BANQUET DE LA PHI1X)S0PHIE POSITIVE
nations qui resteront en dehors de ce grand mouvement de propagande scientifirine! Dans le combat de la vie elles seront écrasées. »>
Le discours du 12 décembre 1880 n'était pas le premier par lequel M. Gambetta faisait adhésion à la philosophie positive. Attaché depuis longtemps aux idées de M. Auguste Comte, il avait été convié au dîner offert à M. Littré à l'occasion de Tachèvement du Dictionnaire de la langue française (5 janvier ^873), et il avait déclaré dans un toast à nilustre savant que la philosophie positive était la sienne.
Nous reproùui^uns d'après la République française le compte rendu de cette réunion :
Dimanche 5 janvier, un dîner a été offert à M. Emile Littré, à l'occasion de l'achèvement du Dictionnaire de la langue française. Cinquante personnes environ assistaient à cette fête, parmi lesquelles MM. Boysset, Albert Castelnau, Gambetta, Laurent Pichat, de Mahj, Naquet, Taberlet, représentants du peuple; Denizot, Herold, Rigaut, membres du Conseil municipal de Paris ; Wyrouboff, de Bagnaux, Bertillon, Antonin Dubost, docteur Onimus, Petroz, rédacteurs de la Philosophie positive.
Une médaille commémorative en bronze a été offerte à M. Litlré par les persoimes présentes à la réunion. Les inscriptions gravées sur les deux faces.de cette médaille rappellent les principales œuvres du savant et du philosophe : Dictionnaire de la langue française ; Dictionnaire de Nysten ; Paroles de Philosophie 2)ositive ; Auguste Comte et la philosophie positive; Consei'vationf Révolution et positivisme, etc.
M. Charles Robin présidait la séance. Plusieurs discours ont été prononcés dans l'ordre suivant :
M. Robin :
(( Monsieur Littré,
« Nous nous sommes réunis pour fêter l'ami qui s'est fait affectionner de tous, le penseur qui s'est acquis une si large place parmi les savants modernes, et pour exprimer la joie que nous avons ressentie en vous voyant terminer le Dictionnaire de la langue française,
« Ce qui semblait délier même les efforts réunis de plusieurs a été fait par vous seul. Grâce aux notions profondes
qui VOUS sont familières, par l'enchaînement du savoir humain, vous êtes parvenu à établir une unité réelle dans Tœuvre entière et à donner à chaque chose la part qui lui revient. Grâce à ces notions aussi, vous avez achevé ce travail en lui conservant un caractère littéraire et scientifique, sans y laisser Tempreinte d'un système quelconque.
« Vous n'avez du reste jamais caché les sources auxquelles vous puisiez ces notions. Elles sortent de la philosophie positive, qui résume dans une science supérieure toutes les manifestations des mondes, y compris les phénomènes humains, depuis les déductions mulhématiques des plus abstraites, jusqu'aux modes les plus divers des conceptions poétiques.
« Par là, et par une donnée exacte de la filiation dn sens des mots, votre travail est devenu attrayant pour tous ceux qui comprennent qu'en tout état de cause, le bon langage est un puissant auxiliaire de la pensée.
« Aussi celte salle eût été bien des fois trop étroite si, ne nous bornant pas à une simple réunion en l'honneur des lettres, nous avions cédé à l'affectueux empressement de tous ceux qui voulaient vous prouver qu'ils voient dans l'apparition de votre livre un heureux événement, tout à rhonneur de notre pays.
« Oui, un heureux événement, parce que, désormais classique, non seulement ce livre servira de guide aux généralions futures dans l'étude de notre langue, mais encore il en propagera les clartés dans les civilisations de l'Occident.
« Nous tous qui, sous des formes diverses, sommes unis par les liens d'une même doctrine philosophique et sociale, nous joignons un vœu à l'expression de notre gratitude.
« De cette doctrine vient la méthode qui vous a servi de guide dans vos profondes investigations sur les origines, le développement et les conditions actuelles des sciences en général, de notre langue en particulier ; elle a pour la première fois mis entre les mains d'un homme des données que nul de longtemps ne pourra posséder.
« Leur comparaison a suscité dans voire esprit des inductions d'ordre social précieuses pour Tétude des progrès de rhumanité, et que vous seul pouvez mettre en lumière.
« Puissiez-vous bientôt les joindre à tout ce que nous vous devons d'inestimable; car nous saluons dans votre dernière