‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 6 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

U6 COMMISSION D'ENQUÊTK PARLEMENTAIRE.

M. Gambetta. — Je vous remercie, Monsieur le Président, je préfère continuer.

M. LE PRÉSIDENT. — Si quelque membre de la commission désire adresser des questions à M. Gambetta ?. . .

M. Dezanneau. — Dans la pensée de M. Gambetta, il était bon de faire appel au dévouement de tous les partis. Je lui demanderai alors pourquoi on a toujours pris des préfets et des sous-préfets parmi les hommes d'une opinion excessive, parmi les républicains les plus exaltés?

M. Gambetta. — La preuve que je ne les ai pas tous choisis, comme vient de le dire le membre qui m'interroge, c'est qu'il y a eu des préfets nommés par moi, qui sont devenus plus tard vos collègues. Ils ne sont pas des plus exaltés, ce me semble; vous ne pouvez pas parler ainsi de collègues qui siègent dans cette Assemblée. Il y en a qui ont été éliminés d'une façon tout à fait excessive, mais qui reviendront, comme MM. Mestreau, Gent et quelques autres.

Puis, permettez-moi de vous faire une observation. Il faut gouverner avec un parti au point de vue de la politique générale d'un pays. Ne croyez pas que j'aille jusqu'à l'exclusion de tous les partis, — sauf le parti bonapartiste, c'est une autre question, — mais je crois pouvoir affirmer qu'on ne fait de bonne politique, que lorsqu'on gouverne avec un parti. Quand ce parti est condamnéf il se retire et un autre parti le remplace.

Un membre. — C'est pour cela que vous avez fait les commissions municipales?

M. Gambetta. — Quand on est en république, le principal agent de l'administration, qui est le préifet, doit être républicain. Mais il y a une remarque à faire : c'est que, si vous ne choisissez les préfets que dans une seule nuance, vous obtenez de mauvais résultats; il faut les prendre dans toutes les nuances du parti. C'est ce que j'ai fait, et c'est pour cela que vous

avez eu, dans les préfets du 4 septembre, toutes les variétés des républicains.

M. Dezanneau. — Vous ne pouvez pas dire alors que vous acceptiez le concours de tous les partis.

M. Gambetta. — Je vous demande pardon, j'acceptais le concours de tous en dehors des préfets et des sous-préfets, qui sont un rouage essentiel de la politique, c'est par là qu'un pouvoir a sa caracté^ ristique.

Je conçois que pour les finances, la magistrature, Tarmée, les grandes institutions publiques, il ne faut pas apporter l'esprit d'exclusion de parti ; mais pour ce qui est l'attribut essentiel du gouvernement, c'est autre chose. Voulez-vous faire une monarchie? 11 vous faut des préfets monarchistes. Si vous voulez une république, il vous faut des préfets républicains, L'empire n'a pas eu d'autres préfets que des partisans de l'empire. Il faut, je le répète, que les préfets représentent la pensée politique du gouvernement, sans quoi tout est confusion, et ce qui le prouve, c'est qu'il y a un personnel qui disparaît toujours le lendemain d'une révolution sans qu'un seul membre proteste; c'est le personnel des préfectures, parce que les préfets ont un caractère exclusivement politique, et pourquoi? c'est parce que du jour où le pouvoir qui les a nommés a disparu, ils ne peuvent plus décemment rester en place. Rendre la justice, servir son pays dans l'armée, exercer des fonctions purement administratives, cela n'entre pas dans le même ordre. Il ne faut pas confondre les fonctions.

M. Callet. — J'ai une observation à soumettre à M. Gambetta.

M. Gambetta vient de confesser que ce n'était pas seulement la défense nationale qui le préoccupait, que ses sollicitudes étaient aussi tournées d'un autre côté.

M. Gambetta. — Je n'ai dit cela d'aucune façon.

M. Callet. — En cherchant des préfets dans les exaltés du parti républicain, il a fait des choix quelquefois imprudents.

M. Gambetta. — Je ne vois pas cela et j'attends vos preuves.

M. Callet. — Le principal souci de ces fonctionnaires semble avoir été beaucoup moins la défense nationale que rétablissement de la République.

M. Gambetta. — Le contraire se rétablit par des faits. C'est un procès à faire. Nous n'avons pas à discuter avec ces appréciations.

M. Callet. — Autre question. Pourriez-vous fournir à la commission quelques explications de nature à lui faire comprendre votre grande préoccupation après la capitulation de Metz ? Est-il à votre connaissance qu'il y ait eu trahison ?

M. Gambetta. — Il y a eu trahison , c'est évident pour moi.

M. Callet. — Sur quoi repose votre appréciation ?

M. Gambetta. — Sur toutes les circonstances de cet horrible événement.

M. Callet. — Sur des témoignages? sur des faits?

M. Gambetta. — Sur des témoignages et sur des faits, sur la conduite du maréchal, sur des documents indéniables, sur la présence à Versailles d'un général confident et membre de l'état-major de celui qui commandait la place. Je ne discute pas, Monsieur.

M. LE PRÉSIDENT. — Nous uc demandons pas la discussion.

M. Gambetta. — Je refuserais formellement et positivement de l'aborder.

M. Callet. — Je vous demande des faits.

M. Gambetta. — Ces faits, c'est qu'on a été visiter l'ennemi, alors que le devoir était de le combattre à outrance, sans lui parler; c'est qu'on a été le visiter avec une mission politique avouée , reconnue , déclarée, dans deux ambassades.

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C'est intolérable de vouloir discuter de telles choses quand elles nous ont perdus.

Nous ne pouvons plaider ici le procès de la capitulation de Metz. Il y a beaucoup trop de choses à dire, beaucoup trop de détails ; je vous en entretiendrais pendant deux jours. Je vous donne mon appréciation. La trahison est flagrante.

M. DE SuGNY. — La capitulation de Metz a été Tévènement le plus terrible de ce siècle. Dans notre enquête,il est impossible que nous n'en parlions pas, il est impossible que nous ne fassions pas tout ce qui est en nous pour découvrir la vérité.

M. Gambetta. — Je vous donnerai des pièces qui vous la feront découvrir.

M. DE SuGNY. — Si vous avcz quelque pièce qui puisse nous éclairer sur la culpabilité du maréchal Bazaine, permettez-moi de vous dire que votre devoir est de nous les communiquer.

M. Gambetta. — Il doit y avoir un conseil de guerre ; à lui d'appeler ses témoins, je suis à ses ordres.

M. DE SuGNY. — C'est un des faits qui nous ont perdus, qui ont perdu la France.

M. Gambetta. — Je vous remettrai une pièce émanée de M. Tachard, notre ministre à Bruxelles, recueillant une déclaration de M. Boyer, de laquelle il résulte qu'il était venu ici, à Versailles, pour traiter de la capitulation de Metz, à condition qu'on réunirait ensuite le Corps législatif et le Sénat à Toulouse sous la protection des baïonnettes prussiennes et de l'armée libérée de Metz, et qu'on y installerait le vrai gouvernement, le seul qui convienne à la France.

M. DE SuGNY. — Ceci serait d'une importance capitale.

M. LE PRÉSIDENT. — Nous avous cntcudu d'autres personnes; elles nous ont déclaré que le maréchal Bazaine n'a jamais eu connaissance du traité qui aurait été conclu entre un agent français et les autorités allemandes.

M. Gambetta. — Il n'y a pas eu de traité. M. de Bismarck est trop habile pour faire un traité en pareilles circonstances. Ce qu'il voulait avant tout, c'était la possession de Metz et de son armée, avec la certitude d'en paralyser la puissance, car cette armée c'était certainement ce qu'il y avait de plus vigoureux en soldats et en officiers. M. de Bismarck n'a pas traité , il a négocié, il a traîné les affaires en longueur, et a amené Bazaine jusqu'au dernier grain de blé.

M. LE PRÉSIDENT. — M. Boycr était-il autorisé par le maréchal Bazaine ?

M. Gambetta. — C'est lui qui le dit.

M. DE SuGNY. — Savez-vous quelque chose sur la mission de M. Régnier?

M. Gambetta. — Je ne sais que ce qui a été écrit par lui-môme.

M. DE SuGNY. — Je vous ai adressé cette question parce que tout le monde dit : Nous ne connaissons pas M. Régnier. Il nous est tombé du ciel. J'avoue que tout cela m'inspire la défiance la plus absolue.

M. Gambetta. — Il a écrit sa mission ; quant à moi, je ne le connais pas.

M. DE SuGNY. — Vous devcz comprendre que nous avons tous intérêt à savoir la vérité. Vous, chef du gouvernement, avez tout intérêt à la dire sur ce fait dramatique et lugubre.

M. Gambetta. — Je dois la vérité à mon pays làdessus, mais il ne faut pas engager le débat par le petit côté.

M. le PRÉSIDENT. — Il y aura un débat.

M. Gambetta. — C'est bien entendu. Si vous me voyez mettre, au début, quelque réserve sur cette partie douloureuse de notre histoire, c'est parce que je ne pense pas que devant vous je puisse entrer dans le récit de si nombreux détails. Cela nous prendrait beaucoup trop de temps. Je m'offre néanmoins à vous dire tout ce que je sais et à vous communiquer tout ce que

j'ai par-devers moi. Quand le débat s'engagera devant le pays, nous viderons la question.

M, DE Rainnbville. — La question générale viendra-t-elle?

M. Gambetta. — Elle viendra devant TAssemblée. C'est demandé par une pétition des habitants de Metz eux-mêmes.

Au point de vue de ce drame de Metz, vous aurez 400,000 témoins, et des plus sévères, d'abord parce que c'étaient des militaires, et qu'il n'est pas facile, grâce à l'esprit de corps, de faire attaquer un militaire par d'autres militaires. Jusqu'à huit ou dix jours avant la capitulation, l'armée avait pleine confiance en Bazaine^ elle a cru en lui, et ce n'est que lorsque l'évidence a été faite, que l'acte a paru dans toute sa monstruosité, et il y a 100,000 témoins! Parmi les personnes qui ont écrit sur ce sujet, et qui étaient à Metz, il n'y en a pas une dont le témoignage n'ait été écrasant pour le maréchal Bazaine ; le général Deligny, notamment, qi^i était son ami, qui avait les mômes opinions politiques, l'a foudroyé, et cela, au point de vue militaire, et au point de vue de ses relations avec l'étranger. Maintenant, au point de vue de ses menées politiques, on pourrait également démontrer qu'il s'arrogeait un pouvoir qu'il n'avait pas comme chef d'armée.

M. DE SuGNY. — Avez-vous eu quelques inquiétudes touchant la conduite de Bazaine vers le moment où vous êtes arrivé à Tours, vous doutiez-vous de quelque chose?

M. Gambetta. — Non, je ne me doutais de rien.

M. DE SuGNY. — A-t-on fait quelques efforts pour entrer en communication avec lui?

M. Gambetta. — J'ai envoyé des émissaires, des femmes , des nageurs, etc.

M. de Sugny. — Savez-vous s'il en est arrivé?

M. Gambetta. — Je l'ignore ; je sais cependant de la

manière la plus formelle, par un officier d'état-major attaché au cabinet du maréchal Bazaine, qu'il entrait des gens dans Metz; mais jamais on n'a pu se convaincre qu'il y fût entré des agents du gouvernement ni de Paris, ni de Tours, car, de Paris môme, j'avais déjà envoyé des émissaires , des hommes ' et des femmes de Metz, et qui connaissaient le pays.

M. LE COMTE Daru. — Il cst impossiblc que la commission ne s'occupe pas de cette question, et qu'elle ne reçoive pas, à ce sujet, votre témoignage écrit ou verbal.

M. Gambetta. — Je trouve la question assez grave pour vous donner mon témoignage écrit.

M. LE COMTE Daru. — Le conseil de guerre s'occupera surtout de la question au point de vue militaire.

M. Gambetta. — C'est aussi grave au point de vue militaire qu'au point de vue politique.

M. LE comte Daru. — Nous avons entendu le témoignage de M. le maréchal Bazaine, et, naturellement, nous avons besoin d'en entendre d'autres; le vôtre est un des plus importants. M. le maréchal nous a déclaré qu'il n'avait reçu aucune nouvelle, depuis le 4 septembre , de ce qui passait à Paris ni en dehors de Paris; qu'il avait été obligé d'écrire au prince Frédéric-Charles pour lui demander s'il était vrai qu'une révolution eût été effectuée dans Paris, et quelle révolution. Le prince Frédéric-Charles lui aurait envoyé un journal, la Pairie, dans lequel se trouvaient les noms des membres du gouvernement nouveau. Le maréchal en donna connaissance à l'armée dans un ordre du jour qu'il a remis entre nos mains. Notre enquête se poursuit, nous sommes obligés de vous demander ce que vous savez.

M. Gambetta. — Je vous donnerai un témoignage.

M. LE COMTE DE Rességuier. — Il y a un acte de votre gouvernement qui incrimine gravement le maréchal Bazaine, il importe que cet acte soit expliqué.

M. Gambetta. — Il le flétrit absolument.

M. Gallet. — Nous ne cherchons pas les moyens de justifier une intrigue quelconque, nous voulons connaître les faits.

M. LE COMTE DE Rességuier. — L'opiniou publique attribue nos désastres à deux causes : la première, c'est la subordination de Fautorité militaire à l'autorité civile ; M. Gambetta s'est expliqué sur ce point; il a dit que c'était inexact, que jamais l'autorité militaire n'avait été subordonnée à l'autorité civile. L'enquête éclaircira ce point.

La seconde cause à laquelle on attribue nos désastres ne paraît pas contredite par M. Gambetta; elle consiste en ceci, c'est que nos désastres doivent être attribués en grande partie à la politique, préoccupée surtout de faire prévaloir une forme de gouvernement plutôt qu'une autre.

Je demande à M. Gambetta s'il ne croit pas que les premières nominations qu'il fit à Paris, de certains maires, tels que MM. Ranc et Greppo, en province de certains préfets, tels que MM. Challemel-Lacour, Duportal, Ësquiros, n'étaient pas la négation pratique de la théorie qu'il formulait au commencement de la séance quand il nous disait : « Nous n'étions pas, en définitive, un gouvernement; nous étions le gouvernement de la défense nationale; il n'y avait pas de question politique engagée, et nous faisions appel au dévouement de tous. »

Je crois qu'il se trompe absolument, et je suis convaincu que le radicalisme de sa politique et le radicalisme de ses choix ont contribué beaucoup à épouvanter l'opinion publique en France et à désorganiser la défense nationale.

M. Henry Vinay. — Ajoutez-y les commissions municipales.

M. Gambetta. — Je me suis expliqué là-dessus; je vous ai dit quelle est, à mon sens^ la vérité politique,

en ce qui touche le choix des agents que je considère comme essentiels pour représenter un gouvernement qui a des principes, et qui toutefois ne veut pas les imposer; le plus important de ces agents, c'est le préfet. Je n'aurais donc qu'à répéter ce que j'ai dit pour répondre à l'honorable M. de Rességuier; c'est que le choix des préfets a été un choix politique, et qu'il ne pouvait pas avoir un autre caractère.

M. LE COMTE DE Rességuier. — Vous u'avicz aucun corps élu en France ; la France était privée, par votre fait, de toute représentation.

M. Gambetta. — Ce n'est pas par mon fait.

M. LE comte de Rességuier. — Vous avez empêché la représentation nationale, puisque vous n'avez pas voulu convoquer l'Assemblée; il n'y avait pas de conseils municipaux, puisque vous les aviez dissous et que vous ne les avez pas fait réélire ; pas de conseils généraux, puisqu'ils n'ont pas été, non plus, réélus ; et alors vous avez, pour ainsi dire, livré la France à la direction politique d'un seul et unique parti. Cela est contraire à la théorie que vous exprimiez, qu'il fallait faire appel à tous les dévouements.

M. Perrot. — Cela a beaucoup nui à la défense.

M. Gambetta. — Je ne le crois pas. Ce qui explique les élections du 8 février, c'est le découragement du pays, la présence de l'étranger, le désir de la paix quand même ; voilà ce qu'expriment ces élections.

Maintenant sur le fond des choses il ne faut pas se payer de mots ; le gouvernement de la Défense nationale avait surtout la préoccupation de la guerre, cela n'est pas douteux. Cependant, il ne pouvait pas oublier, au point de vue préfectoral, — car je n'admets pas cette idée pour les autres administrations, — qu'il était un gouvernement de principe républicain, et c'est ce qu'il a fait.

M. LE comte de Rességuier. — Il n'y avait plus en France que des préfets omnipotents.

M. Gambetta. — Il n'y avait plus en France que des préfets! 11 y avait des généraux! il y avait le combat, et on n'avait pas autre chose à faire pour le moment; nous étions dans une situation absolument exceptionnelle, dans une période de lutte. A Tinstant où la lutte aurait pris un autre aspect, où Paris aurait été assez heureux pour pouvoir nous ouvrir une éclaircie, tout cela aurait changé. Il était bien entendu qu'on ne voulait pas se passer de la représentation du paySf puisque toutes les fois que nous avons pu voir jour, nous avons essayé de faire appel au pays : quand on a demandé à M. de Bismarck l'armistice avec ravitaillement, c'était pour faire des élections. Mais nous ne pouvions pas nous débarrasser de ce poids qui retombait sur nous à chaque instant ; on ne pouvait pas voter d'une main et combattre de l'autre.

M. LE COMTE DE ReSSÉGUIER. — YOUS UC VOUS ôtCS

pas parfaitement rendu compte de ce que vous faisiez. Soyez certain qu'en envoyant M. Duportal à Toulouse, par exemple, vous ne faisiez pas un choix utile à la défense nationale.

M. Gambetta. — Je crois, au contraire, que, sauf à la fin, le choix de M. Duportal, précisément parce qu'il était en relation avec certains groupes, et que, d'un autre côté, c'est un homme très-doux dans le fond et dans la forme, permettait dans la ville de Toulouse une sorte de transaction et d'entente qu'on n'aurait pu obtenir avec un préfet d'une nuance moins colorée.

M LE président. — Cependant, vous pensez que, vers la fin, l'opinion avait changé, non seulement à Toulouse, mais dans toute la France, à partir du 15 décembre?

M. Gambetta. — J'ai forcé M. Duportal à se démentir lui-même. Je crois que l'opinion avait changé au point de vue électoral, c'est-à-dire que j'avais constaté, — je maintiens le fait, — en arrivant de Paris, que jusque-là la majorité de l'opinion était contre les

élections, et qu'à dater de la fin de Tannée, soit lassitude, soit par suite du commencement de cette défaillance qui préparait la paix, le pays voulait des élections ; c'est mon sentiment.

M. LE PRÉSIDENT. — L'opiuion avait changé , vous pensiez que c'était lassitude ; on pouvait croire aussi que c'était répugnance de la forme d'administration et des hommes qui gouvernaient le pays; chacun est libre d'avoir son interprétation.

M. LE COMTE DE Rességuier. — Nous avous lu, dans les procès-verbaux du gouvernement de la Défense nationale, que l'un des membres du gouvernement fit observer que la question était de savoir si les élections seraient républicaines. Si on en était sûr, ajoute-t-il, on n'hésiterait plus à les faire. C'était l'impression générale ; vous auriez fait des élections si vous aviez cru que le pays fût avec vous.

M. Gambetta. — Je crois que les élections auraient été beaucoup plus républicaines, si on les avait faites après le 4 septembre, qu'elles ne l'ont été le 8 février.

M. Perrot. — Je déclare qu'elles eussent été tout à fait antirépublicaines dans le département de l'Oise.

M. Gambetta. — Je dis dans l'ensemble du pays ; je n'ai pas la prétention de dire qu'il n'y a pas, en France, des départements antirépublicains.

M. LE PRÉSIDENT. — La commissiou me demande de vous adresser cette question : Pourquoi les dépêches envoyées à l'armée de l'Est, pour annoncer la conclusion de l'armistice, ne mentionnaient-elles pas l'exception faite pour cette armée?

M. Gambetta. — Comment! Mais c'est là une chose qui m'exaspère dans la conclusion de l'armistice î C'est le crime de M. de Moltke et de M. de Bismarck, qui savaient très bien ce qu'ils faisaient, d'avoir inséré subrepticement cette clause dans la convention d'armistice, et c'est la faiblesse des représentants de la France d'avoir souscrit à de pareilles conditions.

Qaand on fait une trêve, on consulte les généraux, les chefs de corps; ceux-ci ne connaissaient pas cet armistice; s'ils Tavaient connu, ils ne Tauraient pas accepté.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous avcz Complètement ignoré l'exception faite relativement à Tarmée de TEst?

M. Gambetta. — J'ai reçu cette dépêche : Armistice général pour les armées de terre et de mer; faites-le exécuter. Comment voulez-vous que j'aie soupçonné qu'on avait mis en péril l'existence d'une armée?

M. DE Rainneville. — Est-ce que M. de Moltke aurait changé la dépêche?

M. Gambetta. — Je croîs que le gouvernement de Paris, qui était dans une situation particulière, a reçu pour argent comptant ce que lui ont dit sur la situation des armées MM. de Moltke et de Bismarck, et qu'il a accepté la rédaction qu'ont faite ces messieurs du télégramme qui m'était adressé. Voilà comment je suppose que les choses se sont passées.

On n'a pas oublié que l'armée de l'Est; il y avait encore les corps de Blois et de Nevers qui n'ont pas été prévenus, trois sur cinq.

M. DE SuGNY. — Quelle faute à la charge du gouvernement de Paris!

M. Chaper. — L'impression reçue à Paris de l'armistice, résultant des communications du gouvernement, était que l'exception était faite dans l'intérêt de la France, parce que nous avions des succès dans l'Est, et que Belfort, à l'heure où on parlait, devait être débloqué par l'armée de Bourbaki ; les dernières nouvelles reçues de province étaient déplorables du côté de la Loire, et favorables du côté de l'Est.

M. Gambetta. — C'était pour l'accabler dans les vingt-quatre heures que les Prussiens l'exceptaient de l'armistice.

M. Maurice. — Le moins était de prévenir l'armée de l'Est qu'elle était exceptée.

158 œMMISSION D'ENQUÊTE PARLEMENTAIRE.

M. LE PRÉSIDENT. — C'est UD oubli de la part des négociateurs français, qui espéraient, en consentant à cette exception, favoriser les succès de Tarinée de TEst; M. Gambetta n'en a rien su.

M. Chaper. — Pour moi, je n*ai jamais pu comprendre qu'ayant consenti à cette exception, on ne Tait pas fait connaître ; il y a là un fait matériel dont l'intention m'échappe complètement.

M. DE SuGNY. — Je désirerais savoir pourquoi, après les événements de Rouen, alors qu'on a demandé qu'une enquête fût ouverte sur ce qui s'y était passé, afin de rendre justice à qui de droit, la délégation n'a pas consenti à cette enquête ; son refus a été extrêmement douloureux, pour la ville de Rouen.

M. Gambetta. — Autant que je puis connaître les événements, il y avait là un général, le général Br..., qui me paraissait s'être bien conduit : je savais que les gens qui demandaient l'enquête et qui allaient la diriger sous l'occupation étrangère, c'est-à-dire sans moyens de contradiction sérieux , la dirigeraient exclusivement contre le général; et j'ai demandé l'ajournement, pour garantir les droits de ceux qui allaient être accusés.

M. DB SuGNY. — C'était pour éviter que l'enquête fût faite sous la pression des Prussiens?

M. Gambetta. — Et alors que le général était dans l'impossibilité absolue d'opposer des moyens de contradiction.

M. le comte de Rbsséguier. — Pour les maires de Paris, est-ce vous seul qui avez fait les choix, ou est-ce le gouvernement?

M. Gambetta. — C'est le gouvernement tout entier, mais sur ma proposition, et je n'en récuse pas l.a responsabilité.

M. LE comte de Rességuier. — Un certain nombre de ceux que vous aviez choisis se sont retrouvés au 18 mars.

M. Gambetta. — Permettez-moi de vous dire que si j'avais eu la puissance de convaincre mes collègues, ce n'est pas des maires que j'aurais nommés, c'est un conseil municipal que j'aurais fait élire. D'abord, nous nous serions ainsi mis d'accord avec nousmêmes, et ensuite il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas d'autre moyen de gouverner que de faire une place, dans la vie publique, en constituant une municipalité à Paris, aux éléments qui ont constitué plus tard la Commune de Paris. Or, comme je le disais, de deux choses l'une : ou ils y seront à l'état de minorité résignée, auquel cas il n'y a pas de péril; ou ils y seront à l'état de minorité factieuse, et alors vous les traiterez comme il convient.

C'est une question politique.

M. LB COMTE DE Rességuier. — Il cst coustant qu'un certain nombre de maires nommés le 4 septembre se sont retrouvés dans les troubles de la Commune.

M. Gambetta. — C'est normal ; ce qui est anormal, c'est qu'il n'y en ait pas eu davantage.

M. LE comte de Rességuier. — C'est vous qui les avez choisis ; c'est vous qui en avez la responsabilité.

M. Gambetta. — Je ne la décline pas, parce qu'il est impossible de gouverner Paris avec des hommes qui lui sont antipathiques; il lui faut des hommes sympathiques ; seulement il est nécessaire que celui qui est à la préfecture de la Seine soit un homme énergique. Alors, au lieu d'avoir un danger à combattre, on a un frein dans les mains. Toute la question politique est de vivre avec ces éléments qui ne se suppriment pas plus par la force que par la pensée.

M. LE COMTE DE RESSÉGUIER. — Tout CC qUC VOUS

dites là s'applique à l'élection, non seulement à Paris mais ailleurs, et ne s'applique pas à des nominations. M. Gambetta. — A la nomination aussi. Du reste, j'ai convoqué les électeurs, j'ai préparé les listes électorales et j'ai fait une proclamation à la ville de Paris.

m COMMISSION D'ENQUETE PARLEMENTAIRE.

Les élections n'ont pas eu lieu, mais j'en décline la responsabilité ; vous trouverez au Journal officiel une note dans laquelle il est dit que c'est sans faveu du ministre de Tintérieur que les élections n'auront pas lieu. Je crois que si elles avaient été faites, on n'aurait pas eu le 31 octobre, et la défense intérieure aurait marché avec une tout autre vigueur.

M. Dezanneau. — M. Rampont, directeur général des postes, avait voulu organiser un service à Clermont-Ferrand. Il a envoyé deux agents, lesquels ont été retenus à Tours et n'ont pas pu remplir les fonctions qui leur avaient été assignées par le directeur général; il y avait eu un traité conclu avec eux.

Je demanderai pourquoi M. Lebon, envoyé à Tours par le directeur général des postes, fut remplacé par M. Steenackers.

M. Gahbetta. — Parce que, autant que je m'en souviens, il y avait, à ce moment-là, une telle nécessité de centraliser les services , afin de perdre moins de temps et d'activer les uns et les autres, qu'on fit une chose qui est très normale, et à laquelle on arrivera très certainement par la suite : on joignit les postes et les télégraphes, et on n'eut qu'un directeur commun, ce qui était beaucoup plus régulier.

J'espère que nous aurons un jour le ministère des communications, qui comprendra les postes, les télégraphes et les chemins de fer.

Quant à l'affaire de Clermont-Ferrand , elle n'a aucune importance ; deux hommes, absolument étrangers au métier des postes, excellents photographes, M. Dagron et un autre, étaient sortis de Paris et arrivaient à Tours avec un traité qui leur permettait de photographier les correspondances. Naturellement, ils ne pouvaient pas le faire sans entrer en relation avec le directeur général des postes et des télégraphes, et, comme ils avaient un procédé de beaucoup supérieur à celui que nous employions nous-mêmes,

au lieu ,de les envoyer à Glermont-Ferrand, qui était perdu dans les neiges, et où il n'y a qu'une seule ligne dé chemin de fer, en sorte que les communications avec Tours ne sont pas faciles, nous avons trouvé plus simple de les retenir au siège du gouvernement, et de nous servir de leurs instruments pour notre usage comme pour celui du public.

M. Dëzanneau. — Avez-vous eu connaissance des ordres qui leur avaient été donnés?

M. Gahbbtta. — Oui, ils ont apporté une commission du gouvernement.

M. Dezanneau. — Est-il vrai qu'on leur ait défendu d'aller à Glermont-Ferrand , sous peine de passer devant une cour martiale?

M. Gambktta. — Ge n'est pas moi qui leur ai tenu ce propos ; vous comprenez que ce n'est pas sérieux.

M. DE Rainnevillb. — M. Steenackers l'a avoué. Il parait qu'on avait choisi Glermont-Ferrand, parce que la ville est sur un plateau où l'on a toute la clarté désirable pour la photographie.

Dans tous, les cas, ces messieurs arrivaient à Tours, avec un traité bon ou mauvais , mais avec un ordre de l'autorité supérieure de Paris.

M. Gambetta. — Non, il n'était pas signé du gouvernement, ce n'était pas un décret; ils avaient purement et simplement une commission du directeur général des postes, ce qui ne constituait pas, comme vous le pensez, à l'égard de la délégation, une injonction d'être obéi.

M. DE ïIainneville. — Le traité était signé de M. Picard.

M. Gambetta. — G'était un acte d'administration, et le ministre des finances pouvait seul autoriser le directeur des postes à faire un traité; mais il n'y avait rien qui impliquât un ordre du gouvernement.

M. DE Rainneville. — M. Rampont avait donné un ordre de service.

M. Gambetta. — G'était un ordre de service limité

162 COMMISSION DKNQUÉTE PARLEMENTAIRE.

à la photographie, et il était absolument inutile que ces messieurs allassent se fixer à Clermont-Ferrand, alors qu'ils étaient nécessaires au service du pouvoir central, qui utilisa leur appareil et qui put , à dater de ce moment, envoyer un plus grand nombre de dépêches privées et publiques.

Un membre, — M. Gambetta a dit, au commencement, qu'il n'entrait pas dans les questions de détail ; cependant, pour les actes auxquels il a été mêlé personnellement, je lui demande un renseignement. Le gouvernement de Tours et de Bordeaux n'a-t-il pas porté atteinte à la liberté de plusieurs citoyens, entre autres, du maire de Dreux ?

M. Gambetta. — Autant que je puis m'en souvenir, il y a eu des plaintes adressées à la délégation contre le maire de Dreux, par l'autorité préfectorale , par les habitants et par l'autorité militaire. J'ai fait venir ce maire, je l'ai interrogé, et le soir je l'ai fait mettre en liberté, voilà ce qui s'est passé.

M. LE COMTE Daru. — Que savez-vous de l'exécution d'Arbinet?

M. Gambetta. — Je ne sais pas ce qui s'est passé, j'ai eu connaissance de ce fait par les journaux.

M. LE comte de Bois-Boissel. — C'est M. de Serres qui a donné Tordre de le faire fusiller; qu'était-ce que M. de Serres ?

M. Gambetta. — C'est un homme fort distingué qui était venu au commencement de la guerre apporter ses services à la France, comme patriote Français, ancien élève de l'École polytechnique. Il occupe une position élevée dans Tadministration des chemins de fer autrichiens. Je lui donnai un emploi au ministère de la guerre, où il participait aux travaux de M. de Freycinet. Il avait aussi sur le terrain une certaine aptitude dont se sont loués plusieurs fois les chefs de corps, notamment dans la première expédition d'Orléans.

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M. LE GOUTE DE. Bois-BoissEL. — Avait-il un rôle militaire ?

M. Gaïibetta. — Aucun, il lui est arrivé quelquefois de donner des ordres; mais je me suis empressé de le démentir, et de le rappeler à la stricte observation de sa situation.

M. DE Rainnbville. — Il a donné Tordre au général Gremer de faire fusiller, l'identité simplement constatée, le malheureux Arbinet.

Voici cet ordre :

« Chalon-sur-Saône, 27 décembre 1870.

« De Serres à général Gremer, à Beaune.

a Hier soir, a été arrêté le sieur Arbinet, pource voyeur et espion de Tennemi, occupant Dijon; « assureZ'Votis bien, avec Tautorité civile locale, de « ndentité et qualité du pef*$onnage, et faites-le fusiller « aujourd'hui.

« Signé : de Serres. »

M. Gambetta. — • Sans jugement?

M. DE Rainneville. — Oui, et il a été fusillé.

M. LE COMTE DE Bois-BoissKL, pr^sen/aw^ à M. Gambetta un numéro du Gaulois. — Lisez la copie de cet ordre!

M. Gambetta. — G'est dans un fameux journal, le Gaulois ! et voilà une belle autorité ! — Il faut faire appeler le général et lui poser la question : quant à moi, je suis absolument étranger à Tévènement.

M. Perrot. — Vos collègues nous ont dit qu'à partir du jour où vous êtes arrivé à Tours, c'était vous, uniquement, qui aviez eu la direction de toutes les affaires militaires; acceptez-vous bien carrément cette responsabilité ?

M. Gambetta. — Nous sommes d'accord là-dessus; mes collègues n'y sont entrés pour rien, je leur faisais part de ce que je faisais, mais ils ne disaient ni oui, ni non, et il serait injuste de les en rendre responsables.

Ui COMMISSION D ENQUETE PARLEMENTAIRE.

M. Gainbeita se retire. Le 18 décembre 1874, la République française publia la lettre suivante adressée à M. Gainbctta par le vice-amiral Jauréguibeny :

Toulon, 9 décembre 1872.

Monsieur,

On vient de mettre sous mes yeux un numéro de la République française, celui du 7 décembre, qui contient votre déposition devant la commission d'enquête sur les actes du gouvernement de la défense nationale. Je lis dans ce document, qu*au sujet des armes délivrées aux mobilisés de Bretagne, dont la défaillance, le soir de la bataille du Mans, a entraîné la perte de l'importante position de la Tuilerie, M. le comte de Rességuier prétend ou insinue que la lumière de ces armes n'était pas percée. Vous répondez : « Je ne le crois pas. » Alors un membre de la commission, dont le nom n'est pas indiqué, vous dit : « Croiriez-vous le témoignage de l'amiral Jauréguiberry ? » — Vous avez répondu, et je vous en remercie : « Certainement. »>

Si la commission m'avait fait l'honneur de m'interroger, voici ce que j'aurais répondu :

« Le 11 janvier, jour de la bataille du Mans, j'arrivais à dix heures du matin du Château-du-Loir, où j'avais été envoyé le 7. En traversant la position de la Tuilerie, je me suis trouvé en présence du général Lalande, commandant les mobilisés de Bretagne, qui, après quelques paroles échangées, m'a déclaré que ses hommes étaient mal armés et résisteraient difficilement à l'ennemi. Je lui ai aussitôt demandé de quelle espèce étaient les fusils dont il se plaignait, et il m'a dit que ses troupes, au lieu d'être armées de chassepots, n'avaient reçu que des fusils ordinaires à percussion. Il ne m'a parlé ni de lumières non percées, ni de cartouches ne pouvant pas être introduites dans les canons. » J'ai repoussé ses observations, en lui faisant remarquer que la nature du terrain, les diffi-

cultes d^abord que présentait la position qu'il avait à défendre, n'exigeaient ni fusils à grande portée, ni tir rapide, mais au contraire un feu lent, exécuté avec sang-froid, convenant en un mot au mode de combattre dans lequel les Bretons s'étaient toujours acquis une grande réputation. Deux heures après, la bataille commençait à quelques kilomètres à la gauche de la Tuilerie. Et ce n*est que le soir, vers huit heures, lorsque les Prussiens avaient été repoussés depuis quelque temps déjà sur toute la ligne placée sous mon commandement, et que je revenais du Mans, où j'avais été rendre compte au général Ghanzy des incidents de la lutte, que j'appris chez moi l'abandon de la Tuilerie. Les mobilisés avaient fui, sans tirer un coup de fusil, dès qu'ils avaient aperçu, je le répète, longtemps après la lutte acharnée qui s'était livrée à leur gauche, une tête de colonne prussienne.

Vous savez ce qui s'est passé ensuite.

Le lendemain matin, le rond-point de Pontlieue, où se trouvait mon quartier général, était encombré de mobilisés en désordre. J'envoyai mes aides de camp; je fus moi-môme essayer de les encourager et de les ramener au feu. On me montra les armes dont on se plaignait. Je vis alors des fusils sales, couverts de rouille, tellement oxydés que, pour certains d'entre eux, on avait beaucoup de peine à retirer leurs baguettes de leurs tenons; mais, pas plus que la veille, personne ne me parla de lumières non percées ou de cartouches d'un calibre plus fort que celui de l'arme.

En un mot j'ai cru alors, et jusqu'à preuve du contraire je croirai encore qu'il eût suffi de quelques heures d'un simple nettoyage pour mettre ces fusils en état de servir; et pour moi, si on n'a pas pu ou su en faire usage au jour du combat, la faute doit en être attribuée, non pas au gouvernement, mais à plusieurs des officiers des mobilisés de Bretagne.

166 COMMISSION DENQUÊTE PARLEMENTAIRE.

11 va sans dire, Monsieur, que vous pouvez faire de cette lettre tel usage que bon vous semblera.

Veuillez agréer. Monsieur, l'expression de mes sentiments de très haute considération,

Le vice-amiral, ex-commandant en chef du 16* corps de Tarmée de la Loire. '

J.-B. Jauréguiberry.

« Cette lettre si honorable pour son auteur, ajoutait la Aépu6h'gue fraj^aise^ donne la mesure de la bonne foi et de l'impartialité qui ont présidé aux travaux de la commission d'enquête du 4 septembre. On oppose à M. Gambetta le témoignage deTamiral Jauréguiberry, et M. Jaurégaiberrj, qui a pris une part glorieuse à toutes les opérations de Tarmée de la Loire, depuis Coulmiers jusqu'à l'armistice, d'abord, à la tête d'une division, ensuite comme commandant en chef du I6« corps, n'a môme pas été, entendu par la commission I Pour rétablir la vérité indignement travestie, l'amiral Jauréguiberry est obligé de rappeler un cruel souvenir, celui de la panique inexplicable à laquelle ont cédé, le soir de la bataille du Mans, une partie des mobilisés de Bretagne. Inexplicable, non ! Les jeunes troupes valent ce que valent les officiers qui les commandent. Si la brigade du général Lalande lâchait pied sans tirer un coup de fusil à la môme bataille du Mans, d'autres mobilisés bretons, sous les ordres du brave général Gougeard, se battaient admirablement et reprenaient à la baïonnette, avec les zouaves pontificaux et un bataillon de cbasseurs à pied, le plateau d'Auvour, que des masses prussiennes venaient d'occuper. Tels chefs, tels soldats. »

Prononcé

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