‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 4)Chapitre 44 sur 53 · AOUT 1H7I · texte numérisé non relu

AOUT 1H7I

irronnus bionlot que le pays «''lait teileinent abattu par les (ir'sastres «le toute nature qui avaient fon<lu sur lui «pi'il ne fallîiit pas compter sur une ressource sem- MaMe. Les mobiles n(* valaient pas {rrand'cliose , ils c'étaient <ir»coura{rés; une fois la paix signée, ils élaient rentn''s cliez eux. Il ne vint pa^ un seul bataillon de volontaires. Mais il restait les débris de nos armées; je me hâtai de les réorganiser, et c'est avec ces <lébris que je composai Tarméc qui est parvenue à arracher Paris à la révolte. Dès que j'eus réuni 50,000 hommes, je me dis que le moment était venu de donner une le<;on aux insurgés. Ils étaient sortis du coté des forts du sud, ils s*avaneaient du côté de Chatillon, <le Vanves. Je me préparai à les bien recevoir. Ils se montrèrent plus téméraires du cote de Neuilly et de C.ourbi^voie. On dit môme qu'ils se préparaient à une attaque sérieuse. Je n'en étais pas effrayé. Je voulais leur [)rouver que nous n'avions pas peur; je voidais surtout bien engager l'armée. Les otliciers placés au Mont-Valérien, et munis des instruments cpii h'ur permettaient de bien voir les mouvements «les insurgée, nous rendirent d'immenses services. Le maréchal de Mac-Mahon n'était pas encore à la tète de l'armée. D'après les observations du Mont- Valérien, le mouvement se dessinait éxidemment vers le pont de Courbcvuie. Je fis diriger de ce cùlé une grande partie d(» Tarmée. Je dis au général Vinoy : « On nous attaque faiblement du coté de Meudon, de Chàlillon, des forts du sud; il faut être eu grande

forrc (lu côte de Courbevoie, où le mouvement de Tenncmi est plus prononcé. » Les troupes vinrent, en oiïet, se f»lacer sur les coteaux qui sont au pied du Mont-Valérien, et qui dominent les plaines de Saintricrmain et de Saint-Denis. On fondit à outrance sur les assaillants, on en sabra un bon nombre. Flourens fut lur ce jour-là. Chacun avait pris confiance; il y eut un entrain extraordinaire. Nous n'avions pas mis en li{?no 50,000 hommes, mais seulement 30,000; les autres cHaicnt rcslés à Versailles et vers les forts du sud.

Une tentative (Hait possible sur le pont de Sèvres: quelques mille hommes le couvrirent, refoulèrent les insurpiîs qui (!»taient là, et les rejetèrent de l'autre cùl('' (In pont.

JY'lais renseigné, je savais qu'on disait que nous ne prendrions jamais Paris; mais en même temps on avouait que h>^ pens que nous combattions ne pren<lraient jamais Versailles; de sorte qu'il y avait deux corps ennemis en présence, qui étaient pour ainsi dire impénétrables l'un pour l'autre.

Cependant peu à pmi la situation s'améliorait visibh^nit^nt. Je veillai aux v(l»tements, car je savais que le soldat bien vijtu se comporte mieux. Je passai mes journées dans les bivouacs, je m'occupai de tout; les soldats étaient contents. L'armée avait un aspect excellent.

Pourtant je m'abstenais encore d'agir contre Paris, mal<rré beaucoup de plaintes qui retentissaient de

toutes parts. On me <lisait: «r II faut on finir! » Je rc^'ponflais : • Je ne ferai une tentative sur une place aussi forte que Paris que lorsque j'aiirai tous les moyens nc<'essaires pour réussir. »

On me 'lisait aussi, et il y avait du vrai dans cette objection : • Mais, pendant que vous vous organisez, les insurpés s'organisent aussi. » Je répondais : * Oui, mais ils «se rendent odieux ù la population par les moyens qu'ils emploient, tanclis que nous, en nous préparant, nous répon<lons au vœu du pays, nous gagnons plus qu'ils ne ^^apnent, ils finiront par des actes qui soulèveront Tindignalion {rénénde. Dans tous les cas, la place de Paris est tellement formidable qu'il ne serait pas raisonnable de l'attaquer avec 50,000 hommes. » J'étais convaincu que c'était par la puissance des feux que nous triompherions, et nous étions loin alors (l'avoir une artillerie suffisante.

1/ Assemblée a l>i(»n voulu me laisser faire. Je dis à la commission «les qiiinze mes raisons d'attendre et de temporiser jusfprâ ce que le moment fut pro- |>ice, et elle finit par m'approuver.

Alors, il faut le rappeler, les Prussiens étaient de 1res mauvaise humeur. Il n'est pas vrai, comme on l'a prétendu, que j'(»usse beaucoup de diilicuUés avec le frouvernement prussien à propos de la Commune, et qu'il eiit pour elle la moindre prédilection. Il y eut seulement quelques dépêches désagréables échangées à ce sujet avec M. de Bismarck.

OKi ENQUÊTE SUR LE 48 MARS.

La Commune, qui joignait à la prétention d*un patriotisme implacable celle d'être en faveur auprès <le la Prusse, avait répandu le bruit de ses relations amicales avec les généraux prussiens. Des écrivaitts imprudents en avaient tiré des suppositions ofTeosaules pour le cabinet de Berlin, et tout à fait calomnieuses. M. de Bismarck, avec beaucoup de raison, démentait ces bruits, se plaignait de ce que nous* ne les démentions pas nous-mêmes, en quoi il avait tori, et offrait publiquement ses secours contre la Commune, secours qu'évidemment nous ne pouvions point accepter. 11 nous pressait lui-même d'en finir, cl, à cet égard, joignait ses impatiences à celles d'un certain nombre do députés qui auraient voulu substituer leurs idées aux nôtres, sans connaître la situa tion et ses dillicultés.

Cependant, malgré ces démêlés, malgré le Irailt qui limitait à 40,000 hommes l'armée de Paris, M. A Bismarck consentit à une augmentation qui fut d'à bord de 100,000 hommes, puis de 130,000. Il nou en fournil lui-même les movens, en nous renvovan un nombre assez considérable de nos prisonniers dont il avait suspendu le retour par suite des coi teslalions survenues.

Les troupes que nous avions étaient très jeune elles n'avaient pas beaucoup vu le feu. Il y avait pri de la frontière beaucoup de nos soldats faits prisoi niers à Metz; ceux-là avaient pu voir 47,000 homme abaltus en un seul jour à Gravelotte. Je demand;

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qu'on mo les rendit le plus lui pos>il)le. M. de Bismarck y consentit. Le général Ducrotâ Cherhour;^', le jrén/'ral (Uinchant à Douai, recurent les prisonniers et s'occupèrent de les réor^^aniser. Je ne saurais dire exactement le nombre des soldats qui nous furent ainsi rendus; les papiers de Tadministration de la ^aierre était»nt les uns à Paris, les autres à liordeaux, quelques-uns avaient élé perdus. Les prisonniers arrivèrent au nond)re <le 50, 000 à 00,000 hommes; mais la moitié était libérable; il fallait leur donner leur coni^é, car ils eussent été des mécontents et non des combattants dévoués comme il nous en fallait. Beaucoup étaient fatigué's. Tous les soins furent donnés à leur rétablissement. Nous avons pu avoir ainsi la moitié de ces prisonniers à verser dans Tarmée. Les ilépots s'étaient aussi remplis de recrues que la loi nous autorisait à y appeler. C'est ainsi (|ue nous parvînmes à créer une armée de 130,000 hommes bien oi';:anisés, et pouvant être mis en ligne. Nous av(»ns eu jusqu'à 170,00!) rationnaires. Mais, dans une armét^ tout ce qui mange ne combat pas. 11 y avait W train, les malades, les blessés. Ces derniers étaient peu nombreux.

.\près la tentative mantpiée du eùlé de Courbevoie, les insurg/s nous attaquèrent du cùlé de Châlillon. Le général de Cissey enleva cette redoute avec la plus grande vigueur. Nous eûmes alors deux roules ouvertes, ChâtiUon et Courbevoie.

Je ne m'étais pas borné à compléter Tarmée, j*a-

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vais appelé à sa tète les chefs les plus renommés, et notamment Tillustre maréchal de Mac-Mahon, di^e et constant objet du respect universel. Sa présence avait donné à Tarmée une nouvelle consistance et une direction excellente. Tout étant prêt, le moment iViv/\v était venu. Mais comment attaquer Paris? On disait : « il faut employer les moyens réguliers, ouvrir la tranchée, cheminer, pour battre en brèche quan<l on sera au bord du fossé. » Les règles de Vauban subsistent en elTet tout entières, sauf très peu de modifications. Leur application aux ouvrages immenses de Paris offrait de graves difficultés. On estiniail à trente jours au moins le temps nécessaire pour rtre au pied des murailles, et pouvoir établir les batteries de brèche. Les impatients, et ils étaient nombreux, disaient: «Trente jours! » M. de Bismarck pensait que nous aurions du bonheur si nous arrivions à ce résultat en trente jours. Dans TAsscmblée, on disait : « Que fait-on? pourquoi employer les moyens ordinaires, les tranchées, les cheminements' Comment se condamner à trente jours de travaux Pourquoi pas une attaque à force ouverte? » A cet les pMiéraux répondaient : « Comment escalader d telles nuirailles, monter à l'assaut avec des escarpe de tlix à douze mètres? »

Vue i<lée me préoccupait depuis longtemps po« le sort des ouvrages de Paris, et m'avait fort ii (luiété pendant le premier siège, celui que dirigeaiei les Prussiens.

Comme membre «lu conseil ^le <léfense, oii j'rlais entré malgré moi un peu avant le A septembre, j'avais eu occa«îinn, quelques jours avant Sedan, de visiter les forts qui entourent Paris, et je mVtais dit (|ue, si Tennemi diri^reait sur un de res forts une nïassi» considérable de feux, Touvrape ainsi attaqué pourrait se trouver en jrran<i péril. J'étais persua<lé que, par la puissance <Ies feux, on pourrait amener des résultats imprévus et décisifs. Les généraux étaient, à <'cté«i:ard, d'opinion très «liiTérentc. yuelquesHins [)rouvaient qu'en accumulant sur un seul point une nhisse de feux considérable, on pourrait produire des elTels très prompts et très prands. D'autres prouvaient que le plus sur était de suivre les règles, d'ouvrir la tranchée, de cheminer jusqu'au bord du fossé, et là de battre en brèche et de donner de suite l'assaut, promettant d'emporter la brèche, quelle que fut réiiergie de la défense.

Après avoir écouté, avec la déférence qui leur était due, les hommes consommés qui m'entouraient, je pris le parti d'employer les deux nïoyens à la fois : d'ouvrir la tran«*lH'*e en s'avanrant par les procédés ordinaires ju^([u'au bord du fossé, mais en même temps de réunir une masse de feux extraonlinaîro, convaincu que, sous la [»rotecti(m de ces feux, le travail des tranchées serait plus rapide, et que peut-être, en rendant le rempart inhabitable pour ses «léfenseurs, on ferait évacuer les ouvrages. Cet avis fut unanimement adopté et suivi.

On lomba ainsi d'accord qu*on réunirait une masse d'artillerie très grande, et qu'on s'en servirait au moins pour hatcr et rendre moins périlleux le travail des tranchées. On pensa qu'on pourrait ainsi arriver en quinze ou vingt jours à forcer les portes de Paris.

Réunir ces movcns d'action était une affaire d'administration; je m'en chargeai. Les transports commerciaux sur les chemins de fer furent suspendus, et l'on amena ici dos masses prodigieuses de pièces de canon. L'admuiistralion des chemins de fer et la marine nous ont rendu, en cette occasion, des services signalés. Le résultat a été vraiment extraordinaire.

Dans le conseil de défense, lors du premier siège, on trouvait que 250 coups par pièce étaient un ap- ])rovisionnomenl suflisant; 500 coups semblaient ua( exagération, et 750 une folie. J'en vins à réunir deî aj)provisionnemonts de 1,000 coups par pièce. Oi disait : « Les pièces ne résisteront pas ! — Nous aurons des approvisionncnïenls de canons, » répoudais-je Bref, après des elTorts prodigieux et des peines infinies nous fumes approvisiojinés dans les proportions qu je viens d'indiquer.

Nous fîmes un essai sur un point. Le fort d'Iss nous incommodait. Le général d'artillerie de Bercl heim, homme du plus grand mérite, placé sous le ordres du général de Cissey, dirigea sur le fort d'Iss les feux d'une artillerie considérable. Le fort fut rc duit au silence, et rendu presque inhabitable pour se défenseurs. Cependant, soutenu par le fort de Vanves

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et des troupes fraîches y étant entrées, il essaya <Ie pecommeiicer la lulte; mais il fut écrasé par notre artillerie; et, un jour, à l'abri tle nos feux terribles, les chemineinenls étant devenus plus faciles, nos travailleurs, approchant <les fossés, s'aperçurent rpie le fort était évacué. Le fort de Vanves fut conquis de même.

Quand Issy et Vanves eurent été pris de la sorte, les idées se fixèrent. 11 devint clair qu'en élevant contre le Point-du-Jour une batterie formidîiblc, on atteindrait les mûmes effets, surtout les feux d'Issy et lie Vanves, feux de liane fort incommodes, étant définitivement éteints.

Je fis élever à Monlretout, en huit jours, une batterie comme on en a rarement employé à la ^'uerre. Sous la prolertion de cette batterie, le jrénéral Douai était entré dans le bois de lk)uloj:ne; le travail des tranihées était devenu plus facile, on cheminait très rapidement vers Paris; nous étions près <le la place. L'artillerie de Monlretout avait brisé, pilé le Point-du- Jour.

Nous espéri(»ns ([U(» l'esrarpi» allait être en assez mauvais état pour nous permettre de donner l'assaut, lorsque, le dimanche '21 mai, le jîénéral Douai et quelques soldats de tranchée aperçurent un homme a^^itant un mouchoir blanc : c'était DucateL On ne se doutait pas de l'etTet qu'avait produit cette artillerie de Montretout, on ne croyait pas la brèche si praticable. La porte et le pont-Ievis s'étaient abattus et

formaient une espèce de pont naturel. Ducatel, au milieu de graves dangers, était venu en aide à nos troupes en appelant nos soldats, en leur apprenant qu^ils pouvaient entrer.

Le maréchal de Mac-Mahon et moi nous étions au iMont-Vaiérien, lorsqu'une estafette vint nous apprendre que le général Douai entrait dans Paris. Le frénéral de Cissey, placé sur la rive gauche en avant d'issy, avait, de son côté, ouvert une brèche qui allait bienlùt devenir praticable. Au milieu de noire satisfaction, nous fumes, au Mont-Valérien , très agités, parce que nous crûmes voir des troupes sortant de Paris, et nous craignîmes que notre armée n'eût été repoussée au Point-du-Jour. Mais le contre-amiral Krantz, ([ui a rendu de grands services, nous dit, après avoir bien examiné à la lunette : « Ce ne sont pas des ^'^ens qui fuient ; au contraire, ils sortent bien tranquillement. » ¥ai elTet, bientôt après, nous en vîmes d'autres qui rentraient au lieu de sortir. Nous fûmes alors rassurés. C'étaient d'épaisses colonnes de loin paraissant toutes noires, qui serpentaient dani les plis du terrain, et (pii se dirigeaient sur Tenccini pour y pénétrer. Les insurgés ne purent pas résister ils se réfugièrent dans les maisons voisines, d'où il dirij:èrent sur nos troupes un feu meurtrier. Msds dans leur fuite, ils avaient laissé deux bouches à feu nos soldats, n'ayant |)u faire passer l'artillerie, son^ rent à aller chercher à bras les obus; ils les transpor tèrent de la sorte et chargèrent ces deux pièces, qu

furent poinlécs sur les maisons occupées par les insurj^^és. Grêlaient les allées et venues de ces soldats qui nous avaient d'abord inquiétés à notre observatoire du Mont-Valérien.

Le général Douai entra à la tùte de ses troupes par une seule porte, celle ({ui venait de s*ouvrir, vers la gauche. Une autre ne fut ouverte que le lendemain matin. 11 fallut di\-sept heures pour faire entrer 130,000 honnnes et notre nombreuse artillerie.

On disait r|ue tout i^aris était miné. Le général Douai, à la tête de ses colonnes, s*avan<;a intrépidement jusqu'au Trocadéro, au risque de sauter en Tair. Nous étions fort inquiets ; heureusement rien ne sauta. Nous nous rassurâmes ; mais nous nous attendions à avoir des combats terribles, désespérés. Le triomphe de nos troupes fut du à leur vaillance, à la vigueur de nos généraux, et surtout à la constance, û rhabilelé avec laquelle Tillustre maréchal de Mac-Mahon dirigea pendant huit jours la contiuéte de chaque quartier, l'un après l'autre.

Uenlré à Versailles, après avoir assisté à l'entrée de nus troupes dan> la nuit du dimanche au lundi, je songeai «pie nous avions accumulé plus de 200 bouches à feu au pont de Neuillv, qui était gardé par une brigade de la division Montaudon. Le général Ladmiraiilt avait fait dire au maréchal Mac-Mahon qu*il avait besoin de cette brigade ; elle lui fut envoyée, et il ne restait plus de troupes au pont de Neuiliy pour garder

rimmcnsc matériel qui s*y trouvait. Je fus inquiet i la pensée que, si les révoltés s'échappaient de Paris ils pouvaient s'emparer de cette artillerie et se jeté peut-être eu désespérés sur Versailles pour y mettra le feu ; et, à ce moment, nous n'avions que des gendarmes, des sergents de ville, c'est-à-dire 2,000 oi 3,000 hommes tout au plus. Heureusement il ve nait de nous arriver 1,500 prisonniers, rendus parle: Prussiens. On leur donna des fusils, et, sous les or dres du général Fournez, ils allèrent garder le poni de Neuilly. Le général LacUnirault put alors se senii de la seconde brigade Montaudon, s* empara des hauteurs de Bellcville, et termina ainsi la lutte. Il y eutdc grandes douleurs, de grands sacrifices ; le massacn des otages fut un des crimes les plus navrants de ce: terribles scènes. On nous avait proposé l'échange d< plusieurs des otages contre le conspirateur Blanqui Nous ne pouvions pas consentira un tel échange ces malheureuses victimes tombèrent sous les coups des assassins. Enfm nous sortîmes de cette horribli situation.

Voilà, Messieurs, tout ce que je puis vous dire e j'ose aflirmer que c'est la vérité même.

Et maintenant je résume ce récit.

J\iris avait été abandonné par les gens d'ordre;! n'y restait que les mauvais bataillons, qui faisaient ui service de garde nationale, et ces bataillons se com posaient pour la plupart d'hommes qui croyaient qui nous voulions détruire la République. Quand il leu

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avait été démontré que nous ne voulions rien de semblable, leur efTectif avait un peu diminué, mais en restant encore très consitiérable. De toutes les grandes villes de France, <les députés m'avaient été envoyés. Je les avais rassurés sur le sort <le la République. Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille, etc., toutes ces villes s'étaient alors teimes tranquilles.

C'est donc par le canon et par la politique que nous avons pris Paris. L'origine du mouvement est facile du reste à <liscerner. 11 y avait dans Paris 200, 000 hommes, qui s'étaient nourris de ce sentiment que c'était lâcheté et trahison que de traiter avec les I^russiens. Les uns le pensaient, les autres se servaient <le ce prétexte pour amener une révolution so<'Jale. Us avaient des moyens que jamais aucune rébellion n'a po^séilés: A00,000 fu^^ils, 3,000 bouches à feu, et les immenses ouvrages de Paris. Il s'était formé de plus un gouvernement occulte, qui, profilaDt de rémolion causée par l'apparition des Prussiens dans Paris, avait donné le signal du soulèvement en s*emparant d(* rartilleriedo campagne laissée dans le parc <le Monceaux.

Pendant ce temps, nous étions à Bordeaux, et nous avions, aux yeux <les Parisiens, l'air d'un gouvernement étranger. Ce sont toutes ces circonstances réunies qui avaient amené l'insurrection, insurrection extraordinaire, sans égale, dont nous avons triomphé par les moyens (jue je viens de vous exposer.

.Maintenant nous avons la force matérielle. Quand XV. 40

on a la force matérielle, il faut suivre une politique de modération; je ne veux pas dire de faiblesse, Dieu m'en garde ! mais, quand on est fort, il est permis d'ôlre modéré ; et Ton ne recueille même les fruits de sa modération qu'autant qu'on s'appuie sur une force incontestable ut incontestée.

On s'est beaucoup plaint de ce que la procédure dos conseils de guerre au sujet des affaires de Paris avait été volontairement retardée. C'est une erreur. On no se figure pas combien ces procédures comportent de lenteurs inévitables.

Nous avoïîs fait environ de 80,000 à 36,000 prisonniers, sans compter les morts et les blessés. Eh bien, on ne pouvait pas faire de procès à 36,000 accusés. 11 fallait choisir les principaux coupables, el il n'y a pas un de ces hommes qui n'ait exigé l'audition do r|U('lf|ncs centaines do témoins. Il a fallu que les oniriors dos conseils de guerre remplissent le rôle de juges d'instruction. Pour les aider, nous avons élé obligés d'ap|)oler dos magistrats civils, et de doubler ainsi le nombre dos magistrats militaires par un nombre égal de magistrats civils. 11 va certainement quelques centaines do personnes employées à ces procédures.

Songez do plus que, depuis notre entrée dans Paris jusrju'à l'ouverture des conseils de guerre, il ne s'est pas écoulé plus de deux mois. Il y a, Messieurs, parmi vous, des magistrats. Est-ce que la procédure pour un vol do mouchoir, pour le moindre délit, ne prend pas quelquefois plus de deux mois ? Eh bien,

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pour une procédure qui coniprcnd plus d'une centaine (l'accusés principaux, et pour lesr|uels il a fallu entendre 1,000 ou 2,000 témoins, il fallait nécessairement un temps considérable.

J'entre <lans ces <létails, parce qu'on s'est servi de celte lenteur de la justice pour en concluic que le gouvernement mettait di^ la faiblesse à défendre Tordre.

J'ose tlire qu'un gouvernement qui a livré devant Paris cette terrible bataille de deux mois dont je vous ai fait le récit n'est pas un gouvernement porté à la faiblesse. Aucun gouvernement n'a été plus énergique. Mais enlin je suis partisan de la politique mo<lérée. Je ne veux |»as <lire par là que, dès (|u'il y a h* moindre trouble, il ne faille pas le réprimer sur-le-champ et d'une fa<;<»n énergique; mais je <iis qu'il m* faut pas prendre pour des ennemis ou des conspirateurs tous ceux <pii n Ont |)as tout à fait nos opinions.

Il faut bien se dire que beaucoup de g<'ns qu'on prend pour dt»s ennemis ne le sont f»a<. ('/est ainsi tpie, <|uand des hommes de divers partis s'abordent à la Chambre, ils s'aj»erroivent bien vite (|ue ceux (pi'ils C(»nsiiléraient de loin comme très hostiles ne le sont pas, que ce sont tout simplement «les gens qui pensent autrement. Je crois qu'il faut apporter cette philosophie dans le gouvernement. En étant ealmeSi patients, équitables les uns pour les autres, nous avancerons beaucoup plus sûrement l'apaisement des esprits qu'en prodiguant les mesures de rigueur.

()2S KXOUÈTE SrU LE 18 MARS.

Eli mémo temps, il y a un autre travail qui doit s( faire et se fera; je veux parler de Tévacuation du ter rilolre, laciuelle, j'en conviens, est très laborieuse el Irt's «lillicile. Nous ne l'obtiendrons qu'en ayant une bonne attitude, c'est-à-dire ratliludc d'un gouvernement paisible, qui sent sa force et ne veut pas en faire paraile inutilement. De plus il faut de l'argent, et, pour avoir de l'argent, il faut du crédit, et, pour avoir du crédit, il faut du calme dans les esprits. Si notre crédit, par suite d'une politique agitée, reçoit la plus lé^^rre atteinte, rescomple en devient plus ditlicile, et, ce que nous ferions autrement en huit jours, il nous faut (piinze jours pour raccomplir. J'ospèrc donc que nous réussirons si rAssembléc veut bien avoir con- (iaiice <lans notre manière de voir et s'y prêter. J'aborde, vous le voyez, la politique actuelle, parce que M. le président nous dit que le rapport aura pour but de faire connaître l'élat du pays. Eh bien, moi, j'ai contiance; je crois que la situation reste grave, mais que, si nous sommes prudents, si nous sommes paliiMits. luius arriverons au terme de nos douleurs, et nous reviendrons à une situation meilleure. Notre trniloin' sera délivré ; notre crédit, qui est déjàpres- (pie rétabli, achèvera tle se refaire complètement; tout se réorganisera; et alors, quand nous nous reverrons raniiée prochaine ici, vous trouverez que h situai ion a fait de grands progrès.

Voilà <-e que j'avais à vous dire, et je vous ai parlé avec beaucoup de sincérité. iMainteuant, si vous

2i .VOIT IS7I. r,i9

avez «TaïUivs <[uestioi)s à in'adrcsscr, j'y ivpoiulrai av*M' rni[HTssen)cnl.

M. m: I'Ukmdem. — Nous avons cli'jà abiisr «le volro lom|»s.

M. u: Cm:y \n: pm vcni; kxkcitik. — Non, M<»usicur le présiilont, mon temps vous appartient...

M. LK i»iu:sn)i:vr. — .Ni les uns ni les autn's n'avons ici le droit de discuter les opinions (|U(* vous avez émises devant nous; je ne crois pas que peisonnc ait de nouvelles <|ueslinns à adressera M. le Chef du pouvoir exécutif sur le> fails qu'il a expli<|ués. Je me permettrai seulement de lui dire que, sous le nom de rin(ernati(»nale, se <'aclient toutes les sectes révolutionnaires. Ce nom est un drapeau. Les liélierlistes, les Manquistes, les jacobins, tous les |iartis sont maintenant unis à rinlernationale. Vous devez savoir mieux que |iersonne combien cette société, tlepuis le sièfjrt» tie Paris, a reçu (Tadliésions. II y en a, dit-on, 8()î),()00; <-e (|ui ni» veut pas dire (|ue le parli révolulionnaire compte .800, 00 ) lionunes de plus; cela veut pndiahlemcnl tlire qut* toutes les secles se sont réunies sous un nom commun, .\insi rinternationale est aujourd'hui le dra|)eau adopté; il en faut un à t(»us les partis, dans tous les tem|)s. Nous sommes en réalité toujours en présence tJe celte même faction qui veut riMiverser le f:ouvernement quel qu*il soit. La seule «lill'érence qu'il y ait entre le présent et le pa^sé', c'est cpie les partis autrefois divisés n'en font plus qu'un aujourd'hui.

M. LE Chef du pouvoir exécutif. — Ils n'en ont jamais fait qirun seul en réalilé; mais je crois que nous (levons nous défier du chiffre que vous nous donnez. Personne ne peut connaîli*e la vérité à c^t égard, personne.

M. LE PRÉSIDENT. — Cependant 41 Genève, dans une des dernières réunions de la Société internationale, le président n'a-t-il pas déclaré qu'en France, depuis la chute de la Commune, 800,000 adhésions étaient venues à rinlernationî\le?

M. Frj)TAUD. — Monsieur le président, le chiffre qui nous a été donné n'est pas, je crois, de 800,000, niais do '200,000 seulement.

M. LE Chef du pouvoir exécutif. — II faut se rendre un compte exact de celle situation. L'Internationale n*a ])as cette unité que vous lui supposez. Dans les autres Elîîls <le l'Europe, les associés de rintcmalionale blâment les Français de faire toujours de la politique; ils reprochent aux internationaux de Paris de s'en cire beaucoup trop mêlés. C'est sans doute une grande hypocrisie; car, au fond, c'est faire de la politique et de la mauvaise politique que de vouloir changer violemment le prix naturel de la main-d'œuvre. Personne, à coup sur, ne fait plus de vœux que moi pour que le sort du peuple s'améliore. On souffre en effet de voir autour de soi des ouvriers malheureux et qui se plaignent justement de leur misère; mais nous savons 1res bien qu'en faisant monter le prix do la main-d'œuvre artificiellement, on n'aboutit

à rien. Tout au plus arrivc-t-on ainsi à violenter ({uolqucs entrepreneurs. Il |)eul même se faire qu*on les force à augmenter de cinquante centimes, d*un franc mî^me, le prix <le la journée. Mais qu'en résulle-l-il? Ces! que les produits augmentent «le valeur. I.es enlre|»rtMieurs, qui ont subi cette augmentation de salaire, ne |)euvent plus soutenir la 4*oncurrence nationale ou la concurrence étrangère; les acheteurs s'enfuient et les ouvriers se trouvent ruinés par la ruine des patrons. Certes il ne faut pas de longues réllexions pour comprenclrc tout cela. Cependant la plu|»art des ouvriers ne le comprennent pas. Ceux qui les poussent et s'en font des instruments le comprennent très bien, mais ils trouvent là un moyen «Taugmenter le nondjre de leurs adhérents, et ils en us4Mit. C'est ainsi r|ue se grossit le parti socialiste. Ces gens-là savent très bien ({uc, s'ils voulaient aller pren<lre aux paysans le coin tle terre que ceux-ci labourent , ils (rouNcraient derrière «diaque cliamp un fusil chargi'. Ce n'est pas par celle voie qu'ils veulent introduire le socialisme. Le socialisme peut s'introduire de deux manières : par rinlernationale, qui falsifie le prix de la main-dNpuvre, et par t'impùl mal couru, mal établi. L'impôt peut être un moyen (Tintroduire le socialisme en France. Ou peut, par certains inqKjts, Tinq^ot sur le revenu [)ar exemple, arriver au socialisme, c'est-â-tlire prendre la fortune de C(»ux qui ont (jueltiue chose, et la prendre injustement. Il y a donc là, à l'heure qu'il est, une issue

par laquelle le socialisme peut s'introduire. Mais ce qui préoccupe le plus les associés de rintemationale, cest (le faire monter artificiellement le prix de la main-il'œuvre. Tous les gens malintentionnés trouvent que ce cadre est bien choisi et qu'il faut s'y renfermer.

Maintenant, que les adhésions à l'Internationale aient été aussi nombreuses qu'on le dit, je suis loin de le croire. Je suis sur que les membres de l'association se vantent beaucoup, et qu'ils sont loin d'avoir tous les adhérents qu'ils s'attribuent. 11 n'en faut pas moins les observer avec soin, et se tenir prêt à les ré|)rimer partout où ils voudraient agir. Mais je persiste à penser qu'en étant sur ses gardes et toujours prêt à résister, il faut, dans la conduite générale du gouvernemoni, une modération constante, laquelle n'exclut ni une vigilance assidue ni une invincible fermeté.

Nous croNons devoir aussi n-produirc doux discours prononcrs par M. Tliiers on dehors do rcnceinte législativo, mais qui, à raison dos circonstances au milieu dosquollos ils furent dits et de la sagesse des conseils qu'ils contiennent, eurent non seulement un retentissement considérable, mais aussi une influence importante sur la marche des événements; lo |)rcmicr prononcé à Paris, le 25 mars 187i, en présence de délégués républicains de la Gironde ; et le deuxième prononcé à Arcachon, le 17 octobre 1877, en présence de députés, consrilh rs généraux et autres notabilités républicaines de la Gironde et des départements voisins.

C'est par la publication i\r ces deux documents et celle du projet de manife>iiî destiné aux électeurs du IV arrondissement de Paris en vue des élections d'octobre 1877 que nous terminerons ce recueil.

par laquelle le socialisme peut s'introduire. Mais ce qui préoccupe le plus les associés de Tlnternationale, c'est tle faire monter artificiellement le prix de la main-d'œuvre. Tous les gens malintentionnés trouvent que ce cadre est bien choisi et qu'il faut s'y renfermer.

Maintenant, que les adhésions à l'Internationale aient été aussi nombreuses qu'on le dit, je suis loin de le croire. Je suis sur que les membi^es de l'association se vantent beaucouj), et qu'ils sont loin d'avoir tous les adhérents qu'ils s'attribuent. 11 n'en faut pas moins les observer avec soin, et se tenir prêt à les réprimer partout où ils voudraient agir. Mais je persiste à penser qu'en étant sur ses gardes et toujours prêt à résister, il faut, dans la conduite générale du gouvernement, une modération constante, laquelle n'exclut ni une vigilance assidue ni une invincible fermeté.

Nous croNons devoir aussi reproduire deux discours prononcés par M. Tliiors eu deliors de rcnceinlo législative, mais qui, à raison dos circonslances au milieu desquelles ils furent dits et de la sa^'esse des conseils qu'ils contiennent, eurent non seulement un retentissement considérable, mais aussi une influence importante sur la marche des événements; le prcn)ier prononcé à Paris, le 25 mars 1876, on présence de délégués républicains de la Gironde ; et le deuxième pnuioncé à Arcacbon, le 17 octobre 1877, en présence de dé|)utés, conseillers généraux et autres notabilités républicaines de la Gironde et des départements voisins.

Cest par la publication de ces deux documents et celle du projet de manifeste destiné aux électeurs du IV arrondissement de Paris en vue des élections d'octobre 1877 que nous terminerons ce recueil.

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