‹ Discours et plaidoyers politiques, publChapitre 7 sur 101 · SI JUIN · texte numérisé non relu

SI JUIN

maîtriser toutes les tentatives d'agitation, de quelque part qu'elles vinssent à se produire.

fc II n'est pas à craindre qu'on se méprenne sur la signification d'une pareille mesure. Nos sentiments sont connus, jamais nous ne pactiserons avec le désordre. Jamais nous ne réhabiliterons des crimes qui ont soulevé toutes les consciences et dont l'énormité ne peut s'expliquer que par les effroyables circonstances qui les ont vus naître. Ce n*est pas à votre justice que nous nous adressons, mais à votre clémence.

« Nous faisons appel aussi à ces considérations d'ordre supérieur qui, à certaines heures, dictent aux assemblées politiques des résolutions d'un caractère exceptionnel. Fermant les yeux sur l'indignité d'un trop grand nombre, nous vous demandons, pour tous indistinctement, le pardon et l'oubli. Nous vous demjmdons, après dix ans, de compléter l'œuvre que vous avez déjà accomplie aux trois quarts et qui ne saurait indéfiniment demeurer inachevée.

« Nous espérons, Messieurs, que vous vous associerez à nos vues, et que vous voudrez bien ratifier le projet de loi que nous avons l'honneur de vous présenter.

u Ahticlb unique. — Amnistie est accordée à tous les condamnés pour crimes et délits se rattachant aux insurrections de 1870 et 1871, ainsi qu'à tous les condamnés pour crimes et délits politiques, ou pour crimes et délits de presse commis jusqu'à la date du 19 juin 1880. »

La Chambre discuta ce projet dans la séance du 21 juin.

La majorité était singulièrement agitée. La sagesse des électeurs de Lyon qui avaient nommé M.Baliue contre M. Blanqui, inéligible, au scrutin de ballottage du 27 mai, avait été une des causes principales qui l'avaient déterminée à accepter l'amnistie plénière. Or l'exemple de cette sagesse venait d'être perdu pour Paris. Dans Tintervalle des séances du 19 juin, où M. de Freycinet avait déposé un projet d'ammstie, et du 21 où la Chambre était appelée à se prononcer, . les électeurs municipaux du quartier du Père-Lachaise (XX" arrondissement) avaient nommé M. Trinquet, ancien déporté à Nouméa, contre M. Letalle, candidat républicain^ (dimanche 20 juin). « Élire Trinquet, avait dit la République

1. M. Trinquet avait été nommé par 2,358 voix contre 1,897 données à M. Letalle et 278 bulletins blancs et nuls.

française, c'est voter contre l'amnistie » et M. Gambetta s'était rendu le 19 juin dans le XX« arrondissement, dont il était le député, pour soutenir la candidature de M. Letalle. Mais les déclamations de la presse intransigeante l'avaient emporté dans ce quartier sur tous les efforts de M. Gambetta et de ses amis. Et cette victoire de l'intransigeance semblait annoncer la défaite de l'amnistie*.

On put croire pendant quelques heures que la cause de l'oubli et de la réconciliation était perdue.

Séance du 2i juin,

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