Le Ministère Gambetta, p. 142 à
dans des mains fidèles, et c'est un devoir que de rendre l'administration forte lorsqu'on a la ferme résolution de la mettre au service du pays.
Il ne peut donc plus être admis que les sollicitations, les demandes d'emploi ou d'avancement continuent d'arriver au ministre en passant par-dessus la tète de ses fonctionnaires. Leur autorité en est diminuée sans profit pour personne, et les services qu'ils peuvent rendre en sont amoindris.
J'ai résolu de retourner sans réponse les requêtes de cette nature qui me seraient directement adressées et de n'accueillir aucune recommandation qui ne serait pas transmise par votre intermédiaire.
u La constitution du ministère du 14 novembre, avait excité dans l'opinion des déceptions et des regrets. Les premiers actes de M. Gambetta et de ses collègues soulevèrent dans la Chambre, sauf sur les bancs de l'ancienne Union républicaine, un concert retentissant de plaintes et de récriminations. « A la rigueur, on aurait pu lui pardonner d'avoir choisi des collaborateurs parmi les partisans avérés de sa politique ; mais ses prétentions gouvernementales étaient sans excuse. L'impartial rédacteur d'un Annuaire politique a noté très exactement les premiers propos de la coalition : « Hier, dicter au ministère sa ligne de conduite; aujourd'hui, la subir: quelle amertume! Après tout, est-ce bien au gouvernement de gouverner? n'est-ce pas plutôt à chacun de nous1?... » Qu'on calcule l'effet produit par de telles insinuations répétées tous les jours à des députés dont les uns n'avaient pas eu le temps d'oublier les complaisances des précédents ministères pendant que les autres étaient encore tout éblouis par la récente splendeur de leur mandat. Bientôt, au silence qui avait accueilli la Déclaration succéda un murmure qui n'était pas d'approbation. Même les amis du ministère, — sans doute parce qu'ils n'avaient pas été suffisamment avertis, — n'étaient pas satisfaits. Quant à la droite, elle se réjouit de trouver tant d'aveuglement et de désarroi chez les républicains, et elle se prépara, ce qui était son droit, si ce n'était pas l'intérêt bien entendu des conservateurs, à jeter de l'huile sur le feu.
« Il y avait eu d'abord une réunion plénière des gauches, exception faite de l'extrême gauche, qui s'était déjà recon-