‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G (volume 4)Chapitre 7 sur 38 · AU BANQUET COMMÉMORATIF DE U DÉFENSE DE SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

AU BANQUET COMMÉMORATIF DE U DÉFENSE DE SAINT-QUENTIN

Le i6 novembre j87i

La République française du i8 novembre publiait l'article suivant :

« Les républicains de la ville de Saint-Quentin qui, le 8 octobre de Tannée dernière, opposèrent une si belle résistance à Tarmée allemande, avaient résolu de célébrer cette date funèbre et glorieuse aussitôt après Tévacuation de la ville. Il ne s'agissait point pour eux d'une fête, mais d'une manifestation en Thonneur des citoyens tombés dans la lutte ; et, dès lors, on s'était arrêté à l'idée d'une imposante réunion où chacun pourrait témoigner de ses sentiments. La diffîculté d'obtenir l'autorisation nécessaire à cette grande réunion publique suggéra l'idée d'un banquet où Ton n'était admis que sur présentations. Les républicains de Saint- Quentin, qui ont gardé le souvenir des sei*vices rendus par M. Gambetta à la cause de la défense nationale, l'avaient compris au nombre de leurs invités, et M. Gambetta avait promis de se rendre à l'appel qui lui avait été adressé.

« Le banquet a eu lieu jeudi soir, 16 novembre, dans la salle du Cirque, qui avait été appropriée et décorée pour la circonstance. Autour de la salle se voyaient inscrits, dans des cartouches improvisés, les noms les plus chers à la démocratie : Victor Hugo, Garibaldi, Barbes, Charras, Gaston Dussoubs, Baudin, etc., avec ceux des citoyens de l'Aisne qui se sont signalés de tout temps par leur dévouement à

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notre cause. Un buste de la République, avec le bonnet phrygien, entouré de drapeaux tricolores voilés de crêpe et de branches de chêne, était placé au milieu de la salle. Les commissaires du banquet et la plupart des assistants portaient à la boutonnière un bouquet diramortelles avec ruban noir.

« M. Gambetta, accueilli à la gare, aux cris de : Vive la République! vive Gambetta! a été conduit à la salle du banquet par le président de la commission. A son entrée, les mêmes acclamations se sont fait entendre. M. Gambetta a remercié l'assistance par ces quelques mots :

Messieurs,

En me rendant auprès de vous, j'ai le sentinaent que j'ai accompli un devoir.

Je veux, avant de m'asseoir à votre table, vous dire d'un mot le sentiment qui m'anime et qui, malgré les fatigues et les occupations qui me retenaient à Paris, m'a poussé jusqu'ici, quelles que soient d'ailleurs, — ce que je ne veux pas connaître, — les divisions et les dissensions qui se sont élevées au sujet de cette réunion

Je savais que je devais rencontrer ici des citoyens et des Français animés du double amour de la patrie et de la République. Je suis venu.

« Le banquet s'est poursuivi alors dans Tordre le plus parfait. La majorité de l'assistance était composée d'ouvriers et de paysans. On comptait à peu près sept cents invités.

« A la fln, le président de la commission, le dernier élu du suffrage universel en qualité de conseiller d'arrondissement, M. Aconin, a porté en termes émus, et au milieu des plus retentissantes acclamations^ la santé de M. Gambetta.

« M. Gambetta répondit :

Messieurs, Le toast si chaleureux qui vient de m'ôtre porté

excite en mon âme le besoin de répondre à votre honorable président.

On vous a dit tout à l'heure pourquoi on voulait boire à ma santé ; je remercie bien cordialement mon cher voisin des paroles de sympathie fraternelle qu'il a prononcées au sujet des efforts que j'ai faits dans cette effroyable et tragique lutte que nous avons soutenue après la chute de l'Empire.

Mais on a certainement exagéré ces efforts. [Non! non/)

Citoyens, quand un homme libre vient devant des hommes libres, la première chose qu'il doit demander, c'est de se trouver de plain-pied avec ses auditeurs.

Il ne doit } avoir dans ces réunions qu'il faut multiplier.. {Applaudissements.) Si vous m'interrompez, je ne pourrai pas parler bien longtemps Il

faut qu'il y ait dans ces réunions un intérêt dominant, qui est le principe de la République ; or, le principe de la République, c'est une égalité profonde.

En conséquence, je vous demande la permission de modérer l'expression des éloges que m'adressait mon cher voisin ; mais ce que je revendique, parce que c'est pour moi un honneur et ma véritable récompense, ce sont les paroles dans lesquelles il a déclaré que ce que j'avais fait dans le passé était le vrai gage de ce que je ferais dans lavenir pour l'établissement définitif de la République, non pas d'une République équivoque, nominale, sans institutions et sans esprit de réforme, mais de cette République effective, réelle et vivante, la seule digne de nous réunir, de nous embrasser tous dans la création et la défense d'un gouvernement fort et durable, protecteur vigilant des intérêts de tous et capable de régénérer les mœurs de la famille française. {Applaudissements prolongés,)

M. Desfossez, conseiller municipal de Saint-Quentin, ayant porté un toast à la république démocratique, M. Gambetta reprit la parole :

Vous avez raison, Monsieur, d'associer le retour du patriotisme au retour même de la République, et je désire, avant de nous séparer, et sous le coup des douloureux et héroïques souvenirs de la journée du 8 octobre, tirer des événements qui ont fondu sur nous la leçon qu'ils comportent, afin d*y puiser la résolution qui nous est nécessaire pour nous mettre à Tœuvre de la régénération de la patrie.

En effet, on a pu se demander ce qui serait arrivé si toutes les villes de France avaient suivi l'héroïque exemple de Ghàteaudun et de Saint-Quentin; si elles avaient eu, comme ces deux villes désormais sœurs, la volonté de mourir plutôt que de céder.

Les peuples sont comme les individus : à chaque crise qui se produit dans leur existence, ils ne peuvent la traverser qu'avec les forces de réserve qu'ils ont su accumuler, et, quand ces réserves manquent, ils tonabent malgré leur courage, victimes de leur imprévoyance. Quand nous nous sommes trouvés face à face avec cette invasion germanique que l'on préméditait depuis cinquante ans, quelles étaient les provisions morales et matérielles que nous avions faites? Pendant vingt ans on nous a vus courbés sous la main d'un seul homme, obéissant à tous ses caprices, à toutes ses volontés, oublieux de notre dignité de citoyens et de notre sécurité de Français.

Eh bien, il faut nous l'avouer à nous-mêmes, au lendemain de l'effroyable chute de Sedan, au lendemain de ces capitulations que vous connaissez, nous n'étions pas dans un état moral, dans un état social et militaire qui permet à un peuple de se lever tout entier.

Et cependant il n'est pas bon, il n'est pas juçte de

dire que la France s'est abandonnée elle-même. Non, la France, au contraire, s'est vue, en face de cette guerre préméditée depuis cinquante ans, savamment conduite, admirablement préparée par les hommes d'État les plus subtils, les plus attentifs et les plus sérieux, et par les militaires les plus expérimentés; elle s'est vue tout à coup en face d'ennemis qui avaient tout, et elle n'avait rien. Elle a résisté pourtant pendant six mois, et sa capitale n'a succombé que par le concours réuni delà famine et de la... Je ne répéterai pas le mot, mais je dirai de la mollesse. [Ouil oui/ Explosion d'applaudissements.)

Et, au dehors de Paris, le pays n'a rien négligé; il a tout donné avec générosité : son sang, son or, ses ressources matérielles de toute nature. Ce qui a manqué, c'est ce qui manque à tous les peuples qui se sont laissé asservir trop longtemps, c'est la foi en eux-mêmes et une haine suffisante de l'étranger.

Mais toutes ces choses, ces défaites, ces capitulations, ces lamentables résultats, sont les fruits d'une politique dont on n'avait pu mesurer l'effroyable corruption. Pendant vingt ans, un pouvoir indigne s'était attaché à abaisser les âmes, à avilir les consciences ; et, le jour où il a fallu faire des efforts, l'effort était possible, mais il n'y avait plus ni entente, ni énergie, ni efficacité en faveur du pays : on l'avait garrotté trop longtemps. Les conséquences de l'Empire étaient toutes fatales, elles étaient inévitables.

C'est à nous à nous pénétrer de cet enseignement. Il faut recommencer, non pas un peuple, non pas notre existence nationale, grâce à Dieu, car, si nous sommes malheureux et châtiés au-delà de toute mesure, la France compte encore dans le monde, avec ses admirables ressources de toute espèce, avec la force ascendante de son peuple, qui a toutes les sèves et toutes les richesses, et qui n'a besoin que d'un peu d'ordr#, d'un peu de calme, d'une organisation politi-

que appliquée à ses sentimenls pour réparer avec une rapidité prodigieuse les pertes douloureuses qu'elle a essuyées. Avec un tel peuple, il n*y a pas à désespérer; mais il faut que la France soit constamment penchée sur cette œuvre de régénération. Il lui faut un gouvernement qui soit adapté à ses besoins du moment et surtout à la nécessité qui s'impose à elle, de reprendre son véritable rôle dans le monde. Làdessus, Messieurs, soyons très réservés, ne prononçons jamais une parole téméraire; cela ne conviendrait pas à notre dignité de vaincus ; car il y a aussi une dignité du vaincu, quand il est tombé victime du sort et non pas de sa propre faute. {Applaudissements prohngés,) Soyons gardiens de cette dignité, et ne parlons jamais de l'étranger, maïs que Ton comprenne que nous y pensons toujours... {Nouveaux applaudissements.) Alors vous serez sur le véritable chemin de la revanche, parce que vous serez parvenus à vous gouverner et à vous contenir vous-mêmes.

Que faut-il pour cela? Quand on a la satisfaction morale d'appartenir au parti républicain démocratique, on ne doit avoir qu'une ambition : c'est de lui •gagner des adhérents, c'est de grossir ses rangs, d'augmenter sa puissance, afin qu'il exprime par le suffrage universel et son esprit et sa volonté indiscutable.

Eh bien, le suffrage universel, c'est vous. Vous lavez, il est à votre disposition. Seulement il faut donner de votre conduite, de vos idées, de votre moralité, de votre valeur politique, de votre aptitude aux affaires, une preuve telle devant l'opinion publique, que cette démocratie, que vous avez constituée, impose à tous, par le suffrage universel, sa force et sa puissance. {Applaudissements.)

Voyez, en effet, les progrès accomplis depuis six mois, d'une manière tout à fait réelle et tout à fait pratique ; le parti démocratique, dans toutes ses nuan-

ces, est entré dans les conseils locaux, à tous les degrés, et a donné dans toutes ces Assemblées Texemple de la modération sans rien céder sur les principes; ce qui démontre que, si Ton voulait poursuivre avec entente, avec zèle, cette œuvre de persuasion dont je vous parle, eb bien ! les fréquentations démocratiques amèneraient à nous ceux, encore trop nombreux dans le$ villes comme dans les campagnes, qui nourrissent contre les institutions républicaines des préventions et des préjugés qui leur ont été glissés dans Tesprit, de fausses idées qu'on leur a inculquées et qu'ils répètent sans trop s'en rendre compte. Si vous tous, qui êtes placés dans ce milieu de la démocratie rurale et qui pouvez vous faire à vous-mêmes cette démonstration, que ce n'est jamais en vain qu'on appelle le peuple à discuter sur ses intérêts, vous vouliez vous charger, entre vous et pour vous, de cette propagande nécessaire, vous ne tarderiez pas à en voir les fruits naître sous vos mains, et chaque scrutin vous apporterait une récompense, un encouragement et une victoire. [Vifs applaudissements, ) Car, entendez-le bien, ce qui assure aujourd'hui le triomphe du parti démocratique, c'est qu'il a raison; quand on a ce grand avantage pour soi, il faut parler, il faut agir, ne se laisser déconcerter par aucune intrigue, arrêter par aucun obstacle ; il faut se dévouer patiemment à faire la conquête de l'opinion, se tenir ferme sur les principes, être très tolérant sur les personnes, ne donner jamais son opinion que comme un moyen d'accroissement du bien-être général, et alors se faire pour soi-même une sorte de mémento dans lequel on inscrit, pour les réclamer, les réformes, les progrès, les institutions que le peuple est en droit d'attendre delà République démocratique. {Approbation pj'olongée.)

Messieurs, ne craignez pas que j'oublie l'objet principal de notre réunion, c'est-à-dire le sacrifice

héroïque par lequel vous vous êtes immolés et où vous avez perdu des héros inconnus, mais des héros. Non, je ne les oublie pas, ces morts qui vous sont si chers, mais c'est à dessein que je ne veux plus parler de ce qui pourrait aviver les plaies de la patrie. J*aime mieux vous inviter à nous recueillir, à nous replier sur nous-mêmes. Il faut que nous examinions nos questions intérieures et que nous n*ayons d'autre ambition que celle d'un peuple qui veut vraiment se refaire lui-môme. Car, sachez-le, vous ne serez véritablement en état de vous faire respecter en Europe que le jour où vous serez puissants à l'intérieur ; et, quand je me demande quelle est la plus pressante, la plus urgente de toutes les réformes, j'en reviens toujours à considérer que rien ne sera fait, que rien ne sera fructueux, que rien ne pourra pacifier les âmes, rapprocher les classes, — car, malgré la loi, il y a encore des classes, quoi qu'on en dise, — comme une bonne somme d'éducation, d'instruction bien distribuée, obligatoire, gratuite, et, permettezmoi le mot, quoi qu'il ne soit pas fort à la mode, absolument laïque. {Applaudissements.)

En effet, si l'on faisait une véritable éducation nationale, si cette éducation était donnée d'une manière véritablement moderne, véritablement démocratique, on aurait résolu le problème de Tharmonie dans la société, et assuré le retour de notre influence au dehors.

Mais ouvrez les livres d'histoire : vous y verrez malheureusement que toujours le dernier progrès accompli, c'est le progrès de l'éducation publique. Ils comprennent, en effet, ceux qui ont intérêt à exploiter les hommes et à perpétuer leur halte dans la confusion, ils comprennent que toutes les fois qu'on fait un lecteur, on leur fait un ennemi. {Applaudissements.)

Et ce n'est pas, à mon sens, par l'enseignement

primaire, — sur retendue duquel il faudrait encore s'entendre, — donné gratuitement et reçu obligatoirement, que ce progrès doit s'accomplir : c'est surtout par l'enseignement secondaire, par ce qu'on appelle l'enseignement supérieur, car c'est de l'élévation de ce niveau de la science qu'il faut se préoccuper, si l'on veut que l'éducation fasse un plus grand nombre d'hommes justes, libres et forts.

C'est pourquoi, dans le programme républicain, comme première réforme, j'ai toujours placé l'enseignement du peuple ; mais cet enseignement a besoin d'être, avant tout, imbu de l'esprit moderne civil, et maintenu conforme aux lois et aux droits de notre société.

Là-dessus je voudrais vous dire toute ma pensée. Ëh bien, je désire de toute la puissance de mon âme qu'on sépare non seulement les églises de l'État, mais qu'on sépare les écoles de l'Église. ( Vifs applaudisse-^ ments.) C'est pour moi une nécessité d'ordre politique, j'ajoute d'ordre social.

D'abord, je repousse complètement l'objection apparente opposée à ceux qui sont partisans de l'enseignement laïque. On leur dit : Vous voulez faire des athées, et vous voulez installer dans les écoles un enseignement antireligieux.

Messieurs, ma conviction est qu'il n'y a rien de plus respectable dans la personne humaine que la liberté de conscience, et je considère que c'est à la fois le plus odieux et le plus impuissant des attentats que d'opprimer les consciences. Non, je ne suis pas hostile à la religion : c'est même pour cela que je demande la séparation de l'Église et des écoles. Je suis convaincu que c'est parce qu'un parti dominant dans l'Église s'est arrogé le droit presque exclusif de distribuer l'enseignement dans nos écoles, de pétrir et former l'enfant, pour saisir l'homme et le citoyen, pour arriver à l'État lui-même, que le clergé a cessé

d'être un grand corps religieux pour tomber au rang d'une faction politique ; c'est parce qu'on est sorti de l'Église, que l'Église a beaucoup perdu du respect qu'on portait aux ministres des cultes, qu*on les a vus cesser d'être des apôtres pour devenir les instruments du pouvoir, sous les régimes les plus corrompus et les plus usurpateurs. [Applaudissements.) C'est ainsi qu'on les a vus eux-mêmes perdre le sentiment de leur propre dignité, au point de n'être plus que des agents passifs entre les mains d'un pouvoir occulte et étranger, s'habituant à ne plus se considérer comme des citoyens de France, se faisant honneur d'être les serviteurs de la puissance théocratique qui leur envoie ses dogmes et ses ordres. [Profonde sensation.)

C'est donc à la fois rendre le sacerdoce à sa dignité et l'homme à sa conscience, que de dire aux ministres des cultes : Sortez de ce milieu de colère et de passion, où vous n'êtes plus l'Église, et où vous n'êtes qu'un parti politique!

Est-ce à dire que le clergé sera destitué de toute influence sociale? Est-ce à dire que la religion sera sacrifiée? Nullement, Messieurs; mais chacun restera dans son rôle, chacun sera maintenu dans ses attributions; la morale sera enseignée laïquement, et la religion sera enseignée dans les endroits consacrés à la religion , et chaque père de famille choisira pour son enfant le culte qui lui conviendra, chrétien, juif ou protestant. Mais renonçons à confier aux divers clergés l'éducation des enfants, si nous voulons avant tout en faire des citoyens français, si nous voulons en faire des hommes chez lesquels l'idée de justice et de patrie domine. A l'église, ils recevront l'enseignement des dogmes et apprendront tout ce qui est du domaine de la foi. A l'école, on leur enseignera les vérités de la science, dans leur rigueur et leur simplicité majestueuse; et ainsi vous aurez concilié le respect de la

liberté de conscience avec le devoir, qui est imposé à rÉtat, de préparer des citoyens dont Téducation, dont les principes ne soient pas renfermés dans des dogmes ihéologiques, mais tiennent à des bases sur lesquelles repose notre société tout entière.

Rappelez-vous qu*il y a déjà sept ans , à la suite de grands efiPorts de la libre pensée française, le Pape a jugé opportun de passer en revue tous les principes modernes d'où découlent nos lois civiles et politiques : la constitution de notre famille, de notre propriété, de notre État, les grandes séries de droits qui font l'indépendance de chacun de nous , la liberté d'examen, la liberté de la presse, le droit de réunion, d'association. £h bien I sur chacun de ces droits, le Pape a crié anathème.

Est-il concevable, quand le pouvoir religieux s'exprime avec cette franchise, avec cette loyauté, qu'on abandonne l'éducation des générations futures à des hommes qui, par leur conscience , sont engagés à se faire les propagateurs de semblables doctrines 'f {Bravo f bravo!) Si vous leur confiez l'éducation , quand vous aurez à faire appel à l'énergie d'hommes élevés par de tels maîtres, quand vous voudrez mettre en mouvement ce peuple tout entier, quand vous lui parlerez de ses devoirs de citoyens, quand vous voudrez exciter en lui les idées de sacrifice , de dévouement à la patrie, vous vous trouverez en présence d'une espèce humaine amollie, débilitée, résignée à subir toutes les infortunes comme des décrets de la Providence. {Profonde sensation.)

C'est là. Messieurs, le plus grand péril que puisse courir la société de 89, dont nous sommes les héritiers et les représentants. La société de 89 a pour principal objectif de faire dépendre le système politique et social de l'idée de la suprématie de la raison sur la grâce, de l'idée de la supériorité de l'état de citoyen sur l'état d'esclave. Au lieu de la doctrine romaine,

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