S AMPHITHEATRE DE LA SORBONNE
débarrasser la cervelle humaine des ténèbres et des chimères pour ne faire de la pensée qu'un pur lingot d'or (Appfaudissements), à côté de lui on voyait un homme à la haute intelligence et au grand cœur, à Tâme communicative, ce Perdonnet qui parcourait le monde, étudiait ses merveilles, nous rapportant les vues les plus nouvelles et les plus fécondes, et qui, bien que né de l'autre côté de la frontière du Jura, n'aimait et ne voulait connaître que ce grand foyer de lumière qui rayonne sur l'humanité, et n'avait d'autre passion que de revenir parmi nous, dans notre France, pour nous jeter par brassées les fruits de ses recherches, qui étaient autant de découvertes. {Adhésion générale et applaudissements prolongés,)
Il ne s'est jamais laissé arrêter. On l'a calomnié, fatigué, harassé, mais il était toujours souriant, toujours gai, toujours entreprenant, et, chaque année, il étendait le cercle de votre action. {Nouvelle adhésion.)
Je ne m'appesantirai pas plus longtemps sur cette pléiade d'hommes, distingués à des titres divers, que v^tre Association a comptés parmi ses fondateurs et parmi ses membres. Il me suffit d'avoir indiqué l'aspect commun des physionomies de deux d'entre eux. Je ne veux que rechercher le bien que vous avez fait et qu'il vous reste à faire. Et si je ne distingue pas entre les maîtres et les élèves, permettez-moi de dire que je ne distingue pas davantage entre les amis qui viennent aujourd'hui au milieu de vous.
Ce que vous avez fait? Je ne parle plus au point de vue de cet enseignement supérieur que vous avez pu jeter dans cette masse d'ouvriers intelligents et avides de s'instruire qui sont l'honneur de Paris: non, je laisse, pour le moment, cette grande moisson d'esprits que vous avez engerbée et engrangée depuis un demi-siècle. {Mouvement et applaudissements prolongés,) J'arrive, vous le sentez bien, à la chose qui me touche de plus près pour ma part; j'arrive au carac-
tère politique de votre œuvre, car la politique est dans tout, Messieurs. En effet, qu'est-ce que la politique? Ce sont les destinées mômes du pays qu*on habite; c*est ce que lui réserve la bonne ou la mauvaise conduite des concitoyens qui le composent; c'est aussi ce que la fortune peut apporter à ce pays de sourires et de réparations. (Longs applaudissements.)
De bonne politique, vous en avez fait bien plus que vous ne pensez, en excluant précisément la politique de votre enseignement, en vous interdisant toutes polémiques, toutes querelles de partis et de sectes. En effet, quel' a été le résultat de votre action? Il a été immense, et on ne saurait trop le proclamer, d*abord pour que votre action soit imitée, et ensuite pour que justice vous soit rendue. {Très bien! très bien!)
Savez-vous ce que vous avez fait? Vous avez dit, d'abord, à tous ces humbles, à tous ces travailleurs, à tous ces hommes qui vivent de leurs mains et qui ont à peine reçu les premières lumières de l'instruction primaire, — et l'on sait si cette instruction populaire est encore restreinte et parcimonieuse, — vous leur avez dit : Venez, j'ai des maîtres dévoués qui vous donneront le superflu de leur temps, ce qui est souvent le nécessaire de leur intérieur... {Salve (T applaudissements), oi vous, ouvriers, vous donnerez le superflu de ce que la fatiglie et un labeur obstiné vous laissent de loisir; et alors dans cette communication sacrée, moi, apportant ce que je sais, et toi, apportant ton attention et ta bonne conduite, tu emmagasineras les résultats de mes études et de mes travaux personnels. {Adhésvm unanime et applaudissements répétés.)
C'est ainsi, Messieurs, qu'est sortie de ces relations, de ces rapports la vraie fraternité démocratique... {Bravos.) De ce concours, de ce rapprochement, il est sorti 400,000 ouvriers qui, tous, ont pu connaître, toucher,
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acquérir les lois de leurs procédés et de leur pratique, les rapports supérieurs de leurs gestes d'ateliers avec les lois physiques, chimiques, géologiques de tout le champ de Tintelligence humaine. 11 est arrivé, par contre-coup, — et c'est ici que j'introduis la politique, — qu'avec ces habitudes de se rendre compte, de raisonner, qu'avec ce goût de la science et cette passion de s'instruire, ces ouvriers ont demandé la démonstration de ce qu'on leur disait dans la politique. Et alors la chimère, le fantôme, ont disparu devant la clarté faite dans leur intelligence. Ils avaient cessé d'être pour les déclamateurs une proie facile. Il fallait avoir raison, et comme on n'a raison que lorsqu'on est la vérité, ils étaient forts contre l'erreur, de quelque côté qu'elle vînt. [Acclamatiqm et applaudissements prolongés.)
Et ce sont ces ouvriers qui ont répandu ces nouvelles habitudes d'esprit; ce sont eux qui ont, pour ainsi dire, engendré cette dialectique qui s'empare des intelligences dans notre nouvelle démocratie et qui la rend réfractaire à des agitations qui peuvent bien troubler ceux qui ont intérêt à les grossir, mais qui laissent, soyez-en sûrs, la France très calme et l'ordre parfaitement assuré. {Assentiment général. — Longs applaudissements, )
Oui, c'est à eux que nous devons cette métamorphose de la démocratie républicaine, et quand je dis « républicaine », ce n'est pas que j'en connaisse une autre. Il n'y en a qu'une : c'est celle qui est fondée sur la souveraineté nationale et qui n'en admet ni la concession ni l'aliénation, soit à titre définitif, soit à titre viager. {Vive adhésion,) J'ajoute « républicaine » par habitude. Il n'y a, Messieurs, qu'une démocratie : c'est la démocratie française. {Salve d'applaudissements,)
Je répète, Messieurs, que c'est à votre action lente mais constante que nous devons ces résultats ; car on
ne fait rien sans le temps, et ceux qui s'imaginent que l'humanité peut se conduire comme on conduit une expérience et que, en un jour et une nuit, comme certains professeurs qui sont ici peuvent se le permettre sur des êtres inférieurs, on peut modifier les rapports de la vie et de la nature tout entière, ceux qui s'imaginent cela, l'expérience nous Tapprend, sont des sophistes ou des trompeurs. {Très bien! très bien! — Approbation unanime.)
Ce n'est pas pour ceux-là que je parle: je parle surtout pour ceux qui croient, soit par vice d'éducation, soit par morgue, soit par un certain sentiment d'enflure personnelle, que c'est une imprudence, quelque chose comme une indignité, d'approcher la coupe do la science des lèvres du peuple. Ceux-là ne m'effrayent plus; ils m'ont inquiété dans le passé; ils ne m'inspirent plus que de la compassion : et quand je pense à quelles dégradantes subtilités ils en sont tombés pour conserver à leur doctrine une ombre d'existence, jo n'ai d'autre ressource que celle qui restait au grand poète de Florence : Je regarde, et je passe. [Applau-^ dissements prolongés,)
Eh bien, Messieurs, cette ère nouvelle que nous vous devons, ne pensez-vous pas qu'elle constitue un titre précieux de gratitude et de reconnaissance pour l'Association polytechnique? Et quand vous allez poursuivre votre œuvre en appelant tous les jours à la science, à l'éducation, à la solidarité sociale, un plus grand nombre d'esprits vous était-il permis de penser que nous pouvions manquer à cette fête, à ces noces d'or de votre Association? {Très bien! très bien! — Vifs applaudissements,)
Non ! et en ce moment heureux où vous célébrez ces premières noces d'or, me pardonnerez-vous,- sans sortir du sujet, de faire des vœux en votre faveur et de vous adresser, pour ainsi dire, un épithalame? {Bravos,)
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Je VOUS annonce, sans vouloir prendre le rôle de prophète, ce que vous ferez, — je ne^lis pas ce qui vous reste à faire. Voici ce que vous ferez, dès demain : Vous susciterez, vous organiserez des sections de votre Association dans les quartiers de Paris où vous n'en avez pas encore, dans les villes de province où vous n*avez pas prolongé de ramifications. Aussi bien, pour atteindre ce but, n'hésitez pas à faire appel au concours de vos amis, au concours de tous les bons citoyens; ce concours vous est dû, et vousTobtiendrez si vous le réclamez au nom des services rendus.
Oui, Messieurs, étendez votre action ; portez la bonne parole, portez votre apostolat scientifique, vos excellents conseils de sage conduite politique et sociale ; portez-les en province, dans d'autres agglomérations. Vous êtes, et plus certainement que ne le disait le fondateur d'une religion... rassurez-vous. Messieurs, je ne" veux pas l'attaquer {Sou7nres approbatïfs), — je n'attaque personne (Fève approbation)^ — vous êtes des pôchei^rs d'hommes... [Vive adhésion et applaudissements prolongés.) Encore une fois, répandezvous sur la surface du pays ; livrez-vous sans relâche à cette pêche miraculeuse que vous avez si bien commencée; vos ûlets sont d'or, les mailles en sont solides ; pochez, péchez : c'est l'avenir de la France que vous rapporterez dans vos filets. [Explosion dapplaudissements. — Long mouvement,)
Messieurs, nous sommes entrés dans une ère nouvelle ; nous avons, — et je parle ici sans préoccupation de parti, — nous avons dépouillé le vieil homme. La France a été à une rude école : à l'école du malheur, des malheurs venus du dehors et des malheurs suscités au dedans. Mais c'est grâce à des auxiliaires tels que vous que nous avons dépouillé le vieil homme. Désormais, notre démocratie a pris conscience de son droit et de sa force. Gomme vous, elle se sent dans la seconde jeunesse ; comme vous, elle sent que, main-
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tenant, elle ne peut avoir d'autre guide qu'elle-même, d'autre passion que la passion des nobles intérêts qui constituent son patrimoine, d'autre ambition, — mais celle-là, ambition irrésistible et sentie par tous, -^ que de remettre la France à son véritable rang de grande nation par le travail, par la science, par la vertu, par la solidarité. {Double salve (T applaudissements.)
Vous êtes les ouvriers de cette œuvre. Nous tenons à nous associer à vous. Aussi, quand vous le voudrez, n'hésitez pas à réclamer notre concours ; nous sommes des vôtres, et c'est avec vous que nous voulons marcher. {Nouveaux applaudissements.)
Je pourrais énumérer vos bienfaits individuels ; je pourrais citer les hommes de talent, quelquefois dé génie, qui sont sortis de vos rangs, grâce à celte diffusion des lumières de la science qui s'est faite depuis cinquante ans par vos mains; mais vous connaissez cette histoire ; vous en êtes les vrais auteurs, et puis, permettez-moi de le dire, cette histoire a été faite, et bien faite, par vos présidents et vice-présidents, et je ne veux marcher sur le terrain de personne. Je préfère terminer cette courte allocution, — je dis <^ courte » parce que je n'ai pas dit tout ce que je pensais de vous, trop longue si j'ai forcé votre attention {Non! non!), — je préfère terminer en affirmant que c'est par le développement d'institutions analogues, par la pratique des vertus que vous professez et qui de jour en jour deviennent les vertus de ce. grand parti républicain désormais confondu avec la nation, que nous ferons les progrès que nous désirons, Messieurs, et vous, Mesdames, — car il faut. Mesdames, vous associer à notre œuvre et, certes, ce ne sont pas celles qui sont dans cette enceinte qui peuvent être sus* pectes d'indifférence : leur présence ici révèle la pensée la plus gracieuse et la plus féconde de votre institution, qui est d'associer à la distribution que
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VOUS faites de la science les femmes et les filles. {Vive adhésion et applaudissements,)
Vous avez compris toute la portée de cette mesure ; mais il y a un témoignage encore plus décisif que le vôtre en faveur de cette réunion des deux sexes dans la pratique des mêmes idées et des mômes devoirs ; c*est le cri d'effroi et de colère tout ensemble qu'à la vue de tant d'efforts couronnés par tant de résultats, pousse l'adversaire : vous le connaissez bien l'adversaire I {Double salve d'applaudissements, — Bravos répétée.)
C'est ce qui nous indique combien est sûre la voie où cette démocratie, cette Chambre, cette presse, ce gouvernement, toute celte nation se sontengagés. Oui, la démocratie est sur la grande route qui mène au but suprême ; et à ceux qui me demandent ce que c'est que le but suprême, je répondrai qu'il ne peut y avoir d'équivoque ; le but suprême, c'est le progrès, dont la définition a été donnée par le philosophe éminent qui a tracé votre première charte : Qu'est-ce que le progrès? C'est le développement de l'ordre. {Applaudissements prolongés.)
Eh bipn, quittons-nous sur cette grande parole. Messieurs, nous nous retrouverons, aux heures difficiles comme aux heures souriantes de la vie et quand vous le voudrez, mais n'ayant jamais qu'une volonté et qu'un but : Tout pour la patrie, et, comme disait le conventionnel qui a donné sa première devise à l'École polytechnique : Tout pour la patrie, pour la science et pour la gloire I {Salves d'applaudissements et acclamations prolongées. — Long mouvement, pendant lequel les applaudissements recommencent à plusieurs reprises.)
La République française publia, le lendemaia de ce discours, Tarticle suivant :
« En ^830, au lendemain de la révolution, les élèves de l'École polytechnique qui s'étaient battus vaillamment à la
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lête des ouvriers, fondaient, avec Taide de leurs aines, une Association destinée à continuer celte alliance démocratique, non plus dans la lutto d'un jour contre la royauté, mais dans la lutte perpétuelle contre l'ignorance et Terreur. Les jeunes savants ouvrirent à leurs amis des ateliers un grand nombre de cours qui n*ont cessé jusqu'à cette heure de croître et de se développer. Aussi 1' « Association polytechnique » a-t-elle pu célébrer hier avec une juste fierté son cinquantième anniversaire. Elle y avait convié une partie de ses élèves, jeunes et vieux, hommes et femmes. Elle y avait convié aussi le président de la Chambre des députés.
« M. Gambetta a parlé une demi-heure. Ce qu'il a dit, nos lecteurs le trouveront sur cette page même; mais ce qu'ils n'y trouveront pas, ce qui ne se laisse pas décrire, ce qui a laissé à tous les auditeurs un souvenir impérissable, c'est la puissance de l'orateur; c'est la communion de pensée qui dès les premiers mots s* est établie entre lui et la foule dont les applaudissements se mêlaient involontairement à sa parole comme le bruit du tonnerre; c'est l'âme d'un grand patriote faisant passer un souffle de vie dans les intelligences et remuant les cœurs jusque dans leurs fibres les plus profondes. Nous ferions injure à M. Gambetta en louant dans cette circonstance son talent, fait de force et de souplesse, de grandeur et de familiarité, d'audace et de douceur. Nous oublions tous l'orateur, et c'est là le triomphe de la véritable éloquence, pour nous laisser entraîner par les magnifiques idées dont sa parole était l'interprète.
<c C'est dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne qu'on nous avait réunis, dans cette salle affreusement laide où se font les distributions de prix aux concours généraux et qui a retenti d'innombrables discours pompeux, élégants et vides. La Sorbonne ! que de souvenirs se rattachent à ce nom ! Au moyen âge et jusqu'en 1792, c'est la maison conventuelle des plus savants docteurs en théologie, qui discutent jour et nuit sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, sur le pouvoir prochain et sur la grâce suffisante, et qui, au nom de leur infaillibilité, jugent et condamnent toute vérité nouvelle qui ose venir les importuner. Puis, c'est l'Université fondée par Napoléon I«' et arrivant à son
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plein épanouissement sous Louis-Philippe : la science sage, correcte, disciplinée, conservant précieusement le trésor de la tradition, y ajoutant çà et là des aperçus ingénieux, des vues qu'elle déclare hardies, mais dont elle s'empresse de déclarer qu'il faut se garder d'en tirer les conséquences pour peu qu'elles doivent inquiéter Tune des puissances établies. La philosophie de Cousin, de Jouffroy, de Simon, de Garnier, non moins circonspecte et gourmée quune religion d État, en fut l'expression la plus complète. Elle faisait de nous la risée de l'Europe. A-t-elIe entièrement disparu? N'y a-t-il plus de rhéteurs à la Sorbonne?plus de doctrine se disant officielle ? plus d'orthodoxie philosophique, httéraire, historique, scientifique? L'esprit des vieux docteurs en théologie ne règne -t-il plus dans les deux Facultés séculières qui y ont leurs sièges?
« En tout cas, c'est une science bien différente que M. Gambetta a voulu définir et glorifier, la vraie science, celle qui ne connaît ni limites ni obstacles, celle qui ne recule devant aucun problème ni surtout aucune solution, fût-elle en opposition manifeste avec les doctrines les plus antiques et les plus vénérées, une science qui n'a de respect que pour la vérité nue. C'est la science de l'avenir; mais c*est déjà la science du présent. A peine est-elle née, elle accomplit chaque jour des merveilles. 11 n'y a pas une seule de nos idées sur le monde et ses éléments qu'elle n'ait transformée totalement. Le ciel, ni la terre, ni la mer, les êtres vivants, ni la matière inerte, ne nous apparaissent sous le même jour qu'à nos pères. Un savant qui mourut vers 1840 regrettait de s'en aller parce que, disait-il, « cela commençait à devenir drôle ». Qu'aurait-il dit on 1880? Et pourtant, nous ne sommes qu'au début. Des millions de Français sont plus âgés que le plus ancien de nos tronçons de chemin de fer. Ah! sans doute, des esprits précieux se détournent avec dédain de cette science moderne qui, à les en croire, ne s'occupe que de la vile matière. Vraiment? elle néglige l'esprit? elle qui recherche avec une patience et une sagacité inouïes l'origine et le mécanisme de tout ce qui constitue l'esprit humain : pensée, langage, institutions politiques et sociales, arts et religion ! Car, ceci est merveilleux, elle a su plonger assez avant dans notre nature pour y reconnaître la formation de ces entités surnaturelles
qui, filles de notre imagination^ s'imposent à nous comme nos maîtres et nos tyrans.
« Autant la science vraie et positive, dans ses joyeuses et audacieuses investigations, diffère de la vieille science sorbonique, mâchant et remâchant éternellement les mêmes lieux communs ou les mêmes erreui*s séculaires, autaut elles exercent sur la société démocratique une action différente ou même opposée. La science de l'Université, aux beaux temps des Cousin et des Villemain, tenait le peuple à distance, le refoulant vers le prêtre et prétendant réserver pour un petit nombre d'esprits d'élite les lueurs de la philosophie. Tout au plus daignait-on composer â son intention un catéchisme catholique sans doute, mais saupoudré de quelques maximes de métaphysique et débarrassé, en échange, d'autant de superstitions trop grossières. Ou ne pouvait aller au delà ni permettre au vulgaire de se désaltérer aux sources vives de la vérité, sans compromettre Tordre social ;' car ce breuvage semblait trop capiteux pour lui. Â une science parquée dans une doctrine officielle con'espondait une nation composée de deux castes : l'une éclairée et pouvant prendre part au gouvernement du pays; Tautre, vouée à l'ignorance presque complète et nécessairement exclue de tout droit politique.
« Avec la science moderne, tout change. N'acceptant point de bornes à ses recherches, elle n'admet non plus aucune limite à son expansion. Elle luit pour tous. A peine une vérité nouvelle est-elle conquise par les procédés les plus subtils, que cent vulgarisateurs, comme on les nomme, cent éducateurs du peuple, s'empressent de la traduire en langage courant et de la mettre à la portée de quiconque veut s'instruire. Voilà ce qu'a fait depuis cinquante ans l'Association polytechnique. Aussi M. Gambetta a-t-il pu dire que l'œuvre politique accomplie par ses membres est immense et excellente. Ils sont tous, souvent à leur insu, de puissants propagateurs de la démocratie, lis travaillent à établir du haut en bas de l'édifice social cette communauté d'idées et de sentiments qui, depuis quatre à cinq siècles, n'existe plus dans nos pays européens et qui, si elle se reconstitue sur une base nouvelle, la base de la science et non de l'erreur et du préjugé, communiquera aux peuples démocratiques une force prodigieuse. Malheur aux