‹ DiscoursChapitre 16 sur 36 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La plti$, i^'ûù, et la m^îoff ayanoée de toules kd çonnafMi^i^^ humaiaos ^e p^aAt être celle de rhomme ij^)i et î'ose dire que 1^ yseule ÂuscrîptiQn, du. lemplei dej Do^phes eoatçnajt un, précepte plM» important et,p)N(is difllpUe que, tou^ les gro» livre» d^ i^gjra^tepr^Aus»! je Jrqg^^e le sujet de ce discours comme ^%^ 4^%qviestion& les plus iujtéres^utes que la pbiloa^il^jejp^i^se pr^oser^ et^malheureuse" ment pou* xious, .^cqmme ixae des plus épiueuse^ qijie, les piii^^sophes puisseut résoudre : car com« ment connaître la source de Tinégalîté parmi le;f liommes^ .si Ton ne co^imi^nçe p^r les connaître eux-mêmes? et coalisent Thomme vtendra-t-îl 4 bout de se voif tel f que Ta formé.lfi nfiture, à travers tous les chzu^ge^eqs que la succession des temps et des choses a iû {produire dans sa constitution originelles et, 4e démêler ç^ f^%^esït de son propre fonds d'avec ce qi^e les drcenstances et ses progrès ont ^outé ou. changé à son état prioiltif? SemUable^à la s^t^u d^ Glaucys» que le temps , la mer e^ les opqges avaient tellement défigurée qu'eMe ^vessembMt moios^à ua .dîeuqu^àune bête féroci^, TAme tnimAÎne^, ^^i^ an $eîn de la société par itUBe jcmises sans eeâs6 r^aissa»tes, pat Tacquisir 4}oii d'une muliitode de oMUMÛSsances et d'erreurs » fut les <îhaBgt*mens. arrivés A la eoiis4»tul|iofi depi eorpA^ et par le cb0ao9i»tiii«el des^^assioiif , a poi;^: ainsi dire changé .d^appai-enee au point d'être pr^ue mé«0M^bsftbk; et Von n'y retrouve pto»

iG6 ^piiËFACC. , f

au Ueu d'un être agissant tou|burs par det^principes certains et invari£d>les, au lieu de cette céleste et majestueuse simplicité dont son auteur l'avait etty^ preinte > que le diffbnne contraste de là passion qui ^ croit raisonner, et de Tentendemeut en délire.

Ce qu'il y a de plus ervtôl encore $' b^ést que toû^ les progrès de Pe^cé humaine I^ignanï sàski cesse de ëon état primili£, ■plus nouH àccmkitSAènk de nouvelles coWnaisi^ncès, ^tplurriëûsi^tiètiî^étons les moyens d'acquérir la plus impdilaiitig de tou^ f et que c'est en un sens à force d'étudiée l'homme que nous nous sonmies mis hors d'état de l€^c6hiJ naître. • . i. - :.f')îi

Il est âlsé de voir que c'est -dans ces chaiigeâien«^ successifs de la constitution humàfhe qu'il faue chetdicr la première origine des différences - qui distinguent les hommes, lesquels, d*ifn coÀmim aveu , sont natur^emerit «Usai égaux entre eux que l'étaient Iqs animaus: d6'<chafque es^yèee avant ffué diverses causes physiquèfS' eils^nt introduit dans quelques-unes-, les variétés qUe nôûsyréfiiâAÎuons. Ea eflfot il n'est pas concevable <pie ced premiers changemens, par quelque moyen qu^ soient àrrî^ vés, aient altéré tout à la Ibis el de la* même ma^ nière- tous le« individus del'espèoe; mal$ Icfir^ons s'étant perfectionnés ou Mtériorés , et ayant acquis diverses qualités, bonnes ou mauvaises, qui n*& taîent point inhérentes à leur nature 9 le» autres Irestèrent plus k^-^émps'ditfitf^leur étal ctrigiiiel r«t telle fut parmi les hotaimes la pfemière source de llnégulilé^ qu'il est {dûs aisé de démoBtrer aipsi em

PREFACE. l^!?

général que d'en assigner avec précision les vérif tables causes.

Que mes lecteurs ne s'imaginent donc pas que J'ose me flatter d'avoir vu ce qui me paraît si difficile à voir. J'ai commencé quelques raisonnemens^ ^î'ai hasardé quelques conjectures , moins dans Tespoir de résoudre la question , que dans l'intentioii de rédaîrcir et de la rédmre à son véritable état. D'autres pourront aliment aller plus loin dan» la mième route , sans qu'il soit facile à personne d'arri* ver au terme ; car ce n'est pas une légère entreprise de démêler ce qu'il y a d'originaire et d'ar^flciel dans la nature actuelle de l'homme, et de bien connatlre un état qui n'existe plus, qui n'a peutêtre point existé , qui probablement n'estera ja^ mais, et dont il est pourtant nécessaire d'avoir des notions justes pour bien juger de notre état présent. Il faudrait même plus de philosophie qu^on ne pense à celui qui entreprendrait de déterminer exactement les précautions à prendre pour faire sur Ce su^et de solides observations; et une bonne solution du {>roblëme suivant ne me paraîtrait pas iod%ne des . Aristotes et des Plînes de notre siècle : Qtiçiie» expériences serai&iit - nécessaires poulr parvenir à connaître Vhammenaturel?' et quels sont tes moyens de faire ces expériences au sein 4e^ùi, société? Loin d'entreprendre de résoudre ce problème , Je crois, en . avoir assez médité le sujet pour.oser népondie d'avance que^ les plus grands philosophes ne seront» pas trop bons. pour, diriger cea expéneaces^ ni les plus puissaos souverains

pour les faire; «concours auquel il n'es^ guère raisonnable de s'attendre, surtout avec la persévérance Qu plutôt la successiçn de lumières et de bonne .volonté nécessaire^dei p^rt et d'autre pour arriver au succès.

. CJes recherches si diiÇcilesà Caire 9 et auxqu^Jes on a si peu songé îusqu'ici , «on^t pourtant left seuls moyens qui nous restent 4e|eirer iiipe «luilttude de diSîpuItés, fui nous déiH^B^ la çoniuûssaooe des fondemens réels de la société humaine. C'est cette ignors^Bce de ta lud^ire de l'hoiivme qui jette tant id'incertitude et d'obscurité 3W la vérilable défini-^ tioa du droit naturel : car IMdée du droit 4. di,t M. Bujrlamaquiy et plus encore celle du droit na** turely ^»t mfinifestement de» idées relatives à la nature de rhonune» €'<est donc de cette nature ^léme de l'homme,, eontinue-t-il, de sa coiistitntioii et, de so^ état, qu'a faut déduire lesptinoîpes de luette sqi^ice>

Ce n'est point san« surpriseet sans scandale qu'on renuirque le peu d'accord <^ règne sur cette im<* portante matière eoire les divers attteuts «pit en ont traité. Parmi les plus graves écrivains^ à peiAe en trottve^t-on deux qui soient du même avis sur ce point. . Sans parler des andens philosoplws, qai semblent avoô* pris à tâche de se contredire eairt <eux sur lesprincipes tes plusfbndameiitaMX, les- fé* jriscensidtes romaîBi assoyettissevt MàSémmutm l'homme iet tou&leB aMres «oiduiu A la mitaie M natumlle^ paiioe qu'ils oonsidènuit filMé» Mttë ee nomlalAt quelaaatuiffi s'imf ose ^t lte ^ m ^ttie» 4f^

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celle qu'elle prescrit, ou plutôt à cause de l'acceptlon particulière ^elon laquelle ces jurisconsultes entendent. le mot de loi, qu'ils semblent n'avoir pris en cette occasion que pour l'expression des rapports généraux établis par la nature entre tous les êtres animés pour leur commune conservation» Les modernes , ne reconnaissant , sous le nom de loi, qu'une règle prescrite à un ^tre moral , c'est-àdire intelligent, libre , et considéré dans ses rapports avec d'autres êtres, bornent conséquemment au seul animal doué de raison, c'est-à-dire à l'homme , la compétence de la loi naturelle ; mais définissant cette loi chacun à sa mode, ils l'éta^ blissent tous sur des principes si métaphysiques, qu'il y a, même parmi nous, bien peu de gens en état de comprendre ces principes, loin de pouvoir les trouver d'eux-mêmes. De sorte que toutes les définitions de ces savans hommes , d'ailleurs en per-» pétuelle contradiction entre elles, s'accordent seulement en ceci, qu'il est impossible d'entendre h loi de nature , et par conséquent d'y obéir , sans être un très-grand raisonneur et un profond métaphysicien : ce qui signifie précisément que les hommes ont dû employer pour l'établissement de la société des lumières qui ne se développent qu'avec beaucoup de peine, et pour fort peu de gens, dans le Bein de la société même.

Connaissant si peu la nature , et s'accordant si^ mal sur le sens du mot ioif il serait Inen difficile de convenir d'une bonne définition de la loi naturelle. Aussi toutes celles qu'on trouve dans les 8. • 8

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livres, outre le défaut de n^étre point uniformes, ont-elles encore celui d'être tirées de plusieurs connaissances que les hpmujes n'on^t point naturellement 9 et des avantages dont ik ne peuvent concevoir l'idée qu'après être sortis de Jl'étatde nature. On commence par rechercher les règles dont ^ pour l'utilité commune, il serait à propos que les hommes convinssent entre eux; et puis on donne le nom de loi naturelle à la colleçtipn de ces règles, sans autre preuve que le bien qu'on trouve qui résulterait de leur pratique ui^iversellef. Yoil^ assurément, une manière très-commode de composer des déSpitions, et d'expliquer la nature des chosiçs par des con* venances presque arbitraires*

Maïs tant que nous ne connaîtrons point l'homme naturel 9 c*est en vain que nous yoi^dro^ déterminer la loi qu'il a reçue ^ ou celle qui çonviçpt le mieux à sa constitution. Tout ce que nous pouyons voir très-clairement au sujet de cette loi, c'est que non-seulement, pour qu'elle soit loi, ilfaut qji^e la volonté de celui qu'elle dblige puisse, s'y soumettre avec connaissance^ mais qùlilaut encorci pour qu'elle soit naturelle , qu'elle parle immédiatement par la voix de la natiire.

Laissant donc tous les livres scientifiques qui ne nous apprennent qu'à voir leshonmies tels qu'Us se sont faits, et méditant sur les premières et plu^ sînaples opérations de l'âme humaine, j'y crois apercevoir deux principes antérieurs à la. raison, dont l'un nous inj^rçsse ardenounent à notre bî^n-étre et Ji la conservation de nous-mêmes^ e( T^iutrejDOuf

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inspire une répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible , et principalement nos semblables. C'est du concours et de la combinaison que notre esprit est en état de faire de ces deux principes, sans qu'il soit nécessaire d'y faire entrer celui de la sociabilité , que me paraissent découler toutes les règles du droit naturel; règles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d'autres fondemeus, quand, par ses développemens successifs, elle est venue à bout d'étouffer la nature/

De cette manière on n'est point obligé de faire de l'homme un philosophe avant que d'en faire un homme; ses devoirs envers autrui ne lui sont pas uniqnement dictés par les tardives leçons de la sagesse ; et tant qu'il ne résistera point à l'impulsion intérieure de la commisération, il ne fera jamais du mal à un autre homme , ni même à aucun être sensible, excepté dans le cas légitime où, sa conservation se trouvant intéressée, il est obligé de se donner la préférence à lui-même. Par ce moyen on termine aussi les anciennes disputes sur la participation des animaux à la loi naturelle ; car il est clair que , dépourvus de lumières et de liberté, ils ne peuvent reconnaître cette loi; mais tenant en quelque chose à notre nature par la sensibilité dont ils sont doués, on jugera qu'ils doivent aussi participer au droit naturel, et que l'homme est assujetti envers eux à quelque espèce de devoirs. Il semble en effet que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c'est moins parce qu'il est un être raisonnable que parce qu'il est un être

i^a pheface.

sensible; qualité qui ^ étant commune à la béte et à l'homme , doit au moins donner à Tune le droit de n'être point maltraitée inutilement par l'autre.

Cette même étude de Thomme origîùel , de ses vrais besoins, et des principes fondamentaux de ses devoirs y est encore le seul bon moyen qu'on puisse employer pour lever ces foules de difficultés qui se présentent sur l'origine de l'inégalité morale y sur les Vrais fondemens du corps poétique , sur les droits réciproques de ses membres, et sur mille autres questions semblables , aussi importantes que mal éclaircies. .

En considérant la société humaine d'un regard tranquille et désintéressé , elle ne semble montrer di'abord que la violence des hommes puissans et l'oppression des faibles : l'esprit se révolte contre la dureté des uns, ou est porté à déplorer l'aveuglement des autres ; et comme rien n'est moins stable panni les hommes que ces relations extérieures que le hasard produit plus souvent que la sagesse » et que l'on appelle faiblesse ou puissance , richesse ou pauvreté, les établissemens humains paraissent, au premier coup d'œil, fondés sur d^9 monceaux de sable, mouvant : ce n'est qu'en les examinant de près, ce n'est qu'après avoir écarté la ppussiërext le sable qui environnent Tédifice, qu'on aperçoit la base inébranlable sur laquelle il est élevé; et qu'on apprend à en respecter les fondemens. Or, sans l'étude sérieuse de l'homme, de ses facultés naturelles et de leurs développemens succe^sif»^ on ne viendra jamais à bout de faire

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ces distinjCtionS) et de séparer^ dans Tactuelle constitution des choses, ce qu*a fait la volonté divine d'avec ce que Fart humain a prétendu faire. Les recherches politiques et morales auxquelles donne lieu l'importante question que j'examine sont donc utiles de toutes manières, et l'histoire hypothétique des gouvernemens est pour l'homme une leçon instructive à tous égards. En considérant ce que nous serions devenus abandonnés à nousmêmes, nous devons apprendre à bénir celui dont la main bienfaisante, corrigeant nos institutions et leur donnant une' assiette inébranlable , a prévenu les désordres qui devraient en résulter, et fait nattre notre bonheur des libyens qui semblaient devoir combler notre misère.

Qucm te Dcus ess6 Jussit, et humanà quâ parte locatus es in re,. Disce.

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