CRÉATION D'UN MINISTÈRE DES ARTS
Paris, le 14 novembre 1881.
Monsieur le président,
Aucun de nos services publics n'a subi plus de modifications que le service des beaux-arts, soit dans ses attributions, soit dans ses rapports avec les autres services.
Sous l'ancien régime il était compris dans l'administration des bâtiments royaux, et il a longtemps fait partie de l'administration des domaines.
En 1792, il a été rattaché au ministère de l'intérieur, où il fut divisé en trois bureaux, puis en trois sections.
Le premier Empire le réduisit aux proportions d'un seul bureau. La Restauration en fit une division.
La monarchie de 1830 l'attribua d'abord au ministère du commerce et des travaux publics et le partagea plus tard entre le ministère de l'intérieur et le ministère de l'instruction publique.
En 1848, le service des beaux-arts fut placé dans la direction des musées nationaux.
Le second empire le fit entrer, en 1853, au ministère d'État et le plaça, douze ans après, dans les attributions de la maison de l'empereur, où il demeura jusqu'au 27 janvier 1870.
A cette date, un décret constitua un ministère spécial des beaux-arts, qui ajouta aux attributions de la maison de l'empereur la direction des bâtiments civils et la direction des sciences et lettres.
Le 28 août 1870, le ministère spécial des beaux-arts fut supprimé et ses attributions transportées au ministère de l'instruction publique, qui, après le 4 septembre, abandonna au ministère des travaux publics la direction des bâtiments civils.
CONSTITUANT LE MINISTERE DU 14 NOVEMBRE, t 265
Dès les premiers mois de la réunion de l'Assemblée nationale, M. Charton, dans un rapport fait au nom de la commission des services administratifs, appela l'attention du Gouvernement sur les inconvénients de cette incessante mobilité du service des beaux-arts.
Et le 1er février 1878, M. Bardoux, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, visant le rapport de M. Charton, forma une commission chargée d'étudier les modifications qui pourraient donner plus de cohésion et de solidité à l'organisation de la 2e section de son département.
L'institution d'un sous-secrétariat ayant dans ses attributions spéciales le service des beaux-arts, permit en 1879 de réaliser quelques-unes des réformes qu'avait proposées la commission de 1878; mais la réunion des services qui intéressent l'enseignement de l'art à tous les degrés et dans toutes ses applications n'a pas été opérée.
Cependant les nations étrangères ont depuis bientôt trente ans multiplié les institutions destinées à favoriser cet enseignement, et nous avons pu constater à l'Exposition universelle de 1878 combien ont été rapides, grâce à la prévoyance de leurs gouvernements, les progrès accomplis dans les industries d'art par des peuples qui n'étaient encore naguère que nos imitateurs et qui sont devenus nos rivaux.
La constatation de cet état de choses a donné lieu en France à un véritable mouvement d'opinion en faveur d'institutions qui ont donné partout de si prompts et de si précieux résultats. Après avoir rappelé que c'est la France qui a, la première, ouvert les conservatoires et les écoles d'arts et métiers ; que c'est à l'initiative des hommes de la Révolution que sont dus les musées et les cours spéciaux qui assurent l'alliance de l'art et de l'industrie, on ajustement fait remarquer que, dans nos sociétés modernes, il ne suffit pas de développer le goût et la culture des