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RELATIFS AU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

DU i4 NOVEMBRE 188i AU 30 JANVIER i882

(Extraits des Livres Jaunes)

M. Gahbetta, ministre des affaires étrangères, à M. Sienkiëwicz, agent et consul général de France en Egypte.

Paris, le 16 novembre 1881.

Le gouvernement anglais a donné communication à M. Barthélémy Saint-Hilaire, il y a quelques jours, de la dépêche de lord Granville dont vous m'annoncez la publication.

M. SiENKiEwicz, agent et consul général de France en Egypte, ,à M. Gambetta, ministre des affaires étrangères.

Le Caire, le 28 novembre 1881.

Monsieur le ministre, la Chambre des notables, qui doit se réunir le 23 décembre prochain, peut exercer une iiiffuence considérable sur les destinées de TÉgypte. Il est indispensable que les ministres égyptiens prennent, dès aujourd'hui, toutes les mesures nécessaires pour s'assurer

iioe majorilé respectable et pour éviter que des projets trop aventureux ne soient adoptés. Tai commencé, il y a plusieurs jours, à appeler sur ce point l'attention des ministres et notamment celle du président du conseil, et je ne cesserai, pendant toute la période qui nous sépare encore du 23 décembre, d'agir dans le môme sens.

Chérif-Pacha, que j*ai longuement entretenu aujourd'hui, m*a paru admettre que la responsabilité ministérielle fût votée, non point par la Chambre actuelle, mais par celle qui sera nommée d'après la nouvelle loi électorale qui fera probablement l'objet des premières délibérations des notables.

SiENKIBWICZ.

M. Gambetta, ministre des afifaires étrangères, à M. Ghallemel-Lacour, ambassadeur de la République française à Londres.

Paris, le (5 décembre 1881.

Monsieur, j'ai eu hier avec Tambassadeur d'Angleterre un entretien important, dont je crois utile, pour votre information personnelle, de vous faire connaître les traits principaux.

J'ai demandé à lord Lyons si la situation de TÉgypte ne lui paraissait pas de nature à faire naître en ce moment d'assez vives appréhensions. J'ai cru devoir traiter ce point avec quelque insistance, et je n'ai pas caché à mon interlocuteur que l'avenir de l'Egypte me paraissait plein d'incertitude. D'une part, un gouvernement animé de bonnes intentions, mais faible et toujours à la merci d'un mouvement militaire, en raison même de son origine; d'autre part, une armée apaisée en apparence, mais travaillée par des intrigues et toute prête à suivre des chefs ambitieux entre les mains desquels elle forme une force sans doute peu redoutable en elle-même, mais absolument dépourvue de contrepoids. Combien durerait un équi-

libre aussi instable? Ne seraitril pas troublé demain par les revendications de la Porte, par les convoitises de Tancien khédive Ismaïl dont on rencontre à chaque instant la main dans les intrigues égyptiennes, ou bien encore par les prétentions du prince Halim qui se présente aux partis comme le sauveur éventuel de rÉgypte? Pour sortir de cette obscurité, on avait fait appel à rélément national, en convoquant une Chambre des notables. Mais là encore, on se trouvait en face de Tinconnu, et rien ne pouvait faire prévoir ce que produirait en définitive Tassemblage d'hommes inexpérimentés sollicités en sens divers par toutes les rivalités qui se partagent TÉgypte.

J*ai ensuite demandé à lord Lyons si le moment ne lui paraissait pas venu, pour les deux puissances les plus directement intéressées à la tranquillité de rÉgypte, de concerter encore plus étroitement leur action et de se communiquer avec une entière franchise les réflexions que cet état de choses pouvait leur suggérer. Pour aller au plus pressé, ne conviendrait-il pas, quant à présent, de soutenir énergiquement d'un commun accord le gouvernement de Tewfik- Pacha, en nous efforçant de lui inspirer une confiance absolue et exclusive dans notre appui? Mais il pourrait arriver que des circonstances étrangères à notre volonté vinssent ébranler le gouvernement du khédive. Serait-il prudent que la France et TAngleterre se laissassent prendre au dépourvu par une catastrophe de ce genre?

En un mot, je pensais qu'il serait utile que les deux gouvernements se missent d'accord, sans plus de retard, sur les moyens les plus propres soit à prévenir une crise, s'il est possible d'en empêcher l'explosion, soit à y remédier, si elle est inévitable.

Lord Lyons m'a paru entrer complètement dans ces vues ; il m'a dit qu'il partageait mes préoccupations et qu'il s'empresserait d'en faire part à son gouverne-

ment en lui témoignant mon désir de connaître aussi prochainement que possible les réflexions ou les suggestions que rétat de TÉgypte inspirerait aux ministres de la reine. '

M. SiBNKiBwicz, agent et consul général de France en Egypte, à M. Gambbtta, ministre des affaires étrangères.

Le Caire, le 20 décembre 1881.

Monsieur le ministre, il résulte de mes renseignements que la Porte suit avec une certaine attention les affaires iÉgypie. Elle a fait ses réserves, au sujet du droit que prétend avoir le gouvernement égyptien de conclure des traités de commerce, et elle vient encore de rappeler au khédive qu'elle ne saurait admettre que la Chambre des notables prit les allures d*un Parlement. Ce dernier avertissement a eu pour résultat de restreindre les prérogatives accordées à la Chambre parle règlement auquel Chérif- Pacha travaille en ce moment.

Il est, d'ailleurs, d'autant plus difficile de prévoir exactement la tournure que prendront les débats de la Chambre que la plupart des notables délégués sont peu connus.

Les troubles de Suez ont démontré, d'autre part, ce que je n'ai cessé d'affirmer, à savoir que l'ensemble de la population égyptienne est profondément calme et qu'il n'y a à redouter que les excitations des agents de désordre.

En ce qui concerne le budget de l'armée, il sera augmenté d'une somme de 100,000 livres environ. Mais les contrôleurs exigent avec raison que le ministre de la guerre présente un état des dépenses projetées. H est à craindre, en effet, qu'après avoir dépensé pour l'augmentation de Tefiectif tous les crédits votés, le ministre de la guerre ne vienne ensuite réclamer de nouvelles sommes pour Thabillement, la nourriture ou tel autre besoin de l'armée. Il était impossible de ne pas tenir compte des demandes du ministre de la guerre, dans une certaine mesure ; mais il est nécessaire que l'on reste dans les limites fixées par le budget.

La Chambre doitse réunir le 26 de ce niois,et son altitude exercera une grande influence sur la marche des affaires.

SiENUKWICZ.

M. SiBNKiBwicz, agent et consul général de France en Egypte, à M. Gâmbetta, ministre des affaires étrangères.

Le Caire, le 25 décembre 1881.

Monsieur le ministre, le budget de la guerre vient d'être élevé, pour Tannée 1882, à 522,961 livres égyptiennes. Arrêté, pour Tannée 1881, à 368,000 livres égyptiennes, Taugmentation de solde accordée aux ofRciers, dans le courant de cette année. Ta porté d'abord à 422,964 livres égyptiennes. Enfin le vote récent d'un crédit de 100,000 livres égyptiennes motivé par l'insuffisance de l'effectif actuel de Tarmée^ lui a fait atteindre le chiffre de 522,961 livres égyptiennes.

Les prétentions du ministre de la guerre visaient des crédits bien plus considérables. 11 s'était pour ainsi dire engagé envers les colonels à faire admettre par le Conseil que Teffectif serait fixé à 18,000 hommes, se réservant de réclamer ensuite les crédits nécessaires pour armer, vêtir, loger et nourrir les hommes qu'il appellerait sous les drapeaux. Mais les contrôleurs généraux ont évité ce danger en remettant au conseil des ministres une note par laquelle,sanâ se préoccuper de Teffectif, ils précisent de la manière la plus nette qu'aucun crédit supplémentaire ne pourra être voté pendant l'exercice prochain. Si Ton tient compte des circonstances dans lesquelles se trouve actuellement l'Egypte, on peut considérer comme satisfaisante la solution qui a été donnée à cette question particulièrement délicate de Teffectif de T armée.

SiENKIEWICZ.

M. SiBNKiEwicz, agent et consul général de France en Egypte, à M. Gambbtta, ministre des affaires étrangères.

Le Caire, le 23 décembre 1881.

Monsieur le ministre, je suis heureux de pouvoir annoncer

à Votre Excellence que l'incident de Suez est entièrement terminé. Plusieurs soldats, fauteurs de désordre, ont été arrêtés et envoyés au Caire où ils passeront devant un conseil de guerre. Chérif-Pacha m'a même promis que la garnison de Suez serait changée. 11 est, d'ailleurs, reconnu que le soldat dont la mort a occasionné tout ce trouble, a été tué par des bédouins.

SlENKIEWlCZ.

M. SiBNKiEwicz, agent et consul général de France en Egypte, à M. Gambetta, ministre des affaires étrangères.

Le Caire, le 27 décembre 1881.

Monsieur le ministre, j'ai l'honneur d'adresser ci-joint à Votre Excellence le texte du discours que le khédive a prononcé à l'ouverture de la Chambre des délégués des notables égyptiens qui a eu lieu le 26 de ce mois.

SlENKIEWlCZ.

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