‹ Discours et rapports de RobespierreChapitre 8 sur 54 · Ibid. ; voir plus loin, pp · texte numérisé non relu

Ibid. ; voir plus loin, pp

INTRODUCTION

cipe que les lois peuvent avoir un effet décisif. De même qu'elles peuvent réagir contre l'inégalité des fortunes, de même elles peuvent contribuer au développement de la vertu. « Le premier soin du législateur, dit-il, doit être de fortifier le principe du gouvernement. Ainsi tout ce qui tend à exciter l'amour de la patrie, à purifier les mœurs, à élever les âmes, à diriger les passions du cœur humain vers l'intérêt public, doit être adopté ou établi par vous. Tout ce qui tend à les concentrer dans l'abjection du moi personnel, à réveiller l'engouement pour les petites choses et le mépris des grandes, doit être rejeté ou réprimé par vous. Dans le système de la révolution française, ce qui est immoral est impolilique, ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire1. »

La logique veut que, puisque la vertu est la base de la démocratie, puisqu'elle seule est révolutionnaire, les vices soient impitoyablement proscrits de la République. La sévérité des lois doit atteindre les hommes corrompus qui participent à la conduite des affaires. Dès lors, le gouvernement révolutionnaire doit être fait, non seulement de vertu, mais de terreur. La période révolutionnaire est une transition entre l'ancien et le nouvel ordre de choses. C'est une période de combats, où la République, mal affermie et menacée par des ennemis divers, a besoin d'une protection éclatante. En ce sens, et dans ces circonstances momentanées, la terreur est « une émana-

1. Rapport sur les principes de morale politique: voir plus loin, p, 329.

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tion de la vertu1 ». Mais il faut se garder de confondre le gouvernement révolutionnaire avec le gouvernement constitutionnel. « Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder. La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis; la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible *. » C'est pour n'avoir point fait cette distinction, sur laquelle Robespierre insiste avec soin, que tant d'historiens ont peint sous de fausses couleurs le régime de la Terreur, considéré comme un régime normal et comme un mode régulier de gouvernement3.

Parce que seul4 il s'était fait une conception précise de la Révolution, de ses moyens, de son but, et du nouvel état social qu'elle devait fonder, Robespierre entraînait avec lui, le 9 thermidor, la République tout entière. « Nous avons tué la République

1. Rapport sur les principes de morale politique; voir plus loin, p. 332.

2. Rapport sur les principes du gouvernement révolutionnaire; voir plus loin, pp. 311-312.

3. Il esl à peine besoin d'ajouter que Robespierre, qui donna la définition du régime de la Terreur, n'eut, dans son application, qu'une part restreinte. La période la plus sanglante de la Terreur fut précisément celle pendant laquelle Robespierre demeura éloigné du Comité de salut public étales affaires (messidor au II).

4. On entend bien qu'il ne faut pas considérer ici Robespierre comme absolument isolé, et qu'il faut joindre à son nom au moins le nom de Saint-Just.

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au 9 thermidor, disait plus tard Cambon1, en croyant ne tuer que Robespierre. » Le peuple le comprit aussi. « La masse de la population, dit Buonarroti, regretta, après le 9 thermidor, les sacrifices qu'elle s'était imposés... et commença à prendre en aversion Ja Révolution et ses défenseurs2. » C'est qu'en effet ce qui disparaissait avec Robespierre, ce n'était ni un homme, ni un parti, c'était Famé même de la Révolution. Rien sans doute n'explique mieux le rôle et l'influence de Robespierre que la réaction qui, après sa mort, se manifesta à la fois dans Tordre moral et dans l'ordre social. « 11 s'opéra, dès le lendemain du 9 thermidor, dit Louis Blanc, une métamorphose qui ne se vit jamais, ni à aucune époque, ni chez aucun peuple. Il y eut comme une autre France, ayant un autre cœur, un autre esprit, et parlant une autre langue. Jusqu'à l'expression des visages parut changée. Devenue carthaginoise, de romaine qu'elle était, la politique ne fut plus qu'un commerce de mensonges. L'ère des vils compromis s'était ouverte 3. »

En réalité, la Révolution meurt à cette date. Ni la proscription des Girondins, ni la mort de Marat, ni la chute de Danton, ni les âpres luttes des factions n'avaient arrêté ou troublé sa marche. Mais, avec la

1. Voir Réfutation de V Histoire de France de Vabhé de Montgaillard, par Uranelt de Leuze (Laurent de TArdèche . p. 332. On sait que la plupart des Montagnards qui ont participé à la chute de Robespierre, notamment Billaud-Varenne, Barère, Vadier, Amar, Levasseur, etc., s'en sont, comme Cambon, amèrement repentis.

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