NOTICE
« de lecteurs qui Ten tendissent, et aucun de ceux- « là qui voulût eu parler. » Il est cependant bien supérieur à celui qui précède. Mais la matière était plus abstraite : Jean -Jacques heuriaît toutes les notions reçues ; et la manière dont il avait traite ses adversaires dans sa précédente discussion sur les sciences et les arts^ ôtait toute, envie d'entrer en lice avec lui. Voilà probablement la seule cause du silence qui suivit la publication de cet ouvrage. Grimm, eh en rendant compte dans sa Correspondance littéraire (*) , le juge avec impartialité.
a J0 doute , dît-il , qu'il y ait eu parmi les conc curreps un discours approchant de celui du ci- « toyén de Genève. Un style simple à la fois et « noble, plein de liunière, d*énergie et de chaleur , « uneéloquencemâle et touchante^ ont attiré à ses c puvragesune grande célébrité. Il y a apparence a que le Discours sur V inégalité n'est, pour ainsi « dire, qu'une suite du précédent sur les sciences^ « et que c'est celui-ci qui a donné à M. Rousseau 9 l'occasion de méditer sur la natiure de l'hommiB» « et sur sa vocation. Son objet est grand et beau.... c Vous trouverez beaucoup de sagacité dans ses « méditations; mais il n'a pu se défaire des défauts a qu'on lui a reprochés quelquefois. Se3 vues sont c grandes, fines, neuves, philosophiques; mais c sa logique n'est pas toujours exacte, et lescohc séquences et les reflexions qu'il tire de ses opi^ f nions sont souvent outrées.... Si vous vouleis
(*) Tom. I«, pag, 395 } juillet 1755.
DES NOVVCAVX ioiTEUBS. 1^7
1 suivre M. Rousseau , vous aurez la satisfaction « de réfléchir avec un philosophe profond et lumn « neux ; mais vous serez toujours obligé de prendre ■a garde 'qu'il né vous mène trop loin. Ce défaut 41 même a cependant ses avantages pour les leo« € teuri, en leur procurant roccasion d'exercer 'M leur esprit à la justesse^ en rectifiant les idées c d'un. esprit vrai 9 maiS' bouillant, et en les rete- « nant dans leurs vraies limites.. •• Vous trouverez « ausfiti à fa suite du discours, des notes, dont une M expose les malheurs de la société actuelle com- « parée à la vie sauvage, que je r^arde conmia « un chef-*d'œuvre d'éloquence.! . - ;:r
- Jean-Jacques se plaint, et dans ses. ConfcsHona et dans lies lettres , de Diderot , pféteûdant qu'il ctonnait à ses écrits ee.tan dur et cet air noir qu'Us n*ewrent plus qiumd il eesêw dû ie diriger* « Lq « morceau du philosophe qui s'aiigunientci en se « bouchant les oreilles pour s'endurcir aux plaintes c des malheureux, est de sa façon; et il m'en avait t fourni d^autres plus forts encore, que je ne pus * me résoudra à employer (*).
. Quand Rousseau comment d'écrire , il se proposa Diderot pour modèle* c J'étudiais^ dit-il (**), t particulièrement sa diction. Il a même mis dans c mes premiers ouvrages plusieurs morceaux qui « jie tranchent point avec le reste, et.qu'opne ■ " • i ''* ' 1 1 II ■ ' ^ . , ,
(*) Confessions y liv. VlUj lettre à M. de Saint-Germain,
(**) Lettn^à M. de Saint^Germàin^ datée de HoAqttin,
l48 K.OTIC»
sauroiM; dtftiogtte r ivk m^m quant au. ^y le. Il est « certaitt fpe sa tountute et Ia mienne, surtout A dans mes premiers dbcou^? dQnita.dietîûnesi, K coiume la sienne , un. peu sautante et senteor « tieuse, sopt^ panui celles de nosconten^^oraina» « les^ deux qui soitesaeniblent le .plus«> Quant aux é penftées^ ceEea qu'il a eu la bonté de meprètei^ 4 et qoe f ai eiiiJtbétise d^wkf^çr^ sont faven Jacilea € à distinguer desmiennies*.
XeiouvFftges-de Jean- Jacques que Diderot corrkg(ea 9(ml le44eÎGcDiBC<KirSylaf»créiace deiVamaff», et qiielques^écrits^ur la musique* Ik 8e.lbrouill^eht en 1 757 , et Diderot fut étranger à la Lettre stsr (es speetaete»f à VHélâUe, àrjÉ^tttle^ete., ouvrages supériéurg $iufx précédens^ et qui parurent postérieur rement àeette épo^ie. Si cette rupture n'avait pas eu lieu, on a»kùtpu eoutinoer d'attrîbuer à Di^ dèrot , non sans quelque. apparéqce de raison ^ le ihérîte de Rousseau.
L'inôue^Mse de» éorfts de Jean-rJacipiessur la des** tinée de ce célèbre écrivain éfjust en raison de leur succès, le Discours suri'ùiégjsdké des conditions n'en eut aucune. Ce n^étaitrqae Textêntrioii etle dé^ veloppèment des idées et de ropinîon exprimée^ dans le premier ^sconrs avec tant d^éloqoenoe^.et ee discours avait produit tout son efibt : il n^exî-^ geaSi pas, comme le> second, pour être af^récié]; une attention continuelle , et par là mê^oie fatigante pour beaucoup de lecteurs.
' Mais quoique peu lu dàns^ le temps eà il fut pu* blié , ce discours a été plus apprécié' depuis, etit
est mis aujourd'hui au rang des meilleures pro^ dacÂioas ée T^Miteiir. Le sujet en lui^imômû» et la manièlre dont H est irUÂté» lui donnent «né égala iinport£»ee. On Ta considéré conute l'exposé d» œ qu'on à{qlelftit son s^^èoae et 4^ ce que nous nomnrions son opinion ^ parce ^pne nous le croyons sincère |tisipie . dans nés fkaràdases. Matsil'«8t^« sentid deseiaiileuae idée just&de oette opinkiB^iet Éocis crofons tiroir, pour ia bien eonnaitre^ avoir reomirs à lut^-mème. Yoîci ooaùnent il s*eaqpliqfné dans un otfvinge {yeu connu^ {>arce qu'il faut de la patience pour lefire {*}. c Sonoèjc^» dit-41 en par^^ « Isst éelni, ne ponvait être de ramener les peu^ k pies nomlMvm: ni les grands ëtste à leucpremièra « 4tmplft(^^ tnais setskineni dTarvèter^ «^ était € pésfliUe^èe pcQgrèsdeéeostdent la*potitesse«t t la situation èeé ont présiervés d Vine nûurche anssi c rapM3 vers la perfection de la société ^ wn la « détéfiaiiaikm de l'espèce. Ces distincticms méfi^ t tnien*4)èteBlàî«es,etnel'ont point é*é.^ sVst « obMîiSéàl'aDCoserdeyonleiridétnsik«lesscieooeS) c les am^^'lesdliéàtres, les attaééÉûes, et replôn» c ger runiVers «dians ^a première baHiarie; et il a c toujours insisté au contraire sur la conservation a des institutions existantes, soutenant que leur « destruction ne ferait qu'ôter les palliatifs en lais- « sant le^ vices, et substituer le brigandage à la cor- € ruption. Il avait travaillé pour sa patrie et pour
(*) Ses Dialogues, ou Rousseau juge de Jean-Jacques; l'extrait que nous donnons appartient au 3« dialogue.
DigitizecTby VjOOQIC
l50 irOTICB DEB NOUVEAUX EDITEURS.
^ les petits états constitués comme elle. Si sa doc- « trine pouvait être aux autres de quelque utilité , € c'était en changeanl^les ol^ets de* leur e^ime et « retardant peut-être ainsi leur décadence qu'ils e accélérèrent par leur fausse appréciation.... On: M veit dans ses écrits le développement de son
• grand principe que la nature a faitrbonmte heu«! M' reux et bon, m£ûs que la sodéték déprave etlcr
• rend misérable. Dans ses premiers ouvrages il' t s'àttacbe à détruire ce prestige d'iUusion qui nou» « donne unC' admira tion stupide pour les instru- « mens de nos misères^ et à corriger cette testûna-f « tion trompeuse qui nous fait honorer dtos takns « pernicieux et mépriser des vertus utiles. Partout « il nous fait voir Tespèce humaine nieilleure 9 plus c sage et plus heureuse dans sa constitution primi-*
• tlve^ aveugle, misérable et méchante, à mesure « qu'elle s'en éloigne. 8on but est de redresser l'er* « reur de nos |ugemeos, pour retarder le progrès « de nos vices. * On est en droit de coàelttre que lorsqu'on accusa Rousseau d'avoir voulu tout.dé^ truii^e, ou l'on était de mauvaise foi, ou Ton ne ravatt> pas comjprîs, puisqu'il a toujours inmU sur-ia conservation des institutions eacistantes.