paris qui a mené cette vie tragique et épouvantable qui va du 4 septembre au 26 mai; parce que vous ne pourrez pas refaire la vérité dans ces cerveaux obscurcis et dans ces âmes troublées ; et, entendez-le bien ! tant que restera une question d'amnistie, vraie ou fausse, posée sur une tète

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