André Daniel, Année politique, 1881, p
stituée en groupe distinct (23 novembre). « Le désir général, disaient les signataires de la convocation, nous parait être de ne pas voir se reconstituer les groupes de l'ancienne Chambre (la théorie des groupes et sous-groupes avait toujours été combattue avec une véritable passion par M. Gambetta); mais il nous semble qu'il se manifeste en même temps au sein de la majorité républicaine un besoin unanime de se grouper et de se concerter dans une réunion extra-parlementaire. » De se concerter à quel effet? Pour soutenir le cabinet ou pour le combattre? Pour le soutenir et au besoin, comme l'ancienne garde nationale, pour le combattre? La liste des promoteurs de l'opération ne fournissait pas sur leurs intentions de vives clartés : si les uns comptaient parmi les amis du ministère, les autres, au contraire, brillaient au premier rang des mécontents. Les lieux communs qui furent débités dans cette réunion ne furent pas davantage pour édifier les 210 représentants (sur 400 que comptait la majorité) qui s'étaient rendus dans la salle des Gardes. La cérémonie terminée, on se trouva un peu moins avancé qu'auparavant. MM. René Goblet et Louis Legrand avaient convoqué trop tôt. S'ils avaient, eu pour quarante-huit heures de patience, la réunion plénière se tenait le lendemain de la circulaire de M. Waldeck-Rousseau 1, et alors, tout de suite, dans le premier accès de colère des députés d'arrondissement, on eût pu déclarer la guerre au cabinet.
« Car ce fut parmi ceux-ci , les vrais , les purs députés d'arrondissement 2, une terrible colère, — colère funeste qui fut la cause la plus efficace de la chute du ministère Gambetta, en attendant qu'elle livrât la Chambre à la politique de défiance et d'abdication '\ » La circulaire du ministre de l'intérieur substituait, pour les affaires de l'administration, à la politique de scrutin d'arrondissement, la politique de scrutin de liste : est-ce qu'on pouvait tolérer une pareille audace? est-ce que de tels préludes n'étaient pas la préface évidente du pouvoir personnel? La corrup-