RAPPORT SUR LA SITUATION POLITIQUE
DE LA RÉPUBLIQUE 27 brumaire an II, 18 novembre 1793
Robespierre était entré au Comité de salut public le 26 juillet 1793. Quelques mois après, il était chargé, par le Comité» de présenter à la Convention, sur la situation politique de la République et sur l'attitude des diverses puissances étrangères, un rapport complet, vaste tableau des répercussions de la Révolution française dans le monde et des luttes que 1a liberté devait soutenir pour s'affermir et triompher. Le plan diplomatique de l'Angleterre pour étouffer la Révolution et pour susciter contre nous toutes les nations de l'Europe ne pouvait en effet être déjoué que s'il était entièrement connu et mis en lumière. Robespierre exposa, dans tous ses détails, la politique extérieure du Comité de salut public et les dangers auxquels elle avait à faire face. Il donna lecture de son rapport dans la séance du 27 brumaire an II (18 novembre 1793). Ce rapport eut un retentissement immense, non seulement en France, mais dans toute l'Europe, où il contribua à faire considérer Robespierre comme le grand homme d'État de la République. La Convention en ordonna l'impression* et l'envoi aux départements
1. Convention nationale. Rapport fait à la Convention nationale, au nom du Comité de salut public, par le citoyen Robespierre, membre de ce comité', sur la situation politique de la République : le 27 brumaire, l'an 2 de la République : imprimé par ordre de la Convention nationale. De l'Imprimerie nationale: iu-8° de 30 pages. Il y a une autre édition/légalement de l'Imprimerie nationale, de 19, pages,
et aux armées. La plupart des journaux le reproduisirent, et Pun d'eux, La Feuille du salut public, le fit précéder de ces commentaires : « Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner, de préférence à tous autres articles, le rapport de Robespierre sur notre situation à l'égard des puissances étrangères. Dans un pays libre, c'est un devoir pour tous les hommes d'être instruits des affaires publiques, et rien ne peut contribuer davantage à cette instruction nécessaire qu'un rapport dans lequel la grandeur des idées, la profondeur de la politique s'unissent à la clarté des développements et à la précision du style. Qu'elle est sublime, l'éloquence républicaine! C'est celle de la vérité; ses accents éclairent et consolent l'ami de l'humanité, et portent l'effroi dans l'âme des tyrans, dont elle déjoue l'infâme machiavélisme1. »
Citoyens Représentants du Peuple,
Nous appelons aujourd'hui l'attention de la Convention nationale sur les plus grands intérêts de la patrie. Nous venons remettre sous vos yeux la situation de la République à l'égard des diverses puissances de la terre, et surtout des peuples que la nature et la raison attachent à notre cause, mais que l'intrigue et la perfidie cherchent à ranger au nombre de nos ennemis.
Au sortir du chaos où les trahisons d'une cour criminelle et le règne des factions avaient plongé le gouvernement, il faut que les législateurs du peuple français fixent les principes de leur politique envers les amis et les ennemis de la République; il faut qu'ils déploient aux yeux de l'univers le véritable caractère de la nation qu'ils ont la gloire de représenter. Il est temps d'apprendre aux imbéciles qui l'ignorent, ou aux pervers qui feignent d'en douter, que la République française existe; qu'il n'y a de précaire dans le monde que le triomphe du crime et la durée du despotisme; il est temps que "nos alliés se con-