CIMETIÈRE DE VERSAILLES
naux intransigeants et bonapartistes, avec une extrôine sévérité. Il suffît de citer ici deux courts extraits. M. Emile de Girardin s'exprima ainsi dans un article de la France, intitulé la Honte de la Presse :
« Le Misérable », c'est celui que le condamné Rochefort appelait à son secours, en juillet 1871, en le nommant à outrance « mon cher Gambetta, mon cher Gambetta », dans la lettre qu'il avoue avoir écrite sous dictée ou copiée sur brouillon de M. Albert Joly, quoiqu'il la déclarât blessante pour sa dignité et absolument inutile^ ce qui était le comble de l'inconséquence et de la lâcheté.
« Le Misérable », c'est celui qui contribuait généreusement pour mille francs dans la somme de vingt-cinq mille francs qu'il s'agissait d'expédier à l'évadé de Nouméa afin de payer au capitaine du navire qui l'avait pris à son bord le prix de cette évasion.
« Le Misérable », c'est celui sans la puissante parolâ duquel l'amnistie, plusieurs fois repoussée par la Chambre des députés, n'eût pas été finalement votée.
M. Eugène Ténot écrivit de son côté dans la Gironde :
Le cas de M. Henri Rochefort payant ses dettes de reconnaissance envers M. Gambetta par des hottées d'injures ne relève assurément pas de la politique proprement dite. C'est affaire de jugement moral à porter. Et la conscience publique, écœurée de cette débauche d'ingratitude envers l'auteur du vote de l'amnistie plénière, n'hésite certes pas sur le jugement que comportent le rôle et l'attitude de M. Henri Rochefort dans cette affaire.
Un homme , par la puissance de sa parole, par l'ascendant de son autorité, a fait l'amnistia — on peut le dire — et depuis cinq mois toute une bande de ceux qu'il a arrachés à l'exil et à la déportation, M. Rochefort en tête, hurlent après lui et l'injurient chaque matin.
Un jour il produit un document écrasant pour Tun d'eux : il se défend , en montrant une simple lettre , contre cette meute enragée, et c*e8t cet homme, et non les autres, qui commet une mauvaise action!
C'est trop béte...
La presse étrangère fut unanime à ratifier le jugement des journaux républicains de Paris et de province dans cette affaire (V. p. 26 et suir. les extraits publiés dans la brochure de M. Jules Laffitte}.
Enfin, la République française publia, sur une invitation fornielle de Y Intransigeant, l'article suivant (16 décembre) :
Nous n*avions jamais fait dans nos colonnes la plus légère allusion à une histoire connue de nous dans ses moindres détails. Puisque V Intransigeant nous j convie, nous allons exposer simplement la vérité. Dans cette affaire, — et c'est ce qui nous décide à rompre le silence, —il ne s'agit pas de M.Gambetta seul, mais avec lui des hommes de cœur qui, heureux comme nous tous de voir M. Rochefort échapper à une condamnation imméritée, s'empressèrent de contribuer aux frais de son évasion et de Taider à revenir en Europe avec ses compagnons.
Voici les faits :
Le 16 avril 1874, si nous ne nous trompons, M. Edmond Adam reçut de M . Henri Rochefort une dépêche lui annonçant son heureuse évasion et lui demandant de lui envoyer à Sydney vingt-cinq mille francs par le télégraphe. Vingt-cinq mille francs, cela ne se trouve pas commodément et en vingt-quatre heures ! M. Edmond Adam s'adressa à M. Oambetta et le pria d'organiser la souscription. M. Gambetta se mit à l'œuvre avec Tactivitë qu'on lui connaît et au temps voulu l'argent était fait. Les amis personnels de M. Oambetta, sans compter M. Edmond Adam, qui versa cinq mille francs, figurent sur la liste des souscripteurs pour une somme de seize mille francs. Nous n'en citerons que trois parce qu'ils sont morts : MM. Deregnaucourt, représentant du Nord, Léon Bonnel, de l'Aude, et Lefèvre, des Alpes-Maritimes. Comme plusieurs des souscripteurs n'étaient pas immédiatement en mesure, une partie des fonds fut avancée pour quelques jours par la caisse de la République française. L'argent, centralisé entre les mains de M. Gambetta, fut remis à M. Georges Perin, qui voulut bien se charger de porter les vingt-cinq mille francs à la maison de banque de Londres qui devait les expédier télégraphiquement à ses correspondants de Sydney.
L'Intransigeant affirme que ni M. Rochefort ni ses compagnons n'ont jamais su que Targent eût été fourni par plusieurs personnes. En ce qui concerne les compagnons de M. Rochefort, nous croyons que V Intransigeant s'avance un peu *. Quant à M. Rochefort, nous nous inclinons devant une déclaration aussi formelle. Et pourtant nous aurions cru faire injure à la mémoire d'Edmond Adam en supposant une minute que cet homme de
1 . M. Paschal Grousset, compagnon d'évasion de M. Rochefort, avaiten effet déclaré dans une lettre du 15 décembre 1880,qu'il avait su, dès le mois de mars 1875, que la somme expédiée a Svdney était le produit d'une souscription organisée par M. Gambetta.
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bien ait pu laisser ignorer à M. Rochefort le nom des amis qui s'étaient associés à sa bonne œuvre.
Aucun d'eux n'a jamais songé à rien réclamer à M. Henri Rochefort. Ils ont pensé seulement — et tout le monde pensera avec eux — que lorsqu'on a été l'objet d'un acte de dévouement aussi désintéressé, lorsqu'on a reçu un pareil service, on peut combattre leurs idées et leur politique, mais qu'il est peu décent de les accabler d'injures et d'outrages.
M. Bochefort cessa de nier la dette contractée par lui envers M. Gambetta; mais il continua à Tinsulter et à le calomnier.
Prononcé le i^ décembre i880
AU CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA FONDATION DE L'ASSOCIATION POLYTECHNIQUE