PALAIS-BOURBON
manière, nous répondrions à un grand intérêt national. L'Algérie est inconnue encore, et la France ne peut que gagner beaucoup à la connaître et à la mettre à son véritable rang. Ainsi, faire connaître l'Algérie et rechercher les principes généraux qui doivent présider à la marche des affaires algériennes : voilà le but élevé que se propose notre commission. »
II est procédé à la formation du bureau de la commission.
Sont nommés :
M. Crémieux, sénateur, président d'honneur;
M. Gambctta, député, président :
M. Jules Favre, sénateur, vice-président;
M. Albert Grévy, député, vice-président;
M. Thomson, député, secrétaire,
M. Margaine, député, secrétaire.
Un comité actif de vingt-cinq membres est ainsi composé :
MM. Paul Bert, Léon Journault, Henri Brisson, Albert Joly, Pelletan, Mazeau, Lisbonne, Laisant, Cazot, Allègre, Bouchet, Foucher de Careil, Massot, Chiris, de Mahy, Bouquet, de La Porte, Baïhaut, Bardy de JNalèche et les six représentants de l'Algérie.
M. Crémieux, appelé à la chancellerie, n'a pu prononcer que quelques paroles de remercîments à ses collègues de la commission.
M. Gambetta, en remplaçant au fauteuil de la présidence M. Crémieux, a prononcé le discours suivant :
Il est nécessaire, Messieurs, que vous précisiez entre vous les règles qui devront présider à la solution des nombreux et intéressants problèmes qui touchent à l'Algérie. Quant à moi, en vous remerciant d'abord de l'honneur que vous m'avez fait de me nommer votre président, je vous déclare, Messieurs, que j'ai le désir de pousser énergiquement à la réforme administrative de l'Algérie. {Applaudissements.)
J'ai le sentiment qu'il y a beaucoup trop longtemps qu'on discute, qu'on écrit, qu'on polémique sur l'Algérie et qu'on n'agit pas; que l'heure est venue de démontrer que ce n'est pas en vain qu'on a donné à
l'Algérie une constitution politique par la représentation élective ; que ce n'est pas en vain que les élus du suffrage universel, — qui s'est toujours maintenu libre en Algérie, plutôt grâce à l'énergie des bons citoyens qu'à la tenue administrative des agents de l'État, — ont rencontré au milieu de leurs collègues une sorte d'appétit de bien faire pour les départements algériens.
On disait avec justesse, tout à l'heure, qu'on ne connaissait pas assez l'Algérie. C'est pour la mieux faire connaître que le gouvernement de la Défense nationale avait écrit dans nos lois qu'elle aurait des mandataires élus dans le Parlement. Nous avons assisté avec peine à la réduction du nombre de ces mandataires, car, étant donné l'importance des intérêts algériens, six mandataires répartis entre le Sénat et la Chambre des députés sont évidemment insuffisants. Mais enfin vous suppléerez, par votre zèle, votre activité et votre union, à l'absence de ceux que nous avons perdus et qui auraient été certainement des nôtres si l'universalité du suffrage avait été maintenue en Algérie.
La réunion que vous venez de constituer, Messieurs, est appelée à porter des fruits prochains. Cette réunion est la meilleure preuve du zèle que vous mettez à assurer à l'Algérie des appuis, des défenseurs et des auxiliaires dont on ne peut se passer dans le mouvement des affaires publiques.
Nous entrons donc ici avec le désir d'en finir avec la variété des systèmes, avec la mobilité des combinaisons, avec, surtout, cette sorte de prétention que l'Algérie est un pays à part, qu'il faut mener et conduire par des procédés qui ont fait leur temps partout ailleurs et qui n'ont qu'un nom : l'arbitraire.
L'Algérie doit être conduite comme le reste de la France, parce qu'elle est une terre française par excellence. ( Vive adhésion et applaudissements.) Quoique