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Discours fait à l'Assemblée législative sur les finances de la province [microforme]

Je me rends volontiers au désir de l'honorable premier ministre, qui nous a invités, vendredi dernier, à étudier la situation des finances de la province avec touie l'attention et tout le soin que le sujet mérite.

L'opposition constitutionnelle est l’un des plus importants rouages de notre système de gouvernement parlemen-

taire, parce qu’il est de l'intérêt public | que la politique générale et le: actes | administratifs des ministres responsa-| bles à cette Chambre et à ceux qui nous |

ont élus, soit soumis à la libre discussion des représentants du peuple. Le rôle de la loyale opposition de Sa Ma-

jesté est celui de la critique, mais pour | être utile et atteindre son but, cette |

critique doit être juste en principe, appuyée sur des faits incontestables, et se recommander à CARDRPERNON publique par la sincérité de ceux qui en prennent la responsabilité. Je me ferai un devoir de me conformer strictement à ces conditions essentielles de toute délibération profitable au pays, dans les remarques qu’il m’incombe de faire en réponse à l’hibile discours de l'hanorable trésorier (M. Shehyn) sur le budget,

Je n'ai pas besoin de déclarer qu’en critiquant la politique-et les opinions de l'honorable trésorier, comme c’est mon droit et mon devoir de le faire, je saurai avoir pour lui tout le respect que lui méritent son caractère et la droiture de ses intentions. Si je ne réussis pas à persuader mes adversaires, je tiens au moins à les convaincre de la sincérité de mes vues par la justice de mes procédés de discussion et la loyauté de ma parole,

Nous sommes tous d'accord à dire que la bonne gestion de nos affaires financières est l’une des questions qui intéressent notre province, et, j'ajouterai, le pays en général, au plus haut dégré. Unis sur ce point, nos divergences d'opinion commengent et s’accentuent rapidement dès que nous étudions la situation de nos finances, la politique qui l’a produite telle que, de part et d'autre, nous la constatons, et particulièrement la responsabilité des hommes publics qui ont dirigé ou critiqué la marche des affaires depuis plusieurs années, Le souvenir de nos discussions passées sur le même sujet est encore présent à la mémoire de tous ceux qui y ont donné quelque attention. Il n’est pas nécessaire de le rappeler avec trop d’insistance, pour que mes honorables

collègues connaissent avec exactitude le pcint de départ du débat,que j'engage aujourd’hui au nom de mes honorable:

amis de l'opposition. D'ailleurs, l’honorable trésorier (M. Shehyn) a résumé nos controverses antérieures dans les premières paroles de son discours de vendredi dernier, J'ai le droit bien légitime de me servir de ses propres remarques pour démontrer comment, en suivant avec soin la droite direction indiquée par les principes et les faits, on arrive sûrement à des conclusions bien différentes de celles qu'il a tirées, l’autre jour, avec une si apparente satisfaction.

L'honorable trésorier nous a dit :

“Nous avons promis de travailler “avec énergie au rétablissement du ‘“ bon ordre dans les finances de la pro- # vince : avant de soumettre le budget, ‘ il est de notre devoir de montrer que “ nous avons tenu cette promesse.

4 Comme de raison, dans le court espace “des quiuze mois qui se sont écoulés & depuis notre avénement au pouvoir, j] ne nous a pas été possible d'accomplir tout ce que nous entendons faire; “ mais nous avons travaillé courageuse:

“ sement à l’œuvre de réhabilitation que nous avons entreprise, et les faits | “que je vais exposer, je l'espère du “ moins, prouveront que nous avons ac- “ compli la plus grande partie de notre “tâche. En effet, nous avons déjà as- “sis la position financière de la pro-| “ vince sur des b-ses qui permettant | 4 d'envisager l’avenir sans beaucoup de | “ crainte, et si la politique que nous ‘ poursuivons ne rencontra pas trop # d'opposition, nous aurons bientôt ac- “ compli l’œuvre à laquelle nous tra- { yaillons.”

Résumons d'avantage ces lignes.

L'honorable trésorier nous dit que le gouvernement actuel”a travaillé avec courage à l’œuvre de réhabilitation qu’il avait entreprise ; qu'il avait promis de travailler avec énergie au rétablissement du bon ordre dans les finances, et qu’il a tenu cette promesse ; qu’en effet il a déj: assis la position financière de la province sur des bases qui permettent d'envisager l’avenir sans beaucoup de crainte.

Ai-je besoin de dire que je diffère totalement d'opinion avec l'honorable trésorier sur le premier des points que

je viens de résumer? Je conteste du tout aa tout la prétention 'du minisère actuel qu’en arrivant au pouvoir, il était dans l'obligation d’entreprendre une œuvre & 3 réhabilitation financière. l'aire d’une situation un tableau désespéré, pour s’autoriser à réclamer le mérite d'y avoir presque miraculeusement arraché ceux qui allaient en être les victimes certaines, est peut-être une tactique assez habile, Mais on avouera qu’elle ne brille pas par le respect de la stricte vérité, ni par la justice envers des adversaires, que l’on persiste à tenir responsables, devant le public, d’un état de choses qui n’a jamais existé autrement que dans l’imagination trop surrexcitée de ceux qui avaient un grand intérêt de parti à le dire menaçant.

Pour définir la véritable situation financière léguée au gouvernement actuel, la Chambre me permettra de lui rappeler les paroles suivautes que je prononÇais, l’année dernière, ans une semblable circonstance. Je disais le quinze avril 1887 :

‘# Le gouvernement de l'honorable M, ‘ Ross et le parti conservateur ont légué “au ministère actuel une situation ‘{ financière très favorable que je dessine à grands traits comme suit :

‘“ Nous lui avons laissé un surplus de 4 $8247,646 dans les dix-neuf mois du “ ler juillet 1885 au 31 janvier 18387.

Contre une dette fondée et flottante, “au 31 janvier 1887, de $18,N84,241, “ nous lui avons transmis un actif cer- “4 tain de $13,122,494, ce qui ne laissait “ qu’une dette de $5,760,746.

# En outre nous lui avons transmis un “actif immédiatement réalisable de 4 &2,250,000 en chiffres ronds, pour faire face aux obligations à écheoir d'ici à “ deux ans et plus.

# Nous ‘ui avons aussi transmis un re- 4 venu annuel de plus de trois millions “ de piastres, ce qui assure un surplus “ annuel sur les dépenses ordinaires qui, avec une bonne administration, peu- “vent être limitées à moins de trois # millions.

& L'actif de la province donne un “ reyenu annuel de $700,0 )0 en chiffres ‘ ronds.

“ Nous avons transmis au ministère actuel un magnifique crédit public.

‘# Nos obligations provinciales à 5 pour

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& cent sent cotées jusqu’à 113 sur le marché anglais.

# Voilà pour la situation financière.

“ De plus, la province est en progrès, # Des chemins de fer se construisent “# partout, La colonisation se développe “ rapidement. Nous fondons une puis- “ gante industrie nationale, et nous “ créeons partout un commerce qui “ prendra bientôt de très grandes pro- ‘ portions.

4 Telles sont les conditions dans les- # quelles le gouvernement actuel a été ‘ chargé d'administrer les affaires de la # province. S'il ne profite pas de tous “les avantages d’une situation aussi # favorable pour travailler dans l'intérêt “ bien compris de la province, il aura un compte sévère à rendre à cette “ chambre et au peuple, après les ‘“ promesses solennelles que nos adver- “ saires ont tant de fois prodiguées aux électeurs pour capter leur confiance “et leurs sufrages.

Je n'ai rien à modifier dans cette définition que je faisais, l’année dernière, de la situation léguée au cabinet actuel.

Elle était et elle est essentiellement vraie, parce qu’elle était basée sur des faits incontestables. Le gouvernement nouveau ne 8e trouvait donc pas en face de la tâche si difficile, suivant l’honora-

de l'exercice terminé le 30 juin 1887.

J'avoue avoir été un peu surpris, parce que je croyais qu'il serait assez juste pour admettre que le ministère actuel partage, avec sôn prédécesseur, la responsabilité de la gestion financière de la province pendant l'exercice dernier, Le gouvernement dans lequel l'honorable député de Québsc-Est occupe la position si importante de trésorier, est arrivé au pouvoir à la fin de janvier 1887, Il est donc responsable pour les cinq derniers mois de l’année,

Le 15 avril 1887, j'établissais comme suit le résultat des opérations depuis le premier juillet 1886 jusqu'au 31 janvier 1887, et j'ajoutais mes prévisions pour la fin de l’année :

‘“ Le résultat si favorable obtenu en ‘1885-36 a été encore dépassé par celui ‘{ réalisé pendant les 7 premiers mois ‘“ de l’année courante qui 8e terminera “ le 30 juin 1887.

“# Depuis le premier de juillet 1886 au 31 janvier 1837 les recettes ont été As ssssss sos sososoen soc 8 2,093,213 00

(6 À déduire les recettes suivantes :

ble trésorier (M. Shehyn), de réhabi'iter | Remboursement de

nos affaires financières, Cette prétent:on insoutenable a conduit l’honorible trésorier à oublier son rôle de ministre responsable pour consacrer presqu’une moitié de son discours à la critique de la gestion de ses adversaires, lorsqu'il aurait dûge rappeler que le public attendait de lui, non des attaques contre ceux qui n’ont plus la direction des affaires, mais une exposition complète de la politique du ministère et une défense sérieuse de son administration.

L'honorable trésorier a divisé son discours en cinq principaux points. Je suivrai le même ordre pour faciliter à mes honorables collègues, la comparaison de mes arguments et de mes chiffres avec ceux de l'exposé financier que nous avons entendu vendredi dernier,

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