Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta;
L'Assemblée nationale s'était séparée le 31 décembre 187o, après avoir fixé au 30 janvier 1876 la nomination des sénateurs et au 20 février celle des députés. Elle laissait derrière elle, pour procéder aux élections, le ministère le plus hétérogène. Le vice-président du Conseil, M. Bufl'et, considérait comme des ennemis tous les républicains sans distinction de nuances. M. Dufaure, garde des sceaux, et M. Léon Say, ministre des finances, s'appliquaient à témoigner tous les jours de leur loyal attachement à la Constitution du 2o février. Au ministère de l'Intérieur, M. Buffet avait savamment réorganisé en faveur des conservateurs toute l'ancienne candidature officielle de l'Empire. Dans les autres ministères, M. Dufaure, M. Léon Say, M. Wallon et M. de Meaux interdisaient aux fonctionnaires placés sous leur ordre « de se mêler à aucun degré k l'agitation électorale ». Exaspéré par ces résistances, M. Buffet finit par perdre tout sang-froid. Comme M. Léon Say se présentait aux élections sénatoriales de Seine-et-Oise sur la même liste que M. Feray (d'Essonne), ancien président du centre gauche à l'Assemblée nationale, et M. Gilbert-Boucher, magistrat, président du Conseil général de Seinc-et-Oise, le vice-président du Conseil le fit accuser par le Figaro de faire campagne avec les radicaux contre le maréchal. Tout étrange qu'elle fût, l'accusation fut accueillie par le prési-
dent de la République, qui fit appeler M. Say et lui demanda de retirer son nom de la liste républicaine de Seineet-Oise. M. Say refusa et oil'rit sa démission, sur quoi M. Dufaure annonça qu'il suivrait son collègue des Finances dans la retraite. Il ne fallut pas moins qu'une dislocation goavernementale aussi complète à la veille du scrutin i)our faire rélléchir le maréchal. M. Buffet céda, et M. Léon Say ne retira sa démission qu'à la condition de maintenir son nom sur la liste républicaine de Seine-et-Oise.
Le surlendemain de cette crise (13 janvier), M. Buffet faisait paraître la proclamation suivante au Journal officiel :
Proclamation du prémlent de la République au peuple français.