‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 19 sur 101 · AMPHITHÉÂTRE DE LA SORBONNE · texte numérisé non relu

AMPHITHÉÂTRE DE LA SORBONNE

de la diffusion de la science et de la justice dans la société française. (Très bien! très bien! — Bravos.)

Oui, au lendemain de 1830, au souffle généreux de cette révolution qui se leva comme une aurore pleine d'espérances sur la patrie, et qui devait subir si promptemcnt une éclipse, une pensée dominait les généreux combattants de Juillet : cette pensée, c'était de fonder une démocratie rationnelle, éprise de vérité scientifique, maîtrisant ses passions par la connaissance des faits, des lois, des rapports et de la nature des choses. Cette pensée qui a donné naissance à votre institution est peut-être la seule qui ait survécu au grand mouvement de 1830; c'est celle qui, à travers tous les obstacles, toutes les difflcultés et toutes les luttes, devait réapparaître, avec un nouveau contingent de forces, sous la République de 1848; c'est celle qui luttait encore sous l'Empire et même au triste lendemain de nos désastres; mais déjà les efforts de ceux de nos concitoyens qui lui étaient restés dévoués nous la montraient plus triomphante, plus prospère et plus féconde. Et l'institution qui est née de cette pensée, c'est la vôtre. Messieurs, et je n'ai qu'un regret, c'est de n'en avoir pas fait partie plus tôt. {Vive approbation et applaudissements répétés,)

Mais j'en connais les origines, j'en ai étudié l'histoire, histoire qui n'a pas été écrite depuis longtemps, qui date d'hier; mais il n'en est pas de plus instructive et, permettez-moi le mot, de plus exemplaire.

Que pouvons-nous tirer, en effet, de l'histoire de votre Société? Nous pouvons en tirer cet enseignement, que des hommes, absolument placés en dehors de tout concours officiel, dénués de toute fortune, et je dirai presque de toutes relations sociales, que des hommes, animés par les seules forces de la passion et de la volonté, mais doués de toute l'énergie de l'intelligence, peuvent arriver, en sortant tous les jours un peu plus des cercles restreints qu'ils occupent, à

12 DÉCEMBRE 1880. g?

se répandre dans tous les rangs de la société de leui' pays et, s*adressant aux intelligences les plus différentes, pa^^'enir à les grouper, à les unir, à les éclairer et à faire converger tous ces efforts si divergents et si disparates vers un but commun, en prenant pour unique moyen la vérité toute nue. [Salve d'applaudissements.)

Oui, la vérité dans sa clarté et dans sa majesté positive; la vérité, qui consistée écarter de renseignement tout ce qui est sujet à contestation, tout ce qui est la chimère, l'hypothèse, le rêve, la fantaisie et le caprice des uns et des autres; qui consiste à avoir le respect de ceux auxquels on s'adresse; qui ne leur apporte que des observations décisives, convaincantes, que des résultats éprouvés, et à considérer comme un crime de lèse-intelligence d'essayer de faire passer dans leur cerveau une idée fausse ou inexacte. {Explosion d'applaudissements et bravos prolongés.)

C'est, Messieurs, cette méthode, sévère dans son principe, plus sévère encore dans son application, que traçait, au début même de votre Association, le plus grand penseur du siècle. Pourquoi ne le dirais-je pas ici même, dans cette Sorbonne longtemps vouée à un autre idéal et à d'autres doctrines, mais qui, grâce à l'effort du temps et au concours d'hommes nouveaux et d'esprit généreux, — je me permettrai cet éloge devant le représentant le plus autorisé de l'Université de Paris, — se dégage peu à peu des ombres du passé pour regarder vers l'avenir et jeter les bases d'une véritable science positive, — cette méthode sévèrement tracée, plus sévèrement pratiquée, telle a été la philosophie du plus puissant penseur du siècle, comme je le disais, celui dont les idées pénètrent aujourd'hui partout, d'Auguste Comte. {Adhésion unanime. — Applaudissements prolongés.)

Et à côté de ce penseur uniquement préoccupé de

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