PALAIS-BOURBON
l'Algérie n'ait pas une population aussi nombreuse que nous désirerions la voir, on peut dire d'elle ce qu'on dit de nos départements : que, sur son sol il y a une population unie et éclairée, et qu'il serait impuissant, le régime qui voudrait tenter d'asservir la population algérienne. (Applaudissements.)
Nous avons donc devant nous une démocratie véritablement éclairée, laborieuse, ardente, intelligente, et qui ne demande, pour triompher, que les libres et féconds combats de la tribune française. Vous êtes parfaitement à même, Messieurs, de lui assurer ce concours et, je puis dire, ce triomphe.
Quant à nous, nous ne pouvons que nous associer à vos efforts, prendre connaissance par vous de tous les dossiers, de toutes les affaires — affaires des communes, des départements, travaux de vicinalité, grands travaux d'utilité publique, chemins de fer, ports, installation de maisons d'école, création de nouveaux centres, carrières, mines, aménagement des forêts, qu'on n'exploite pas ou qu'on n'exploite mal et qui, si l'on rencontrait un régime véritablement conforme aux intérêts des populations et du Trésor, deviendraient, pour notre budget, une source admirable de ressources. — Mais je n'ai pas à vous faire connaître ces questions puisque nous sommes réunis précisément pour faire notre éducation mutuelle et chercher les moyens de développer une prospérité trop longtemps tenue à l'état latent.
Je n'aurais pas complété ma pensée si je ne faisais pas connaître le principe qui doit primer nos travaux, régler nos décisions et s'imposer à toutes nos réflexions : c'est le principe de l'assimilation.
Il faut que le public, que nos collègues du Parlement, que le Gouvernement lui-même sachent bien que nous venons faire ici une œuvre absolument française et que nous rejetterons toute espèce de tendances et d'idées qui ne viseraient pas à rendre de
plus en plus étroite, identique et parfaite la physionomie des trois nouveaux départements avec celle des départements français. {Vive approbation.)
Vous avez parmi vous, Messieurs, et je le dis avec bien du plaisir, l'homme qui, le premier en France, a apporté à la tribune française vos revendications légitimes ; le peu que nous savons des questions algériennes, nous l'avons appris de cette bouche éloquente et trop souvent muette. Par conséquentje ne puis que vous engager à vous laisser souvent diriger par lui pour la solution de toutes ces questions. (Applaudissements.)
M. Jules Favre a pris la parole dans ces termes :
« Messieurs, la réunion me fait un grand honneur en me nommant son vice-président. Je ne puis accepter le témoignage beaucoup trop flatteur que vient de me rendre M. Gambetta, mais j'accepte le sentiment toujours précieux qu'il a exprimé. J'espère qu'il ne s'affaiblira jamais entre nous. Il a fait notre force dansle passé, il fait la mienne dans le présent.
« Je n'ai pas été seul, à coup sûr, à défendre les intérêts de l'Algérie. Peu de personnes s'en occupaient, je le reconnais, et je n'ai pas à dire la cause de cette indifférence beaucoup trop prolongée, non pas qu'elle subsiste aujourd'hui, car, grâce aux efforts des députés et des citoyens algériens, ces dispositions ont beaucoup changé. Cependant il ne faut pas vous abandonner vous-mêmes; il faut surtout avoir confiance dans vos propres efforts et, puisque vous me faites l'honneur de m'associer aux vôtres, de tout mon dévouement, de tout mon courage et de toute mon intelligence je chercherai à vous servir. (Applaudissements .)
« Je ne puis pas oublier que je dois à l'Algérie de généreuses sympathies; je chercherai toute ma vie — qui ne sera plus bien longue — à lui en témoigner ma reconnaissance, et si je puis, dans les jours qui me sont réservés, vous prouver ces sentiments, je le ferai du plus grand cœur.
« Vous pouvez le dire à vos concitoyens, nous n'avons qu'une pensée : faire de l'Algérie une terre vraiment française; par le cœur, elle l'est; par le droit, c'est la conquête qui nous reste à faire, et nous y travaillerons de toute notre énergie. (Applaudissements .)