PRÉFACE
Voici une dej» grandes et belles ^questions qui aient jamais été agitées. U ne s'agit point dans ùe discours de ces sublimités métaphysiques qui ont gagné toutes les parties de la littérature , et dont . les programmes d'académie ne sont pas toujours exempts ; mais il s'agit d'une de ces vérités qui tiennent au bonheur du genre humain.
Je prévois qu'on me pardonnera difficilement le parti que j'ai osé prendre. Heurtant de front tout ce qui fait aujourd'hui l'admiration des hommes 9 je ne puis m'attendre qu'à un blâme universel ; et ce n'est pas pour avoir été honoré de l'approbatioa de quelques sages que je dois compter sur celle du public : aussi mon parti est-il pris; je ne me soucie de plaire ni aux beaux esprits ni aux gens à la mode. H y aura dans tous les temps des hommes faits pour être subjugués par les opinions de leur siècle , de leur pays et de leur société. Tel fait aujourd'hui l'esprit fort et le philosophe , qui , par la même raison , n'eût été qu'un fanatique du temps de la ligue. Il ne faut point écrire pour de tels lecteurs > quand on veut vivre au delà de son siècle. Un mot encore , et je finis. Comptant peu sur l'honneur que j'ai reçu 9 j'avais , depuis l'envoi , refondu et augmenté ce discours 9 au point d'en faire en quelque manière un autre ouvrage. Aujourd'hui, je me suis cru obligé de le rétablir dans Tétai seulement où Q a été couronné. J'y ai jeté quelques notes > et laissé deux additions faciles à
l4 PUÉFAGE. .
reconnattre^ et queTacadémfe n^aurait peut-être pas approuvées. J'ai pensé que Téquité , le respeci ^ la reconnaissance , eligeaiénit de moi cet aret'^ liésettiént.
Deoipimur 4pecie recti, . .•
(Ho*., -rfre.Pbee, , ▼. a5. )
XiÉ'rétftblissemetit &es sciences et ^es ^îHâ a-t-ii contribué à éputer ou à cowompre les mœurs ^ Yoilà ce qu'il s^àgit S'examiner. QueLparti 3ois-jè prendre dans cette question ? Celui 5 messieurs^ qui convient à un honnête 'homme qui ne sait 'rien ^ et qui ne s'en estime pas moins.
il sera difficile , je le sens , d'approprier ce que j'ai à dire au tribunal où je comparais. Conament oser bUmer les sciences devant une des plus sa^ vantes compagnies de l'Europe 9 louer l'ignorance dans une célèbre académie., et concilier le -ntépris pour l'étude avec le reçpectpour les vrais savahs)^ J*ai vu ces contrariétés, et elles ne m'ont point rebuté. Ce n'est point la science que >e> maltraite^ me suist)e dit ; c'est la vertu que je défends devant des honunes vertueux. Xa probité jest encore jplus chère aux, gens de bien que l'érudition aux doctes. Qu'ai -Je donc à redouter ? les lumières de rassemblée qui m'écoute? Je l'avoue.; mais c'est ^pourki constitution à\x discours, et non pour le sentiment de l'orateur. Les souverains équitables u'i^nt, jamais balancé à so condamner eux-mêmes dans les dis^ cussionsdouteuses ; et la, position. la>plus ^vanUv- ^euse au b6n droit est d'avoir à se défendre .conttp une partie intègre et éolairée^ juge en 4a ^vopiie cause.
A ce motif qui m'encouFageriliS''«&|oî»t un mitie qui me détevmiiie : 4^'«st qu'^r^'avoirsoutenu.', selon ma lumière naturelle, - le ;parti d^e^la vérité^ quel que soit mon succès , il est un prix qui ne peut
l6 DlSCOUftS.
me manquai ; je le Irouterai dao^ le fond de mon cœm*.
PEBMIÈBE PAftTIE.
G'£8T un grand et beau spectacle de voir ThoDune sortir en ^elque manière du néant par sespropi^s efforts ; dissiper par les lumières de sa raison les ténèbres dans lesquelles la nature Tavaitenveloppé; s'élever au-dessus de lui-même ; s'élancer par Tesprit jusque dans les régions célestes ; parcourir à pas de géant, ainsi que le solei] 5 la vaste étendue de Tunivers ; et, ce qui est encore plus grand et plus difficile, rentrer en soi pour y étudier Phomme et connaître sa nature, ses devoirs et sa ^n. Toutes ces merveilles se sont renouvelées depuis peu de générations.
L'Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuplés de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée tîvaient, il y a quelques •siècles, dans un état pjre que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scienfifique , encore plus méprisable que l'ignorance , avait usurpé le nom du savcHT , et o|)posait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour jramener les hommes au sens conunun ; eUe vint enfin du côté d'où on l'aurait le moins attendu. Ce fut le stupide musulman , ce fut l'éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trôné de Constantin porta dans l'Italie les débris de l'ancienne Grèce. La France s'enrichit àson tour 'de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres : à l'art d'écrire se joignit l'art de penser ; gradati<m qui paratt étrange , et qui n'est peut-être que trop* naturelle : et l'on* commença à ' sentir le principal avantage du commerce des muses»
celui de rendre le« hoimiie» plus^soeiables, en leur inspârant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle.
L'esprit a ses^ besoins, ainsi que le corps. Ceux-ci font les foîidemens de la société , les autres en font Tagrëment. Tandis que le gouvernement et le^ lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hoihmes assemblés 5 lès sciences , les lettres et les arts^, moins despotiques et plus^puissans peut-être, étendent des guliîandes de fleurs sur les. chaînes de fer âoikt ik sont chargés , étouffent en eux le sen* tinietit de cette liberté originelle pour laquelle ils sefl^i^ent être nés, leur font aimer leur esclavage., et en forment ce qu'on appelle des peuples policés, le besoin éleva les trônes ; les sciences et lés arts les ont àffermi9k Puissances de la terre , aimez les talens^ et protégez ceux qui les cultivent (1). Pèu{^es policés , cultivea-les : heureux esclaves, vous leur devez ce goût délicat et fin dont vous vous piquez ; cette douceur de caractère et cette urbanité de mœurs qui rendent parmi vous le c<Mnmeroe si liant et si facile ; en un mot , les
.\(i) Les princes yoient toujours avec plaisir le goîît des arts agréables et des snperfluit es, dont Vexportationde Targent ne résulte pas, s'étendre parmi leurs sujets : car, outre qu^ils léB noiinissent axBsidani cette petitesse d^ame si propre à ia jtervitudey i\^ P^yfi^^ très -bien que tous ief besoins que le peuple se dpnpe soi^t autant de chaînes <,îo^t il se charge. Alexandre, voulant m^ntenir les Iclityophages daikssa dtjpénda&ce,lés contraignit de renoncer H la pèche, et de se nourro' dés alimens comnruàs aux autres peiîpleîs ; et les Isauvages de l^ÀQiëriquev qui vont tout nué, et qui ne vivent ^ue du produit de ^ur chasse , n'ont jainais pu être domptés. En efFet, quel joug imposerait-on à des hommes qui nVot besoin de rien ?
l6 JDISCOVIS.
a^ateoces Ae toutes kâ veirtui saof ^ «roir
C'est par ceUe sorte de politesse, d'autant flvkê aimable qu'elle oflecte taoloé de se montrer » que se distinguèrent autrefois Athènes et Kome dans les jours si vanlés de leur magnificence et de leur éclat ; c'est par elle » sans doute ^ que notre siède et notre nation l'emporteront sur tous les temps et sur tous les peuples. Un ton philost^he sans pédanterie, des manias naturelles et pourtant {nrévenantes , également éloignées de la rusUeîlé tudesque et de la pantomime «Aramootaine ; voilà .ks fhiits du goût acquài par de bonnei études «t perfectionné dans le <»mimerce du monde^
Qu'il serait doux de vme parmi nous, si la contenance extérieure était toi^^ours l%:ni^ d/l9 dispositions du coeur, si la décoaoe était la verfu, M nos maximes nous senratent de règles, si la riri" table philosophie était înséparalile du titre «de philosophe 1 Mais tant de qualités ^ont trop tane^ ment ensemble , et la vertu ne marche guène en si grande pompe.. La richesse de la parure ^pmt annoncer un homme opulent^ et son élégance un homme de goût : l'homme sain et robuste se reconnaît à d'autres manques ; c'eçt ^us Thabit rustique d'un laboureur, et non sous la doruve d*un courtisan , qu'on trouvera la forée et la vâgueor du corps. La parure n'est pas mofins étrangère à la vertu, qui est la force et la vigueur de l'âme. L%omme de bien est un athlète qui se flfiAl à combattre nu : il méprise tous ces.vili Arnemei;^ qui gêneraient Fusage de ses forées , ei dont la plupart n'ont été inventés que peur cacher quelques difformités.
Avant que l'art eût façonné nos manières et
Discovfts'. îg
Ap{Mris à nos passions à parler un langage appré^ té ^ nos meeurs étaient rustiques, mais naf ureUes , et la différenee des proeédés annonçait, au premier coup d'ceil, celle des caractères. La nature humaine, aii fond, n'était pas meilleure; mais les iiommes trouvaient leur sécurité dans la facilité de se pénétrer réciproquement ; et cet avantage , dont nmis ne sentons plus le prix, leur épargnait bien des vices.
Àu{ourd%ui que des recherches plus subtiles et «n goût plus fin ont réduit Fart de plaire en principes , il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule: sans cesse là p<^itesse exige , la bienséance ordonne; sans cesse on suit des usages , jamais ton propre génie. On n^ose plus paraître ce qu'on est ; et , dans cette contrainte perpétuelle , les hommes qui forment ce troupeau qu'on appelle société, placés dans les^ mêmes circonstances , feront tous les mêmes choses ei des motifs plus pnissans ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l'on a affaire : il faudra donc , pour connaître son ami ', attendre les grandes occasions, c'est-à-dire attendre qu'il n'en soit plus temps, puisque c'est pour ces occasions mêmes qu'il eût été essentiel de le connaître. ' .
Quel cortège de vices n'accompa^era point cette incertitude I Plus d'amitiés sincères; plus d'estime rél^e ; plus de confiance fondée. Xes spi^pçons, les ombrages, les crâinteç, 1^ f^oidei^/lj^ resserve , la l^ine , la tr^ifsop , se caoberQnt sans eesse sous ce voUe uoifonxie et perfide de politesse» «ous cette urbanité si vantée que nous devons aux lumières de notre siècle. On ne profanera plus
30 pXSCOUfiS.
par des juremens le nom du maître de Tanivers ;. mais on Tinsultera par des blasphèmes 9. sans que nos oreilles scrupuleuses en soient offensées. On ne vantera pas son propre mérite : mais oa rabaissera celui d'autrui. On n'outragera point grossièrenient son ennemi , mais on le calonmiera avec adresse. Les baines nationales s'éteindront, nais ce sera avec Tamour de la patrie. A l'ignorance méprisée on substituera un dangereux pyrrhonisme» Il j aura des excès proscrits , des vices deshonorés ; mais d*autres seront décorés du nom de vertus y il faudra ou les avoir ou les affecter. Yantera qui voudra la sobriété des sages du temps ; je n'y vois y pour moi, qu'un ra£Ginement d'inteii4>érance autant indigne de mon éloge que leur artificieuse simplicité ( i ].
. TeUe est la pureté que nos mœurs ont acquise ; c'est ainsi que nous sommes devenus gens de bien. C'est aux lettres , aux sciences et aux arts> à revendiquer ce qui leur appartient dans un si salutaire ouvrage. J'ajouterai seulement une réflexion; e'est qu'un habitant de quelques contrées éloignées qui chercherait à se former une idée des mœurs européennes sur l'état des sciences parmi nous , sur la perfection de nos arts, sur la bienséance de fios spectacles, sur la politesse de nos manières, sur l'affabilité de nos discours, sur nos démonstra-r lions perpétuelles de bienveillance, et sur ce concours tumultueux d'homjnes de tout âge et de tout
^ (i) (( Paime, dit Montaigne, à coutester et discourir, mais « c^est arec peu d^hommes et pour moi. Car de sentir de il spectacle aux grands, et faire à Tenvi parade de son esprit H et de. son caquet , )e trouve que c'est un métier très^mes* '' ^ séant à un homme d'honneur* a Ç'«st celui- de tou« nos beaux esprits ^ hors un.
Discav&d. ai
état qui semblent empre39é99. depuis le lever de l'auirore jusqifau coucherdu soleil, à s'oUiger récipro' quement; c-est qi^e cet étranger, dis-je, devinerait exactement de nos mœurs le con traire de ce qu'elles sont.
Où il n'y a nul effet , il n'y a point de cause à chercher : mais ici Teffet est certain , la dépravation . réelle ;^t nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfecUÔn. Dira-t-on que c'est un malheur particu* lier à notre à^e ? Non, messieurs; les maux causés par notre vaine curiosité sont aussi vieux que le monde. L'élévation et l'abaissement journaliers des eaux de l'océan n'ont pas été plus régulièrement assujettis au cours de l'astre qui nous éclaire durant la nuit, que le sort des mœurs et de la probité aux progrès des sciences et des arts. On a vu la vertu^ s'enfuir à mesure que leur lumière s'élevait sur notre horizon^ et le même phénomène s'est observé dans tous les temps et dans tous les lieux.
Voyez l'Egypte, cette première école de l'univers,, ce climat si fertile sous un ciel d'airain , cette con-^^ trée célèbre d'<>ù Sésostris partit autrefois pour conquérir le monde. Elle devient la mère de la philosophie et des beaux- arts > et bientôt après la conquête de Cambyse, puis celle des Grecs, des Hpmains, des Arabes, et enfin des. Turcs.
. Voyez kl Grèce , jadis peuplée de héros qui vain- >quirent deux fois l'Asie , ï'ime devant Troie , et l'autre dans leurs propres foyers* Les lettres nais^ mantes n'avaient point porté encore la corruptioi^ dans les cœurs de ses habîtans ; mais le progrès des arts, la dissolution des mceurs, et le joug du Maçér donien, se suivirent de près; et la Grèce, toujounf f^vaute f toujovrs Y<dàptueuse et toi^^oùrs esclave >
n'éprouva phis dans ses révoluliens que âèsebaiige* mens de mattres. Toute l'éloquence de Démosthèné ne put jamais ranimer un corps qiie le luxe et leè arts avaient énervé.
C'est au temps des Ennîus et des Térence que Rome 9 fondée par un pàtre^ illustrée par des laboureurs 9 commence à dégénérer. Mais après les Ovide V les Catulle, les Martial , et eette feule d'auteur^ obscènes dont les noms seuls alarment la pudeur :, Rome, jadis le temple de la vertu, devient le théâtre du crime, l'opprobre dés nations et le jouet des bai^bares. Cette capitale du monde ton^>e enfin sous If joug qu'elle avait imposé à tant de peuples, et lè jour de sa chute fut la veille de celui où Pon donna à Pùn de ses citoyens le titre d'arbitre du bon goût*
Que dirai-je de cette métropole de Tempire éfOrient qui par sa position semMak devoir Tétise d^ monde entier, de cet asile des sciences et de sarts prosèrîts du reste de l'Europe, plus peut-être par sagesse que par barbarie ? Tout ce que là débauehe et la corruption ont de plus honteux ; lès trahisons , les assassinats et les poisons, de plus noir; le con* cours de tous les crimes, de plus atroce : yùilk ce qui forme le tissu de Thi^oire de Constantino{^e ; voilà la source pure ^où nous sont émanées les lumières dont tiotre siècle se glorifie.
Mais pourquoi chercher dans des temps reculés des preuves d'une Vérité dont nous avons sous nos yeux des témoignages subsistans P II est en Asie une contrée immense où les lettres honorées conduisent aux premières dignités dé l'état. Si les sciences épu*raient les mœurs, si elles apprenaient aux hoiilmeft à verser leur sang pour la patrie , si elles animaient le courage, les peuples de la Chine devraient être sages, libres ^ inyincibles. Mais s'fl n'y apolat de
i^iëe qui ne les domiàe^ pfé»t de cisteie qeâ «eleur «lit familier; fiai les huôières des imoî^bTes , ni 1» pfélendue «agoMe das M», ni la jnulUHide de» ba^ bitans de ee vaste empire > n^Dnt pu te giMraatIr d« pug da Tartare i^aorant et i^rossier; de qua» toi ont servi tous ses savaiiHi^ <i|Md fruit «t-t^Û retira des homieurs dont ^mni combla ? mmt<^ d'être peuplé d'esclaves et deméehMis?
Opposonsàees ts^>leaux celui des nsosuis du pe^ nombre de peuples qui, préservés de cette contaigion desviiliaesconnais^nces, oot par leurs vertus fait leur propre bonheur €t T^exemple des autres nations. Tels Itèrent les premiers Perses : nation sin»gcâière , chez laquelle on apprenait la vertttXM»nme , chez nous on apprend la seience ; qui sul^ugua TAsîe avee tant de faetlit^ , et qaf seule a eu cette Çlme que rhistohre de ses instilutôoiis ait passé pour un roman 'de philos(^hie. Tels furent lesâe^Fthes, donton iieiisalai8sé4ealmaen|[i4ues^^es. Tels les Germains, dent une plume , lasse de ti^er les eHmes et les noiveeuss d^on peciple mstruit, npulent «t voluptuem , se spulageait à peindre la eimpU^feé , Tinnoe^ee et les vertus. Tette avait é»é IRome même dans les temps de sa^murreté et de jBon Ignorance, Telle enfin s'est montrée jus<pi'à nos îoiirs cette nation rustique si vantée pour spn cott- Têm ^V^ l'adveirsUé n'a pu abattre , et ppw sa ftd^-
wiifMieyit pa« mèm»4^ »om 1^ n<^ que npv» «vo^^ if»% ^c
t4i|^#i^ Mme» foml ï j»îe£éfqr J* j«M|aple.e* ivl«Mrçtfe JP9- •iàciî ,iaoifc-««aU»«t .*ax>w 4^ PlMc» > ^ïwwipe ^ tcn^t ce que U |*Ue»<*W9 pomiwa jwsajs wn^iiwr ^e plus pa^-
i»4 »i0aovi«.
Ce fi^est poifit par 'stupidité que cear-Kd ORt |Hréfëré d'autres exerciees à ceux, de l'iesprit. Ils n!igno- -paient pas que dans d'autres contrées des hommes ^isi^ passaient leur vie à disputer sur le souyeraiii bien , sur le vice et sur la vertu ^ et que d'orgueil^ leuxTiâsonneurs 9 se donnant à eux-mêmes les plus grands éloges, confondaient les autres peuples sous le nom méprisant de barbares; mais ils ontcousi^ déré leurs mœurs et aj^ris à dédai^er leur, doc» •trine(i)., - ■ ^
OublîeraSs-îe que ce fut dans le sein même jle la Crèce qu'on vit s'élever cette cité iiussi célèbre p^ son heureuse ignorance que par la sagesse de ses 1(H9, cette répubhque de demi-^ieux plutôt que d'hommes , tant lews vertus semblaient supérieures à rhumanité? G Sparte, opprobre éternel d'une vaine doctritie ! tandis que les vices conduits par les beauxarts s'introduisaient ensemble dans Athènes,, tandis ^'un tyran y rasseûiUait avec tant de soin les pc^ vrages du prince des poètes, tu chassais de tes murs les arts et les artistes , les science» et les savans !
L'événement. mar^a cette différeice. Athènes devint le séjour de la politesse et du bon goût, lé
, f^it pour le gouYeimemeiit 4es peuples. 11 elk cite quantité d'eiçemples frappans pour qui les saurait admirer : mais ^uoif dii-il , lis ne portent point de chausses i
(i) Be bonne foi, qu^on me dise quelle opinion les Athéniens mêmes deTaiçnl ayoir de ^Mloquençe, quandilsi'écartêrent avec tant de soin de ce tribunal intègre des jngemens duquel les dieux mêmes n'appelaient pas. Que pensaient les Romaîiis de la médedne , quand ils la bannirent de leur i-épublique? Et quand un reste d^liumanité porta les Espagnols \ iilterdire à leurs gens dé loi IVntre'e de rAmerique , quelle idée fallait-il qu'ils eussent de la jurisprudence? Ne dirait-on pas qu'il» ont oru réparer par ce seul acic tous ks uauk qu'ils a^iént faits à ces malhfuveqai bldiiens? . >>
JDIS.G01JI15. a5
pays des orateurs et des philosophes : Télégance éeg bàtimens y répondait à celle du laiig;age; on y voyait de toutes parts le marbre et la toile animés^ par les mains des maîtres les plus habiles; c'est d'Athènes que sont sortis ces ouvrages surprenais qui serviront de modèles dans tous les âges corrompus. Le tableau de Lacédémone est moins brillant. Là y disaient les autres peuples 9 (es hommes naissent vertueux 9 et l'air même du pays semble inspirer 4a vertu. Il ne nous reste de ses habîtans que la mémoire de leurs actions héroïques. De tds monumens vaudraient-ils moins pour nous que les marbres curieux qu'Athènes nous a laissés ?
Quelques sages, il est vrai, ont résisté au torrent général, et se sont garantis du vice dans le séjour des muses. Mais qu'on écoute le jugement que le premier et le plus malheureux d'entre eux portait des savans et des artistes de son temps.
1 « J'ai examiné, dit-il, les poètes, et je les regarde; c comme des gens dont le talent en impose à eux^ c mêmes et aux autres, qui se donnent pour sages, c. qu'on prend pour tels , et qui ne sont rien moins.
« Des poètes, continue Socrate, j'ai passé aux c artistes. Personne n'ignorait plus les arts que moi ; « personne n'était plus convaincu que les artistes «; possédaient de fort beaux secrets. Cependant je « me suis aperçu que leur condition n'est pas mellc leure que celle des poètes, et «ju'ils sont les uns «V et les autres dans le àiéme préjugé. Parce que ' c les plus habiles d'entre eux excellent dans leur IL partie , ils se regardent comme les plus sages des c hommes. Cette présomption a terni tout-à-fait ft= leur savoir àjoies yeux : de sorte que, me mettant a à la place de l'oracle , et me demandant ce que t j'aimerais le mieux être, ce ^ue je suis ou ce 8. 2
a6 «iscotTAS.
« qa*tts sont, savoir ce qu'ils ont appris ou savoir « que je ne sais rien, j'ai répondu à moi-^ménie et « au dieu : Je veux rester ce que je suis.
« Nous ne savons, ni les sophistes, ni les poëteâ, c ni les orateurs, ni les artistes, ni moi, ce que « c'est que le vrai, le bon et le beau. Mais il y a «t entre nous cette différence, que, quoique ces '< gens ne sachent rien, tous croient savoir quelque '« chose; au lieu que moi, si je ne sais rien, au « moins je n'en suis pas en doute. De «orte que * toute cette supériorité de sagesse qui m'est accopc dée par l'oracle se réduit seulement à être bien « convaincu que j'ignore ce que je ne sais pas. »
Yoilà doncle plus sage des hommes au jugement des dieux , et le plus savant des Athéniens au sen«> timent de la Grèce entière, Socràte faisant l'éloge de l'ignorance 1 Croit-on que s'il ressuscitait parmi nous, nos savans et nos artistes lui feraient changer d'avis? non , messieurs, cet homme juste continue^ rait de mépriser nos vaines sciences ; il n'aiderait point à grossir cette foule de livres dont on nov» inonde de toutes parts , et ne laisserait, comme il a fait, pour tout précepte à ses disciples et à nos neveux , que l'exemple et la mémoire de sa vertu, ♦ <]:'est ainsi qu'il est beau d'instruire les homme*
Socrate avait commencé dans Athènes , le vieux €aton continua dans Rome , de se déchaîner contre ces Grecs artificieux et subtils qui séduisaient la vertu et amollissaient le courage de ses concitoyens. Mais les sciences , les arts et la dialectique préva^ lurent encore : Rome se remplit de philosophes et d'orateurs; on négligea la discipline militaire, on méprisa l'agriculture, on embrassa des sectes, et l'on oqblia la patrie. Aux noms sacrés de liberté , de désintéressement, d'obéissance aux lois, succé-
ikisGouRs. ny
dèrent les noms d'Épicure, de Zenon, d'Àrcésilas. Depuis que les savans ont commencé à paraître j)armi nou^, disaient leurs propres philosophes, tes gens- de hien se sont éclipsés. Jusqu'alors les Romains s'étaient contentés de pratiquer la vertu^ tout fut perdu quand ils commencèrent à l'étudier. O Fabrîcius! qu'eût pensé, votre grande âme, si, pour votre malheur, rappelé à la vie, vous eussiez vu la face pompeuse de cette Rome sauvée par votre bras, et que votre nom respectable avait plus illustrée que toutes ses conquêtes? « Dieux, eussiezc vous dit, que sont devenus ces toits de chaume c et ces foyers rustiques qu'habitaient jadis la mo« A dération et la vertu? Quelle splendeur funeste a « succédé à la isimpliciié romaine? Quel est ce lan- « gage étranger? Quelles sont ces mœurs effémi- « nées? Que signifient ces statues, ces tableaux, t ces édifices j? Insensés, qu'a vez-vous fait? Vous,
< les maîtres des nations, vous vous êtes rendus les % esclaves des honimea frivoles que vous avez vaîn- « eus] Ce sont des rhéteurs qui vous gouvernent I
< C'est pour enrichir des architectes, des peintres, « des statuaires et des histrions, que vous avez tt arrosé de votre sang la Grèce et l'Asie I Les « dépouilles de Carthage sont la proie d'un joueur « de flûte 1 Romains, hâtez-vous de renverser ces a amphithéâtres; brîsez ces marbres, brûlez ces m tableaux, chassez ces esclaves qui vous subju* c guent,et dont les funestes arts vous corrompent, c Que d'autres ntains s'illustrent par de vains ta*- « lens ; le seul talent digne de Rome est celui de c conquérir le monde , et d'y faire régner la vertu. « Quand Gynéasprit notre sénat pour une assem-. c blée de rois , il ne fut ébloui ni par une pompe « vaine, ni par une élégance recherchée; il n'y en*
28 BISGOVBS.
« tendit point <îelte éloquence frivole , l'étude et le, « charme des hommes futiles. Que vit donc Cynéas a de si majestueux? G citoyens! il vit un spectacle « que ne donneront jamais vos richesses ni tous c vos arts; le plus beau spectacle qui ait jamais « paru sous le ciel; rassemblée de deux cents « homimes vertueux, dignes de commander à t Rome 9 et de gouverner la terre. »
Mais franchissons la distance des lieux et des temps 9 et voyons ce qui s'est passé dans nos contrées et sous nos yeux; ou plutôt écartons des peintures odieuses qui blesseiraient notre délicatesse , et épargnons -nous la peine de répéter les mêmes choses sous d'autres noms. Ce n'est point en vain que j'évoquais les mânes de Fabricius, et qu^aije fait dire à ce grand homme , que je n'eusse pu mettre dans la bouche de Louis XII ou de Henri IV? Parmi nous, il est vrai, Socrate n'eût, point bu la ciguë; mais il eût bu, dans une coupe encore plusamère , la raillerie insultante, et le mépris pire cent fois que la mort.
Yoilà comment le luxe , la dissolution et l'escla^ vage ont été de tout temps le châtiment des efforts orgueilleux que nous avons faits pour sortir de l'heureuse ignorance où la sagesse éternelle nous avait placés. Le voile épais dont elle a couvert toutes ses opérations semblait nous avertir assez qu'elle ne nous a point destinés à de vaines recherches. Mais est-il quelqu'une de ses leçons dont nous ayons su profiter, ou que nous ayons négligée impunément ? Peuples^ sachez donc une fois que la nature a ¥Oulu vous préserver de la science, comn*^ une mère arraebe une arme dangereuse des mains de $on «nfant; que tous les secrets qu'elle vOus cache sont autant de maux dont elle vous garantit,
lyiscounsr a^
et que la pelue que vous trouvez à votts instruire n'est pas le moindre de ses bienfaits. Les hommes sont pervers; ils seraient jpires encore s^ils avaient eu le malheur de naître savans.
Que ces réflexions sont humiliantes pour Thumanité ! que notre orgueil en doit être mortifié ! Quoi t la probité serait fille de Tignorance ? là science et la vertu seraient incompatibles ? Quelles conséquences ne tirerait-on point de ces préjugés? Mais pour concilier ces contrariétés apparentes» il ne faut qu'examiner de près la vanité et le néant de ces titres orgueilleux qui npus éblouissent, et que nous donnons si gratuitement aux connaissances humaines. Considérons donc les sciences et les arts en eux-mêmes : voyons ce qui doit résulter de leurs progrès; et ne balançons plus à convenir de tous les points où nos raisonnemens Se trouveront d'accord avec les inductions historiques.
SEGOHDE PARTIE.
C'ÉTAIT une ancienne tradition passée deTÉgypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences (i). Quelle opinion fallait -il donc qu'eussent d'elles les Égyptiens mêmes, chez qui elles étaient nées? C'est qu'ils voyaient de près les sources qui les avaient produites. En effet, soit qu'on feuilleté les annales du -
(i) Oh voit aisément rallégorie de la fable de Promëthe'e ; et il ne paraft pas que les Grecs i qui l'ont cloue sur le Caucase, en pensassent guère plus favorablement que les Égyptiens de leur dieu Teuthns. « Le satyre, dit une ancienne « fable , voulut baiser et embrasser le feu , la première fois « qu'il le vit^ mais Prometheus lui cria : Satyre, tu pleurett ras la barbe de ton menton, car il brûlo quand on y « touche. »
5« DISCOVBS."'
monde 5 soit qu'on supplée à des chroniques incertaines par des recherches philosophiques, on ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à l'idée qu'on aime à s'en former. L'astronomie est née de la superstition; Pélo* quence, de l'ambition, de la haine , de la flatterie, du mensonge; la géométrie, de l'avarice; la physique, d'une vaine curiosité; toutes, et la morale même, de l'orgueil humain. Les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices mous serions nK>ins en doute sûr leurs avantages, s'ils^ la devaient à nos vertus.
Le défaut de leur origine iie nous est que trop retracé dans leurs objets. Que ferions-nous des arts^ sans le luxe qui les nourrît? Sans les injustices dea hommes, à quoi servirait la jurisprudence? Que deviendrait l'histoire, s'il n'y avait ni tyrans, ni guerres, ni coospirateura? Qui voudrait, en un» mot 4 passer sa vie à de ridicules contemplations, . si chacun , ne consultant que les devoirs de l'homme et les besoins de la nature „ n'avait de temps que pour la patrie, pour les malheureux, et pour ses amis? Sommes- nous donc faits pour mourir attachés sur les bords du puits où la vérité s'est retirée ? Cette seule réflexion devrait rebuter dès les premiers pas tout homme qui chercherait sérieusement à s'instruire par l'étude de la philosophie.
Que de dangers, que de fausses routes dans l'investigation des sciences! Par combien d'erreurs, mille fois plus dangereuses que la vérité n'est utile, ne faut-il point passer pour arriver à elle ! Le désavantage est visible : car le faux est susceptible d'une infinité de combinaisons ; mais la vérité n'a qu'une manière d'être. Qui est-ce d'ailleurs qui la cherche bien sincèrement? Même avec la meilleure volonté.
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à quelles marques est-on sûr de la reconnaître ? Dans cette foule de sentimens différens, qud sera notre critérium pour en bien juger ( i ) ? Et , ce qui est le plus difficile, si par bonheur nous la trouvons à la fin ) qui de nous en saura faire un bon usage ?
Si nos sciences sont vaines dans Tobjet qu^elles se proposent , elles sont encore plus dangereuses par les effets qu'elles produisent. Nées dans Toisiveté 9 elles la nourrissent à leur tour ; et la perte irréparable du temps est le premier préjudice qu'elles causent nécessairement à la société. £n politique comme en morale, c'est un grand mal que de ne point faire de bien; et tout citoyen inutile peut être regardé comme un homme pernicieux. Répondez- moi donc , philosophes illustres, TOUS par qui nous savons en quelles raisons les corps s^attirent dans le vide ; quels sont , dans les révolutions des planètes, les rapports des aires parcourues en temps égaux; quelles courbes ont des points conjugués 9 des points d'inflexion et de re« broussement ; conunent ThonuKie voit tout en Dieu ; comment l'âme et le corps se correspondent sans conununication , ainsi que feraient deux hoiioges; quels astres peuvent être habiles; quels in-^ sectes se reproduisent d'une manière extraordinaire: répondez -moi, dis -je, vous de qui nous avons reçu tant de sublimes connaissances; quand vous ne nous auriez jamais rien appris de ces choses, en serions -nous moins nombreux, moins
(i) Moine on sait , plus on croit savoir, ties péripatéticiens doutaient-ils de rien? Desoartes uVt-il pas construit Tunivers avec des cubes et des tourbillq^ns^ Et y a-t-il aujourd'hui même en Europe si mince physicien qui n'explique hardiment ce profond mystère de Télectricitc qui fera peut-être à jamais le désespoir des yrais philosophes?
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bie n gouvernés , moins redoutables ^ moins florissans ou phis pervers? Revenez donc sur Fimporn tance de vas productions; et si les travaux des plus éclairés de nos savans et de nos meilleurs citoyens nous procurent. si peu d'utilité, dites-nous ce que nous devons penser de cette foule d'écrivains ob-é^ acurs et de lettrés oisifs qui dévorent en pure perte la substance de Tétat. ^
Que dis- je, oisifs P et plAt à Dieu qu'ils le fussent en. effet 1 Les mœurs en seraient plus saines et la société plus paisible. Mais ces vains et futiles déclamateura vont de tous côtés, armés de leurs funestes paradoxes, sapant les fondemens de la foi , et anéantissant la vertu. Ils sourient dédaigneusement à ces vieux mots de patrie et de religion, et consacrent leurs talens et leur pbOosophie à détruire et avilir tout ce qu'il y a de sacré panni les hommes. Non qu'au.fond ils haïssent ni la vertu ni nos dogmes; c'est de l'opinion publique qu'ils sont ennemis : et^ pour les ramener aux pieds des autels , il suffirait de les reléguer parmi les athées. G fureur de se distinguer, que ne pouvez-vous point!
C'est un grand mal que l'abus du temps. D'autres maux pires encore suivent les lettres et les arts. Tel est le luxe, né conmie eux de l'oisiveté et de la vanité des hommes. Le luxe va rarement sans les sciences et les arts , et jamais ils ne vont sans lui. Je sais que notre philosophie , toujours féconde en maximes singulières , prétend, contre l'expérience de tous les siècles , que le luxe fait la splendeur des états : mais, après avoir oublié la nécessité des lois somptuaires, osera-t-eUe nier encore que les bonne;| mœurs ne soient essentielles à la durée des empires , et que le luxe ne soit diamétralement opposé aux bonnes mœurs ? Que le luxe soit un signe certain des richesses ; qu'il serve même si l'on veut à les