RAPPORT A M. LK PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Monsieur le président,
Un grand malheur a frappé la France. Elle porte aujourd'hui le deuil d'un de ses fils les plus illustres.
Les services que M. Gambetta a rendus à son pays sont dans toutes les mémoires.
Dans les jours d'épreuves les plus douloureuses, il a porté le drapeau de la France envahie, sans désespérer d'elle, de sa vitalité, de son avenir. Il a été l'un des membres les plus éminents de ce gouvernement de la Défense nationale qui, par son énergie et son patriotisme, a du moins sauvé l'honneur de la patrie, s'il n'a pu réussir à en sauvegarder les frontières.
Pendant la période si difficile de la fondation de la République, il a, par son éloquence, par sa vigilance, par son sage et habile esprit de conduite, contribué à gagner à la cause du gouvernement nécessaire et national ces majorités qui sont aujourd'hui le ferme et inébranlable appui de nos institutions.
Citoyen dévoué, intègre, d'une intelligence si élevée et d'une âme si haute, orateur d'une incomparable puissance, cet homme ne saurait recevoir de ses concitoyens, qui
l'aimaient, de trop grandes marques de l'estime et de la reconnaissance publiques.
Nous vous proposons de décréter que des funérailles nationales seront faites à M. Gambetta et que les frais de ces funérailles seront acquittés par le Trésor public.
Nous sommes sûrs, monsieur le président, en vous adressant cette proposition, de répondre aux sentiments dont vous avez été le premier interprète en apprenant cette fatale nouvelle, et d'aller ainsi au-devant des volontés du Parlement et de la Nation.
Si vous l'approuvez, nous vous prions de vouloir bien revêtir de votre signature le présent décret. •
Veuillez* agréer, monsieur le président, l'hommage de notre profond respect.
Paris, le 2 janvier 1883.
Le président du conseil, ministre des affaires étrangères,
E. Duclerc.
Le ministre de l'intérieur et des cultes,
A. Fallières.
Le ministre des finances,
TlRARD.
Le Président de la République française.
Sur la proposition du président du conseil, ministre des affaires étrangères, du ministre de l'intérieur et des cultes, et du ministre des finances.
Décrète :
Article premier. — - Des funérailles nationales seront faites à M. Gambetta.
Art. 2. — Les frais en seront acquittés par le Trésor public.
Art. 3. — Le président du conseil des ministres, le
ministre de l'intérieur et des cultes et le ministre des finances sont chargés de l'exécution du présent décret. Fait à Paris, le 3 janvier 1883.
Signé : Jules Grévy.
Par le Président de la République :
Le président du conseil des ministres,