PREMIER PRINCE DU SANG DE FRANCE
Modicwn plora supra mortuum, ^uoniàm requiei*it.
Pleurez modérément celui que vous avez perdu, car il est en paix.
( Ecclésiastique , c. XXII , t. ii. )
.. Messieurs,
Les écrivains profanes nous disent qu^un puissant roi, considérant avec orgueil la superbe et nombreuse armée qu'il commandait, versa pourtant des pleurs, en songeant que dans peu d'années, de tant de milliers d'hommes il n'en resterait pas un seul en vie. Il avait raison de s'affliger , sans doute : la mort pour un païen ne pouvait être qu'un sujet de larmes.
Le spectacle funèbre qui frappe mes yeux, et
(*) J.-J. 6t cette Oraison funèbre pour Tabbë Darti, qui devait la prononcer; mais il nVn fut point charge M. Moultou, de Genève, désirant d^aroir un morceau inëdil: de l'auteur à^Émile, celui-ci lui envoya ce discours qui a du être composé en lySa,. année de la mort du duc d^Orléans. Ce prince, fils du régent, s'était retiré à S aial'e- Geneviève pour y faire pénitence.
35o OBAISOIf FVVkBRS
l'assemblée qui m'écoule , m^arrachent aujourd'hui la même réûexion, mais avec des motifs de consolation capables d'en tempérer Tamertume et de la rendre utile au chrétien. Oui , messieurs , si nos âmes étaient assez pures pour subjuguer les affections terrestres 9 et pour s'élever par la contemplation jusqu'au séjour des bienhevrem, nous nous acquitterions sans douleur et sans larmes du Jriste devoir^ BOUS assemble ^ nous nous dirions à nousmêmes dans une sainte joie : Celui qui a tout fait c pour le ciel est en possession de la récompense c qui lui était due » ; et la mort du grand prince que nous pleurons ne serait à nos yeux que le triomphe du juste.
Mais 9 faibles chrétiens encore attachés à laterre^ que nous sommes loin de ce degré de perfection nécessaire pour juger sans passion des choses véritablement désirables I Et comment oserions-nous décider de ce qui peut être avantageux aux autres, tkùus qui ne savons pa» seulement ce qui est bon à BOus-méitoe9? Comment ponrriens-ttou» neus ré- |Ofiiv avec les saitit» d'un b<mneur dent nous sentoM si peu le prix ? Ne cherckoAS point à étouifer notre juste' douleur. A Dievi ne plaise qu'une cohpable insensibilité nous demie une constance que bous ne devon» tenir que de la religion ! la France vient de perdre le premier prnice du sang de ses to»; le» pauvres ont perdu lettrpère, kssavans leiu- protecteur, tous les chrétiens leur nlodèfe. l^otre perte est assez grande pour nous avoir acquis le droit de pleurer^ au moins sur nous-mêmes. Mais pleurons av c mcdtv a'ion ^ et conmte ii cod^ vient à des chrétiens : ne songeons pas teUement à nos perte», que nous oubliions le prîxmestimable qu'elles ont acquis au grand prince que nous re-
DU DUC B'oRLÉâNS* S31
grettons. Bénissons le saint nom de Dieu et des dons qu'il nous a faits, et de ceux qu'il nous a repris. Si le tableau que je dois exposer à vos yeux vous offre de justes sujets de douleur dans la mort de
'TRES -Hi UT, Taàs-PUISSA3tT ET TA^S -EXCELLENT PTUNCE locIS DUC D'ORLiANSy PREMIER PRINCE DU SANG I>E
France, vous y trouverez aussi de grands motifs de consolation dans l'espérance légitime de son éternelle félicité. L'humanité, notre intérêt, nous permettent de nous affliger de ne l'avoir plus ; mais la sainteté de sa vie et la religion nous consolent pour lui, car il est en paix. Modicàm ptora supra tndrtuum, quortiàm requievit.