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nombres ayant que d^ac quérir d^autres connaissances n'en rend pas Plnvenlion plus aisée à imaginer. Les noms des nombres une fois connus, il est aisé d^en expliquer le sens et d^exciter les idées que ces noms représentent ; mais pour. les inventer il a fallu , ayant que de conceyoir ces mêmes idées , s^étre pour ainsi dire familiarise ayec les méditations philosophiques , s'être exercé K considérer les êtres par Ieur> seule essence et independamment.de toute autre perception ; abstraction très -pénible, très -métaphysique, trèspeu naturelle, et sans laquelle cependant ces idées n'eussent jamais pu se transporter d'une espèce ou d'un genre à un autre, ni les nombres deyenir universels. Un. sauvage pouvait considérer séparément sa jambe droite et sa jambe gauche , ou les regarder ensemble sous l'idée indivisible d'une couple , sans jamais penser qu'il en avait deux; car autre chose est l'idée représentative qui nous peint un objet , et autre chose l'idée numérique qui le détermine. Moins encore pouvait-il calculer, jusqu'à cinq ; et quoique appliquant ses mains l'une sur l'autre il eût pu remarquer que les doigts, se répondaient exactement , il était bien loin de songer à leur égalité numérique ; il ne savait pas plus le compte de ses doigts que de ses cheveux; et si, après lui avoir fait entendre ce que c'est que nombres , quelqu'un lui eût dit qu'il avait autant de doigts aux pieds qu'aux mains , il. eût peutêtre été fort surpris y en les comparant , de trouver que çel» était vrai.
(i5) Pag. ao6. Il ne faut pas confondre l'amour-propre et l'amour de soi-même , deux passions très-différentes par kur nature et par leurs effets. L'amour de soi-même est ui^ sentiment naturel qui porte tout animal à veiller k sa propre conservation , et qui , dirigé dans Phomme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu. L'amour-propre n'est qu'un sentiment relatif, factice, et né dans la société , qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout «autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement, et qui est Ift véritable source de l'honneur.
Ceci bien entendu , je dis que, dans notre état primitif, dans le véritable état de nature, l'amour-propre n'existe pas ; car chaque homme en particulier se fegsurdant lui-
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même comme le seul spectateur qui Tobserve , comme le «eul être dans Tunivcrs qui prenne intérêt à lui, comme le seul juge de son propre me'rite , il n^st pas possible qu^ua sentiment qui prend sa source dans des comparaisons qu'il n^est pas à porte'e de faire, puisse germer dans son âme : Par la même raison cet bomme né saurait avoir ni. haine ni désir de vengeance , passions qui ne peuvent naître que de Topinion de quelque oilense reçue ; et comme c'est le mépris on l'intention de nuire , et nen le mal , qui constitue rofiènse, des hommes qui ne savent ni s'apprécier ni se comparer peuvent se faire beaucoup de violences mutuelles quand il leur en revient quelque avantage , sans jamais s'of <. fenser réciproquement. En un mot, chaque homme-^ ne voyant guère ses semblables que comme il verrait des animaux d'une autre espèce, peut ravir la proie au plus Êdble ou céder la sienne au plus fort , sans envisager ces rapines , que comme des événemens naturels , sans le moindre moun vemcnt d'insolence ou de dépit , et sans autre passion que la donleur ou la joie d'un bon ou mauvais succès.
(i6) Pag. aaS. C'est une chose extrêmement remarquable que , depuis tant d'années que les Européens se tourmentent pour amener les sauvages de diverses contrées du monde à leur manière de vivre , ils n'aient pas pu encore en gagoer un seul, non pas même à la faveur du christianisn^; car nos missionnaires en font quelquefois des chrétien^ mais jamais des hommes civilisés. Rien ne peut surmonter l'invincible répugnance qu'ils ont k prendre nos moeurs et vivre à nôtre manière. Si ces pauvres sauvages sont aussi malheureux qu'on le prétend , par quelle inconcevable dépravation de jugement refusent-ils constamment de se poUcer k notre imitation, ou d'apprendre k vivre keuteux parmi nous , tandis qu'on lit en mille endroits que des Français et d'autres Européens se sont réfugiés volontairement parmi ces nations, y ont passé leur vie entière , sans pouvoir plus quitter une si étrange manière de vivre , et qu'on voit même des missionnaires sensés regretter avec attendrissement les jours calmes et innocens qu'ils ont passés chez ces peuples si méprisés? Si l'on répond qu'ils n'ont pas assez de lumières pour juger sainement de leur état et du nfttreV je répliquerai que l'estimation du bonheur es|