‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 2 sur 38 · SUR LES PÉTITIONS DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

SUR LES PÉTITIONS DES ÉVÊQUES

Prononcé le ^2 juillet 187 i

Les archevêques de Rouen, de Cambrai, de Tours, de Toulouse, d'Auch, de Chambéry, de Rennes, de Sens, d'Aix, de Bourges, de Bordeaux, les évoques d'Alger, de Séez, de Coutances, de Bayeux, d'Évreux, d'Arras, du Mans, de Laval, d* Angers, de Mantes, de Carcassonné, de Pamiers, de Bayonne, de Tarbes, d'Aires, de Maurienne, d'Annecy, de Tarentaise, de Quimper, de Saint-Brieuc, de Vannes, de Moulins, de Nevers, de Troyes, de Digne, de Fréjus et Toulon, de Nice, de Marseille, de Gap, de Limoges, de Clerraont, de Saint-Fiour et du Puy, avaient adressé à l'Assemblée nationale des pétitions demandant à l'Assemblée d'inviter le gouvernement à se concerter avec les puissances étrangères, afin de rétablir le souverain pontife dans les conditions nécessaires à sa liberté d'action et au gouvernement de l'Église catholique.

Le 22 juillet 1871, MM. Pajot et de Tarteron présentèrent, au nom de la commission des pétitions, deux rapports, également violents, sur les pétitions des évêques. <( La France ne saurait oublier, disait M. Pajot, qu'elle a toujours trouvé sa grandeur morale dans le soutien de la papauté, de l'Église et des opprimés... Nous ne saurions faire appel aux armes dans la situation où nous sommes; mais nous pouvons faire

un appel à l'Europe entière pour un intérêt universel. C'est à notre diplomatie qu*ii faut confier la question , puisque nous ne pouvons faire autrement; mais, selon notre droit, nous réservons l'avenir. »

MM. Pajot et de Tarteron concluaient en demandant le renvoi des pétitions au ministre des affaires étrangères, a par respect pour la liberté des consciences et la foi des traités ».

M. Thiers répondit aux rapporteurs avec autant d'habileté que de patriotisme : « Il y a un fait accompli, dit le chef du pouvoir exécutif, l'Italie est une ; je ne suis pas l'auteur de cette unité, et moins que personne je puis être mis encore en cause. Il j a aujourd'hui un royaume d'Italie qui compte dans les grandes puissances européennes. Que voulez-vous y faire? Il ne faut pas nous imposer une diplomatie qui aboutirait à ce que vous désavouez, la guerre. Ne nous imposez pas, sous des termes couverts, une tâche que vous n'accepteriez pas vous-mêmes... Quand toute l'Europe compte avec l'Italie, voulez-vous que je prépare avec elle des rapports compromettants pour l'avenir? Je ne puis le faire. Vous ne voulez pas la guerre, dites- vous? Ne me demandez pas alors une politique qui serait inconséquente si je ne la poussais jusqu'au bout. »

M. Dupanloup répondit à M. Thiers par une longue homélie. La gauche demande l'ordre du jour par et simple. M. Target dépose l'ordre du jour suivant : « L'Assemblée, s'associant aux nobles et patriotiques sentiments exprimés par M. le chef du pouvoir exécutif, renvoie les pétitions à M. le ministre des affaires étrangères. » M. Marcel Barthe dépose un autre ordre du jour : « L'Assemblée nationale, conflante dans le patriotisme et la prudence du chef du pouvoir exécutif de la République, passe à l'ordre du jour. »

M. Thiers demande la parole :

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Messieurs, je vous demande pardon de reparaître à cette tribune, mais une explication est nécessaire. Je ne veux pas rouvrir la discussion qui est close ; mais on vient de vous lire plusieurs résolutions.

Quant à moi, je le répète, après vous l'avoir dit tout à rheure, que chacun vote suivant ses instincts, ses

sentiments, ses convictions ; je respecterai le vote de chacun, et en cela je ne remplirai qu*un devoir bien simple. Je n'attache d'importance qu'à ceci : c'est que la politique du gouvernement ne soit engagée que dans la limite que j'ai tracée tout à l'heure. De divers côtés. — Oui ! oui ! — C'est évident!

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — JC UC chcrchC à

échapper à aucune difficulté. Pour nous, pour nos personnes qui ne sont rien dans ce grand débat, il n'y a pas de difficultés. Vous voulez bien nous dire que nous possédons votre confiance. Il ne s'agit pas de nous; je ne cherche pas à éluder les difficultés qui ne nous touchent pas personnellement, je cherche à éclairer la question devant vous, devant la France, devant le monde. {Très bien! très bien!)

Je vous le dis franchement, je ne commettrai pas d'imprudence. {Nouvelle approbation.) Je ne compromettrai pas la politique du pays... {Applaudissements;) fiez-vous-en à mon patriotisme. Je défendrai les intérêts de la religion. Mon devoir incontestable est d'assurer le plus possible, seul ou accompagné des puissances catholiques, la complète indépendance du saint-siége. {Bravo/ bravo/)

Maintenant, quant aux résolutions proposées, je n'ai pas do choix à faire. Si j'en avais un, je demanderais les expressions qui se trouvent dans cet ordre du jour motivé, que le hasard me met sous la main et que je ne connaissais point; celui où il est dit : « Confiante dans le patriotisme et la prudence du chef du pouvoir exécutif, l'Assemblée passe à l'ordre du jour. »

Vous pouvez m'en coire, ce n'est pas un éloge que je demande; je demande que cette recommadation de prudence qui se trouve ici, je n'ose pas dire de patriotisme, — vous l'attendez de moi, — se trouve consignée dans votre vote.

Je ne demande aucun ordre du jour, je n'en con-

seille aucun ; seulement, je crois que celui-là répond à la réalité des choses et à vos sentiments mieux qu'aucun autre. [Très bien/ très bien!)

Maintenant, je descends de cette tribune, car vous n'avez plus de doute sur rengagement que je prends. Votre vote, quel qu'il soit, ne signifiera pour moi que ce que je viens de vous dire. {Applaudissements. )

M. Gambetta. — Je demande la parole. {Mouvement général. — Écoutez/ écoutez/) Messieurs, ce que j'ai à dire...

M. LE PRÉSIDENT. — Veuillez le venir dire à la tribune.

Sur un grand nombre de bancs. — Oui ! oui I à la tribune!

M. Gambetta, à la tribune. — Messieurs, je n'ai absolument que deux mots à dire à l'Assemblée, et c'est pour cela que je prenais la liberté de les dire de ma place pour ménager ses instants.

Nous avions, avant le discours du chef du pouvoir exécutif, déposé une demande de scrutin et une demande d'ordre du jour pur et simple sur les conclusions de la commission, ou des commissions qui avaient rapporté les pétitions, mises en délibération aujourd'hui devant vous.

Cette demande d'ordre du jour, après les déclarations si nettes, si précises, si fermes sur la politique de nos relations extérieures avec l'Italie et le saintsiège, qui ménagent à la fois leurs libertés, les droits de la conscience et la paix européenne, nous la retirons et nous nous rallions à l'ordre du jour même auquel s'est rallié le chef du pouvoir exécutif. (Applaudissements à gaucfie. — Mouvements divers.)

M. DE Tarteron, rapporteur. — Messieurs, un seul mot : la commission accepte cet ordre du }ouv {Bi*avo/ Bravo/ à droite), l'ordre du jour de M. Target.... {Bruits et agitation.)

M. LE PRÉSIDENT. — Mcssicurs, la délibération n'est

40 ASSEMBr.ËB NATIONALE.

pas finie. Je vous demande du calme et du silence.

On vient de me remettre un nouvel ordre du jour. {Exclamations),

Je vais vous faire connaître cet ordre du jour, accompagné, comme Tautre, d'une demande de scrutin. Je vous consulterai sur la priorité et vous voterez ensuite. {Bruits divers.)

Mais veuillez, je vous en supplie, rester en place.

MM. de la Rochette, vicomte de Rodez-Bénévent, du Temple, comte de Tréville, baron de Vinols, de Colombet, vicomte de Lorgeril, comte de Bois- Boissel, Combler, de Carayon-Latour, de Belcastel, Ferdinand Boyer, vicomte d*Aboville, comte de Cornulier-Lucinière, marquis de Lur-Saluces, marquis de Franclieu, comte de Cintré, Dezanneau, vicomte de Kermenguy, de Gavardie, Adnet et Dumon ont déposé un ordre du jour motivé, accompagné d'une demande de scrutin.

En voici les termes :

« L'Assemblée nationale, fidèle aux traditions de la France à l'égard de TÉglise et de la papauté, s'associe aux protestations formulées par les éloquents rapporteurs... {Rumeur), renvoie la pétition au chef du pouvoir exécutif, et passe à l'ordre du jour. » {Exclamations diverses. — Mouvement prolongé.)

Je ferai remarquer aux auteurs de la résolution que je viens de lire, que ce n'est point là un ordre du jour. {C'est évident!)

Ils reprennent les conclusions de la commission et, demandent le renvoi au ministre des affaires étrangères. C'est en vain qu'ils ajoutent « et passe à Tordre du jour», la résolution est un renvoi. Conséquemment, on ne fait que reprendre purement et simplement les conclusions de la commission dans cette résolution. {Marques générales d'approbation.)

Plusieurs voix à droite. — C'est ce que nous demandons!

22 JUILLET 187L il

M. LE PRÉSIDENT. — Vous Evez donc, Messieurs, Tune ou l'autre de ces deux résolutions à prendre : ou Tadoption des conclusions des commissions, ou Tordre du jour motivé, qui est exclusif de ces conclusions, auquel M. le chef du pouvoir exécutif se rallie.

Une voix. — Et accepté par la commission.

Autres voix. — C'est une erreur I

M. LE PRÉSIDENT. -^ Et qu'uu des rapporteurs, par erreur, a déclaré adopter, car ce n'est pas Tordre du jour de M. Marcel Barthe, mais celui de M. Target que la commission entendait accepter.

M. DE Tarteron, rapporteur. — Oui! Oui! C'est cela!

M. LE président. — La chose étant bien entendue, je vais consulter l'Assemblée sur Tordre du jour qui doit avoir la priorité.

L'ordre du jour de M. Barthe n'est accompagné d'aucune demande de scrutin public.

Un membre à gauche. — Nous demandons qu'on y applique notre première demande de scrutin.

M. Léonce de Guiraud, — Il est trop tard, l'épreuve est commencée. {NonI non! — SU si/)

M. LE PRÉSIDENT. — Il uc faut pas qu'on puisse remettre au bureau des demandes générales de scrutin public, préparées d'avance. Il faut que la demande s'applique expressément à la question qu'il s'agit de résoudre.

M. Cyprien Girerd. — C'était notre intention.

M. le président. — Voici donc une demande de scrutin public qui s'applique à Tordre du jour proposé par M. Barthe. Elle est signée de MM. Berlet, Grandpierre, Edmond Turque t, Claude (Meurthe), Cyprien Girerd, Contant, Viox, La Flize, AiMîelpn, Deschange, Joigneaux, M. A. Brice, Bamberger, Tirard, Godin, Gambetta, Boysset, Martin Bernard, Fefnier.

Plusieurs membres. — Mais nous ne connaissons. pas cet ordre du jour! (Allons donc!)

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Rclisez-le, Monsieur le président.

M. DucuiNG. — Relisez l'ordre du jour auquel se rallie M. Thiers.

M. LE PRÉSIDENT. — Puisquo VOUS le désirez, je relis encore une fois Tordre du jour de M. Marcel Barthe, et je répète que c'est celui qui a été accepté par M. le chef du pouvoir exécutif.

Voie dioef'ses, — Non ! non ! — Si 1 si I

Un membre. — Il a dit qu'il le préférait, et non qu'il l'acceptait.

M. LE PRÉSIDENT. — L'Asseiublée a entendu les paroles de M. le chef du pouvoir exécutif : il a dit que c'était celui qui lui agréait le plus. [Ouit oui!)

M. LE COMTE DE JuiGNÉ. — M. Thicrs a dit qu'on pourrait prendre celui qu'on voudrait.

M. LE PRÉSIDENT. — Je vais cousulter l'Assemblée.

M. Keller. — Je demande la parole pour expliquer mon vote. {Avx voix! aux voix!)

M. LE PRÉSIDENT. — Je uc puis pas vous donner la parole : la discussion a été close.

M. Baragnon. — M. Gambetta a bien parlé depuis I

M. Keller. — Je vous demande la parole sur la position de la question.

M. le PRÉSIDENT. — Permettez! Quand vous me demandez la parole pour expliquer votre vote, je n'ai pas pu vous l'accorder, attendu que la discussion est

close [Rumeurs,) Je vous l'accorde sur la position

de la question, mais à la condition que vous y resterez et que vous n'en profiterez pas pour expliquer votre vote.

M. LE COMTE DE JuiGNÉ. — M. Gambctta a bien expliqué le sien !

M. Keller. — Je n'ai qu'un mot à dire sur la position de la question.

Nous sommes en présence d'un ordre du jour qui est accepté par M. le chef du pouvoir exécutif; mais,

du moment que cet ordre du jour est également accepté par M. Gambetta, il change de signification... {Vives exclamations à gauche. — Applaudissements et agitation à droite et au centre»)

M. Gambetta. — Je demande la parole.

M. Keller, au milieu du hmit, — Je maintiens ma confiance à M. le chef du pouvoir exécutif, mais je ne veux point d'équivoque, et je demande le renvoi au ministère.

M. LE PRÉSIDENT, à M, KellcT, qui est descendu de la tribune. Je proteste contre cette manière d'usurper la parole et de rentrer dans le débat malgré le président et malgré le règlement.

M. Gambetta. — Je connais cette tactique... {Bruit. — Parlez! parlez!)

Je ne répondrai qu'un mot, c'est que je connais cette tactique qui consiste, quand on veut surprendre un vote ou tromper le pays, à jeter des personnalités dans le débat... {Exclamations à droite!) Cela s'appelle {Interruptions. )

Eh bien ! je ne veux pas vous laisser le bénéfice de cette manœuvre. Je suis attaqué, critiqué, suspecté, soit! Nous prendrons jour si vous voulez pour vider nos querelles... Jusque-là je ne me laisserai détourner par rien de mon devoir, et quand il s'agit des destinées de la patrie et de la paix européenne, que vous voulez follement compromettre... {Nouvelles et vives exclamations à droite), je ne me laisserai pas attirer sur ce terrain qu'il vous plait de choisir en ce moment : la discussion de ma personne. Je ne me défends pas aujourd'hui, mais je dis à M. Keller qu'il n'a pas le droit de faire des catégories. {Bruit.)

M. Keller. — Je demande à répondre un mot à l'observation que M. Gambetta vient de faire.

M. le président. — Je ne puis vous donner la parole.

M. Keller. — Je constate que vous me refusez la parole.

M. LE PRÉSIDENT. — Ouî, MonsieuF, je vous la refuse. Vous n'avez pas la prétention de faire violence au président et au règlement? {Agitation.)

(Au milieu du bruit s'échangent et se croisent des interpellations impossibles à saisir. Des groupes se forment des deux côtés de la tribune et devant le banc de M. le chef du pouvoir exécutif.)

M. LE PRÉSIDENT. — J'engage MM. les représentants qui se tiennent au pied de la tribune à reprendre leurs places, et je déclare que si ce désordre continue, je vais suspendre la séance... {Oui! ouil — Très bien! tf^s bien!)

(Messieurs les représentants regagnent leurs places et le silence se rétablit peu à peu.)

M. LE PRÉSIDENT. — M. Pajot, rapporteur d'une des deux commissions, vient, Messieurs, de monter au bureau pour me dire qu'il demandait la priorité pour les conclusions de la commission. Je lui ai fait remarquer que c'était formellement contraire au règlement, qui accorde la priorité à Tordre du jour. Il m'a chargé de dire à l'Assemblée qu'il persistait dans les conclusions de la commission.

D'un autre côté les auteurs de Tordre du jour qui m'a été remis en dernier lieu, et que j'ai lu, déclarent que, dans leur pensée, cet ordre du jour n'est autre chose que la reprise pure et simple des conclusions de la commission. Je vais mettre aux voix Tordre du jour...

Un membre, — L'ordre du jour pur et simple?

M. LK PRÉSIDENT. — Nou pasTordrc dujourpur et simple, mais Tordre du jour déposé par M. Marcel Barthe, et dont je donne une nouvelle et dernière lecture.

« L'Assemblée nationale...

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Je demande la parole.

M. LE PRÉSIDENT. — M. Ic chef du pouvoir exécutif a la parole.

n JUILLET 187L 45

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — McSSieUFS, si

je n'étais mû par un sentiment irrésistible, je fuirais la difficulté, et je ne monterais pas encore une fois à cette tribune. Mais je vous en supplie, au nom des plus grands principes, au nom des plus chers intérêts de notre pays, permettez-moi de dire ce que je vais dire ici... Ne m'interrompez pas, veuillez écouter ma dernière parole pour me juger.

Je n'ai point recherché Tordre du jour de M. Marcel Barthe.

M. Marcel Barthe. — Non ! C'est vrai I

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Je uc counaîs point M. Marcel Barthe; je ne suis à aucun degré l'auteur de cette rédaction ; je l'ai acceptée, non pas parce qu'elle contenait un éloge pour ma malheureuse personne... {Interception,) ^

De grâce, écoutez-moi, ne m'interrompez pas I

Je l'ai acceptée parce que le mot de prudence indiquait la mesure dans laquelle je pouvais m'associer à vos désirs. Ce mot était si indiqué d'ailleurs, que les rapporteurs de vos deux commissions l'ont accepté.

Maintenant, M. Gambetta est venu et a dit qu'il l'acceptait aussi. Eh bien, Messieurs, moi, je ne recherche l'accord avec personne, mais je ne le fuis pas quand il vient à moi. {Applaudissements à gauche. — Rumeurs à droite,)

Et permettez-moi de vous le dire, et de vous le dire en vous suppliant, vous donneriez un exemple désas^ treux, et qui serait le signal de la désunion éternelle du pays, si vous pouviez venir faire une déclaration pareille à celle-ci : « Puisque tel ou tel collègue, dont « les sentiments ne sont pas les nôtres aujourd'hui, « accepte la même rédaction que nous, nous n'en « voulons plus! » {Très bien/ très bien/ — Vifs applaudissements à gauc/ie.)

Nous étions prêts d'arriver à l'union. Je ne dis pas que vous admettiez les opinions de ce côté de l'As-

semblée {la gauche), ni que ce côté de T Assemblée admettre les vôtres; non! mais, sur ce point, nous arrivions à nous entendre, sur ce point seulement. {Bruit à droite.)

Eh bien, c'est à ce moment que Thonorable M. Keller, dont j'estime et j'honore le patriotisme et la sincérité, — je lui en demande pardon, qu'il me permette dans cette situation solennelle et grave de lui dire la vérité, — c'est à ce moment que M. Keller a laissé échapper une parole malheureuse. {Oui/ oui/ — Non/ non/)

Messieurs, écoutez-moi de grâce I Quoi , dans une situation comme celle où nous sommes, dans un temps où nous ne pouvons nous sauver que par l'accord, — je ne dis pas l'accord impossible des extrêmes, — mais l'union qui doit être notre inspiration continuelle, vous venez prononcer les paroles de la discorde elle-même, car si la discorde avait une voix, elle n'en prononcerait pas d'autres. {Mouvement. — Très bien/ très bien/ — Applaudissements à gaucfie.)

Je n'ai pas les opinions de M. Gambetta : la France le sait depuis six mois et depuis longtemps; il n'a pas les miennes, et nous ne sommes pas appelés à nous rencontrer {Interruptions à droite) ; mais. Messieurs, jamais je ne prononcerai de telles paroles qui, je le répète, sont celles de la discorde elle-même; jamais je ne dirai : Parce que tel de mes collègues, sur un point, s'est rencontré avec moi. je fuis l'opinion que j'ai exprimée tout à l'heure. {Approbation sur divers bancs.)

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — TrèS

bien ! très bien !

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — De grâcc, en m'invitant à abandonner cet ordre du jour, dont je ne suis pas l'auteur, mais auquel je m'étais rallié, auquel vous vous étiez ralliés vous-mêmes

Sur plusieurs bancs à droite et au centre. — Oui ! mais entendu dans un certain sens !

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Ne me faites pas commettre une inconvenance souveraine. Votez comme vous voudrez; mais, quant à moi Je ne retirerai pas Tadhésion que j'avais donnée, je ne la retirerai pas, parce que tel ou tel de mes collègues y est venu ajouter son approbation. {Bravos et applaudisse^ ments à gattche. — Rumeurs sur plusieurs bancs à droite et au centre.)

Ainsi, Messieurs, nous allions trouver Tunion sur un des points les plus capitaux de la politique contemporaine; nous allions la trouver pour un moment, et voilà qu'elle va nous échapper 1

Quant à moi je résume mon opinion par ces mots que je répète : Je ne cherche l'accord avec personne ; mais, quand il arrive, je ne le fuis point. {Applaudissements prolongés à gauche.)

M. Keller. — Je demande la parole.

A gauche. — Aux voix ! aux voix I

M. Keller. — Messieurs, je fais appel, je ne dirai pas à votre bienveillance, mais à votre justice pendant un instant seulement.

A droite et au centre. — Parlez ! parlez I

M. ELeller. — Il m'est impossible de rester sous le coup des paroles que M. le chef du pouvoir exécutif m'a adressées directement, en me disant que j'étais ici la voix de la discorde.

A gauche. — Oui I oui I

A droite et au centre. — Mais laissez donc parler !

M. Keller. — En d'autres temps, le jour où le pays a été en danger, j'ai mis ma main... {Bruyantes exclamations à gauche) j'ai mis ma main dans la main de l'honorable député dont j'ai prononcé le nom à cette tribune; je l'ai secondé de mes faibles efforts.

M. DE Saisy. — C'est vrai; l'Alsace en est le témoin; vous avez vaillamment défendu les frontières de la patrie !

M. Keller. — J'ai rendu justice à ceux qu'il a faits

lui-même pour la défense du pays. {Nouvelles exclamations sur les mêmes bancs.)

Ce que je veux éviter ici, en ce moment, ce n'est pas Tunion, c'est l'équivoque.

A gauche. —- Allons donc I allons donc !

M. Keller. — Si j'étais d'accord avec l'honorable M. Gambetta, je serais heureux de le constater; mais il est certain que, sur la question qui s'agite, nous n'avons pas le même sentiment, et que nous n'attendons pas les mêmes résultats de la prudence et de la sagesse de M. le chef du pouvoir exécutif.

Un memb7'e à gauche. — Qu'en savez-vous ?

M. Keller. — Aussi, tout en maintenant à M. le chef du pouvoir exécutif l'expression de ma confiance, je demande à exprimer cette confiance par le renvoi au ministre des affaires étrangères, qui avait été accepté par M. Thiers au début de cette discussion. [Aux voix! aux voix!)

M. DuPANLoup monte à la tribune , et sa présence y est accueillie par les applaudissements prolongés des membres siégeant au centre et à droite.

Un membre à gauche. — Le débat est closl Aux termes du règlement on ne peut plus prendre la parole.

Au centre et à droite. — Laissez parler ! laissez parler!

M. ScHOELCHER et quclqucs membres à gauche, tenant en mains des exemplaires du règlement, demandent la parole avec une grande vivacité ; mais le bruit ne permet pas de saisir quel est le sens précis de leurs réclamations.

M. LE PRÉSIDENT. — Je voudrais savoir qui a la prétention de diriger le débat; je voudrais que ceux qui troublent systématiquement le débat se levassent, afin que je pusse les distinguer.

J'ai accordé la parole à W l'évoque d'Orléans,^personne n'a le droit de l'empêcher de parler.

M. DuPANLOUP. — Messieurs, je suis peu, très peu même au courant des mouvements et, si je puis me servir de ce mot, des agissements de la stratégique parlementaire : de sorte que, dans ma simplicité, je suis étonné de l'agitation qui nous émeut tous.

Dans le sentiment qui m'inspire, je dirai simplement : L'ordre du jour motivé qui vous a été proposé me convient parfaitement

A gauche, — Eh bien?

A dîvite et au centre. — Mais laissez donc parler l'orateur !

M. DuPAj^LOUP. — ...Et les paroles contenues dans cet ordre du jour, celles qui s'adressent à M. le président du conseil, chef du pouvoir exécutif, expriment exactement mes sentiments et mes pensées pour lui. Je n'ai donc aucune objection à faire à cet égard.

Mais

Quelques voix. — Ah I il y a un « mais ».

M. DuPANLOUP. — Mais on dit, — permettez-moi de répéter ces paroles, — mais on dit : Il y a là un piège, une équivoque I

A gauche. — Ah I ah !

M. DuPANLOup. — Permettez, Messieurs... Je ne dis pas que ce soit, — je ne suis pas assez connaisseur pour cela {On rit), mais, en tout cas, je trouve qu'il est très facile de dissiper l'équivoque s'il y en a une.

Le nom de M. Gambetta n'est pas à lui seul un épouvantail : si M. Gambetta admet, dans le sens de M. Thiers, les sentiments et les pensées que M. Thiers a exprimés et auquels on rend hommage en insérant, si je ne me trompe, dans l'ordre du jour, les mots « patriotisme, dévouement à Tindépendance du saintsiège... »

A gauche. — Mais non I mais non !

A droite. — Ah I ah !

Un membre à gauche. — L'ordre du jour dit seule-

ment <( prudence et patriotisme », il ne parle pas do dévouement au saint-siège.

M. DuPANLOUP. — Soit! j'admets ces deux mots; mais je les entends dans le sens que M. Thiers les a expliqués plusieurs fois. {Vifs applaudissements à droite et au cent7'e.)

Si vous les entendez comme lui, vous, monsieur Gambetla et vos amis, je n'ai rien à dire, et je suis heureux que tous nous n'ayons qu'une pensée sur le point très grave qui nous occupe... (Applaudissements) et que ce soient la pensée et le sentiment de M. le président du conseil. Quelles que soient les explications, et, si Ton veut, les habiletés, peu m'importe : dans ma droiture, je m'en tiens avec précision et fermeté à ce qui a été développé par M. le président du conseil; et, pour vous dire simplement ma pensée, le reste m'importe peu. {Très bien/ très bien/ Vive agitation,)

M. Langlois se précipite vers la tribune. {Aux voix/ aux voix/)

A gaucfie. — Laissez parler M. Gambetta I

M. Gambetta. — Messieurs, ce n'est pas une réponse que je viens faire à l'éminent prélat qui descend de cette tribune. Seulement, je tiens à dire, afin d'apporter de mon côté aussi une égale sincérité et une égale précision dans le vote, qu'il est certain que, lorsque nous nous sommes ralliés à l'ordre du jour de M. Marcel Barlhe, et que nous avons eu cette bonne fortune de le voir choisi, entre tous, par le chef du pouvoir exécutif de la République française, nous avions fait un pas dans le débat. En effet, — et c'est le dernier mot que je dis, — je me rappelle que vous avez consacré la journée à demander le renvoi au ministre des affaires étrangères et que l'ordre du jour le repousse. {Vive ad/iésion à gaucfie. — Bt^it prolongé,)

Sur plusieurs bancs. — La clôture I la clôture !

M. LE PRÉSIDENT. — Je vais mettre aux voix la clôture.

2t JUILLET 1871. 51

M.DuPANLOUP reparaît à la tribune. (Parlez/ parlez/)

M. DucuiNG. — Et le règlement?

A gaucJie, — La clôture ! Nous demandons la clôture !

M. LE PRÉSIDENT. — Vous persistcz à demander la clôture?...

A gauc/ie. — Oui ! oui !

M. LE PRÉSIDENT. — Je mets aux voix la clôture de la discussion, ou plutôt de l'incident qui s'est élevé depuis la discussion.

(L'Assemblée, consultée, repousse la clôture.)

M. LE PRÉSIDENT. — Maintenant, je vous en supplie, Messieurs ! je pense que l'Assemblée voudra bien faire silence, puisqu'elle a décidé la continuation du débat.

M. DuPANLOUP. — Messieurs, puisque je me trouve engagé plus que je ne le voudrais dans ce grave incident, j'ajouterai quelques paroles à celles que vous venez d'accueillir avec tant de bienveillance.

Je remercie l'honorable M. Gambetta d'avoir bien voulu venir, à cette tribune, dire une parole qui lève une équivoque, laquelle demeurait au fond des choses et n'était digne ni de lui ni de nous. {Très bien/) On entendait que, dans cet ordre du jour, le renvoi au ministre des affaires étrangères était' repoussé. Nul de nous ne l'entendait Siin^i, {Rumeurs à gauche. — C'est vrai/ c'est vrai/ à droite et au centre,)

Je demande donc simplement qu'à l'ordre du jour, qu'aux paroles si justes exprimait la confiance que nous avons tous dans la prudence et dans le patriotisme de M. Thiers, on ajoute : le renvoi au ministre des affaires étrangères. {Assentùnent au centre et à droite. Aux voix/ aux voix/)

M. LE PRÉSIDENT. — La parolc est à M. le chef du pouvoir exécutif.

M. LE coEF DU POUVOIR EiÉcuTiF. -^Mcssteurs, hélasl tandis que nous cherchons l'union et tjueïious^ croyons l'avoir trouvée, elle nous îmil {Légère mien'upiion,)

M^^ l'évoque d'Orléans venait de dire qu'il acceptait

Tordre du jour, et il Tavait fait dans des termes dont, assurément, Thonorable M. Gambetta n'avait point à se plaindre.

Maintenant, M. Gambetta a fait une remarque qui était dans son droit, dont je ne le blâme pas, mais qui fait naître nécessairement un dissentiment avec la majorité de cette Assemblée.

Quelques voix à gauche. — Gomment! la majorité?

Autres voix au centre et à droite. — C'est évident!

M. LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF. — Je suis loiu de blâmer M. Gambetta. J'ai protesté tout à l'heure contre la pensée de se refuser à un vote parce qu'un personnage d'un nom livré, comme tous nos noms le sont aujourd'hui, aux violences des partis, venait s'ajouter à un vote. J'ai protesté contre une pareille manière de raisonner. Mais maintenant M. Gambetta semble, par les paroles qu'il vient de prononcer, se séparer profondément de ce que je que regarde, sur cette question, comme la majorité de l'Assemblée. {Mouvement.)

Eh bien, quant à moi, je vous l'ai dit, le renvoi, je ne l'ai pas repoussé, je l'accepte. Mais, prenez garde ! Je dois le dire aussi sincèrement que l'honorable évêque d'Orléans et que M. Gambetta, je ne puis l'accepter que suivant ma pensée. {Oui/ oui/ c'est cela!) Je ne puis pas adhérer, tout en les respectant, à toutes les paroles que les rapporteurs des deux commissions ont apportées à cette tribune. {C'est juste!)

Il ne suffit pas de ne pas vouloir la guerre, il ne faut pas suivre une politique qui compromettrait les relations du pays. {Approbation à gauc/ie.)

J'accepte le renvoi, avec le sens qui le précise : patriotisme et prudence. {T?'€s bien! — Apphiudissements sur un grand nombre de bancs.)

(M. Gambetta monte à la tribune.)

Plusieurs membres. — Vous ne pouvez pas prendre la parole.

A droite et au centre. — Aux voix! aux voix! La clôture.

M. Gambetta. — On a toujours le droit de répondre à un ministre. C'est un droit inviolable. {Assez/ assez!)

Un membre à M, Gambetta. — Voilà cinq fois que vous parlez.

M. DE Tarteron. — 11 n*y a pas de dictateuis ici !

M. DE Lestourgie. — Non ! pas de dictature ici ! Nous ne sommes pas à Bordeaux!

M. LE MARQUIS DE VoGUÉ. — M. le président du conseil n'a pas fait un discours ; il a donné une simple explication. Vous n'avez pas à lui répondre.

Voix nombreuses. — La clôture ! la clôture !

M. Gambetta. — Il y avait deux propositions... (/ntertuptions.)

A droite. — Non ! non! La clôture ! la clôture!

M. LE COMTE DE JuiGNÉ. — On n'a pas le droit de s'imposer à l'Assemblée. Nous avons demandé la clôture; elle doit être mise aux voix.

M. Gambetta. — A la suite... [Intef^^ptions et bruit).

M. le comte de Juigné. — Il faut consulter l'Assemblée pour savoir si elle veut entendre M. Gambetla. {Bruit.)

M. LE président. — Veuillez faire silence, Messieurs. Avez-vous la prétention de diriger la discussion à ma place ?

M. LE COMTE DR JuiGNÉ. — Je désirc qu'on consulte l'Assemblée.

M. LE PRÉSIDENT. — Jc désirc que vous gardiez le silence, comme c'est votre devoir. {Le bruit continue.)

M. Gambetta. — En vérité, Messieurs , nous donnons un spectacle affligeant, si nous n'avons pas le droit d'exprimer nos opinions. J'aurais déjà fini. {Bruit croissant.)

A droite. — Aux voix ! aux voix !

Sur quelques bancs. — Écoutez! écoutez!

M. LE président. — M. Gambetta ayant demandé

et obtenu plusieurs fois la parole dans le débat, je serais en droit, aux termes du règlement, de la lui refuser, s'il ne devait pas répondre à M. le chef du pouvoir exécutif. C'est à ce titre que je lui donne la parole, et je vous prie de l'entendre.

M. Gambetta. — Je serai d'ailleurs excessivement bref. (Bf*uyan(es interruptions à droite.)

Vous me répondrez. Messieurs! Cela vaudra mieux que de m'interrompre.

M. LE MARQUIS DE YoGUÉ. — On uc uous laissera pas vous répondre.

M. LE PRÉSIDENT. — Comment! Et à qui donc a-t-on refusé la parole?

M. LE MARQUIS DE VoGUÉ. — Puisque la clôture a été prononcée, on ne devra plus obtenir le droit de parler.

M. Gambetta. — A la suite d'une discussion... (Nouvelles et bfniyantes interruptions à droite.)

M. LE PRÉSIDENT. — Je rappellerai à l'ordre quiconque élèvera la voix. Il faut en finir. Messieurs! Il est sept heures un quart. Il y a une heure que nous sommes à discuter sur la position de la question. Cela n'est pas digne de l'Assemblée.

Un membf*e à droite. — La faute n'en est pas à nous ! M. Gambetta. — C'est sur la position de la question que je veux parler. (Le silence se rétablit,)

A la suite de la discussion qui avait eu lieu devant vous, on vous avait placés en présence de deux solutions, car l'ordre du jour pur et simple avait été retiré. Quelles étaient-elles? L'une était l'adoption pure et simple des conclusions de vos honorables rapporteurs, et le renvoi, car c'était le point même de ces conclusions, au ministre des affaires étrangères.

C'était la solution demandée par les rapporteurs, par les honorables pétitionnaires, par l'éloquent évoque d'Orléans. C'était donc là la manifestation précise...

n JUILLET 1871. 55

(Intert^piwns. — Écoutez/), la manifestation catégorique de vœux que je reconnais parfaitement respectables et dont vous ne pouvez pas une minute négliger de vous faire les défenseurs. (Humeur à droite.)

Qu'il se nomme, celui qui doute de la sincérité de ma conscience... {Vives et bî*uyantes exclamations à droite.) Vos cris collectifs restent impersonnels. Si vous voulez faire des interpellations individuelles, vos noms seront demain au compte rendu du Journal officiel; vous y trouverez une réponse et la mienne personnellement, s*il vous la faut.

A droite. — A Tordre ! à Tordre!

M. LE COMTE DE JuiGNÉ. — C'est uue provocatiou à TAssembléel A Tordre!

M. Gambetta. — Eh bien, en face de cette demande parfaitement claire et précise, le chef du pouvoir exécutif s'est levé, et, dans un langage que nous avons tous applaudi, il a réservé complètement son action, il a déclaré qu'il serait imprudent, — c'est le mot dont il s'est servi, — qu'il serait anti-patriotique, qu'il serait compromettant pour la paix européenne d'accéder à cette demande. (Exclamations à droite.)

Plusieurs membres. — Il n'a pas dit cela !

M. LE comte de Juigné. — Il n'as pas dit un mot de cela !

M. Gambetta. — Et alors un homme de cette Assemblée, M. Marcel Barthe s'est levé et a proposé un ordre du jour, qui n'était, permettez-moi de le dire, que le décalque du discours de M. le chef du pouvoir exécutif. (Dénégations à droite.)

Quel qu'il soit, voilà comment je l'ai compris et comme je le maintiens. Il y était dit, — faites-y attention, — en face de rapports demandant le renvoi au ministre des affaires étrangères, que nous nous en rapportions à la prudence du chef du pouvoir exécutif. (Exclamations à droite.)

M. LE MARQUIS DE Gastellane. — Vous faites un discours; vousne parlez pas sur la positionde la question.

M. Gambetta. — A rinstant même on revient sur le chemin qu'on avait fait, et, au lieu de s'en tenir à cet ordre du jour de M. Marcel Bartbe, que nous maintenons dans son fond et dans sa forme, on le rectifie et on revient aux conclusions du rapport. Nous voterons Tordre du jour en rejetant complètement l'addition qu'on veut y faire (Mouvements divers.)

Un membre à droite, — C'est bien ! on sait à quoi s'en tenir.

Voix nombf*euses, — Aux voix ! aux voix !

M. Langlois, dans l'hémicycle. — Ah 1 c'est la guerre avec l'Italie que vous voulez ! ( Vive agitation.)

(M. Langlois s'élance à la tribune, de vives exclamations et de nombreux cris : Aux voix! partent de diverses parties de la salle.)

M. LE PRÉSIDENT. — Mousicur Langlois, je vous prie de descendre de la tribune.

(M. Langlois descend de la tribune. Une longue agitation empêche M. le président de se faire entendre. Le silence ne se rétablit qu'au bout de quelques instants.)

M. LE PRÉSIDENT. — L'Asscmbléc se trouve en présence de trois résolutions qui lui sont proposées.

Il y a, par ordre de date, les conclusions du rapport, qui tendent au renvoi pur et simple des pétitions rapportées au ministre des affaires étrangères; en second lieu, un ordre du jour motivé, déposé par M. Marcel Barthe; et, en troisième lieu, il a été déposé, par MM. de Guiraud, Target, Delille, une résolution qui, — l'Assemblée va en juger, — n'est autre chose que la reprise, avec des motifs, des conclusions des commissions.

<( L'Assemblée, confiante dans les déclarations patriotiques et la prudence de M. le chef du pouvoir exécutif, renvoie les pétitions au ministre des affaires étrangères. » [Très bien/ très bien! à droite et au centre.)

Une voix. — La priorité pour cette résolution.

tî JUILLET 1871. 57

M. LE PRÉSIDENT. — La priorité est toute tracée; elle se détermine par le règlement.

L'Assemblée va être appelée à voter sur Tordre du jour motivé, proposé par M. Marcel Barthe. Ensuite, si Tordre du jour n*est pas adopté, elle aura à déterminer la priorité entre les deux résolutions, celle des commissions et celle de M. Target. {Intet^t'uptions et bruits divers,)

Il va être procédé au vote par scrutin public sur Tordre du jour de M. Marcel Barthe.

(Le scrutin est ouvert et les votes sont recueillis.)

M. LE PRÉSIDENT. — Voici Ic résultat du dépouillement du scrutin :

Nombre des votants 648

Majorité absolue 325

Pour Tadoption. ... 273

Contre 375

L'Assemblée n'a pas adopté.

M. Raoul DuvAL, monte à la tribune. (Exclamations et cris : Aux voixl aux voix/)

Un membre. — Quel est Tordre du jour que le gouvernement accepte?

M. LE PRESSENT. — 11 n'y en a plus, puisque Tordre du jour motivé vient d'être repoussé.

Je mets aux voix la résolution proposée par MM. de Guiraud, Target et Delille.

Les deux rapporteurs des commissions viennent de me déclarer qu'ils s'y rallient. {Tf^ès bien/)

Je n'ai donc plus que cette résolution à soumettre au vote de l'Assemblée.

Je la relis :

« L'Assemblée, confiante dans les déclarations patriotiques et la prudence de M. le chef du pouvoir exécutif, renvoie la pétition au ministre des affaires étrangères. »

Il a été déposé une demande de scrutin.

(Le scrutin est ouvert et les votes sont recueillis.) M. LE PRÉSIDENT. — Le dépouillement qui vient d'être fait du scrutin donne le résultat suivant :

Nombre des votants 513

Majorité absolue 257

Pour l'adoption. ... 431

Contre 82

L'Assemblée a adopté.

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