‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 16 sur 101 · CIMETIÈRE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

CIMETIÈRE DE VERSAILLES

tombe, non pas au profit de telles ou telles personnalités qui ne doivent pas compter en de telles luttes, pur et le plus large, le plus rigoureux dans les principes, en même temps que le plus tolérant pour les personnes. — Albert Joly, non, je ne te dis pas adieu ! car ta douce et intelligente figure planera toujours sur nos mêlées et sur nos délibérations; dans nos jours de victoire, c'est encore ton souvenir qui nous réunira dans ce Versailles où tu nous as si souvent associés à ton œuvre, et c'est vers toi que s'élèveront les témoignages impérissables de notre affection et de notre reconnaissance. {Applaudissements prolongés,)

Les obsèques d*Albert Joly avaieut réuni au cimetière de Versailles la presque unanimité des députés républicains, on grand nombre de sénateurs et de conseillers d*État, tous les conseillers généraux de Seine-et-Oise, des délégations de presque tous les conseils municipaux du département, etc. M. Henri Rocbefort, dont Albert Joly avait été Tavocat devant le conseil de guerre de Versailles, s'abstint de venir rendre à son défenseur un dernier bommage. La presse républicaine s'indigna d*un pareil acte d'ingratitude, et, le lendemain, la République française publia les lignes suivantes :

Hier, aux obsèques de M. Albert Joly, on remarquait Tabsence d'un homme politique qui doit, très probablement, au regretté député de Seine-et-Oise d'avoir évité le poteau de Satory. Cet homme politique dirige un journal qui n'a pas eu pour la fin prématurée d'Albert Joly un mot de regret.

Décidément, l'ingratitude, c'est Tintransigeance du cœur.

M. Rocbefort ayant répondu à ces lignes par un article violemment calomnieux pour la mémoire de celui qui avait été son avocat, son sauveur et l'un des membres du conseil de famille de ses enfants pendant son exil, M. Joseph Reinach, qui avait été l'ami intime d'Albert Joly, jugea qu'il lui appartenait de défendre le souvenir du vaillant républicain qui venait de mourir. En conséquence, protestant contre l'attitude de M. Rocbefort, il raconta dans le Voltaire

avec quel zèle et quel déyoaement Albert Joly avait obtenu autrefois de M. Tbiers d* abord que le cbef de complicité d'assassinat serait supprimé de l'acte de mise en accusation de M. Rocbefort (ce qui rendait toute condamnation à mort impossible), et ensuite, avec l'aide de quelques amis, que M. Rocbefort serait interné à Saint-Martin de Ré au lieu d'être déporté à la Nouvelle-Calédonie.

Bien que le récit publié dans le Voltaire fût fondé sur des documents irréfutables, H. Rocbefort répliqua, dans Y Intransigeant, par un démenti qu'il accompagna, suivant son habitude , de grossières invectives à l'adresse de M. Gambetta. 11 déclara en outre qu'il n'avait jamais chargé qui que ce soit d'intercéder en sa faveur auprès de M. Tbiers. Toute affirmation contraire était une calomnie, etc.

M. Gambetta intervint alors. La mémoire de Joly lui tenait à cœur. Il lui importait de démontrer la véracité des affirmations de ses amis. — Au mois de juillet 1871, quelques semaines avant de passer devant le conseil de guerre, M. Rocbefort avait écrit à M. Gambetta pour le prier d'intercéder en sa faveur auprès de M. Tbiers. « Je m'engage, écrivait M. Rocbefort, à débarrasser la France de moi pendant un temps illimité. » Et M. Gambetta avait fait immédiatement auprès de M. Tbiers la démarche qui lui avait été demandée par M. Rocbefort et qui devait lui sauver la vie (Déclaration insérée dans la République française du 16 décembre 1880^). M. Gambetta n'avait qu'un moyen de réduire à néant les accusations infamantes qui venaient d'être portées contre Albert Joly par son ancien client ; il en usa. Il livra à la publicité la lettre de M. Rocbefort, qui parut dans le Voltaire.

Le rédacteur en chef de V Intransigeant répondit à cette publication par une série d'injures et d'outrages. M. Gambetta et ses amis ne pouvaient opposer que le dédain à pareilles provocations, et l'attitude de M. Rocbefort fut jugée par toute la presse, à l'exception de quelques jour-

1. En réponse aux interrogations de plusieurs Journaux, nous sommes autorisés à déclarer que la lettre de M. Henri Rocbefort, publiée par le Voltaire ^ a été remise à M. Gambetta, rue Montaigne, 12, à la fin de juillet 1871, par M. Albert Joly. M. Gambetta fit immédiatement auprès de M. Thiers la démarche qui lui était demandée par M. Roenefort. (République française du 16 décembre 1880.)

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