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Discours et plaidoyers politiques, publ

Les élections da 14 octobre 1877 avaient donné au parti républicain la majorité dans la Chambre des députés. Le renouvellement partiel du 5 janvier 1878 donna à la République une majorité de cinquante voix an .Sénat. Le 30 janvier 1879, le maréchal de Mac-Mahon remit entre les mains d'un républicain de la veille la magistrature suprême de la République.

Il ne nous appartient pas de raconter ici ni Jes divers incidents qui déterminèrent le maréchal de Mac-Mahon à la retraite ni ceux qui marquèrent les premiers temps de la nouvelle présidence ^ Il nous suffira de rappeler que, le 30 janvier 1879, M. Jules Grévy, président de la Chambre des députés, fut élu président de la République par 563 voix sur 662 votants et que M. Waddington fut appelé à la présidence du conseil en remplacement de M. Dufaure, démissionnaire (2 février).

M. Gambetta s'était mis, dès le 30 janvier, pendant la réunion de TAssemblée nationale, ^ la disposition de M. Jules Grévy. Le nouveau président de la République répondit à celui qui avait été son principal électeur que le moment de l'appeler aux affaires ne lui semblait pas encore

i. Voir notre Histoire du ministère du H novembre 1881, livre I, chap. â.

2 CUAMBRB DES DÉPUTÉS.

venu. Il l'engagea à se porter candidat à la présidence de la Chambre, devenue vacante par sa propre démission. Le cabinet du 4 février fut constitué comme suit :

Aflfaires étranj;ères et présidence du conseil MM. Waddington.

Justice et cultes Le Royer.

Intérieur de Marcère.

Guerre ; . . . le général Gresley.

Marine et colonies l'amiral Jauréguiberry.

Instruction publique Jules Ferry.

Finances Léon Say.

Travaux publics de Freycinet.

Agriculture et commerce . . Lepère.

Postes et télégraphes .... Coche ry.

M. Gambetta, élu président de la Cliambre des députés dans la séance du 1«" février 1879 par 338 voix sur 407 votants, prononça le 6 février, en prenant possession du fauteuil, Tal locution suivante :

Messieurs les députés,

En prenant possession du poste d'honneur que le vote de la Chambre vient de me confier, je vous adresse Texpression de ma vive reconnaissance.

. Permettez-moi d'ajouter que les circonstances historiques qui ont précédé et déterminé cette marque de votre confiance Tont rendue tout ensemble et plus précieuse et plus redoutable pour moi. Je succède, en effet, au grand citoyen, à Thomme d'État que les Suffrages des représentants du pays ont spontanément appelé à la présidence de la République française... {Applaudmetnenis à gauche et au centre), où le suivent l'irrésistible adhésion de la France, la fidélité inaltérable du Parlement et l'estime du monde. {Vive adhésion et applaudissements,)

S'il est aujourd'hui le chef de la nation, il reste ici notre instituteur et notre modèle. {Nouveaux applaudissements,) Nous suivrons ses leçons et ses traces,

sans l'orgueil de le remplacer, mais avec le ferme dessein de reproduire les traits principaux de sa magistrature : la vigilante attention à toutes vos discussions, rimpartîalité pour tous les partis (Applaudissements)^ le souci scrupuleux de nos règles, le culte jaloux des libertés de la tribune. [Nouveaux applaudissements.)

Élu de la majorité républicaine, gardien résolu de vos prérogatives, je connais mon devoir de protection envers les minorités; j'espère pouvoir les allier, sans défaillance, avec le respect que chacun doit ici à la Constitution et aux pouvoirs de la République. [Vifs applaudissements à gauche et au centre.)

Nous pouvons, nous devons tous, à l'heure actuelle, sentir que les combats ont fait leur temps. Notre République, enfin sortie victorieuse de la mêlée des partis, doit entrer dans la période organique et créa^- Irice. [Ti'ès bien! très bien!)

Aussi, Messieurs les députés, je vous inviterai surtout à concentrer votre ardeur, vos lumières, vos talents, tous vos efforts sur les grandes questions scolaires, militaires, financières, industrielles, économiques, dont vous êtes saisis et dont les jeunes générations, l'armée, les travailleurs, les producteurs, la nation, en un mot, attendent légitimement la solution. {Très bien/ très bien!)

Mandataires deux fois consacrés du suffrage universel, vous avez obéi à la première de ses volontés en sauvant la République. [Très bien! très bien!) Vous exécuterez les autres en lui assurant, d'accord avec le Gouvernement, les bienfaits de la paix, les garanties de la liberté, les réformes réclamées par l'opinion et fondées sur la justice. [Bi*avos et applaudissements prolongés à gauche et au centre.)

A la saite de cette allQCQtion, M* de Marcère, ministre de l'intériear, donne lecture à la Chambre da message suivant :

CHAMBRE DES DÉPUTâS.

Messieurs les députés,

' L'Assemblée nationale, en m'élevant à la présidence de la République, m'a imposé de grands devoirs. Je m'appliquerai sans relâche à les accomplir, heureux si je puis, avec le concours sympathique du Sénat et de la Chambre des députés, ne pas rester au-dessous de ce que la France est en droit d'attendre de mes efforts et de mon dévouement^ {Très bien! très bien!)

Soumis avec sincérité à la grande loi du régime parlementaire... {Très bien! très bien! à gauche et au centre) je n'entrerai jamais en lutte contre la volonté nationale... (Bravos et applaudissements prolongés à gauche et au centre), contre la volonté nationale exprimée par ses organes constitutionnels. {Nouveaux applaudissements.)

Dans les projets de lois qu'il présentera au vote des Chambres et dans les questions soulevées par l'initiative parlementaire, le Gouvernement s'inspirera des besoins réels, des vœux certains du pajs^ d'un esprit de progrès et d'apaisement; il se préoccupera surtout du maintien de la tranquillité, de la sécurité, de la confiance, le plus ardent des vœux de la France, le plus impérieux de ses besoins. {Très bien! très bien! à gauche et au centre.)

Dans l'application des lois, qui donne à la politique générale son caractère et sa direction, il se pénétrera de la pensée qui les a dictées; il sera libéral, juste pour tous, protecteur de tous les intérêts légitimes, défenseur résolu de ceux de l'État. {Applaudissements.)

Dans sa sollicitude pour les grandes institutions qui sont les colonnes de l'édifice social, il fera une large part à notre armée, dont l'honneur et les intérêts seront l'objet constant de ses plus chères préoccupations. {Nouveaux applaudissements.)

Tout en tenant un juste compte des droits acquis et des services rendus, aujourd'hui que les deux gi*ands pouvoirs sont animés du même esprit, qui est celui de la France, il veillera à ce que la République soit servie par des fonctionnaires qui ne soient ni ses ennemis, ni ses détracteurs. {Vifs applaudissements à gauche et au centre.) '■ II continuera à entretenir et à développer les bons rap-

ports qui existent entre la France etjes puissances étrangères, et à contribuer ainsi à l'afîermfssement de la paix générale. {Très bieti! très bien!)

C'est par cette politique libérale et vraiment conservatrice que les grands pouvoirs de la Répu'blique, toujours unis, toujours animés du même esprit, marchant toujours avec sagesse, feront porter ses froiû naturels au gouvememennt que la France, instruite par ses malheurs, s'est donné comme le seul qui puisse assurer son repos et travailler utilement au développement de sa prospérité, de sa force et de sa grandeur. {Applaudissements prolongés.)

Le président de la République^ Signé : Jules Grévy.

Le président du conseil, ministre des affaires étrangères.

Signé : Waddington.

Versailles, le 6 février 1879*

Prononcé le i6 février i879 EN RÉPONSE A UNE DÉPUTATION DU XX' ARRONDISSEMENT

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