‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 11 sur 101 · FÊTE NATIONALE DU XX» ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

FÊTE NATIONALE DU XX» ARRONDISSEMENT

C'est àBelleVlIle, eh effet, qu*il convenait de donner la plus éclatante réfutation à ces diatribes, à ces perfidies, dont on nous accable depuis dix ans, et qui annoncent toujours pour la fin de la semaine la chute de la France et du gouvernement que nous avons fondé; gouvernement qui, désormais établi sur le consentement du peuple français tout entier, peut défier sans colère, et même avec le dédain de la force, toutes les attaques de quelque côté qu'elles viennent, car elles sont désormais impuissantes. {Vive adhésion et salves et applaudissements,)

Mais il convient aussi, au milieu de ces jours de victoire et d'allégresse publiques, de songer aux heures plus tristes, de ne pas oublier nos deuils ; il convient surtout de faire, en face de Timage de la patrie, sous le drapeau aux trois couleurs que recevait, il y a trois jours, notre jeune et glorieuse armée, il convient de faire le serment de rester toujours dans la légalité, car, en dehors d'elle, il n'y aurait que périls, aventures et chute définitive. {Salves d'applaudissements et bravos prolongés,)

Donc, je place sous l'égide de la loi, sous l'égide de la République légale, et vos aspirations, et vos tendances, et vos félicitations.

Et croyez bien que ce que nous disons ici n'est que l'expression des sentiments de l'immense majorité du peuple français. Oui, partout où bat un cœur patriote, bat un cœur de républicain. On pourra bien assister encore aux tentatives d'états-majors épuisés, exhalant une politique de dépit; mais, soyez-en sûrs, — et les prochains comices le diront, — la France, dans son immense unanimité; dans son unité surtout, n'aura et ne comprendra plus qu'un cri : La République pour la patrie et par les républicains.

Vive la République!

{Salves d'applaudissements. — Bravos prolongés. — Cris répétés de : Vive la République I — Vive Gambettal)

Prononcés les 8, 9 et 10 août 1880

L'armée de terre avait reçu ses nouveaux drapeaux dans la fête naliouale du 14 juillet; la fête de la marine fut célébrée à Cherbourg les 8, 9 et iO août. Le président de la République fut accompagné dans son voyage par les présidents du Sénat et de la Chambre.

Nous reproduisons , d'après les dépêches de Y Agence Havas, le compte-rendu des principaux incidents de ce voyage qui donna lieu à tant de commentaires.

Cherbooi'g, 8 août.

Allocution du maire de Cherbourg au président de la Bépublique,

ce Monsieur le président,

« La ville de Cherbourg est heureuse de saluer en votre personne le patriote illustre, Téminent homme d'État, le digne continuateur de l'œuvre du grand citoyen qui, le premier, porta le titre de président de la République française.

» La population est depuis longtemps attachée aux idées républicaines et démocratiques; elle acclame avec une coiiGance absolue un gouvernement qui s'appuie sur la volonté réfléchie de la nation et sur les masses profondes du suffrage universel. Au nom de cette population cherbourgeoise, nous vous témoignons, Monsieur le président, la plus vive gratitude d'avoir choisi notre cité pour votre premier voyage officiel, et nous sommes ses interprètes fidèles

en vous souhaitant respectueusement et du fond du cœur la bienvenue parmi nous. »

Réponse du président de la République au maire de Cherbourg.

a Monsieur le maire,

c< Je TOUS remercie des sentiments que tous m*esprimez, je TOUS prie d'en remercier tos administrés. Je connais le dévouement de tos populations à la République: c'est pourquoi je suis Tenu Tisiter Totre belle Tille, Totre port et tos arsenaux, et faire connaissance avec votre excellente municipalité. »

Cherbourg, 9 août.

Hier soir, le président de la République, accompagné par M. Wilson, le général Pittié et les officiers de sa maison militaire, est sorti à pied. Aussitôt que la foule Ta reconnu, elle Ta acclamé avec enthousiasme.

Le président de la Chambre est sorti également. La foule a entouré la Toiture du président de la Chambre, Tacclaroant chaleureusement et le priant de parler.

M. Gambetta a prononcé les paroles suiTantes :

« Messieurs, mesdames, puisque nous sommes interrompus dans notre promenade à traTers les rues, j'en profite pour TOUS remercier des acclamatious que tous faites entendre sur le passage du chef de TÉtat et de ses fidèles et déToués collaborateurs. Comment pourrait-il en être autrement dans cette Tille de Cherbourg, cette cité si républicaine? Oui, TOUS avez raison d'acclamer le président de la République, ce citoyen intègre, ce chef vénéré; mais, quelque grande que soit la situation à divers degrés de ceux qui ont votre confiance, n'oubliez pas qu'au-dessus d'eux il y a une image sacrée,inviolable, l'image de la patrie républicaine qui fait notre joie et nous donne toutes les espérances. »

Le yacht anglais l'Enchantress, qui accompagne toujours le yacht de la reine d'Angleterre, est arrivé hier soir à Cherbourg, ayant à bord lord Nortlibrook, lord de l'Amirauté , et l'amiral Riders, commandant du port de Porlsmouth, venus pour saluer le président de la République au nom de la reine Victoria.

Ce matin, à neuf heures et demie, le président de la République, accompagné par les présidents du Sénat et de la Chambre, s^est rendu à Tarsenal pour assister au lancement du navire de guerre le Magon.

Comme cela se pratique ordinairement les jours où on lance un navire, Tarsenal était ouvert à la foule, qui se prèssait sur les quais et qui a fait une ovation très chaleureuse à M. Grévy et à M. Garabetta.

Coopération du lancement, fort bien réussie, s*est accomplie aux cris de : Vive la République ! pendant que deux corps de musique, Tun d'infanterie de marine et l'autre d'infanterie de ligne, jouaient la Marseillaise. Un arc de triomphe, construit avec des cabestans, d'anciens cordages, des voiles, des canons, des torpilles et d'autres accessoires de marine, faisant le plus bel eiîfet, était dressé à l'entrée de l'arsenal.

Le président delà République, M. Léon Sayet M.Gambetta ont visité dans toutes ses parties la digue nommée fort central, les batteries supérieures et les batteries du ras de l'eau.

M. le ministre de la marine, l'amiral Jauréguiberry, exprime le regret que tant de millions aient été dépensés pour construire le port actuel, au lieu d'en avoir creusé un dans la vallée Quincampoix, où la position était beaucoup plus avantageuse an point de vue topographique.

« Oui, répliqua M. Gambetta, c'est l'œuvre du génie maritime. Le pian primitif de Vauban plaçait le port militaire dans la vallée de Quincampoix. Vauban y avait même acheté des terrains pour le compte du roi, mais le génie maritime s'y est opposé et il a fallu cinquante-cinq ans de résistance avant qu'on reconnût que Vauban avait eu raison. Malheureusement il est trop tard aujourd'hui ; cela coûterait trop cher pour recommencer. »

A sa sortie de l'arsenal, le président de la République est allé s'embarquer pour se rendre à bord du vaisseau amiral cuirassé le Colberi,

Cherbourg, 10 août.

Le diner offert hier dans les salons de l'Hôtel de Ville par le président de la République a été très brillant.

Quatre toasts ont été portés : le premier par M. Grévy, le second par le ministre de la marine, le troisième par le

secrétaire de TÂmirauté anglaise, le qualrième par M. Gambetta.

Voici le toast de M. Grévy :

« Je veux, avant tout, remercier cette ville de Cherbourg, si belle, si intéressante, et qui se montre si excellente pour nous.

« Le cordial et magnifique accueil que nous y recevons m* inspire un sentiment de gi*atitude et d'aifection qui ne périra pas.

u Cette dette de cœur, non pas acquittée, mais très reconnue, je porte un toast à la marine française.

« En revenant de visiter les deux belles escadres qui sont réunies dans ce grand port de la Manche, j'ai voulu saluer en elles la marine française et lui apporter un témoignage de vive sympathie pour le mérite et la distinction de son corps d'officiers, pour Tinstruction technique et Tintrépidité de ses marins, pour le succès et Tapplication intelligente des merveilleux progrès que le génie moderne a réalisés dans la construction des navires et dans leur armement.

a Notre mariné, je suis fier de pouvoir le dire, n'a aucune comparaison à redouter, mais elle n'est pas dotée suffisamment d'un matériel naval qui puisse assurer à la France la puissance maritime que lui assigne sa position sur les deux mers et sa place dans le monde. Des projets ont été élaborés dans ces dernières années pour renforcer notre fiotte. Ils n'ont reçu qu'une exécution partielle. Peut-être, au milieu des transformations et des expériences auxquelles nous assistons, eût-il été imprudent d'aller plus vite, mais le moment venu, il faut que ces projets soient exécutés entièrement; il faut aussi que nous consacrions une partie de nos ressources à achever les travaux que réclament nos ports, à commencer par ceux du port de Cherbourg, travaux dont l'importance, la nécessité et l'urgence ne peuvent être contestées.

« La France aime sa marine comme son armée de terre. Elle a besoin de l'une et de l'autre. Elle doit faire pour la première ce qu'elle a fait pour la seconde. Elle doit la mettre en état de supporter une vie de labeur et d'incessants dangers.

i< Nos marins se sont élevés à la plus haute valeur militaire. Ils nous l'ont montré, lorsqu'au temps de nos désas-

ires ils sont venus partager avec nos braves soldats la défense du pays, avec quel dévouement! avec quel courage ! vous le savez.

u G*est une des belles pages de Thistoire de la marine française, si pleine de pages héroïques ; elle est gravée en caractères ineffaçables dans le cœur de la nation. A la marine française ! A son passé ! A son avenir I »

Ce toast a été accueilli par des applaudissements longtemps répétés.

Le vice-amiral Jauréguiberry a remercié le président de la République d'avoir porté la santé de la marine, et a dit que beaucoup de marins avaient sur la poitrine la croix d'honneur, qu'ils voulaient rester fidèles à la devise qu'elle porte : « Honneur et Patrie. »

Le ministre a ajouté : « Nous ne nous occupons pas de politique, mais nous nous efforçons d'allier ce double devoir. Nous avons au milieu de nous des représentants de la marine anglaise, contre laquelle nous avons combattu un demi-siècle ; je suis heureux de porter un toast à nos ennemis d'autrefois, à nos amis d'aujourd'hui. » (Applaudissements,)

Le sous-secrétaire de l'Amirauté anglaise a répondu en anglais au vice-amiral Jauréguiberry et s'est exprimé ainsi :

« Le ministre de la marine vient de rappeler que les flottes française et anglaise combattirent longtemps ; si autrefois un Anglais fût venu en France et eût vu ce que nous avons vu aujourd'hui, votre magniflque escadre, votre matériel perfectionné, vos équipages expérimentés, il se serait hâté de repasser la Manche et se serait dit : « John Bull, tire les écus pour préparer et armer les vaisseaux. » Aujourd'hui, il n'en est plus de même : les Anglais apprendront comme une bonne nouvelle le développement que vos escadres ont pris.

« Depuis soixante ans, nous n'avons pas fait la guerre, et dans cette paix prolongée je vois un gage de paix permanente. Je vois aussi une autre garantie de paix dans la similitude de la nature de nos gouvernements, qui, quoique différents par la forme, reposent sur les mêmes principes libéraux et parlementaires, et qui symbolisent l'union do la France et de l'Angleterre pour le triomphe de la civilisation. '>

Ce toast, conçu avec Thumour que les Anglais savent mettre dans ces speechs, a été couvert d'applaudissements.

M. Gambetta a pris la parole après Tamiral anglais et a dit qu'il croyait être Tinterprète des sentiments de toute rassemblée en portant un toast au président de la République :

« Depuis que M. Grévy est élevé à la plus haute magistrature du pays, son nom s*est gravé plus profondément dans les cœurs de tous les Français, et les immenses services qu'il a rendus au pays sont appréciés comme ils le méritent.

« G*est pour nous un gage de sécurité de le voir peser d'une influence plus considérable sur les affaires qui intéressent le plus la stabilité de nos institutions républicaines et le développement de nos forces nationales. Il ne faudrait pas être Français pour ne pas éprouver ces sentiments de reconnaissance auxquels n'hésitent pas à s'associer les représentants de la puissance amie.qui sont ici présents.

« Messieurs, je porte un toast au président de la République! »

Ce toast a été suivi d'applaudissements prolongés.

Après le dîner, le président de la République est rentré à la préfecture maritime et a été sur son parcours l'objet d'ovations enthousiastes.

M. Gambetta, dans la soirée, s'est rendu au Cercle du commerce et de l'industrie, dont les membres l'avaient invité à assister au punch d'honneur qu'ils offraient aux représentants de la presse républicaine.

M. Dufour, président du Cercle, porta un toast à M. Gambetta, qui a répondu en ces termes :

Messieurs et chers collaborateurs, nous sommes ici entre républicains, et pour moi il n'y a pas de nuances : je sais qu'il y en a pour d'autres, mais c'est une forme particulière de l'esprit, et il faut la respecter, car elle est l'expression de la liberté d'opinion.

II y a cependant une chose qui nous a toujours trouvés unis, c'est celle que rappelait tout à Theure M. Dufour. Oui, il avait raison de dire que ma présence parmi vous est la preuve de la solidarité qui doit exister entre toutes les forces de la démocratie et qui a centuplé nos efforts pendant le 16 Mai.

Nous sommes ici en famille, pour nous réjouir avec vous en dehors de tout caractère officiel pour célébrer cette fête splendide qui groupe tous les républicains autour d'un chef vénéré et incontesté : c'est pour cela que je vous remercie.

Ce n'est. pas d'aujourd'hui que je connais votre dévouement à la cause républicaine ; d'autres se sont aussi prodigués pour la République et sur des théâtres plus brillants ; mais nul n'a mis plus d'esprit de suite, d'abnégation dans la propagande que vous faites, au milieu de la bataille qu'on rappelait tout à rheure : cette propagande a porté dans les coins les plus ignorés de la France.

Vous pouvez donc vous glorifier de la victoire. Mais, ne craignez rien, ce temps ne peut revenir ; l'œuvre que vous avez fondée est désormais indestruc- Uble.

Permettez-moi, en finissant, d'adresser des remerciments à la presse républicaine, car je n'en connais pas d'autre. Je puis dire avec un sentiment, non d'orgueil, mais de satisfaction, que je suis peut-être celui sur lequel la liberté de la presse s'est le plus exercée, et je m'en félicite.

Homme de liberté et de discussion, j'appelle toutes les discussions et toutes les libertés ; aussi je soutiendrai la liberté de la presse de toutes mes forces et de mon vote au besoin.

Aujourd'hui l'expérience est faite, la presse est impuissante pour le mal et toute-puissante pour le bien.

Depuis dix ans nous nous habituons peu à peu à

la liberté, et, puisque nous sommes en face de TOcéan, permettez-moi une comparaison : Quand le premier homme s'est aventuré sur les abîmes de la mer, son cœur s'est peut-être troublé ; ses forces ont peut-être chancelé, mais peu à peu son courage s'est raffermi, il a maîtrisé toutes les résistances de la nature, et il est devenu le dominateur de l'Océan ; il en sera ainsi de la liberté démocratique, qui àToriginenepeut s'exercer sans un grain de démagogie, mais, pour échapper aux sautes de vent et arriver au but, il suffit de tenir ferme le gouvernail et de barrer droit. {Applaudissemenls.)

MM. Savary et Laffineur ont pris ensuite la parole.

M. La Vieille, député, a porté la santé de M. Gambetta. 11 a rappelé qu'en i871, Cherbourg, par une sorte de prescience, lui donna le droit de cité en le mettant en tête de ses candidats à la députation. Il a ajouté : « Je ne voudrais pas donner dans celte réunion aucune note dissonante, je veux, au contraire, jeter un voile sur le passé, mais je tiens à déclarer solennellement que la population de Cherbourg peut être susceptible quand il s'agit de ses droits et de sa dignité, mais qu'elle est aussi laborieuse que libérale et dévouée à la République. » (Applaudissements,)

M. Gambetta, remerciant M. La Vieille, prit la parole une seconde fois. Nous croyons, continue la dépêche de l'agence Havas, pouvoir résumer comme suit cette allocution:

Je suis touché des paroles qui viennent d'être prononcées et surtout des adhésions qui se sont échappées de vos poitrines.

M. La Vieille, mon ami, a bien voulu me dire que j'avais su conquérir votre admiration etvotre affection ; de ces deux termes, je retiens le second, je proteste contre le premier. Pour les hommes libres, l'admiration est un sentiment qu'ils repoussent; laissez-moi ne désirer et ne conserver que votre affection, car c'est ce dont j'ai besoin, non dans l'ère des combats, car ils sont finis, mais dans l'ère des difficultés que j'annonçais il y a deux ans. Je n*ai jamais oublié qui je

suis, d'où je sors, où je vais. Je sais que je suis sorti des rangs les plus obscurs de la démocratie- des travailleurs et que je lui appartiens tout entier. {Tonnerre d'applaudissements.)

' Pas plus aux heures sinistres que vous rappelez qu'à présent, je n'ai aspiré à la dictature ; je n'entends être qu'un serviteur de la démocratie et la servir à mon rang, à ma place {Applaudissements prolonges) y et puisqu'on a parlé de cette époque de douleurs, quand, il y a dix ans, je venais à Cherbourg, j'y venais accomplir un devoir sacré.

La fortune tourna contre nous, et depuis dix ans il ne nous est pas échappé un mot de jactance ou de témérité. 11 est des heures dans l'histoire des peuples où le droit subit des éclipses, mais, dans ces heures sinistres, c'est aux peuples de se faire les maître d'euxmêmes, sans tourner leurs regards exclusivement vers une personnalité ; ils doivent accepter tous les concours dévoués, mais non des dominateurs {Bravos et long mouvement) ; ils doivent attendre dans le calme, dans la sagesse, dans la conciliation de toutes les volontés, libres de leurs mains et de leurs armes, au dedans comme au dehors.

Les grandes réparations peuvent sortir du droit : nous ou nos enfants pouvons les espérer, car l'avenir n'est interdit à personne. {Longues acclamations.)

Je veux, en deux mots, répondre à une critique qui a été formulée à cet égard; on a dit, quelquefois, que nous avons un culte passionné pour l'armée, cette armée qui groupe aujourd'hui toutes les forces nationales, qui est recrutée, non plus maintenant parmi ceux dont c'était le métier d'être soldats, mais bien dans le plus pur sang du pays ; on nous reproche de consacrer trop de temps à l'examen de la progression de l'art de la guerre^ qui met la patrie à l'abri du danger ; ce n'est pas un esprit belliqueux qui anime et dicte ce culte^ c'est la nécessité^ quand on a vu la France

tombée si bas, de la relever, afin qu*elle reprenne sa place dans le monde. {Applaudmemenis.)

Si nos cœurs battent, c'est pour ce but ' et non pour la recherche d'un idéal sanglant; c'est pour que ce qui reste de la France nous reste entier; c'est pour que nous puissions compter sur Tavenir et savoir s'il y a dans les choses d'ici-bas une justice immanente qui vient à son jour et à son heure. {Longs applaudissements.)

C'est ainsi, Messieurs, qu'on mérite de se relever, qu'on gagne les véritables palmes de l'histoire; c'est à elle qu'il appartient de porter un jugement définitif sur les hommes et sur les choses; en attendant, nous sommes des vivants, et on ne nous doit qu'une égale part de soleil et d'ombre, le reste vient par surcroît. {Longs applaudissements,)

Messieurs, je vous remercie ; je vous prie de dire à vos concitoyens dans quel esprit nous nous trouvons réunis. {Long mouvement parmi les auditeurs; applaudissements et bravos.)

Une foale considérable, pendant tout le discours de M. Gambetta, n'a cessé de stationner sur le large quai où est situé le Cercle du commerce et de l'industrie.

Quand M. Gambetta est sorti, tous les chapeaux se sont levés, un seul cri immense, prolongé, s'est échappé de toutes les poitrines.

Cherbourg, 10 août.

Le président de la République a assisté ce matin aux régates : il était accompagné par M. Léon Say.

M. Gambetta n'était pas revenu de son excursion aux forts.

Cherbourg, 10 août, soir.

Le banquet qui vient d'ôtre offert par la municipalité au président de la République ainsi qu'aux présidents des deux Chambres, a été très brillant.

Cinq toasts ont été poiiés : le premier, par le maire à

M. Gréry; le second, par M. Grévj à la matiicipalité et à la population de Cherbourg ; le troisième, par M. Lenoêl à la marine; le quatrième, par M. Léon Say, qui a exprimé ses remerciements pour T accueil fait aux présidents dos deux Chambres; le cinquième, par M. Gambetta.

Page 1