‹ Discours et plaidoyers politiques de Me [L] G.; (volume 5)Chapitre 47 sur 102 · RÉUNION ÉLECTORALE DU XX" ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

RÉUNION ÉLECTORALE DU XX" ARRONDISSEMENT

(Compte rendu sténographique in extenso.)

(( La séance est ouverte à huit heures et demie.

« L'entrée de M. Gambetta est saluée parles cris de : Vive la République ! Vive Gambetta ! En même temps des sifllets se font entendre dans une partie de l'assemblée.

« Il est procédé à la constitution du bureau :

« Sont élus :

« MM. le docteur Métivier, président ; Garnier, premier assesseur ; Rabagny, deuxième assesseur ; Bureau, secrétaire.

«( Plusieurs membres réclament la nomination de M. Réties comme assesseur.

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« M. MÉTiviER, président. — La parole est donnée au citoyen Gambetta pour développer son programme.

M. Gambetta. — Citoyens... {Réclamations et bruit.

— Interruptions diverses.)

Plusieurs membres. — Rélies ! Réties ! {Nouveau bruit.)

M. Gambetta. — Citoyens, il est impossible... {Nouvelles interfntptions et bruit.)

Citoyens, est-ce que vous êtes le peuple de Paris? Gomment! dans Belleville, dans Paris, la démocratie républicaine est réunie, et voilà le spectacle qu'elle donne! Et vous vous prétendez dignes de la liberté!

Je vous rappelle au respect de vos concitoyens ; je vous rappelle au respect de vous-mêmes! {Tt^s bien! très bien! — Applaudissements et acclamations proton^ gées.)

Comment! vous êtes ici dix mille citoyens, et vous seriez dix mille condamnés à l'impuissance par une poignée d'énergumènes? Croyez-vous que ce soit ainsi qu'on fonde les mœurs d'une démocratie véritablement maîtresse d'elle-même? {Nouveaux applaudissements. — Un coup de sifflet se fait entendre.)

Citoyens, celui qui siffle est un lâche. — {Oui! oui!

— Vive adhésion. — Mouvement.) Voix nombt*euses. — Parlez ! parlez !

M. Gambetta. — Je ne demande qu'à parler ; je ne demande qu'à vous dire la vérité. (Tumulte.)

Silence aux braillards! silence aux gueulards! silence à ceux qui n'ont ni pudeur ni conscience! (ÔiiiY ùui! Bravos et acclamations. — Cris répétés de : Vive Gambettal)

Comment! je viens ici!... Comment! vous seriez impuissants à rétablir l'ordre et à assurer la liberté de la tribune? Et vous voulez que demain, quand Paris lira le compte rendu de cette réunion , que la France vous jugera, vous voulez qu'on dise que vous n'avez pas les mœurs de la liberté, que vous n'avez que celles

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de la semtude par la violence! (Notnbreux applaudissements.)

Vous savez bien que si vous m*écoutiez, je suis homme à soutenir la contradiction. {Bruyantes dénégations dans une partie de la salle,)

Ah! il est plus facile de crier : Non! sans savoir ce qu*on dit, parce qu*on a peut-être été payé pour dire : Non! {C'est cela! Très bien! très bien! et applaudissements, — Tumulte continu.)

Mais, entendez-le bien, il ne dépendra pas d'une minorité de braillards d*étouffer la vérité; il ne dépendra pas des énergumènes qui les ont poussés ici que la vérité et la justice aient leur jour et leur triomphe, surtout ici, dans ce vingtième arrondissement que vous pouvez bien troubler, mais que vous serez impuissants à déshonorer et à pervertir. {Applaudissements et vive adhésion.)

Quant à moi, il y a longtemps, vous le savez, que je vous connais, il y a longtemps que je vous démasque et que je vous juge; et ce n*est pas un tumulte encore plus ridicule qu*il n'est odieux qui pourra jamais arrêter ni ma parole ni ma pensée. {Applaudissements et acclamations. — Nouvelles interruptions et bruit.)

Vous ne voulez pas me laisser parler?... Eh bien, j'ai dit assez de choses dans ma vie; mes sentiments et ma politique sont assez connus pour qu'il soit nécessaire de les développer une fois de plus.

Mais écoutez bien ces mots par lesquels je me résume : Vous qui criez, vous qui hurlez, jamais je ne vous confondrai avec le peuple, avec le vrai peuple. Vous accusez Thomme qui est ici d*être un dictateur; savez-vous ce que vous êtes? {Mouvement. Cris redoublés.) Le savez-vous?... Vous êtes des esclaves ivres et par conséquent irresponsables. {Salves d'applaudissements,)

Je n'ai qu'un mot, un seul à mot ajouter, c'est celuici : Le 21 août, le scrutin des vrais et loyaux citoyens

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me vengera de celte infamie... (Nouvelles salves d'applaudissemenfs. — Interruptions et bruit,) Quant à vous, le lendemain du scrutin, vous reviendrez, poignée de braillards,à vos vieilles habitudes. Mais,sachez-le bien, je saurai vous trouver jusqu'au fond de vos repaires... [Applaudissements répétés. Le tumulte continue,)

Je n'en ajouterai pas davantage. Je suis ici, et je tiens à y être parce que je suis le mandataire fidèle, constant, permanent, des républicains du vingtième arrondissement; quant aux autres, je les méprise et je les condamne comme les condamnera le verdict populaire. (Longues acclamations, — Applaudissements et bravos, — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambetta!)

« M. Métivier, président. La séance est levée.

« 11 est neaf heures moins cinq minutes. »

La Bépuhlique française ajoute à ce compte-rendu les renseignements complémentaires suivants :

« Huit à dix mille personnes emplissaient le vaste enclos de la rue Saint-Biaise, enclos couvert en petite partie seulement par un toit sous lequel est ^élevée Testrade. Ce hangar, clos d'un côté par des toiles, est éclairé par des globes électriques qui laissent dans Tombre presque toute la partie non couverte ; cette circonstance est excellente pour les fauteurs de tapage, détestable pour Torateur qui parlera littéralement en plein air et dont la voix ne pourra dominer le tumulte.

M La foule, qui se presse à étouffer sous le hangar et en dehors, malgré la pluie, est assez calme jusqu'au moment où Ton procède à la constitution du bureau. Mais alors le bruit commence, pour ne plus s'arrêter. Les obstructionnistes intransigeants auxquels se mêlent un certain nombre de bonapartistes bien connus dans Tarroudissement, ont mieux pris leurs mesures que les organisateurs de la réunion. Ils se sont répandus par petits groupes dans l'assistance ; un certain nombre d'entre eux, forçant les portes de derrière après l'entrée de M. Gambetta, ont envahi le fond de l'estrade au nombre de trois cents environ ; ils parviennent à réduire à l'impuissance huit ou dix mille citoyens paisibles.

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