‹ DiscoursChapitre 33 sur 36 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Dans l'hommage que je viens rendre aujourd'hui à la mémoirte de monseigneur le doc d'Orléans, il

' me sera plus aisé de trouver des louanges qui lui soient dues, que de retrancher de ce nombre toutes celles dont sa v^tu n'a pas besoin pour paraître aveo fout son édat. Telles sont celles qui ont pour objet les droits de la naissance ; droits dont ceux qu'on

' Ranime grands sont ordinatrement si jaloux , et qai ne décèlent que trop souvent leup petitesse par leur attention même à les faire valoir. H naquit du plus illustre sang du monée, à-c6té du premier trène de l'univers, et d'un prince qui en a été l'appui. Ces avantages sont grands^ sans doute ; il les a comptés pour rien. Que la modestie de ce grand prince règne j^isque dans son éloge ; et comme il ne s'est souvenu de son rang que pour en étudier les devoirs, ne nous en souvenons nous-mêmes que

'• pour voir comment il les a rempHf).

11 le faut avouer, messieurs, si ces devoirs consistent dans l'affectation d'une vaine pompe, soù-

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veul plus propre à révolter les cœurs qu'à éblouir les yeux ; dans Téclat d'un luxe effréné qui substitue les marques de la richesse à celles de la grandeur ; dans Texercice impérieux d'une autorité dont la rigueur montre communément plus d'orgueil que de justice ; si ce sont là , dis-je , les devoirs des princes , j'en conviens avec plaisir^ il ne les a point remplis.

Mai si la véritable^ grandeur consiste dans l'exercice des vertus bienfaisantes, à l'exemple de celle de Dieu qui ne se manifeste que par les biens qu'il répand sur nous; si le premier devoir des princes est de travailler au bonheur des hommes; s'ils ne sont élevés au-dessus d'eux que pour être attentifs à prévenir leurs besoins; s'ilne leur est permis d'user de l'autorité que le ciel leur donne que pour les forcer d'être sagtset heureux; si l'invincible penchant du peuple à admirer et imiter la conduite de ses mai très n'est pour eux qu'un moyen, c'est-à-dire un devoir de plus pour le porter à bien faire par leur exemple , toujours plus fort que leurs lois; enfin s'il est vrai que leur vertu doit être proportionnée à leur élévation : grands de la terre , venez apprendre cette, science rare,, subhme, et si peu connue de vous , de bien user de votre pouvoir et de vos richesses , d'acquérir des grandeurs qui vous appartiennent , et que vous puissiez emporter avec vous en quittant toutes les autres.

Le premier devo i de l'homme est d'étudier ses devoirs; et cette connaissance est facile à acquérir dans les conditions privées. La voix de la raison et le cri de la conscience s'y font entendre sans obstacle; et si le tumulte des passions nous empêche quelquefois d'écouter ces conseillers importuns^ la crainte dcB lois nous renJ justes ^ notre impuissance

DU DUC D'ORIiélNS. 333

nous rend modérés; en un mot, tout ce qui nous environne nous avertit de nos fautes, les prévient, nous en corrige, ou nous en punit.

Les princes n'ont pas sur ce point les mêmes avanr tages : leurs devoirs sont beaucoup plus grands, et les moyens de s*en instruire beaucoup plus diffîelles. Malheureux dans leur élévation, tout semble concourir à écarter la lumière de leurs yeux et la vertu de leurs cœurs* Le vil et dangereux cortège des flatteurs les assiège dès leur plus tendre jeunesse; leurs faux amis, intéressés à nourrir leur ignorance, mettent tous leurs soins à les empêcher de rien voir par leurs yeux. Des passions que rien ne contraint, un orgueil que rien ne mortiQe, leur inspirent les plus monstrueux préjugés , et les jettent dans un aveuglement funeste que toutcequî les approche ne fait qu'augmenter : car, pour être puissant sqr eux , on n'épargne rien pour les rendre faibles, et la vertu du maître sera toujours reffroi des courtisans.

C'est ainsi que les fautes des princes viennent de leur aveuglement plus souvent encore que de leup* mauvaise volonté; ce qui ne rend pas ces fautes moins criminelles , et ne les rend que plus irréparables. Pénétré dès son enfance de cette grande vérité, le duc d'Orléans travailla de bonne heure à écarter le voile que sob rang mettait au-devant de ses yeux. La première chose qu'on lui avait apprise, c'est qu'il était un grand prince; ses propres réflexions lui apprirent encore qu'il ^tait un homme sujet à toutes les fiiiblesses de l'humanité; que dans le rang qu'il occupait, il avait de grands devoirs ^ remplir et de grandes erreurs à craiinire^ Il comprit que ces premières connaissances lui imposaient l'obligation d'en acquérir beaucoup d'autres. Il se

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livra avec ardeur à Tétude , et il travailla à se faire dans les bono auteurs, et surtout dans nos livres sacrés, des amis fidèles et des conseillers sincères qui, sans songer sans cesse à leur intérèl, lui parlassent quelquefois pour le sien. Le succès fut tel qu'on pouvait l'attendre de ses dispositions. Il cultiva toutes les sciences, il apprit toutes les langues; et TEuropc vit avec étonnement un prince tout jeune encore sachant par soi-même, et a^ânt des connaissances à lui.

Telles forent les premières sources des vertus dont il orna et édifia le monde. A peine fut-il livré à lui-même , qu'il les mit toutes en pratique. Uni par les nœuds sacrés à une épouse chérie et digne de l'être, il 6t voir par sa douceur, par ses égards et par sa tendresse poureOe, que la véritable -piété n'ôtdurcit point les cœurs, n'ôte rien à Tagrément d'une honnête société, et ne fait qu^ajouter pl«s de charme et de fidéitté à rafiection conjugale. La mort lui enleva cette vertueuse épouse à la fieur de son âge i et s^li témoigna par sa douleur combien elle lui avéit été chère , il montra par sa constance que celui qui n'abuse point du bonheur ne se laisse ppîïtl non plus abattre par l'adversité. Cette perle lut apprit k connaître rinstabilfté des chose» humaines, et l'avantage qu'^o» trouve à réunir toutes ses aiSections dans eekn qui ne meurt point* C'est dans ces circonstances qu'il se choisit une pieuse solitude pour s'y livrer avec plus de tranquiRité à son juste regret et à ses méditations chrétiennes; et s'il ne quitta pas absolument la cour et le monde , où son devoir le retenait encore, il fit du moins às8e2 connaître que le seul commerce qui pouvait désormais lui être agréable, était celui qu'il vonllalt avoir avec Dieu.

bu i>v<ï h^oiÊLtiinSé 335

L'éducation de son fils était le pi4iicipal molif qui Tarracbaît à sa retraite : tl n'épargna rien poui* bien remplir <ie èevoir important, ht succès me dispense de m'étendre sur ce (|<i'il fit à cet égard; et il nous seraH d'autant moins periaîs de l'oublier 9 que nou» jocûssons aujoufd^lHii dm fruit de ses soins.

S'il fut bon père et bon mari ^ il ne fut pas mmns fidèle sujet et zélé citoyen. Passionné pour la glom du roi, c'est-à-dire potir la prospérité de l'état, oo sait de quel zèle il était aninépartociloù illaoroyaît intéressée : on sait qu'aucune consîdéralrlon ne put jamais hii faire ^ssimider son sentiment dès qu'il était question du bien public ; exemple rare et peut-être unique à la cour, où ces mots de bien public et de service du prince ne signifient guère ^ dans la bouche de ceux qui les emf^oient, qu'tetérét personnel, jahnisie et avidité.

Appelé dans les conseHs, je ne dirai point par son rang , mais pins honorablement encore par Testîme et la confiance d*un roi qui n>n accorde qti*a« mérite, c*est là qu^O faisait briller également et ses talens et ses vertus; c'est là que la droiture de son âme, la sagesse de ses avis et la Ibrce de son éle* quence , consacrées au service de la patrie, ont ramené phts d*une fois toutes les opmions à la sienne ; c'est là qu^eAt étonné par la solidité de ses raisons ces esprits pfers subtils que judicieux qui ne peuvent comprendre que dans le gotlvemement des états , être juste soit la suprême p<^tique ; c^est là, pour tout dire en un mot, que, secondant tes vues bienfaisantes du monarque cpii nous rend heureiîx, il concourait à le rendre heureux luimême en travatUant avec lui pour le bonlieur de ses peuples.

S56 OEAIâOtf FUN^BRB

. Mais 1^ respect m^arrête ^ et je sens qu^il ne m^est ^oint permis de. porter des regards indiscrets sur ties mystères du cabinet , où les desseins de Tétat sont en secret balancés, au poids de Téquité et de \ raison. Et, pourquoi vouloir en apprendre plusquUl jï'est nécessaire ? Je l'ai, déjià dit; pour lionorer la mémoire d'un si grand hpmme, noqs n'avons pas besoin de compter |ous les. devoirs qu'il a remplis , ni toutes les vertus qu'il a possédées. Hàtons-nous d'arriver à ces doux momeus de sa .vie où, tout-àfait retiré du monde, après avoir acquitté ce qu'il (devait à sa naissance et à son rang, il se livra tout jentier dans. sa solitude aux penchans de son cœur . et aux vertus de son choix.

^ C'est alors qu'on le vit déployer cette âme bienfaisante dont TamQurde rhpmanité fit le. principal caractère, et qui ne chercha son bonhepr que d^nç celui des autres. C'est alors que, s'élevant à une gloire plus sublime, il commença de montrer aux hommes un spectacle plus rare et infiniment plus .;aduiirablç que tous les chefs-d'œuvre des politiques et tous les trioniphes des conquérans. Oui, messieurs, pardonnez-moi dans ce jour de tristesse cette afflig^ute remarque. L'histoire a consacré Ja mémoire d'une multitude de héros en tous genres, .de grands capitaines, de grands ministres, et même de grands rois; mais nous ne saurions nous dissimuler que tous ces hommes illustres n'aient beaucoup plus travaillé pour leur gloire et pour leur avantage particulier qije pour le bonheur du genre humain , et qu'ils n'aient sacrifié cent fois la paix ,€tie repRS des peuples au désir d'étendre leur pou^ voir ou d'immortaliser leurs noms. Ah! combien c'est un plus rare et plus précieux don du ciel qu'un prince véritablement bienfaisant, dont le premier

1^ î)tJ îâÛC T)*^ÔBLLé.iN8. 537

Vu l^nîqtié'sbîù 'soif la félicité publique, dont la maftf secbiirabïe^ i*exëm|)le iadmiré fassent régner ^^ partout* le libBliém'et'laSnerltïî Depuis tant de siècles f Hin feul a méiittf rimmortalité à ce titre : encore ' céluî qui fat la gloire et l'amour du monde n'ya- 1^11 paru ^ue comme une fleur qui brille le matiii et |ferir^Vaiit le iëclin du jour. Vous en regrettez un èecdndV' messieurs 9 qui, sans posséder un trône, in'iBtffîit lias moins dîgne^ou qui plutôt, affranchi des (Sl^sliacles insurmontables que le poids du diadème ojppôséfians cesse aux meilleures intentions, fit encore j^lus de" bien ', plus d^heureux peut-ôtre 9 du fond de sa retraite ,*' qrfe' n'en fit Titus gouverbaût l'univers. Il n'est pas difiicile de décider lequel des deux mérite la préférence. Titus chrétien, Titus vertueux et bienfaisant dès sa première jeunesse, Titus ne perdant pas un seul jour, eût été égal au duc d'Orléans.

J'ai dit qu'il s'était retiré du mondé ; et il est vrai qu'il avait quitté ce monde frivole, brillant et corrompu , où la sagesse des saints passe pour folie p où la vertu est inconnue et méprisée , où son nom même n'est jamais prononcé, où l'orgueilleuse philosophie dont on s'y pique consiste en quelques maximes stériles, débitées d'un ton de hauteur^ et dont la pratique rendrait criminel ou ridicule quiconque oserait la tenter ; mais il conunença à se fa* miiiariser avec ce monde si nouveau pour ses pa- . reils , si ignoré , si dédaigné de l'autre , où les membres de Jésus-Christ souffrans attirent l'indignation céleste sur les heureux du siècle , où la religion, la probité , trop néghgées sans doute , sont du moins encore en honneur, et où il est encore permis d'être honune de bien^ sans craindre la raillerie et la haine de ses égaux.

538 OBAISON JPDRSBBJ?

Telle fut la nouvelle société qu'il rasiembla aur tour de lui pour répandre sur elle y conune une rosée bienfaisante^ les trésors de sa charités Chaque Jour il donnait d^ns sa retraite une audience et dep soulagemens à tous les malheureux indifi(érem7 ment, réservant pour le Palais-Royal des audiepces plus solennelles où le rang et la naissance représentaient leurs droits, où la nobllei^e retrouvait im prçteeteur et un grand prince dans celui que les pauvres venaient d'appeler leur père.' Ce fut la tendresse même de son dme qui le força d'accout^mer ses yeux à Tafiligeapt spectacle 4es misères humaines. Il ne craignait point de voir les maux qu'il pavait soulager , et n'avait point cette répugnance ci'iminelle qui ne vient que d'un mauvais cœur, ni cette pitié barbare dont plusieurs osent se vanter, gi^i n'e^t qu'une cruauté déguisée et un prétexte odieux pour s'éloigner de ceux qui souflfrent : et comment se peut-il, mon J)ieu! que ceux qui li'oQt pas le courage d'envisager les plaies d'un pauvre, aient celui de refuser l'aumône aux mai-* )^^j^:eux qui en est couvert?

jEntrerai-je dans le détail immense de tous les bienp qu'^ a répandus , de tous les heureux qu'il a fs^its, de tous les malheureux qu'il a soulagés, et de qes aveuglés plus malheureux encore qu'il n'a p^ .dédaigné 4e. i^a|>pc}ler de «leurs ^aremens par \f» môo^eis n^qti^ ,qui les y ^vaiept plpnjgés, afiq qu'a^uit U3(ie fqîs goù^ïé le plaisir d'êfre liqnnêtes g^QS , ilç lisant flé^^'mais par amo^r pour la ,verlu ce qu'ils ttVpiiept comiii^cé fde faire ,p^r infi^rét ? IHon, 9]if94Χu];$ ; le r^p^t j[ne retient et m'empêche dp teyer le vpUe qu'il a i^is lui-même aur devant 4e tai^t d'actions héroiqiies^ et m«i :Voix n'est pas digne de les célébrer.

ftU DUC D'ORXUINS. 559^

VOUS, chastes vierges de Jésus-Christ, vous ses épouses régénérées , que la main secourable du duc d'Orléans a retirées ou garanties des dangers dé l'opprobre et de la séduction , et à qui il a procuré de saints et inviolables asiles; vous, pieuses mères* de famille, qu'il a unies d'un nœud sacré pour élever des enfans dans la crainte du Seigneur ; vous , gens de lettres indigens qu'il a mis en état de consacrer uniquement vos talens à la gloire de celui de qui vous lestene^ ; vous , guerriers blanchis sous les armes , à qui le soin de tos devoirs a fait oublier celui de votre fortune , que le poids des ans a forcés de recourir à lui , et dont les ft*onls cicatrisés n'ont point eu à rougir de la honte cje ses refus ; élevez tous vos voix ; pleurez Votre bienfaiteur et votre père. J'espère que ,h1u haut du ciel , son âme pure sera sensible à votre reconnaissance. Qu'elle soit immortelle comme sa mémoire! les bénédictions de vos cœurs sont le seul éloge digne de lui.

Ne nous le dissimulons point , messieurs ; nous avons fait une perte irréparable. Sans parler ici des monarques, trop occupés du bien général pour pouvoir descendre dans des détails qui le leur feraient négliger , je sais que l'Europe ne manque pas de grands princes; je crois qu'il est encore des âmes vraiment bienfaisantes , encore plus d'esprits éclairés qui sauraient dispenser sagement les bienfaits qu'ils devraient aimer à répandre. Toutes ces choses, prises séparément, peuvent se trouver; mais où les trouverons-nous réunies ? où chercherons-nous un homme qui, pouvant voir nos besoins par ses yeux et les soulager par ses mains, rassemble en lui seul la puissance et la volonté de bien faire , avec les lumières nécessaires pour bien

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Oq[0. A À I s O N F V xN £ B E^]|^ H^^^, i-

faire toujours à propos ? Voilà les

que nous admirions et que nous aîmii

dans celui que nous venons de perdre ; (^t vi^ljQe

trop juste motif des pleurs que nous devons yers^^

sur son tombeau.

SBGOIiBE PABTIE.

Je le sens bien^ messieurs; ce n*est point avec, le tableau que je viens de vous offrir que je dois me flatter de calmer une douleur trop légitime ; et rimage des vertus du grand prince dont nous honorons la mémoire ne peut être propre qu'à redoubler nos regrets. C'est pourtant en vous le peignant orné de vertus beaucoup plus sublimes, que j'entreprends de modérer votre juste affliction. A Dieu ne plaise qu'un^ insensée présomption de mea forces soit le principe de cet espoir ! Il est établi sur des fondemensplus raisonnables et plus solides t c'est de la piété de vos cœurs ^ c'est des maximes confolantes du christianisme 9 c'est des détails édifians qui me restent à vous faire, que je tire mia con* fiance. Religion sainte , refuge toujours sûr et toujours ouvert aux cœurs affligés , venez pénétrer les nôtres de vos divines vérités ; faites-nous sentir tout le néant des choses humaines, inspirez -nous le dédain que nous devons avoir pour cette vallée de larmes , pour cette courte vie qui n'est qu'un passage pour arriver à celle qui ne finit point ; et remplissez nos âmes de cette douce espérance , que le serviteur de Dieu qui a tant fait pour vous jouit en paix, dans le séjour des bienheureux, du prix.de se,s vertus et de ses travaux.

Que ces idées sont consolantes ! Qu'il est doux de penser qu'après avoir goûté dans cette vie le plaisir touchant de bien faire , nous en recevrons ,

DU DUC D*ORLÉA^'S. 34'

encore dans l'autre la récompense étemelle I II faut plus, il est vrai, que de bonnes actions pour y prétendre ; et c'est cela même qui doit animer notre confiance. Le duc d'Orléans , avec les vertus dont j'ai parlé, n'eût encore été qu'un grand homme ; mais il reçut avec elles la* foi qui les sanctifie^ et rien ne lui manqiia pour être un chrétien.

Cette foi puissante, qui n'est pourtant rien sans les œuvres, mais sans laquelle les œuvres ne sont rien , germa dans son cœur dès les premières an» nées , et , comme ce grain de semence de l'évan-^ gjle (i) , elle y devint bientôt un grand arbre qui étendait au loin ses rameaux bienfaisans. Ce n'était point cette foi stérile et glacée d'un esprit convaincu par la raison , à laquelle le cœur n'a point de part^ et destituée également d'espérance et d'amour; ce n*était point la foi morte de ces mauvais chrétiens qui vainement disent chaque jour , Seigneur I Sei^ gneur ! et n'entreront point dans le royaume des cîeux: c'était cette foi pure et vive qui faisait marcher les apôtres sur les eaux, et dont le Seigneur • même a dit qu'un seul grain suffîrait^ pour ne riett trouver d'impossible. Eile était si ardente en son âme et si présente à sa mémoire; qu'il en faisait régulièrement un acte au commencement de toutes ses actions ; ou plutôt sa vie entière n'a été qu'nti acte de foi continuel , puisqu'on lient d'un témoignage assuré qu'il n'a jamais eu un seul instant de doute sur les vérités et les mystères de la religion catholiques Et comment donc avec tant de foi n'at-il point opéré de miracles? Chrétiens, Dieu vous doit-il compte de ses grâces? et savez- vous jusqu'où I ■ I I .1 I ■ I ' I*

(i) £uc, chap. Xin, y. 19. -< ; .

54si ORIISON FUREBllB

peut aller rhumilité d'un juste ? Pourquoi demander des miracles ? n'en a- t-il pas fait un plus gf and et plu» édifiant que de transporter des montagnes? Quel est donc ce miracle ? me direz -vous. La sainteté de sa vie dans un rang aussi suborne et dans un siècle aussi corrompu.

Le duc d'Orléans croyait » et c'est assez dire. On peut s'étonner qu'il se trouve des hommes capal^es d'offenser un Dieu qu'ils savent être mort pour eux; mais qui s'étonnera jamais qu'un chrétien ait été humble , juste , tempérant , humain , charitable ^ et qu'il ait accompli à la lettre les préceptes d'une religion si pure , si sainte y et dont il était si intimement persuadé ? Ah t non , sans doute , on ne remarquait point, entre ses maximes et sa conduite cette opposition monstrueuse qui déshonore nos mœurs ou notre raison ; et l'on ne saurait peutêtre citer une seule de ses actions qui ne montre , avec la force de cette grande âme faite pour soumettre ses passions à l'empire de sa volonté , la force plus puissante de la grâce faite pour soumettre en toutes choses sa volonté à celle de sou Dieu.

Toutes ses vertus ont porté cette divine empreinte du christianisme; c'est dire assez combien elles ont effacé l'éclat des vertus humaines , toujours si empressées à s'attirer cette vaine admiration qui est leur unique récompense , et qu'elles perdent pourtant encore , comparées à celles du vrai chrétien. Les plus grands hommes de l'antiquité se seraient honorés de voir son nom inscrit à côté des leurs ; et ils n'auraient pas même eu besoin de croire comme lui , pour admirer et respecter ces vertus héroïques qu'il consacrait ou sacrifiait toutes au triomphe de sa foi.

hV Dt'C D'0BLÉA2«i). ^45

11 était humble; non de cette fausse et trompeuse humilité qui n^êst qu'orgueil ou bassesse d'àme y mais d'une humilité pieuse et discrète éga-^ lement convenable à un chrétien pécheur et à un grand prince qui , sans avilir son titre y sait liumiUer sa personne. Vous l'avez vu» messieurs, modeste dans son élévation et grand dans sa vie privée ^ simple comme l'un de nous^ renoncer à la pompe consacrée à son rang sans renoncer à sa dignité ; vous l'avez vu y dédaignant cette grandeur apparente dont personne n'est si jaloux que ceux qui n'en ont point de réelle , ne garder des honneurs dus à sa naissance que ce qu'ils avaient pour lui de pénible, ou ce qu'il n'en pouvait négliger sans s'offenser soi-même. Prosterné chaque jour au pied de la croix , la touchante image d'un Dieu souffrant, plus présente encore à son cœur qu'à ses yeux, ne lui laissait point oublier que c'est en son seul amour que consistent les richesses , la gloire et la justice (i) ; et il n'ignorait pas non plus, malgré tant de Vains discours, que , si celui qui sait soutenir les grandeurs en est digne, celui qui sait les mépriser est au •'dessus d'elles. Hommes vulgaires, qu'un éclat frivole éblouit, même quand vous affectez de le dédaigner, lisez une fois dans vos âmes, et apprenez à admirer ce que nul de vous n'est capable de faire .

Il était bienfaisant , je l'ai déjà dit; et qui pourrait l'ignorer? Qu'il me soit permis d*y revenir encore : je ne puis quitter un objet si doux. Un homme bienfaisant est l'honneur de l'hùmànité, la véritable image de Dieu , l'imitateur de la plus active de toutes ses vertus ; et l'on nepeut douter qu'il ne reçoive un jour le prix du bien qu'il aura fait ; et même de celui

( i) Proy. i chap. VIH , v. i8.

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