Histoire de la Révolution française, Conclusion
INTRODUCTION
mort de Robespierre, tout l'édifice révolutionnaire s'effondre, tant l'existence de cet homme était nécessaire à l'existence même de la République.
Charles Vellay.
DE
5 février 1791
Le 7 avril 1790, au cours de la discussion sur l'organisation judiciaire, Robespierre avait prononcé, à l'Assemblée constituante, un premier discours pour expliquer le caractère, la nature et le fonctionnement du jury. La question était nouvelle pour l'Assemblée; les débats furent lon^s et confus. Plus tard, le 2 janvier 1791, Duport, au nom des Comités de judicature et de constitution, présenta un système d'oiganisation du jury contre lequel Robespierre s'éleva avec force. Le 4 janvier, il prit la parole pour demander que les dépositions des témoins fussent faites par écrit. Le 2 février, il intervint de nouveau, pour réclamer l'unanimité du jury dans la condamnation des accusés. Enfin, le 5 février, il opposa au plan de Duport son plan personnel.
Ce discours, très important, n'eut, dans les journaux du temps, que des échos volontairement atténués.. Quelques semaines plus tard, Robespierre écrivait à la Société des Amis de la Constitution de Versailles que <a publication avait « éprouvé dans le temps des obstacles d'une nature assez
extraordinaire 1 ». Cependant, le Journal de Paris, dans son numéro du 8 février 1791, lui consacra ces lignes élogieuses : « On y trouvera cet esprit indépendant qui veut ramener toutes les lois sociales aux lois éternelles de l'égalité des droits naturels. Le plus grand mal serait qu'il n'y eût pas des esprits de cette trempe; assez d'autres savent plier la vérité à ces conventions artificielles que les circonstances peuvent rendre inévitables, mais qui sont à la fois et un nuage devant la raison et une barrière devant ce modèle du mieux auquel il faut toujours tendre2. »
Le discours de Robespierre fut publié sous ce titre : Principes de V organisation des jurés et réfutation du système proposé par M. Duport au nom des Comités de judicature et de constitution, par Maximilien Robespierre, député du Pas-de-Calais à V Assemblée nationale3.
Messieurs, ,
Le mot de Jurés semble réveiller l'idée de l'une des institutions sociales les plus précieuses à l'humanité : mais la chose qu'il exprime est loin d'être universellement connue, et clairement définie; ou plutôt, il est clair que, sous ce nom, on peut établir des choses essentiellement différentes par leur nature et par leurs effets. La plupart des Français n'y attachent guère aujourd'hui qu'une certaine idée vague du système anglais, qui ne leur est point parfaitement connu. Au reste, il nous importe hien moins de savoir ce qu'on fait ailleurs, que de trouver ce qu'il
1. Lettre écrite en avril 1791 (Mémoires de la Société des sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, tome II, p. 174). Ernest Hamel suppose que ce fut la publication de ce discours en brochure qui rencontra des difficultés. Il paraît beaucoup plus vraisemblable de voir dans ces mots de Robespierre une allusion au silence calculé de la plupart des journaux, ce qui d'ailleurs s'accorde parfaitement avec cette expression « dans le temps », qui indique que les difficultés dont il s'agit étaient déjà lointaines.