MANIFESTE
Citoyens,
Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier. En 1881, comme en 4876 et en 1869, nous sommes des républicains et des patriotes.
Nous revendiquons cette double qualification au moment où des gens qui se croient républicains déclarent que la patrie est un préjugé bourgeois.
Notre conception républicaine s'adapte exactement à la patrie française, et si nous ne pouvons ni ne voulons, sans renier toutes nos traditions, être indifférents au sort des autres peuples, nous déclarons hautement que nous aimons la France d'un amour d'autant plus exclusif, qu'à l'heure douloureuse de la défaite et de l'invasion elle n'a rencontré dans le monde, comme prix de ses luttes désintéressées et chevaleresques pour la liberté des peuples, que l'ingratitude et l'abandon.
Le caractère français, — certains diront peut-être chauvin, de cette politique, mais peu nous en chaut, — explique que des esprits superficiels, pour laisser de côté des gens de mauvaise foi, s'efforcent de trouver et de démontrer des contradictions là où il n'y a que des modifications impérieusement exigées par les événements, des temps d'arrêt imploses par la prudence, mais sans que jamais nous ayons perdu de vue l'objectif qui donne à la politique républicaine son caractère spécial, à savoir : l'émancipation intellectuelle et;sociale, le relèvement moral de la nation parla liberté. • Est-ce à dire pourtant que nous prétendions qu'en I87i ou 1876 nous avons demandé à notre député la réalisation ii^médiate et intégrale du programme de 1869? ' Telle n'a jamais été notre pensée.
. U s'était passé, dans l'intervalle, des événements qui avaient 4cl^bré d'un Jour tout nouveau ce qu'il pouvait y avoir de dan^E^ereux dans ceklains de ses articles. . ' La France, qui, se berçant de beaux rêvçs de paix universelle, réclamait le désarmement général, l'abolition des
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armée» permanentes et leur remplacement par des milices nationales, a bien le droit de faire un retour en arrière et de s*en tenir à la lutte pour Texistence, après cette horrible aventure de 1870-1871 où elle a failli périr, et de se dire que , longtemps encore, — nous souhaitons que ce ne soit pas toujours, — - la meilleure sauvegarde de Thonneur, de la dignité, de la vie même du pays, ce sera un corps robuste et bien armé au service d*un cœur vaillant.
Toutes les modiûcations au programme de 1869 découlent du même esprit et ont été le résultat de la même expérience.
Il y a en, cela est incontestable, chez tous ceux qu*anime Tamour de la patrie une sensation d*effroi et un mouvement . de recul à la vue de Tablme oh nous avons failli nous engloutir.
Nous avions, avec les libéraux de toutes nuances, partagé dans une certaine mesure Tengouemenl pour les doctrines de récole anglaise et les principes de la décentralisation à outrance.
La France, forte et respectée parce que, depuis longtemps, elle était invaincue, pouvait bien se permettre la fantaisie de quelques expériences sans danger alors, bien que hasardées.
Mais depuis, nous avons touché du doigt le péril de ces théories dans un pays dont la Révolution a cimenté toutes les parties, pour le faire plus foi*t.
N*avous-nous pas vu combien ces liens, que nous croyions si serrés, pouvaient se relâcher sous le coup de la folie enfantée par les désastres?
Est-ce si loin de nous le temps où l'on parlait couramment de Ligue du Midi, de Ligue de TOuest? Et ne sentez-vous pas, citoyens, qu'il faut pousser Tamour de la doctrine jusqa*au délire pour ne pas se sentir ébranlés par une pareille expérience?
Ce fanatisme des principes abstraits, nous ne Tavons pas ; et, à la lueur lugubre des événements, nous sommes bien vite redevenus ce que nous étions auparavant : des républicains unitaires et indivisibles.
Aussi, le mandat de 1869 a-t-il été, non pas déserté par le député, comme se plaisent à le dire des gens qui n*en croient pas un mot, mais modiûé de consentement mutuel par l'électeur et l'élu.
En 1876, le comité républicain dq vingtième arrondisse-
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méat a, eo effet, formulé la déclaration suivante, accepté par le citoyen Gambetta et ratifiée, à la majorité qoe vous sa?ez, par le corps électoral :
« Le mandat, dbions-nous, tel qu*il s'est transformé sous faction impérieuse des éyènements et des circonstances, tient toujours et plus que jamais. »
Au point de vue des indications actuelles, nous les résumons.
La constitution de 1875 comme point de départ ;
Sa pratique loyale et sincère jusqu'en 1880;
Le développement pacifique et régulier des améliorations qu'elle-même a prévues et qu'elle contient en germe pour arriver à constituer progressivement la République démocratique.
Nous le faisons ainsi en connaissance de cause et avec préméditation.
Nous indiquons et vous acceptez le but : la République définitive, progressive et largement démocratique.
Des voies et moyens, ni les uns ni les autres nous ne sommes maîtres.
Ce mandat est, comme nous le disions plus haut, si peu défini , que c'est à proprement parler un mandat en blanc.
11 a été donné comme un témoignage éclatant de la confiance de l'électeur dans le candidat, et il les honore tons deux : celui-ci pour avoir su inspirer de pareils sentiments , ceux-là parce qu'ils ont su apprécier le patriotisme, le sens politique et la hauteur des vues de l'homme à qui ils donnaient un pareil blanc-seing.
Cette indépendance si complète laissée par le mandant au mandataire, cette faculté que nous lui reconnaissions de se mouvoir en toute liberté sur le terrain de la République démocratique et d'agir, comme on dit, au mieux des intérêts de la patrie, peuvent sembler étranges, et le seraient en effet dans l'immense majorité des cas. Elles se comprennent cependant, si l'on se souvient de l'histoire des douze dernières années; des rapports fréquents, suivis, du député avec ses électeurs; de T identité de leurs idées, non pas seulement à propos du but à atteindre, mais encore sur les moyens à employer et la méthode à pratiquer.
Est-ce, en effet, l'électeur, ou bien serait-ce le candidat qui parle dans ce passage du manifeste de 1876?
Eh bien, ce qoi a été ébauché, il faut Tachever. Il faut, s'éclairant des principes comme d*un flambeau, les yeux flxés sur ridéal pour ne pas perdre de Tue le but élevé à atteindre, marcher en avant avec autant de prudence que de résolution, en tenant compte du terrain, des milieux, des impulsions trop énergiques mais légitimes de Tesprit de progrès, aussi bien que des résistances de Tesprit de conservation.
Il faut procéder par parties plutôt que par masse ; décomposer les problèmes et chercher successivement les solutions partielles; résoudre les questions quand et comme elles se présentent, au jour le jour; n'entamer une opération, une agitation, comme on dit si heureusement dans les pays libres, qu^après avoir terminé Tagitation précédente et consolidé la conquête qui en a été le résultat.
Cette identité de vues, cette pénétration intellectuelle réciproque expliquent ou, mieux encore, légitimement absolument Toctroi du blanc-seing.
Le citoyen Gambetta incame à ce point la pensée du vingtième arrondissement, qu il en est comme Témanation naturelle et le représentant nécessaire.
En résumé, citoyens, vous aurez non pas un programme nouveau à formuler et un candidat à choisir, mais bien une politique à juger, la vôtre, celle que vous avez inaugurée il y a douze ans et que vous avez depuis pratiquée avec la persistance que Ton met à suivre les desseins mûrement réfléchis.
Il s'agit de déclarer si les résultats obtenus doivent vous engager à persévérer.
En ce qui le concerne, votre comité n*hésite pas. 11 vous connaît trop bien pour avoir besoin de vous adjurer, au nom de la patrie républicaine, de donner la consécration d'un nouveau vote à cette politique et à Thomme qui en est la plus haute expression.
La République, disions-nous en 1876, est fondée. Mais pour s'être amoindries, les difficultés n'ont pas complètement disparu; on pourrait même, sans exagération, dire que la tâche la plus ardue reste à accomplir, à savoir : montrer à la France et au monde qu'elle n'est pas seulement la seule forme du gouvernement qui donne satisfaction aux aspirations les plus élevées de l'esprit humain, qui
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affranchisse rhomme et le mette en pleine possession de lui-môme, mais encore la seule qui présente des garanties efficaces de liberté et d* ordre, de paix sociale et d'amélioration matérielle.
La seule qui, par l'introduction, dans une propoilion de plus en plus considérable, de la justice dans les rapports sociaux, puisse diminuer les antagonismes, apaiser les haines et conduire la France, par un progrès continu et sans secousses, à une prospérité que les monarchies lui ont toutes promise mais sans la réaliser jamais, et que les catastrophes qui marquent leur fin ont toujours ajournée.
La solution de ce problème , tant et si justement cherchée, est dans nos mains à tous.
Si nous savons persévérer dans la méthode expérimentée depuis cinq ans et qui a conduit à de si grands résultats, nous ferons la démonstration si impatiemment attendue.
Eh bien, citoyens, nous avons persévéré, et la démonstration est faite.
Jamais une monarchie n'a associé dans d'aussi larges proportions la liberté et Tordre.
Jamais la paix sociale n'a été aussi complètement assnrée.
Jamais la situation matérielle du pays n'a été aussi florissante.
Le philosophe à qui on demandait la démonstration du mouvement s'est mis à marcher.
La République, pour montrer sa supériorité, s'est mise à agir.
Avant de se faire réformatrice, il lui fallait assurer son existence et déloger le pouvoir personnel des dernières positions qu'il occupait.
La tâche était d'autant plus difQcile qu'il importait de vaincre sans avoir recours à la force.
Eh bien, dans une campagne de cinq mois, conduite avec un entrain, une énergie et un tact dont vous n'avez pas perdu le souvenir, le pouvoir personnel , soutenu furieusement par la coalition de tous les partis antirépublicains qui sentaient que c'était là leur dernier espoir, le pouvoir personnel a capitulé.
Avons-nous besoin de dire que votre député a été Tàme de cette victorieuse résistance?
Immédiatement après, on s'est mis à l'œuvre :
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