‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 2)Chapitre 19 sur 23 · CONSEILS GÉNÉRAUX DES MANUFACTURES · texte numérisé non relu

CONSEILS GÉNÉRAUX DES MANUFACTURES

Messieurs,

Vous êtes réunis par ordre du roi pour nous donner vos avis sur les intérêts de l'agriculture, de l'industrie et du commerce.

C'est pour la première fois, vous le savez, que s'opère la réunion simultanée de vos trois conseils ; elle produira, nous en sommes certains, des résultats utiles et féconds. Le gouvernement trouvera dans vos lumières, dans votre expérience, dans votre patriotisme, les directions dont il a besoin pour éclairer et affermir la marche de sou administration.

Le système représentatif bien entendu n'est autre chose qu'une consultation perpétuelle de tous les intérêts. Pour les étudier et les connaître, le moven lo plus sûr est de les appeler, de leur donner la parole, le plus souvent, le plus diversement qu'il est possible. Tous les intérêts nationaux parlent à la fois et officiellement dans les Chambres ; mais, avant de les écouter dans cette région élevée où leurs vœux se généralisent et se changent en lois, il faut les chercher ailleurs, il faut s'être rapproché d'eux, il faut les avoir consultés, entendus de près, et individuellement. C'est pour cela qu'à côté et au-dessous de nos assemblées législatives, il y a un conseil et des chambres de commerce, des chambres consultatives des manufactures, des commissions d'enquête; c'est pour cela enfin

qu'ont été donnés à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, les trois conseils dont vous êtes membres.

Outre le désir de vous entendre, le gouvernement avait aussi celui de vous entendre simultanément, et sans doute vous en devinez le motif. Mettre les intérêts en présence et leur donner à tous la parole est non-seulement un moyen de les connaître, mais c'est aussi un moyen puissant de les concilier. Les intérêts, quand ils restent muets, demeurent inconnus au gouvernement, et inconnus pour eux-mêmes ; alors ils se jalousent, se font une guerre sourde, et demandent les uns contre les autres des tarifs et des prohibitions. Au contraire, mis en présence, ils apprennent bientôt à se connaître, à se supporter, à se faire des concessions réciproques ; ils comprennent qu'il y a un riche dédommagement à leurs concessions ; c'est la prospérité générale, qui restitue plus qu'elle n'enlève à tous ceux qui lui font des sacrifices ; ils comprennent surtout que l'égalité de traitement, dans une société qui prospère, vaut mieux qu'un traitement privilégié dans une société pauvre et entravée.

C'est dans cette vue, messieurs, que le gouvernement vous a réunis : vous représentez les trois plus grands intérêts de l'État. L'agriculture, qui obtient de la terre les denrées alimentaires et les matières premières; l'industrie, qui les transforme et leur donne toutes les perfections que peut leur imprimer la main des hommes; le commerce, qui échange ces produits et va les distribuer sur tous les points du globe. Ces

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