AOUT188K
315 millions ont été annuellement consacrés aux travaux publics, et particulièrement à rendre nos ports de mer plus accessibles et plus sûrs; à compléter notre réseau de voies navigables et de chemins de fer.
Puis il s* est produit un fait économique sans précédent : un gouvernement qui dégrève sérieusement; 300 millions ont été rendus aux contribuables, et cela en môme temps que Ton amortissait la dette publique d*un milliard.
Paul-Louis Courier, ayant remarqué que Targent des contribuables s'en allait comme entraîné par les lois de la pesanteur vers la cour, — on dirait aujourd'hui TÉtat, — sans que jamais il en revint rien aux citoyens, en avait conclu que la cour est un bas-fond.
Aujourd'hui, ou bien le gouvernement est à un niveau plus élevé , ou bien la pesanteur a des lois nouvelles, puisiqu*il nous revient, grâce à la République, 300 millions de notre argent.
Dans le même temps , nous reconstituons notre matériel de guerre et nous y consacrons 559 millions par au.
Nous nous en tenons à ces trois grands faits de Tordre matériel.
Au point de vue intellectuel et moral, le bilan non plus n*est pas à dédaigner.
La République est rentrée dans la tradition de la Révolution française en assurant la liberté de conscience par la laïcisation de Tinstruction publique , en attendant la séparation de TÉglise et de TÉtat.
La presse, libre de fait, plus qu'elle ne l'a jamais été dans aucun temps, vient de voir voter une loi qui, si elle n*est pas parfaite, est plus libérale cependant qu'aucune de celles qui l'ont précédée.
L'instruction publique, cette préoccupation dominante du présent parce qu'elle est la force de l'avenir, a reçu une dotation qui s'accroîtra encore, mais qui, telle qu'elle est, sera l'éternel honneur des pouvoirs publics qui l'ont propo^ sée et votée.
Entendez plutôt l'éloquence des chiffres :
Le dernier budget de l'Empire, celui de 1871 , se soldait en dépenses par la somme de 26,795,000 francs.
Cinq ans plus tard, en 1876, il s'élevait à 38 millions.
Aujourd'hui nous payons, pour faire de nos enfants des
Googk
hommes éclairés et des citoyens dévoués, la somme relativement énorme de 106 millions.
C'est^-à-dire que le budget auquel se mesure la valeur morale d'un gouvernement, celui de renseignement, est aujourd'hui quatre fois mieux doté que sous TEmpire, et que depuis 1876, c'est-à-dire depuis que le mouvement républicain s'est accéléré, il s'est accru dans la proportion des deux tiers.
Ce sont là, il semble, des résultats dont une politique a le droit de s'honorer en montrant aux impatients que le temps n'a pas été tout à fait perdu depuis 1876.
Est-ce à dire cependant qu'il faille se décerner des couronnes et monter au Gapitole? Nous n'avons pas de pareilles prétentions. Nous nous contentons de signaler le bien qui a été fait, les progrès qui ont été accomplis et d'en reporter le mérite à la politique que nous défendons, à la méthode que nous préconisons, mais sans nous dissimuler qu'il reste beaucoup à faire.
Nous savo ns d'ailleurs que le progrès, comme tous les faits sociaux, se soustrait aux lois de rsd)solu; qu'il est indéfini;
Que le but à atteindre ressemble à un mirage ;
Qu'après avoir marché longtemps à sa poursuite, on est tout étonné de s'en trouver aussi peu rapproché.
Assurément, il reste beaucoup à faire, au double point de vue politique et social.
La Constitution de 1875 ne nous a jamais semblé un chef-d'œuvre de mécanique politique, et, tout en la respectant, comme nous respectons toujours la loi, émanation de la souveraineté, nous ne nous en dissimulons pas les défauts.
Le mode de recrutement des pouvoirs publics, leurs attributions et les lois qui règlent leurs rapports nous paraissent devoir être modifiés.
Il nous semble, pour préciser, que la Chambre des députés aurait plus d'homogénéité et d'indépendance si elle émanait du scrutin de liste;
Que le Sénat gagnerait en autorité si sa base était plus large;
Qu'il y a inconvénient à ce qu'il soit une Chambre faite à r image de la première et avec les mômes attrîbutions qu'elle ;
Que le droit de dissolution dont il est investi de compte à demi avec le pouvoir exécutif lui constitue une situation
Googk
assez haute pour qu*il renonce à certaines attributions qui, en créant des confûits entre la Chambre des députés et lui, Taffaiblissent en le dé popularisant.
A.U point de vue judiciaire, nous désirons une réforme de la magistrature sur la base de la sélection combinée avec l'inamovibilité.
Au point de vue militaire, nous sommes partisans du service obligatoire pour tous, d'une durée égale.
Nous le voulons aussi court que le comporte la sécurité nationale.
Nous le voulons de trois ans, si cette période de temps est compatible avec la solidité de l'armée, en permettant la formation des cadres.
C'est là, pour nous, une condition absolue. Nous voulons être forts pour être libres et respectés.
Il est superflu de dire que nous voulons l'instruction gratuite, libre et laïque.
Nous voulons la décentralisation administrative et la centralisation politique.
Sur ce point, en particulier, nous ne transigeons pas. En laissant la commune indépendante sur le terrain des intérêts locaux, nous la voulons fortement rattachée au pouvoir central. C'est pour nous mieux qu'une question de force pour le gouvernement, c'est une question de vie ou de mort pour le pays.
Cette force du pays, que nous voulons sauvegarder par les institutions civiles et militaii'es, nous voulons qu'elle soit une garantie de paix intérieure et extérieure. ' Nous voulons qu'elle soit employée au développement intellectuel de la nation, à son relèvement moral et au développement de ses richesses matérielles.
Quant à celles-ci, nous estimons que la justice ne préside pas à leur répartition.
C'est là une question brûlante et qui préoccupe à bon droit les esprits qui pensent que l'homme ne vit pas seulement de beau langage.
Nous accordons toutes nos sympathies à ceux que la générosité de leurs sentiments pousse à creuser le problème ardu de l'inégalité des conditions économiques et à chercher les moyens d'y porter remède; mais nous nous gardons des déclamations creuses et des systèmes préconçus, et nous
391 ÉLYSÉE>MÉNILMONTAl^T.
pensons qoe les relations du travail' et du capital se modi- Oeront, progressivement en faveur de celui-là, sons Finfluence des progrès politiques, de la liberté d'association, du groupement des corps syndiqués et de la fondation de caisses de retraite pour la vieillesse. Nous désirons, en outre, dans Tintérôt des mœurs publiques et de leur épuration, que les repris de justice soient envoyés , par mesure administrative, dans une colonie pénitentiaire.
Telles sont, si nous ne nous trompons, les questions principales dont se préoccupe Topinion publique, et qui devront aboutir dans le cours de la prochaine législature.
Nous les résolvons toutes, aussi bien que les questions secondaires sur lesquelles il serait trop long de s* étendre, en républicains progressistes et aussi , comme nous Tavons dit en commençant, en patriotes.
Nous sommes les adversaires des théoriciens de Tabsolu et des doctrinaires de toutes les écoles.
Nous croyons au progrès par l'évolution, la liberté et la paix.
Nous pensons que la France se reconstituera sûrement, en tenant compte de ces éléments, aussi bien au point de vue de sa grandeur morale et matérielle qu'au point de vue de son intégrité territoriale, et qu'elle devra à la République une longue période de paix, de prospérité et d'honneur. Vive la République!
Pour k comité :
A. MÉTiviER, président; Léon Garnibr et H. Passé, vice-présidents; H. Bureau, secrétaire.
M. Gambetta a répondu :
« Mes chers amis,
V Je viens de lire votre excellent manifeste ; j'approuve et j'adopte toutes les idées qui y sont contenues. « Merci et bien à vous.
« Léon Gambetfa. »
Nous reproduisons, d'après la République ftwiçaise, le compte rendu de la réunion électorale qui fut tenue le i2 août à l'Élysée-Ménilmontant :
Googk
« La réunion tenue à TÉlysée-Ménilmontant, rue Julien- Lacroix, avait attiré une foule considérable dont une faible partie seulement a pu pénétrer dans la salle. Deux mille cinq cents électeurs environ étaient présents.
« La séance a été ouverte à huit heures trente-cinq.
« Aussitôt après Fentrée de M. Gambetta, saluée par les cris de : Vive la République ! il est procédé à la formation du bureau.
« Sont élus :
« M. Métivier président ;
K MM. Sick et Mourens assesseurs.
« M. Métivier. — Citoyens, les comités républicains radicaux du vingtième arrondissement, le comité central et le comité spécial indépendant du Pére-Lachaise, sont tombés d*accord pour recommander la politique que vous avez inaugurée ; la politique de la sagesse, la politique des progrès républicains qu'elle poursuit par les voies légales, constitutionnelles et pacifiques.
« En conséquence, ces comités proposent à vos suffrages rhomme qui en est à la fois Texpression la plus élevée et la plus éloquente, le citoyen Gambetta. (Applaudissements. — Cris répétés de : Vive Gambetta!)
« Le citoyen Gambetta, invité 'à se rendre au milieu de vous, a bien voulu accepter ; il est venu ici pour vous exposer une fois de plus les raisons pour lesquelles il est le pro • tagoniste le plus ardent de cette politique à laquelle nous devons la fondation de la République et à laquelle nous devons d'une façon certaine et progressive la réforme des institutions républicaines. (Applaudissements,)
M Une voix : — Pourquoi n'est-il pas venu il y a deux ans ? (Bruit.)
<c M. Métivier. — Ne vous laissez pas exciter par les interruptions, sans quoi nous ne pourrions pas raisonner avec le calme nécessaire. (Très bien ! très bien !)
« M. Gambetta se lève et prend la parole :
Je commencerai par répondre à la question qui vient d'être faite : « Pourquoi n'esl-il pas venu il y a deux ans? » et je dirai que je n'ai jamais été convoqué sans
Googk
396 ÉLYSÉK-MÉNILMONTANT.
venir parmi vous. (Applaudissements.) Qu'il se soit agi d'un mandat, d'un compte rendu, d'une de vos fêtes, toutes les fois que vous avez fait appel à mon concours, je suis venu, et pas plus qu'aujourd'hui je ne suis venu dans des vues d'intérêt personnel ; je suis venu vous expliquer ce que je crois être la vérité politique et l'intérêt de la patrie. (Applaudissements,)
Aujourd'hui, mes chers concitoyens, il faut que nous nous mettions bien en présence les uns des auires ; et pour cela, — la carrière que j'ai à fournir devant être longue, — il faut que vous me prêtiez votre attention ; je tâcherai de la mériter et d'y répondre par la franchise et la sincérité absolue des explications que je vous dois. [Applaudissements,)
Je suis devant vous aujourd'hui, à la veille des élections législatives de 1881... {BtnAil dans le fond de la salle,) Tout le monde n'est donc pas entré? Alors il faut attendre que la salle soit pleine.
[La séance est suspendue pendant une demi'hew*e. La salle se remplit complètement.)
M. Gambetta. — Mes chers concitoyens, je suis venu àBelleville, dans le vingtième arrondissement, demander, pour la cinquième fois, la consécration de nfion mandat de député à la plupart de ceux qui m'ont ouvert la vie politique et à ceux que l'Âge a fait entrer depuis dans la carrière civique.
Je suis venu à Belleville de préférence à tout autre collège électoral, pour deux motifs : le premier est que je considère que ce quartier, où je suis né à la vie parlementaire, doit rester la source de mon autorité politique dans la démocratie. {Très bienl très bien/)
Il y a une seconde raison pour laquelle je suis venu ici et pas ailleurs, — et je puis dire sans fausse modestie que j'eusse peut-être rencontré d'autres collèges; je n'en ai pas voulu, j'ai refusé avec déférence et gratitude ceux qui m'étaient offerts, — c'est que je
Googk
voulais une bonne foi mettre un terme à ces bruits calomnieux de plébiscite, de candidature multiple et de je ne sais quelle aspiration à une dictature qui serait aussi ridicule dans son projet que criminelle dans son exécution. {Longs applaudissements.)
J'avais dit à la Chambre, au commencement de la discussion sur le scrutin de liste, que je prenais rengagement d*ètre à mon rang et à ma place dans la démocratie; que je considérais que, sous la République, en face d'un pouvoir loyal et respecté, toutes ces candidatures multiples n'auraient pour effet que d'agiter le pays , de réjouir nos adversaires, d'entraver et d'ébranler le pouvoir. {Vive approbation,)
Eh bien , mes paroles n'ont pas suffi : il fallait un acte. Cet acte, je viens l'accomplir devant vous, et je dis : Je suis candidat dans le vingtième arrondissement. C'est ma candidature unique, et cette élection unique, je la sollicite de vous.
Vous me direz peut-être que je pose deux fois ma candidature dans le vingtième arrondissement. C'est vrai; et si ce n'avait pas été pour éviter un soupçon, — car personne plus que moi n'est environné de soupçons, — je me serais présenté dans une seule circonscription; mais on n'aurait pas manqué de dire que nous avions fait de la cartomanie électorale. Aussi je ne choisis pas, je joue cartes sur table. Je connais mes amis et je dédaigne mes adversaires. {Très bien! très bien! — Applaudissements.)
Est-ce que vous pensez que je m'arrêterai longtemps à repousser ces bruits de dictature? Car, aujourd'hui, ouvrez les journaux, ceux de la pire réaction comme ceux qui sacrifient à je ne sais quels desseins inavouables et malsains , vous y verrez qu'il n'y est questfon que de la dictature d*un simple citoyen. Je connais cet outrage pour l'avoir subi pendant la guerre et après la guerre. Oui, en raison de l'énergie que j'avais déployée dans la défense nationale , la réaction m'a
Googk
jeté cette injure à la face : « C'est le dictateur de Tours et de Bordeaux. » J'ai pu répondre à cette injure quand elle sortait du bourbier de la presse immonde. Mais aujourd'hui, quand il y a des gens malheureusement assez abandonnés pour me la jeter à la face, tout en appartenant au parti républicain, je passe et je dédaigne, car je veux être sérieux devantdes hommes sérieux. [Applaudissements prolongés.)
C'est à moi, à moi sorti du peuple, à moi lui appartenant par toutes mes fibres, que cette injure a été faite ! Mais, quelles que soient les insanités méprisables dont on m'a couvert, je sers le peuple à ma manière, et j'ai la conviction qu'après vingt ans d'efforts et d'études, sa cause entre mes mains est entre bonnes mains. Je vous le prouverai. ( Vive adhésion et applaudissements,)
Repoussons donc du pied ces attaques sans scrupules et sans loyauté!
J'ai pu et j'ai dû prendre, parce que personne ne la disputait, la direction du parti républicain au U Mai et au 16 Mai, en ces jours de l'ordre moral où il fallait lutter contre une dictature qui rappelait l'Empire. On ne parlait pas de ma dictature alors I Aujourd'hui, c'est vraiment outrager votre bon sens et déshonorer le suffrage universel que dt se servir de ce mot de « dictateur » en face d'un serviteur aussi sincère de la démocratie tel que moi. [Applaudissements,)
Et pourquoi cette injure? Je vais vous le dire. On peut attaquer l'homme : il appartient à la discussion, et je crois que j'ai donné dans ma vie des preuves non équivoques de la manière dont je la supporte, car on est encore à attendre de moi une rectificatton aux calomnies et une réponse aux outrages. Mais je sais que ce qu'on attaque en moi, ce n'est pas la personne, — d'aucuns même disent que la personne n'est pas déplaisante [On rit), -r- ce qu'on attaque en inoi
Googk
c*est la politique , c'est le système , c*est la méthode de défense et de protection des intérêts de la démocratie française.
C'est cette politique que je viens défendre, non parce qu*elle est attaquée, mais parce que j'ai un souci qui domine tous les autres : c'est d'empêcher les intelligences loyales, les cœurs honnêtes que certaines difficultés de la vie sociale et politique excitent et passionnent, de grossir le troupeau que veulent mener des sophistes et des démagogues sans vergogne. Voilà pourquoi je veux m'expliqucr encore une fois ici , et pourquoi je tiens à ce que ce soit à Belleville que cette politique reçoive encore une fois sa sanction et sa consécration. {Applaudissements.)
Cette politique, on l'a appelée d'un nom mal fait, d'un véritable barbarisme. Pour une chose mal conçue, il fallait un mot mal conçu : on l'a appelée « opportunisme ». Si ce barbarisme signifie politique avisée, ne laissant jamais passer l'heure propice, les circonstances favorables, mais ne sacrifiant rien ni au hasard, ni à l'esprit de violence, on pourra tant que l'on voudra appliquer à cette politique une épithète mal sonnante et même inintelligible, mais je dirai que je n'en connais pas d^autre, car c'est la politique de la raison , et j'ajouterai que c*est la politique du succès. {Applaudissements prolongés.)
En effet, quand je suis entré dans la vie politique, et depuis, je ne me suis pas contenté d'étudier l'histoire générale de ce grand et malheureux pays qu'on appelle la France ; j'ai étudié aussi l'histoire de notre parti, et non pas seulement à partir de 1789, mais dans la nuit des temps historiques de notre France, h l'époque où notre démocratie ne faisait que balbutier. J'ai suivi pour ainsi dire à la trace de son sang ses progrès, ses défaillances, ses témérités suivies de réactions; c'est alors que je me suis fait un serment : le serment de dire, après l'avoir appris, pourquoi cette
Googk
400 ÉLYSÉE-MÉNll.iMONTANT.
admirable cause de la démocratie républicaine avait eu, dans le cours de notre histoire, en avant ses poussées chroniques et aussi ses défaillances et ses retours en arrière, également chroniques, et il m'est apparu avec la clarté solaire que ce qui avait fait autrefois la triste gloire de Théroïsme démocratique, en même temps que sa perpétuelle confusion dans les affaires, c'est que notre parti sacrifiait trop, d'un côté, à l'esprit de chimère, d'aventure et de violences, et que, d'un autre côté, du côté des classes dirigeantes, le reste de la France avait cédé à la plus basse, à la pire des passions sociales, à la peur : la peur, mal terriblement français en politique, la peur, le pire des conseillers d'une nation; la peur, qui a fait souvent, avant l'adoption de la politique que je défends devant ceux qu'on a appelés les dirigeants, que les bourgeois ont été obstinément opposés , aveuglement fermés à toutes les idées de revendication politique; la peur, qui faisait qu*à la moindre rumeur publique la rue s'emplissait de bruit et de force militaire et que tout se liquidait par la mort et la misère des uns — toujours les mêmes — et par la victoire abjecte des cynismes et des apostasies accouplés pour le triomphe de la réaction. [Double salve d'applaudissements,)
Voilà ce qui m'a inspiré de rompre avec ce passé et de me dire : Tu consacreras ta vie à soutirer l'esprit de violence qui a tant de fois égaré la démocratie, à lui interdire le culte de l'absolu , à la diriger vers l'étude des faits, des réalités concrètes, à lui apprendre à tenir compte des traditions, des mœurs, des préjugés, — car les préjugés sont une force, on ne les brise pas : il faut les dissiper par la persuasion et la raison! [Applaudissements,) Tu apprendras à ton parti à abdiquer, à détester l'esprit de violence. Tu t'efforceras d'arracher l'aiguillon de la peur qui pousse à prendre des mesures de réaction. Tu te présenteras, — et c'est par là que nous avons vu le succès couronner nos premiers
Googk
efforts, — tu te présenteras comme une sorte de conciliateur entre les intérêts des uns et des autres; et si tu pouvais arriver à réaliser cette alliance du peuple et de la bourgeoisie, tu aurais fondé sur une assise inébranlable Tordre républicain. {Très bien! très bien! — Applaudissements unanimes,)
Et alors, qu'est-ce que nous avons fait? qu'avonsnous fait dans les Chambres, dans le pays? qu'avonsnous fait dans la presse? Nous avons fait cette double propagande, ce double prosélytisme; nous avons parlé à la fois aux prolétaires et aux bourgeois, essayant de les convaincre de part et d'autre, et nous avons réussi. Car, Messieurs, ne l'oubliez pas, c'est grâce au triomphe de celte politique que nous avons vu d'abord l'adoption du régime républicain par le pays dans son immense majorité ; c'est grâce à cette politique pratique, à cette politique expérimentale, ayant ce caractère vraiment moderne et contemporain , que la bourgeoisie a laissé de côté ses frayeurs , ses aversions, ses antipathies; c'est grâce à cette politique que l'on a pu installer dans les communes, dans les conseils généraux, dans les départements, et faire monter jusqu'aux grands pouvoirs publics, quoi?... L'expression des vœux de cette partie de la nation française que j'ai appelée les nouvelles couches sociales, qui sont aujourd'hui aux affaires et qui les gèrent à la grande confusion, au dépit et à la rage des partis vaincus , et pour la plus grande prospérité de la France. (Applaudissements répétés,)
Cette politique, qui est véritablement nationale, car elle s'adresse à tous les membres de la famille française, à l'ouvrier des champs, comme à l'ouvrier des villes, à l'homme de labeur et d'étude dans son cabinet, comme à celui qui sert sa patrie sur les champs de bataille, cette politique est celle qui dit à tous : Désormais vous pouvez être absolument convaincus que cette démocratie, par les exemples de sagesse