‹ DiscoursChapitre 27 sur 36 · I. Tobseryerai d'abord que les preuyes morales n'ont pas · texte numérisé non relu

I. Tobseryerai d'abord que les preuyes morales n'ont pas

une grande force en matière dé physique , et qu^elles servent plutôt k tendre raison des faits existans qu^à constater l'existence réelle de ces faits. Or, tel est le genre de preuve que M. Locke emploie dans le passage que je viens de rapporter; baLT , quoiqu'il puisse être avantageux à Tespèce humaine que l'union de Fliomme et de la femme soit permanente , il ne s'ensuit pas que cela ait été' ainsi établi par la nature i autrement il faudrait dire qu'elle a aussi institué la société cîivile, les arts, le commerce, et tout ce qu'on prétend être utile aux hommes.

a. Pignore où M. Locke a trouvé qu'entre les animaux de proie la société du mâle et de la femelle dure plus longtemps que parmi ceux qui vivent d'herbe , et que l'un aide à l'antre à nourrir les petits ; car on ne voit pas que le <:;hien, le chat, l'ours, ni le loup , reconnaissent leur femelle mieux que le cheval, le bélier, le taureau, le cerf, ni tous les autres quadrupèdes, ne reconnaissent la leur. Il semble au contraire que si le secours du mâle était nécessaire à la femelle pour conserver ses petits , ce serait surtout dans les espèces qui ne vivent que d'herbes , parce qu'il faut fort long>temps à la mère pour paître , et que , durant tout cet intervalle, elle est forcée de négliger sa portée , au lieu que la proie d'une ourse ou d'une louve est dévorée en un instant, et qu'elle a, sans souffrir la faim, plus de temps pour allaiter ses petits. Ce raisonnement est confirmé par une observation sur le ilbmbre relatif de mamelles et de petits qui distingue les espèces carnassières des frugivores ^ et dont j'ai parlé dans la note S. Si cette observation est juste et générale , la femme n'ayant que deux mamelles, et ne faisant guère qu'un enfant à la fois, voila une forte raison de plus pour douter que l'espèce humaine soit naturellement carnassière ; de sorte qu'il semble que , pour tirer la conclusion de Locke , il faudrait retourner tout-4i-fait son rai> sonnement. Il n'y a pas plus de solidité dans la même distinction appliquée aux oiseaux. Car, qui pourra se persuader que l'union du raMe et de la femelle soit plus durable parmi les vautours et les corbeaux que parmi les tourterelles ? Nous avons deux espèces d'oiseaux domestiques, ^a cane et le pigeon , qui nous fournissent des exemples directement contraires au système de cet auteur. Le pigeon , qui ne vit que de grain, restç uni à sa femelle, et ils nourrissent leurs

petits en commun. Le canard , dont la voracité es( connue, ne reconnaît ni sa femelle ni ses petits^ et n^aide en rien à leur subsistance ; et parmi les poules , espèce qui n'^est guère moins carnassière , on ne voit pas que le coq se mette aucunement en peine de la couvée. Que si dans d^autres espèces le mâle partage avec la femelle le soin de nourrir les petits , c^est que les oiseaux , qui d^abord ne peuvent voler ^ et que la mère ne peut allaiter , sont beaucoup moins en ëtat de se passer de Tassistance du père que les quadrupèdes , à qui suffit la mamelle de la mère , au moins durant quelque temps.

3. Il y a bie^K de Pincertitude sur le fait principal qui sert de base à tout le raisonnement de M. Locke : car pour savoir si, comme il le prétend , dans le pur état de nature la femme est pour Pordinaire derechef grosse et fait un nouvel enfant long-temps avant que le précédent puisse pourvoir lui-même à ses besoins , il faudrait des expériences qu'assurément M. Locke n'avait pas faites , et que personne n'est à portée de faire. La cojiabitation continuelle du mari et de la femme est une occasion si prochaine -de s^exposer à une nouvelle grossesse , qu'il est bien difficile de croire que la rencontre fortuite, ou la seule impulsion du tempérament, produisit des effets aussi fréquens dans le pur état de nature que dans celui de la société conjugale; lenteur qui contribuerait peut-être à rencfre les enfans plus robustes , et qui d^ailleurs pourrait être compensée^par la faculté de concevoir , prolongée dans un plus grand âge chez les femme& qui en auraient moins abusé dans leur jeunesse. A l'égard des enfans , il y a bien des raisons de croire que leurs forcer et leurs organes se développent plus tard parmi nous qu'ils ne faisaient dans l'état primitif dont je parle. La faiblesse originelle qu'ils tirent de la constitution des parens, les soins qu'on prend d'envelopper et gêner tous leurs membres , la mollesse dans laquelle ils sont élevés , peut-être l'usage d'un autre lait que celui de leur mère, tout contrarie et- retarde en eux les premiers progrès de la nature. L'application qu'on les oblige de donner à mille choses sur lesquelles on fixe continuellement leur attention , tandis qu'on ne donne aucun exercice à leurs forces corporelles , [peut encore faire une diversion considérable à leur accroissement; de soile que , si , au lieu de surcharger et fa.tiguet d'abord

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ieurs esprits de mille manières , on laissait exercer leurs corps aux mouvemens continuels que la nature semble leur demander , il est à croire qu'ib seraient beaucoup plus tôt en elat de marcher , d^agir , et de pourvoir eux-mêmes k leurs besoins.

4* ^uân M. Locke prouye tout au plus quHl pourrait bien y avoir dans Tbomme un motif de demeurer attaché à la femme lorsquMle a un enfant} mah il ne prouve nullement quUl a dû s^ attacher avant Paccoucbement et pendant les neuf mois de la grossesse. Si telle femme est indifférente à rhomme pendant ces neuf mois , si même elle lui devient inconnue , pourquoi la secourra-t-il après l'accouchement ? pourquoi lui aidera-t^ k âever un enfant qu^il ne sait pas seulement lui appartenir, et dont il n^a résolu ni prévu la naissance ? M. Locke suppose évidemment ce qui est en question ; car il nje s^agit pas de savoir pourquoi Thomme demeurera attaché à la femme après Taccouchement , mais pourquoi il s'attachera k elle après la conception:. L^appétit satisfait, rhomme n^a plus besoin d« telle femme, ni la femme de tel homme. Celui-ci n'a pas le moindre souci ni peut-être la moindre idée des smtes de son action. L'un s'en va d^un côté , l'antre d^un autre , et il n'y a pas d^apparence qn''an bout de neuf mois ils aient la mémoire de s'être connus : car cette espèce de mémoire par laquelle un individu donne la préférence à un individu pour l'acte de la génération, exige, comme je le prouve dans le. texte, plus de pro- |;rès ou de corruption dans l'entendement humain, qu'on ne peut lui en supposer dans l'état d'animalité dont il s'agit ici. Une autre femme peut donc contenter les nouveaux désirs de l'honmie aussi commodémoit que celle qu'il a déjà connue , et un autre homme contenter de même la fdmme, supposé qu'elle soit pressée du même appétit pendant l'état de grossesse , de quoi l'on peut raisonnablement douter. Que si dans l'état de natvure la femme ne ressent plus la passion de l'amour après la conception de l'enfant > l'obstacle à 69, société avec l'homme en devient encore beanhcoup plus grand , puisque alors elle n'a plus besoin ni de l'homme qui l'a fécondée , ni d'aucun antre. Il n'y a don^ dans l'homme aucune raison de rechercher la même femme « ni dans la femme aucune raison de rechercher le même bomme. Le raisonnement de Locke tevibe donc en mine 8. i^

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et toute la dialectique de ce philosophe, ne. Ta pas garantide la faute que Hobbes et d'autres ont commise. Ils avaient à.e;spliquer un fait de Pétat.de nature > cîest-a-dire d'un état Oiù . les hommes -vivaient isolés, et où tel homme n'avait aucun motif de demeurer à côté de tel homme , ni peutélre les- hommes de. demeurer à côté les uns. dès autres , ce qui est bien pis; et ils n'ont pas songé à. se transporter aa delà dès siècles de soci été , c'est-k-dirc de ces temps oik les hommes ont toujours une raison de demeurer près les uns des autres , .et où tel hoipme a souvent une raison de demeurer à côté de tel homme ou de telle femme.

^isypag. 197^ Je me garderai bien de m'embarquer dans lès réflexions philosophiques qu'il y aurait à faire sur les avantages et les iiciconvéniens de cette institution des langues : ce n'est pas a moi qu'on permet d'attaquer les erreurs vulgaires, et le peuple lettré respecte trop ses préjugés pour «upporter patiemment mes prétendus paradoxes. Laissons donc parler les gens à quii'onn^a point fait. nn crime d'oser prendre quelquefois le parti de la raison contre, l'avis de la multitude. iVec quidquamfeUcitatihumcaiigenerisdece'i deret, si y pulsâ tôt litiguarum peste et confuùoiie ^ wutm^ artem callerent mortales , et signis , motibus , ^stibusque , licitum foret quidt^is explicare. JSunc vero ita comparatum, est y utanimalium quœ vulgo bruia creduntur melior longé qnàm iiostra hâc in parte videatur conditîo , utpotè quœ promptiusj etforsan feUciiis , sensus et cogitationes . suas • sine interprète significeiit , quàm ulU queant. mortales , prœ^ sertim si peregrino uiautur *^rî?io7*/e. , Is. , Vossiu» , de poemàt. cant. et viribus rhythmi , p. C6.

' (14) Pàg. 202. Platon j montrant combien les idées de la quantité discrète et de «ses rapports sont nécessaires dans les moindres artSy se moque avec -raison des auteurs de son temps qui prétendaient que Palamède avait inventé lès nombres au siège de Troie , comme^ si , dit ce philosophe , Agamemnon. eut pu ignorer jusque-là combien il avait: de jambes. £n effet on sent l'impossibilité que la société et les arts fussent parvenus où ils étaient déjà du.-t.emps da siège de Troie ^ sans que les , hommes, epsseut l'usage des nombres et du calcul : mais la ue'cefisité dev connaître les

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