‹ Discours parlementaires de M. Thiers; (volume 4)Chapitre 43 sur 53 · XV · texte numérisé non relu

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celier russe me répondit : « Soit ; il faut que tous passiez par Paris. L'empereur va écrire à son oncle, et il lui demandera de vous y laisser entrer pour obtenir les pouvoirs dont vous avez besoin. » Les choses furent entendues ainsi. Cependant je dis au prince GortschakofT : « Ko faites cette démarche que lorsque je vous le demanderai par le télégraphe ; car auparavant, il faut que j'aille à Vienne et à Florence. >

Il fui convenu entre le prince GortschakofT et moi que, d'après ce que je verrais à Vienne et à Florence, si je pouvais espérer y trouver assez d*appui pour qu'une démarche collective eût des résultats, j'en avertirais le cabinet de Saint-Pétersbourg. ■

Je me rendis à Vienne, où je ne dis rien de ce qui s'était passé entre le cabinet russe et moi; et là je trouvai beaucoup de sympathie pour la France, mais rimpossibilité d'agir dans le moment d'une manière efficace.

A Florence, le roi se montra désireux de faire quelque chose.

11 exigea que les ministres se réunissent ; il convoqua ses généraux pour que je leur exposasse mes idées. L'année d'Italie était bonne, elle est bonne oncoro. Elle formait un effectif de 250,000 hommes dont on pouvait tirer 100,000 bons soldats pour leur faire j^assor les Alpes. Je dis aux généraux italiens : « Portez-vous sur Lyon par le mont Cenis ; vous serez appuyés la sur une place très forte; vous pourrez ensuile remonter la Saono, si vous voulez nous être

vraiment utiles. Ce sera là une diversion qui ne présentera pas de grands dangers pour votre armée, et qui permettra peut-être à l'armée de Metz de se dégager. * Le roi était de cet avis, les généraux trouvaient qu'il n'y avait pas , en effet , grand danger à tenter cette opération ; mais le gouvernement ne voulut pas en entendre parler. J'eus des discussions extrêmement vives ; tout fut inutile. Les ministres manifestaient un intérêt réel pour la France , mais une crainte extrême de se compromettre à l'égard de la Prusse.

Quand j'arrivai à Tours, les Anglais ne savaient pas ce qui s'était passé à Saint-Pétersbourg; mais ils ne voulaient pas rester en arrière de ce que la Russie forait pour nous. Sur-le-champ il fut convenu qu'il y aurait une démarche commune de la part des neutres.

Je fis jouer le télégraphe à Saint-Pétersbourg, et la situation se posa ainsi : que je serais chargé, de la part des neutres, de proposer un armistice pour négocier un rapprochement entre la France et la Prusse, mais (pie je ne ferais cela qu'après avoir passé par Pari^.

Ainsi c'cf^t la Russie qui a donné le signal des démarches en notre fiiveur; l'Angleterre ne voulut pas se laisser dépasser, et c'est alors que se forma celte espèce d'alliance des neutres pour tacher de rétablir la [laix.

Le roi de Prusse et M. de Bismarck répondirent qu'ils étaient prêts à me recevoir, et qu'ils coQsen-

taicnt à me laisser pénétrer dans Paris, mais à la condition que je passerais par Versailles. Celle obligation de traverser Versailles avant d'avoir communiqué avec Paris me gônait fort, car j'aurais voulu, avant tout, avoir obtenu les pouvoirs du gouvernement que je représentais et qui était alors celui de la France. Il s'ensuivit quelques débats. Seulement on me dit qu'il était impossible d'aller à Paris sans passer par Versailles, que tous les moyens étaient préparés entre Paris et Versailles pour faciliter l'entrée dans la place; que cela ne pouvait se faire qu'avec des précautions infinies, et que de tout autre côté les difficultés seraient extrêmes. Je fus traité avec beaucoup d'égards. On voulait, disait-on, me laisser toute liberté dans mes communications; on ne me demanda pas si je portais des lettres, mais je voyais bien que jY'lais Tobjet d'une surveillance très allenlive. Je fis mon voyage avec beaucoup de difficultés. On se battait avec acharnement autour d*Orléans; il n'y avait plus de chemins de fer, plus de chevaux de poste ; on dételait des pièces de canon et on attelait des chevaux d'artillerie à ma voiture, et c'est *ainsi que j'arrivai à Versailles. J'y trouvai M. de Bismarck qui m'attendait ; je lui dis : « Je ne puis vous parler que pour vous dire que je ne puis pas vous parler. •}! me répondit : « Je vous donne deux officiers qui vous précédcronl,et, s'il vous arrivait malheur, car chaque lettre me coûte un homme, vous ne mourriez pas de la main dos Allemands. »

24 AOUT 1874. «'iSI

Nous arrivâmes aux avant-postes. On y tirait avec tant «le continuité qu'il ne fut pas aisé pour les par- I(»monlaires de se faire reconnaître. Nous trouvâmes sur le rivage de la Seine deux petites barques. M. de Bismarck, en me remettant aux mains des officiers qui nraccompagnaienl, m'avait dit : «Ces messieurs seront à votre disposition. Je crois qu'il vous faudra bien <les jours avant de persuader les hommes qui gouvernent, mais enfin les officiers qui sont chargés de vous accompagner seront là, et ils vous attendront jusqu'à ce que vous puissiez sortir et que vous leur donniez le signal d(^ venir vous reprendre. »

Je traversai la Seine. Je dis à ces officiers : « Atlendez-moi tous les jours à quatre heures. C'est Theure où je lîu-herai de sortir de Paris, si j'ai des pouvoirs pour me rendre au ([uartier général allemand. »

J'étais dans les lignes françaises. Je fus conduit au quartier général français, qui était installé dans riiùtel de M. de Uothschild, au bois de Boulogne, que je trouvai dans un état ellroyable. De là je me rendis immédiatiMnenl au ministère des AiTaires étrangères. Jt; voulais renseigner tout de suite les membres du gouvernement sur la situation de l'Europe, dont ils ne savaient rien. Ils ignoraient que Metz venait de se rendre, et je les pressai de traiter de la paix.

J'entre dans ces détails pour vous faire comprendre l'état dans lequel je trouvai Paris. Quand j'annonçai à M. Jules Favre la reddition de Metz, il fut consterné.

Cette nouvelle produisit dans Paris un effet ex* Iraordinaire ; on y vivait d'illusions, rémotion fut proportionnée à cette cruelle surprise. Cependant, à ce moment-là, aucun danger personnel ne semblait menacer ni moi ni d'autres. Le lendemain ce fut autre chose. Je demandai que le gouvernement s'assemblât la nuit même. Les hommes modérés étaient encore dans Paris ; ils n'en sont sortis qu'après la capitulation, et les furieux n'en étaient jamais sortis.

La nouvelle de la reddition de Metz et celle de mon arrivée avaient surpris à la fois les Parisiens ; la niasse de la population voulait la paix; les furieux poussaient des cris, proféraient des menaces. Je restai là vingt-quatre heures, et je trouvai le gouvernement convaincu que ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de négocier un armistice; car on ne pouvait conclure la paix d*un seul coup, et il fallait commencer par une suspension d'armes. On me donna des pouvoirs limités, mais suffisants. Le gouvernement réclamait le droit pour la capitale assiégée de recevoir des vivres pendant la durée de l'armistice, et proportionnellement à cette durée, ainsi que cela se pratique d*ordinaire pour les villes assiégées pendant les suspensions d'armes. Les journaux de l'Europe s'étaient déjà occupés de cette question, et j'acceptai (le prendre cette condition pour base, parce qu'elle est généralement admise dans les négociations de ce genre. Le lendemain matin on vint me dire que l'agitation augmentait dans Paris par suite de la nouvelle

de la reddition de Metz et du bruit qui s'était répandu que le gouvernement songeait à traiter. Nous avions passé la nuit à délibérer, et mes pouvoirs avaient été déterminés. Le général Trochu devait venir me prendre et me reconduire lui-même aux avantpostes. J'étais bien heureux d'en avoir fini dans les vingt-quatre heures, pour prouver aux Prussiens que le gouvernement français était plus en mesure qu'on ne le supposait de prendre des résolutions sérieuses et raisonnables.

Cependant, vers midi, le général Trochu me fit dire que l'agitation était si grande qu'il ne pouvait venir me rejoindre, mais que les pouvoirs qu'on m'avait donnés étaient maintenus, et que je pouvais partir. Je me hâtai de le faire, parce que je craignais qu'on ne modifiât ces pouvoirs, et qu'on ne rendit ainsi l'armistice plus difficile.

Jusque-là je ne croyais pas que la journée du :\\ octobre fut très redoutable, parce que la force du gouvernement était réellement considérable. On l'accusait de se faire Tallié des Prussiens; je croyais, par TelTet de ces absurdes imputations, à quelque trouble possible, à quelque tentative d'émeute; mais je nç croyais pas, je Tavoue, à cette journée qui eut une si fatale intUience sur la situation. Je partis à deux heures, et je me rendis escorté par une troupe à cheval sur les bords de la Seine, à l'endroit où j'avaU doinié rendez-vous aux olliciers prussiens. J'y arrivai à quatre heures de l'après-midi. Comme l'éveil était

donné, au premier coup de Irompette les Prussiens parurent. Je montai dans la barque qui servait aux passages, et quelques instants après j'étais à Versailles.

M. de Bismarck fut très étonné. Il m'envoya un de SCS ofliciers me féliciter de ce que je m'étais tiré si vite, et avec si peu de danger, de mon voyage.

Les négociations seraient trop longues à vous raconter. Ce qui est certain, c'est que le gouvernement prussien était alors assez enclin à traiter, et je suis convaincu qu'on aurait pu en obtenir des conditions moins malheureuses que celles qu'il nous a imposées plus tard. Il était assez disposé à nous concéder des vivres, mais moins que nous n'en demandions. Je mY'lais assuré à peu près de la quantité que Paris en possédait encore. Mais il y avait un point sur lequel le gouvernement français ne pouvait avoir de renseignements précis, c'était l'importance des approvisionnements qui existaient dans les familles, et qui for^ maicnt une masse assez considérable.

Je demandai des vivres à peu près pour un mois. M. de Bismarck me répondit : « Vous me faites une demande un peu exagérée; on en est à la demi-ration dans Paris, et vous me demandez un mois à ration entière. >^

V Enfin, me dit-il, je suis prêt à accorder cela ; le roi y consentirait ; mais les militaires considèrent Tarmistice comme désavantageux pour nous. » Il ajouta: « Vous demandez plus que vous ne comptez obtenir.

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ot sans (loule vous ne m'avez pas dit votre «lernier mol. » Je lui répondis : « Non, ce n'est pas mon dernier mot quant aux quantités. — Eh bien, me répliqua le ministre prussien, préparez une rédaction pour que nous puissions discuter sur quelrpie chose de précis. » Le comle de Bismarck est un homme très supérieur ; il dissinïule rarement, et je suis persuadé qu a ce moment-là il était sincère. Je lis la rédaction, et quand elle fut prête, je la montrai à M. de Bismarck. C'était ici, à Versailles, dans la rue de Provence, où il habitait, que se passait cette négociation. 11 ne contesta sérieusement <(ue les quantités de vivn»s demandées, et en me laissant voir (jue, sur ce point, on pouvait s'entendre.

Je le revis, le lendemain, Ires agité. Il m'aborda par ces mots : «* Avez-vous des nouvelles de Paris? * Les communications étaient très dilliciles, on lirait à outrance aux avant-postes, et d'ailleurs on ne permettait à personne de passer; nous ne savions rien «lu tout. « Il y a eu, me dit M. de Bismarck, une révolution à Paris. — Oh! répondis-je, ce n'est pas possible ; il peut y avoir eu un mouvement, mais la garde nationale l'aura certainement comprimé. — Cet incident, me dit M. de Bismarck, est venu bien mal à propos, le roi n'espère plus de conciliation, on assure «pie le gouvernement de la Défense est renversé. — En ce cas, dis-je, je n'ai plus de pouvoirs, et il ne me reste plus qu'à me retirer. Cependant, avant de prendre un parti, il faut savoir ce qu'il eu est. Je puis envoyer

donné, au premier coup de trompelte les Prussiens parurent. Je montai dans la barque qui servait aux passages, et quelques instants après j'étais à Versailles.

iM. de Bismarck fut très étonné. Il m'envoya un de ses officiers me féliciter de ce que je m*étais tiré si vite, et avec si peu de danger, de mon voyage.

Les négociations seraient trop longues à vous raconter. Ce qui est certain, c'est que le gouvernement prussien était alors assez enclin à traiter, et je suis convaincu qu'on aurait pu en obtenir des conditions moins malheureuses que celles qu il nous a imposées plus tard. Il était assez disposé à nous concéder des vivres, mais moins que nous n'en demandions. Je m'étais assuré à peu près de la quantité que Paris en possédait encore. Mais il y avait un point sur lequel le gouvernement français ne pouvait avoir de renseignements précis, c'était l'importance des approvisionnements qui existaient dans les familles, et qui for^ maient une masse assez considérable.

Je demandai des vivres à peu près pour un mois. M. de Bismarck me répondit : « Vous me faites une demande un peu exagérée ; on en est à la demi-ration dans Paris, et vous me demandez un mois à ration entière. >•

« Enfin, me dit-il, je suis prêt à accorder cela; le roi Y consentirait ; mais les militaires considèrent Farmistice comme désavantageux pour nous. » 11 ajouta: '< Vous demandez plus que vous ne comptez obtenir,

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et sans doute vous ne m'avez pas dit votre ilepiiicr mot. » Je lui répomlis : « Non, ce n'est pas mon dernier mot quant aux quantités. — Eh bien, me répliqua le ministre prussien, préparez une rédaction pour que nous puissions discuter sur (juelque <'liose de précis. )) Le comtt; de Bismarck est un liomme très supérieur ; il dissinude rarement, et je suis persuadé quVi ce moment-là il était sincère. Je lis la rédaction, et quand elle fut prête, je la montrai à M. de Bismarck. C'était ici, à Versailles, dans la rue de Provence, où il habitait, que se pîissait cette négociation. 11 ne contesta sérieusement que les quantités de vivr4»s demandées, et en me laissant voir ([ue, sur ce point, on pouvait s'enlendre.

Je le revis, le lendemain, très a^ité. Il m'aborda parées mots : < Avez-vous des nouvelles de Paris? * Les communications étaient très dilliciles, on lirai! il outraïuu^ aux avant-postes, et (Kailleurs on ne permettait à personne de passer; nous ne savions rien du tout. «> Il y a eu, me dit M. de Bismarck, une révolution à Paris. — Oh! répondis-je, ce n'est |uis possible ; il peut y avoir eu un mouvement, mais la garde nationale l'aura certainement comprimé. — Cet incitient, me dit M. de Bismarck, est venu bien mal à propos, le roi n'es|)ère plus de conciliation, on assure 4pie le gouvernement de la Défense est renversé. — En ce cas, dis-je, je n'ai plus de pouvoirs, et il ne me reste plus qu'a me retirer. Cependant, avant de prendre un parti, il faut savoir oc qu'il eu est. Je puis envoyer

Tun de mes secrétaires à Paris ; vous le ferez accompagner par les oificiers qui sont venus avec moi. » — Cette proposition fut acceptée; mon secrétaire partit ; les officiers qui raccompagnèrent a*étaient plus les mêmes, on en changeait tous les jours. Mais c'étaient, comme précédemment, des jeunes gens très distingués, très courtois. J'attendis jusqu'à minuit. A minuit, mon envoyé revint; il apportait des journaux, il me raconta les événements qui avaient eu lieu le jour même où j'étais sorti de Paris, c'est-à-dire le 31 octobre. On avait réprimé le mouvement, le gouvernement était resté le maître ; mais la situation était cntiùrement changée, et je compris queje ne pourrais plus oblcuir les mômes conditions.

Je demandai au comte de Bismarck ce qu'il en pensait. « Ce que j'en pense, me dit-il, c'est que le roi inclinait ù l'armistice malgré les militaires, espérant que ce serait là un moyen de calmer les passions; mais maintenant ses dispositions sont complètement changées. Il m'a dit : « Vous voyez, j'allais faire un sacrifice très grand, j'allais concéder trente jours de vivres, qui en réalité auraient peut-être valu deux mois de subsistance aux assiégés ; et ce sacrifice eût été inutile, la paix n'eût pas été plus facilement conclue dans deux mois qu'aujourd'hui. » Quand M. de Bismarck me parlait de l'opinion des militaires, je savais bien de qui il voulait parler; au fond, il s'agissait d'un seul homme, à qui de grands services ont valu une influence considérable et méritée.

Alors nous aboutîmes à cette idée, que la paix serait plus facile à conclure qu'un armistice. Nous en dobaltimes très longuement les conditions possibles. Je proposai de retourner à Paris pour conférer, avec le gouvernement, de la paix elle-môme. Le comte me dit : ^ Il ne faut pas vous dissimuler qu*il est bien dan^^M'cux pour vous de rentrer dans Paris, au milieu do Toxaltation qui y règne. » Et, en effet, on m'y accusait de venir conseiller au gouvernement un acte d'une insigne faiblesse. Je ne tins aucun compte de ces observations, et je résolus de rentrer dans Paris. Je convins avec certains membres du gouvernement de nous réunir dans un petit poste ruiné au milieu du bois de Boulogne; je m'y rendis. Là il devint évident pour moi que la paix était impossible, et que la journée <iu 31 octobre avait singulièrement aggravé la situation, parce qu*elle avait surexcité, au delà de toute «expression, <*elte classe d'exaltés que le siège avait fait naître dans Paris. Ils avaient par le fait pris le<lo«us; à partir de ce moment-là Titlée de la résistance irrétléchie, à outrance, s'était emparée d'une grande partie de la population, et il devint certain qu'on ne pourrait plus conclure la paix que très tard, et à des con<litions terriblement onéreuses.

Quaml je ressortis de Paris, je retournai à l'élatmajor de Versailles, et je lis part à M. de Bismarck «le ce qui venait de se passer.

II en eut beaucoup de regrets. « Que voulez-vous? me dit-il ; cette malheureuse journée du 31 octobre

a tout perdu ! Ce siège, vous le verrez , finira par des scènes terribles. » Je lui répondis que je partais avec une profonde douleur. J'étais, en effet, très préoccupé de cette idée que Paris, après s'être honorablement défendu, serait obligé de se rendre à discrétion, si Ton ne profitait pas d'une occasion comme celle qu'on venait de laisser échapper, et qu'on aurait une peine infinie à faire déposer les armes à une population follement excitée.

11 y avait eu quelques jours de suspension d'armes. Il avait été convenu qu'on ne se battrait pas pendant que je négocierais à Versailles. Les hostilités furent reprises, et je fus reconduit à Orléans par des officiers prussiens. Il devenait très difficile de franchir les avant-postes, parce qu'on se battait à quelques lieues d'Orléans. Le général allemand qui commandait ici, M. de Tliann, fui très obligeant, et je parvins à traverser ks lignes sans péril. J'arrivai à Tours, j'y trouvai tout le monde dans l'anxiété. J'étais chargé de dépèches pour le gouvernement de Tours. Elles étaient dans un très bon esprit, et même un peu sévères.

Le gouvernement de Paris m'avait fortement engage à rester à Tours, pour tacher de donner aux membres de la délégation des conseils fondés sur la connaissance que j'avais acquise de la situation, en courant TEurope, et en passant plusieurs fois du camp français au camp prussien.

Je fis, pour ramener les esprits au sentiment de la vérité, des efforts assez grands pour me compro-

nicllro ; car on peut se rappeler que les derniers jours à Bonlcaux furent très dilliciles, et M. Jules Simon, lui-niùme, se trouva un moment en péril.

J(' disais aux représentants de Tannée et de la diplomati».* qui se trouvaient à Tours : « 11 faut conclure la paix. La résistance n'est plus possible, vous ne fen'z rien qui vaille en vous obstinant. La position d*()rl<'*ans n'est pas tenable, vous serez tournés, ou emportés de vive force, et votre liyne sera coupée. » Malheureusement, ce que j'avais prévu pour le commencement de la guerre, je le prévoyais pour la fin, et j'ai le re;::ret d'avoir eu raison deux fois.

Les quelques jours qui s'écoulèrent à Bordeaux, où l'un s'était retiré après l'abandon de Tours, furent des plus dilliciles. M. Jules Simon fut envoyé de Paris à Bordeaux après l'armistice. Le sentiment que nous éprouvâmes tous, en apprenant qu'on avait eu le courage de mettre un terme à une situation qui ne pouvait liiiir que par un désastre, fut un sentiment d'admiration pour le dévouement civique de M. Jules Favrc en celle cruelle circonstance.

Il avait eu, en eifet, le courage de signer l'armistice, et de rester à Paris dans l'état où était cette ville. Les élections générales eurent lieu; vous en connaissez le résultat.

Quand je fus chargé des affaires, j'eus immédiatement cette double préoccupation : conclure la paix, et soumettre Paris.

Je revins a Paris. Je me rendis au quartier gêné-

rai prussien à Versailles, où siégeait M. de Bismarck. Il m'accueillit d'abord avec la bienveillance qu'il m*avait déjà montrée ; mais bientôt nos rapports s'altérèrent sensiblement. Pendant les discussions relatives à la paix, il fut d'une violence qui ne lui était pas habituelle, et je dois avouer que, de mon côté. Je ne me contins guère. Le dernier jour seulement, me voyant désolé de la signature que j'étais obligé de donner, il me prit la main en me disant : c Je comprends et jlionore votre chagrin : je suis ministre de Prusse, vous êtes ministre de France; j'ai dû faire ce que j'ai fait. »

La nouvelle de la paix fut bien reçue par les gens tranquilles; mais les autres étaient dans un état d'exaltation extraordinaire. On me prévint même que je serais enlevé. Je ne craignais pas cela. Il est vrai néanmoins qu'il n'y avait dans la ville que 18,000 hommes, et ce n'était pas assez pour contenir le nombre des furieux. On m'avait conseillé de sortir par la route de Versailles, afin d'éviter la gare d'Orléans, qui était fort menacée. Je répondis que je ne voulais pas chercher chez les Prussiens un refuge contre les Parisiens. Je me rendis à la gare d'Orléans, oii Ton avait, par ordre, réuni quelques gardes municipaux. Près de la Bastille stationnait une fouie énorme qui poussait des cris de rage. J'avais suivi les boulevards extérieurs. J'arrivai sans accidenta la gare d'Orléans. Il y avait là cinquante gardes municipaux décidés à faire leur devoir. Nous pûmes entendre près

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de nous les cris des furieux ; mais nous ne finies que les entendre ; nous partîmes.

J'arrivai à Bordeaux. Ce qui se passa alors fut très pénible pour tout le monde. Je regardais la paix que nous venions de conclure comme la plus grande do nor^ douleurs, mais non comme la plus grande de nos dillicultés; tous les membres de TAssembléc étaient convaincus qu'on ne pouvait pas faire autrement. Mais je me disais : « Que va-t-il arriver de Paris? »

Une chose avait été très débattue entre le roi de Prusse, M. de Bismarck et moi : c'était Tentréc de rarniéc prussienne dans Paris. Cette entrée était pour notre patriotisme un «coup douloureux. Je disais à mes interlocuteurs : « Je ne puis consentir à une telle exigence. Uéilécliissez-y bien : si vous voulez entrer dans i^u'is, la population élèvera des barricades de toutes parts; il vous faudra les enlever, et Dieu sait ce (jui en arrivera. — Nous en viendrons à bout, répondait M. de Bismarck. — Ce ne sera pas aussi aisé (pie vous le croyez, lui répliquai-je; mais il y aura combat, et Paris pourra être dévasté. Pour nous ce serait un mnllieur, mais pour vous une htmte étcr^ nelle. ••

Le dernier jour, alors que j'avais réussi, après des efforts inouïs, à conserver Belfort a la France, le roi me tit dire : • Si vous voulez abandonner Belfort, nous n'entrerons pas dans Paris. * — Je répondis sans hésiter : « Non, non; plutôt que de perdre notre

frontière j*aime mieux toutes les humiliations qu'il vous plaira de nous infliger; cntrez-y, si vous le voulez, mais je garde Belfort. »

Je le répèle : les Prussiens avaient grande appréhension de leur entrée dans Paris ; mais ils étaient piqués d'honneur. Le roi de Prusse disait : « Je ne veux pas humilier les Parisiens, ce n*est pas mon inteutiou; mais devant toute TEurope, on a prétendu que j'avais peur d'un coup de fusil! et jamais je ne reculerai devant un danger, * Pour moi, je craignais, en effet, que ce coup de fusil ne fût tiré, et, s'il reiit été, quels flots de sang n'auraient pas coulé ! 11 fut alors convenu que les Prussiens ne sortiraient pas des Champs-Elysées. Cette précaution me rassurait dans une certaine mesure. Ils ne devaient rester dans le Champ de Mars et aux Champs-Elysées que 2A ou AS heures, juste le temps de la ratiflcation du traité. C'est pour cela que nous pressâmes tant la ratitication ; nous savions que, cela fait, les Allemands sortiraient de la capitale.

Les Prussiens sont venus dans les Champs-Elysées ; mais ils y sont demeurés enfermés, et ils ne se sont pas montrés au delà de la place Louis XV. Cette entrée des Prussiens dans Paris a été une des causes principales de l'insurrection. Je ne dis pas que, sans cette circonstance, le mouvement ne se serait pas produit ; mais je soutiens que cette entrée des Prussiens lui a donné une impulsion extraordinaire.

Dès que la ratification arriva, les Prussiens sor-

tirent de Paris, mécontents de cette apparition si courte, <|ui, aux yeux de l'Europe, ne prouvait (ju'une chos(s c/est que le roi Guillaume, qui est un brave soMal, ne craignait pas un coup de fusil. Mais, au fond, les '24 heures passées dans les Champs-fJysées ne leur avaient pas valu beaucoup de gloire et nous avaient valu à nous beaucoup de mal.

Je le répète, cette circonstance a donné un grand élan au inouvenu'ut rfui s'est produit dans Paris, dont la situation était la suivante : deux ou trois cent mille indi\i(lus avaient passé plusieurs mois à ne rien faire, ou à porter un fusil dont ils ne se servait»nt pas beaucoup; ils vi\ aient des secours de Tadministration municipale de Paris, et ils trouvaient cette vie assez connnude. Il y avait, à coté d'eux, les révolutionnaires, les imitateurs de 17M, qui se disaient ([n'en I8W ils avaient été trop doux, que cette fois il fallait qu*ils se «'oinportassent autrement. Il y avait encore l'Internationale, qui jouait sa partie. Tout cela constituait une force f(»rinidable. D'autre part, les portes de Paris a\ aient été ouverti^-^, et tous les honnêtes gens qui, pendant le siège, s'étaient conduits d'une manière très patriotiqm», étaient allés voir leurs familles el respirer un autre air. La partie de la garde nationale composée de braves eit(»yens qui contenaient le désordre avait <li<[»aru; il ne restait plus «pie la mauvaise partie, les oisifs, dont j'ai parlé. Kn outre, depuis la signature de rarniislicc quelques honunes de Tarméc avaient fraternisé a\ec la mauvaise partie de la population; \v. :S8

il avait même fallu faire sortir de Paris un certain nombre de soldats.

Aussitôt après la signature de la paix, je vis que nous aurions une lutte terrible à soutenir contre ces gens de toute sorte accumulés dans Paris. Pendant qu*à Bordeaux nous nous occupions de faire voter le traité, le ministre de la guerre, le général Le Flô, reçut Tordre d'acheminer les troupes sur la capitale. On m'écrivait tous les jours : « Il n'est pas possible, à la distance où vous êtes, de livrer bataille à cette foule furieuse; TAsscmblée est trop loin à Bordeaux, il faut la rapprocher de Paris. »

Je n'eus jamais l'idée de faire rentrer immédiatement TÂsscmblée dans Paris. A ceux qui étaient d*avis de Ty ramener sur-le-champ, et ils étaient nombreux, je répondais : « Non ! tant que Paris sera dans cet état, je ne proposerai pas à l'Assemblée d'y revenir, parce que je prévois des événements redoutables. Seulement je lui donnerai le conseil de s'en rapprocher autant que possible. » Plus les symptômes d'une inévitable journée se révélaient à moi par les correspondances que je recevais, plus j'étais convaincu qu'il fallait se transporter au milieu môme des événements, et, en y exposant le gouvernement, ce qui était inévitable, se bien garder d'y exposer l'Assemblée.

On m'avait parlé de Fontainebleau comme d'une ville où l'Assemblée nationale pourrait siéger en sûreté. Je fis observer que nous serions séparés par quinze lieues, et par toute l'épaisseur de Paris, de la

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position (le Versailles, la seule vraiment militaire; que, si los réserves chargées de garder l'Assemblée étaient obligées de partir de Fontainebleau pour se rendre uu lieu du combat, la distance serait bien grande et la position des plus mauvaises; qu*il fallait aller à Versailles morne, et de là tacher de rester maître de Paris. Cet avis prévalut auprès de l'Assemblée, et nous vînmes en effet nous placer à Versailles.

C\'<1 alors qu'eut lieu le premier acte de ce terrible drame du 18 mars, qui forme l'objet de votre enquùle.

Je dis au général Le Flo que nous n'avions pas assez i\v trou|)es, et qu'il fallait réunir toutes celles dont nous pourrions disposer. La majciurc partie de nos fonos disponibles se composait de 15,000 hommes que nous avions fait venir de Bordeaux. Il y avait bien dans (0 nond)re quelques soldats qui avaient servi sur la Loire, mais qui étaient peu encouragés par les résultais de la campagne. Les marins étaient commandés par un brave ollicier, Tainiral Uruat. Cette troupe nfin^pirait une véritable coniiancc. Le tout pouvait faire 15,000 ou 18,000 hommes. Bien que les transports fussent dilliciles, je les tis diriger sur Paris, où enfin ils arrivèrent. Malheureusement c'était à peu près tout ce dont nous pouvions disposer.

Quand nous fumes entrés dans Paris, nous avions les deux divisions du général Vinoy, et les 15,000 ou 18,000 hommes dont je viens de parler, plus quelques détachements qui portaient le tout c^ une quarantaine

de mille hommes. Mais, à ce moment, arriva Tépoque de la libération, et cette coïncidence nous priva d'une partie considérable de notre efTectif ; car, si Ton avait gardé les hommes après l'expiration de leur temps de service, on n'aurait eu dans les rangs que des mécontents. £n déiinilive, au 18 mars, nous pouvions à peine disposer de 2A,000 ou 25,000 combattants.

Les soldats du général Vinoy étaient fatigués et malheureux. Ils avaient cependant à leur tète un homme de sang-rroid, de vigueur, qui les tenait bien, et (]ui faisait du mieux qu'il pouvait. Il avait une réelle influence sur ses troupes. En somme, nous avions, je le répète, 24,000 ou 25,000 hommes disponibles.

PiU'is est grand, vous le savez. Pour agir sur un point quelconque, il fallait diriger sur ce point au moins 12,000 ou 15,000 hommes; il fallait, eu outre, garder les bords delà Seine et une quantité de postes. Mon intention était d'attendre que nos forces fussent plus considérables; mais où prendre des troupes? Telle était la difliculté. Nous avions laissé Bordeaux presque sans défense. Partout ailleurs il y avait une véritable désorganisation. Le lendemain de l'armistice de Paris, on s'était tiré d'affaire comme on avait pu. L'armée qui avait été envoyée vers l'Est par suite d'une conception malheureuse avait été rejetée en Suisse ; il n'y avait rien à prendre de ce côté. Nous ne savions où trouver les 40,000 ou 50,000 hommes qui nous auraient été nécessaires, car ce n*élait qu*avec

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une force pareille qu'on pouvait tenir d'une manière solide dans Paris.

Xous étions, vous le voyez, dans une déplorable situation.

J'ai passé alors de cruels moments. Combien de temps faudrait-il attendre pour avoir une armée véritable? Kt no pas agir dans la situation oii étaient les esprits, avec les rumeurs et les bruits qui circulaient dans Paris, c'était se montrer faibles et impuissants. Nous vivions dans des transes continuelles, et nous ne f)ouvions pas venir à bout des misérables qui dominaient Paris.

On nous disait : «< Ces gens ne sont pas aussi pcrwrs que vous le supposez. Il y en a qui ne sont touchés ({ue (Tune (*liose, c'est que la République est en <langer. Selon eux l'Assemblée est monarchiste et elle n'attend qu'une occasion pour renverser la République. C\st là ce qui les rend si dangereux. » Beaueouf» de ces insurgés, en elVet, croyaient tout ce qu*on leur disait du danger de la République, sans être pour cela précisément des comnuinistes. Il y en a qui le sont devenus (|U(*lques semaines après, par l'ardeur delà lutte; mais le plus grand nombre avait cette idée, (|ue la République était en péril.

Je disais à ceux qui m'étaient envoyés : « Je ne suis pas ee que vous appelez un républicain, je suis un an<*ieii monarchiste. Mais j'ai reçu la République en dépôt, et je garderai fidèlement ce dépôt. Vous calomniez TAssemblée, quand vous la croyez disposée

à renverser la République ; il n'y a rien de semblable; et, dans tous les cas, je vous assure que je n*y contribuerais point. » Les hommes qui s'adressaient à moi savaient que j'étais incapable de donner ma parole sans la tenir. J'avais donc un certain crédit auprès d'eux.

On me disait encore : « Il faudrait parlementer avec les plus modérés de ces hommes qui semblent prêts à s'insurger; il y en a une partie que vous toucheriez si vous les rassuriez sur le sort de la République. » A cela, je répondais que j'étais prêt à les détromper si leurs craintes étaient sincères.

J'en vis une quantité que je ne connaissais pas. Ils me déclarèrent, après les explications que je leur donnai : « Eh bien, on vous rendra les canons. — Oh! leur disais-je, si Ton rend les canons, la paix sera bientôt rétablie. »

11 y avait 2,000 bouches à feu qui étaient en batterie sur les murailles de Paris. Ces canons n'étaient pas alors ce qu'il y avait de plus dangereux pour nous. Mais il était resté dans Paris à peu près 250 autres bouches à feu de campagne, et ce sont celles qu'on me promettait de me rendre. Plusieurs fois on me les promit ainsi, mais on ne me les donna point.

Voici ce qui se passa au sujet de ces canons, et c'est ici (juc mon récit se rattache à l'entrée des Prussiens dans Paris, entrée qui a été le prétexte principal du mouvement.

11 y avait eu abandon complet des rangs de la garde nationale par tous les gens d'ordre, qui ne se dou-

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talent pas quMIs livraient ainsi Paris à un mauvais destin, et qu'après les épreuves que Paris avait déjà souffertes, ils lui en préparaient de nouvelles. Le brave général d'Aurelle dePaladines, que je leur avais envoyé comme commandant en chef de la parde nationale, s'aperçut bientôt, à Tétal-major, d'une chose singulière, c'est que les bataillons de service obéissaient à une autorité autre que la sienne. La police était occupée à tacher de saisir le mystère de ce qui se passait ; mais elle ne parvint à savoir qu'une chose, c'est (pi'une entente existait parmi certains bataillons de la garde nationale qui étaient justement les plus mauvais. Cette entente s'était établie au moven d'un comité central, dont vous avez entendu parler, et c'est ce comité qui commandait. Le général d'Aurelle de Paladines n'était plus écouté; la garde nationale n'existait plus que comme armée ennemie.

Voici comment l'entrée des Prussiens dans Paris avait conlribué à ce résultat.

On avait dit à tous ces gens, qui sont devenus si mauvais par Tardeur de la lutte, mais qui n'étaient pas aussi mauvais à l'origine, on leur avait dit : « Les Prussiens arrivent, ils vont saccager Paris, ils vont le mettre à feu et à sang ! » Les Prussiens, Messieurs, n'avaient pas cette intention; ils avaient cédé à un point d'honneur. On leur avait reproché d'avoir peur des Parisiens ; et c'est pourquoi ils avaient tenu à entrer dans leurs murs. Mais ils étaient résolus à se conduire sagement.

Dans CCS circonstances, on dit aux Parisiens : c Le gouvernement s'est trompé en laissant entrer les troupes allemandes dans Paris ; mais quant à nous, il faut nous défendre. » Alors on leur fit faire une chose qui, de la part de quelques-uns, était une perfidie, et, de la part des autres, un acte tout naturel. Il y avait au parc Monceaux beaucoup d'artillerie : v II faut la ramener dans Paris, leur dit-on, de peur que les Prussiens ne la prennent. » Ils la ramenèrent, en effet, sur les hauteurs de Montmartre, et, à partir de ce moment, le comité central commanda- en maître.

L'opinion générale voulait absolument qu'on reprît les canons. On entra en pourparlers avec ceux qui les avaient pris. Je ne connaissais pas les hommes avec lesquels il s'agissait de traiter, et cependant on alla vers eux. Une première fois, ils répondirent qu'il y avait eu méprise, malentendu, et qu'ils étaient prêts à nous restituer cette artillerie de campagne. D'autres ne voulaient pas la rendre. Il se passait là ce qui s'est passé plus tard pour le général Chanzy: il y en avait qui voulaient le fusiller, et d'autres qui voulaient le sauver. Je ne dis pas qu'il y eût mauvaise foi ; mais, quand on se présentait en notre nom pour reprendre les canons, on répondait à ceux que nous envoyions : Oui ; puis, un instant après, on répondait: Non.

Cependant au même moment, beaucoup de personnes, s'occupant de la question financière, disaient qu'il fallait songer enfin à payer les Prussiens. Les gens d'affaires allaient répétant partout : c Vous ne

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ferez jamais d*opéralions financières, si vous n'en finissez pas avec tous ces scélérats, si vous ne leur enlevez pas les canons. Il faut en finir et alors on pourra traiter d'affaires . » L'idée qu'il fallait enlever les canons était en effet dominante, et il était difficile d'y résister.

Trois ou (|uatrc fois se renouvela cette comédie entre ceux qui détenaient les canons et ceux que nous envoyions pour les chercher. Une dernière fois, il y eut une telle apparence de bonne foi dans ceux qui faisaient des [)romesses de soumission, que je crus au succès. On se présenta de notre part à la place Royale ; on y arriva avec des attelages. Mais le parti violent, (pii, évidemment, Tavait emporté dans la nuit, se comporta assez brutalement, et il dit u nos envovés : « Que venez-vous faire ici? »» Il renvova nos attelafres et nos ofliciers.

('e dernier incident avait eu une grande publicité. On avait iv/i si ostensiblement, si arrogamment, que moi, qui hésitais à livrer le combat, je sentis qu'il n'y avait plus moyen de reculer, et qu'il fallait, à tout prix, essayer d'enlever cette artillerie. Nous délibérâmes donc. Une grande agitation régnait «lans Paris; il y avait l'agitation des bons et l'agitation des méchants. Les premiers disaient: « On ne peut pas supp(>rter un outrage pareil ! » Les seconds : « U faut résister et conserver nos canons. »

Je (hMuandai si l'on pouvait compter quelque peu sur la garde nationale. Le général d'Aurelle de Pala-

dincs répondit : « Quand nous appelons la garde nationale, il n'arrive que les mauvais bataillons, lesquels n'obéissent pas. » Et, en effet, il était déjà sorti de Paris 100,000 individus peut-être; et c*étaient les meilleurs.

Cependant l'opinion s'était universellement prononcée dans le sens d'une action immédiate.

On comprend qu'alors on put déjà se dire que, si l'on ne réussissait pas, il faudrait sortir de Paris, mais qu'auparavant il fallait tenter le combat et enlever les canons à tout prix. Nous étions à l'un de ces jours où il faut tout risquer, où il faut marcher en avant, coûte que coûte. Le général Vinoy, que je consultai, me répondit : «c Nous avons bien peu de monde. Enlever les positions n'est pas impossible. Ordonnez, je suis soldat et j'obéirai. » Nous délibérâmes en conseil. J'avais le sentiment que c'était une résolution redoutable que nous prenions, et dont le succès était douteux. Mais enfm ne pas tenter quelque chose était impossible.

Je dis au général Yinoy : « Il ne faut pas faire cela en présence de tout Paris assemblé, mais de grand matin. Nous ferons sortir les troupes à trois heures, pour qu'à cinq heures elles soient au pied des hauteurs, et qu'elles puissent les enlever avec vigueur, coûte que coûte, atteler ensuite les canons et les emmener. )> Tout cela fut convenu. Le gouvernement passa la journée à Paris ; on prépara toute Versailles pour y recevoir l'Assemblée. J'étais venu dans cette

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ville pour quelques heures, mais je revins immédiatement à Paris.

J'avais recommande au général Vinoy de disposer ses mouvements avec la plus grande précision pour la sortie des casernes, afin que les troupes arrivassent de bonne heure au pied des hauteurs et les attaquas- RtMît sans hésiter. En effet, le général Faron, homme très énergique, qui s'est admirablement conduit dans toutes ces circonstances, était chargé d'exécuter nos ordres. A trois heures, les troupes étaient sur pied, sortaient des casernes, et, à cinq heures, elles arrivaient au pie<l des hauteurs, qui furent enlevées avec une extrême promptitude. Malheureusement il restait une opération très difficile à exécuter, et qui ne fut pas aussi bien conduite que la première.

Un gouvernement qui se respecte doit partager

les malheurs communs et ne s'en prendre à personne lorsque le succès n'a pas toujours couronné ses efforts. Nous avons été malheureux dans la seconde opération, qui consistait à emmener les canons. Je pourrais accuser celui-ci ou celui-là; je ne le ferai pas, bien qu'on ait souvent moins d'égards pour moi. Je ne dirai pas à quoi a tenu la faute commise, si toutefois il y a eu faute.

Les positions furent donc occupées, mais les mesures prises pour enlever les canons ne réussirent pas aussi bien que l'attaque. Je dois dire, car je veux être juste, que, quand même on aurait pris les meilleures dispositions pour emmener les canons, traverser Pa-

ris avec 250 attelages, puisqu'il y avait 250 bouches à feu à traiuer, était une opération des plus difficiles et des plus chanceuses.

Quand les troupes furent établies sur les hauteurs, la foule, composée d^hommes, de femmes et d'en-

fanls, qui ne valaient pas beaucoup mieux que ceux qui les amenaient, la foule entoura les troupes, se jeta dans les rangs de Tartillerie, et bientôt ce fut un chaos sans pareil.

J*étais à rétat-major avec le général Vinoy, quand arriva un premier ofQcier nous annonçant que tout allait bien. Mais, plus tard, d'autres officiers nous arrivèrent fort tristes, et nous sentîmes que la situation devenait embarrassante. C'est alors que je fus frappé d'un souvenir, le souvenir du 24 février 1848. J*otais depuis fort longtemps fixé sur ce point, que, si nous n'étions pas en force dans Paris, il ne fallait pas y rester.

Au 24 février, le roi m'avait demandé, lorsque les choses avaient pris une mauvaise tournure, ce qu'il y avait à faire. Je lui répondis qu'il fallait sortir de Paris, pour y rentrer avec le maréchal Bugeaud et 50,000 hommes.

Le parti que je proposais au roi fut discuté, mais point accepté. On rappela que les Bourbons, que les Bonaparte eux-mêmes étaient sortis de Paris et n'avaient jamais pu y rentrer ; et l'on en avait conclu qu'il ne fallait jamais en sortir.

Ce souvenir m'était resté dans la mémoire ; et, en

outre, je me rappelais l'exemple du maréchal de Windisch-Grîrlz, qui, après cire sorti de Vienne, y était rentré victorieusement quelque temps après. Je dis au général Vinoy: « Il est clair que nos troupes vont être submergées dans cette foule. Emmener les canons est impossible, les mouvements de Tarmée étant aussi entravés qu'ils le sont. Tirons nos troupes du chaos où elles sont plongées, et faites-les revenir vers le ministère des Affaires étrangères. » Le gouvernement était réuni en ce moment à riiùtel de ce ministère. Beaucoup de personnes étaient accourues, et chacune donnait son avis. Je réunis mes collègues <lans la salle du conseil, où nous pûmes délibérer seuls avec nous-mêmes. Là, je n'hésitai point, je me rappelais le 2h février, mon parti était pris ; je Tannonçai. Cette déclaration firovotjua de graves objections. Le 24 février, je n'avais pas pu réussir; mais, ce jour-là, je triomphai des objections, grâce au bon sens et au courage de mes collègues.

L(» général Vinoy me dit : « Je suis soldat, commandez ! — Faites, luidis-je, retirer vos troupes derrièri' la Seine, v{ occuper tous les ponts. On ne passera pas la Seine <levant vous. »

Il était midi, nous étions là depuis cinq heures du malin; le temps s'écoulait. Je réitérai au général Vinoy l'ordre de se replier avec ses troupes derrière la Seine.

On einoya de tous cùtés desotïlciers d'élal-major

porter Tordre, aussi bien aux troupes qu*à la garde nationale, d'avoir à se réunir sur la rive gauche de la Seine.

Si nous avions eu quelques milliers de gardes nationaux avec nous, nous les eussions tenus à nos côtés ou sur nos derrières, et nous aurions pu livrer bataille. Mais, comme le disait le général Vinoy, avec 20,000 hommes seulement, nous ne le pouvions pas. « Nous ne pouvons qu'une chose, ajoutait-il, c'est mourir jusqu'au dernier pour défendre le gouvernement contre les factieux qui veulent le renverser! »

Deux opérations simultanées furent entreprises. Le général Vinoy s'occupa de ramener ses troupes sur les bords de la Seine ; et, à l'état-major de la garde nationaks on commença à battre la générale et à chercher de tous côtés des gardes nationaux. Si les braves gens qui avaient passé quelques mois dans Paris assiégé par les Prussiens s'étaient trouvés là, si nous avions pu réunir 15 ou 20,000 gardes nationaux, nos troupes auraient pris la tête, et nous aurions pu livrer bataille avec chance de succès. Mais nous iravions que 20,000 soldats. Ils étaient prêts, il est vrai, à faire leur devoir; cependant, si nous nous avancions sans avoir nos ailes et nos derrières couverts, nous pouvions être enveloppés.

La générale fut battue pendant plusieurs heures. 11 nous arriva peut-être 500 ou 600 hommes. Les mauvais gardes nationaux étaient descendus des hauteurs de Paris; nous n'avions pas pu occuper tous les

ponts, ils étaient venus dans les Champs-Elysées; ils défilaient sous nos yeux, sur la rive gauche; même nous (*n vîmes défiler près du ministère des Affaires étranp:èri'S. Ils ne liraient pas encore de coups de fusil, mais ils étaient très menaçants. On les laissa défiler.

Ce (|ui me préoccupait, c'était la retraite des troupes ; j'y attachais le salut de la France. Elles se replièrent en bon ordre, et ce fut alors seulement que je fus tiré <rune inquiétude mortelle, et que je pus me dire : Nous sommes sauvés ! J*avais vu arriver la division du général Faron faisant très bonne contenance. H y eut bien quelques détachements qui, troublés, montrèrent de la faiblesse; mais, en général, les troupes so retirèrent en bon ordre.

Quand ïious eûmes occupé les ponts sur la rive gauche de la Seine, nous trouvâmes un peu plus de repos. Des l)an<les de furieux avaient passé sur la gauche de la Seine; ils voulaient aller au ministère des Aflaires étrangères, oii se tenait le gouvernement; on les refoula, et nous nous trouvâmes assez bien concentrés en avant des ponts.

Nous délibérâmes de nouveau. 11 était tard ; je vis \)h\< clairement encore que nous no pouvions pas rester impunément dans Paris, et qu'il fallait en sortir. Après une discussion approfondie, je pris sur moi de décidi'r la question, et je donnai Tordre au général Vinoy de sortir de Paris avec ses troupes. Le gouver^ noment se dirigea alors sur Versailles. Quant à moi,

je précédai le général Yinoy de quelques instants; je vins me placer sur la route de Sèvres, par où Tannée devait passer. L'altitude des troupes était bonne. Cependant j'éprouvais quelque inquiétude pour le reste de Tarmée. EnGn, par les aides de camp qui m'arrivaient à tout moment, je sus que les troupes n'avaient essuyé aucun échec sérieux. Je partis pour Versailles.

Versailles a toujours été un camp de plaisance, et Ton ne s'attendait pas à y voir arriver une armée. Aussi rien n'était prêt. Il fallut aller chercher des ressources dans tout le voisinage; on y parvint et l'armée eut de quoi se refaire. Pour le soldat, Tessentiel est d'avoir des cartouches, des vivres et des généraux qui ne se troublent point.

Les événements que je viens de rappeler avaient eu lieu le 18 mars. Le lendemain, vers six heures du matin, j'aperçus la queue des colonnes qui arrivaient, sans avoir essuyé aucun accident fâcheux. Il ne faut pas se plaindre de l'armée. Des détachements isolés avaient faibli ; mais la vigueur des généraux avait su maintenir le gros des soldats. Je vis donc les troupes arriver; cela me rassura, car j'étais convaincu qu'une fois à Versailles on ne viendrait pas nous y chercher. J'avais, du reste, recommandé au général Vinoy de faire usage de la mitraille si on le serrait de trop près.

Quant aux insurgés qui étaient restés dans Paris, leur opinion fut qu'ils étaient désormais les maîtres, qu'ils n'avaient qu'à se présenter à VersaiUes, que l'armée lèverait la crosse en l'air et irait au-devant

(roux. Jo u'avîiis pas d'inquiétude à cet égard. Je savîiisque, quand j'aurais réuni l'armée à V^Tsailles, tout serait sauvé. Cependant ce n'était pas l'opinion <le beaucoup de gcni^, qui disaient : « Si l'armée vient à ùtre abordée sérieusement, que fera-t-elle? « Il régnait donc une certaine crainte.

Je comnjen(;ai par donner mes soins aux soblats ; je m'occupai de les faire placer dans de bonnes positions, de leur procurer tout ce dont ils avaient besoin, et surtout de les bien ronrentrer. IMusieurs personnes avaient émis Tavis (|u'il fallait en laisser autour de Paris.

Nous étions troj) peu nombreux pour occuper le |)érimctre d'une ville aussi grande. Si nous avions voulu nous étendre, embrasser un espace que les Prussiens n'embrassaient pas eux-mêmes, nous aurions été faibles partout ; on aurait pu percer notre ligne sur tous les points. En général, quand les troupes faiblissent devant le^ masses populaires, il y a chez elles plus «le faiblesse que d'inlidélité. Des troupes qui n*i»nt pas le sentiment de leur supériorité sont prêtes à mettre la crosse en l'air, plutôt par timidité que |iar esprit de trahison. 11 fallait doue tenir nos troupes ensemble, de manière que, quelque part qu'elles fussent abordées, elles eussent Tavanlage. Cest |i<)urquoi je voulus ([ue leurs positions fussent resserrées. Et, de fait, avec les 130,000 hommes que nous avons eus plus tard, c'est à peine si nous aurions pu endjrasser la moitié de Paris. Les Prussiens

avaient employé 300,000 hommes à envelopper le tout. Au moment dont je viens de parler, nous ne comptions que 22,000 hommes.

Je lis occuper le Mout-Valérien. On y envoya un excellent régimenl. 11 y avait là un immense matériel, et, de plus, une position dominante qui commande tous les environs. Quant aux autres forts, nous nous serions affaiblis si nous avions voulu les garder, car U nous aurait fallu au moins 8,000 hommes pour les occuper. Nous aurions perdu là, sans profit, une partie notable de nos foi*ces. Je ne gardai donc que le Mont-Yaléricn. Je ramenai tout le reste de nos troupes, et j*eus ainsi 22,090 hommes bien liés et bien comniaudés.

Nous passâmes à Versailles quinze jours sans rien faire. Ce sont les plus mauvais jours de ma vie. Il y avait cotte opinion répandue dans Paris : « Versailles ne résistera pas; dos que nous nous présenterons, les soldats lèveront la crosse en Tair. » J'étais bien certain que non; et cependant, si nous avions été attaqués par 70,000 ou 80,000 honmies, je n'aurais pas voulu répondre do la solidité do Tannée, ébranlée surtout par le sentiniont d'une trop grande infériorité numérique. Aussi lls-je donner Tordre de serrer Taruiée, et notamniont de l'isoler. Nos principales forces étaient campoos à Satory, avec injonction de ne laisser aborder qui que ce tïit. L'instruction était donuéc de fusiller ([uiconque tenterait d'approcher. Du côté de Nouilly, je lis prescrire au Mont-Valérien , qui était

onlriî les mains ilo braves jjciis» de tirer à outrance dès ({u'il se présenterait des masses ennemies.

Kn même temps je recommandai <le la manière la plus formelle de traiter très bien nos soldats. J'augmentai la ration, surtout celle de la viande, reconnue insullisante. J'étais sur qu*en les nourrissant bien, qu'en les Taisant <:amper, i\u\*n forrant les ofliciers à camper avec elles, les troujies se referaient bien vile et arriveraient à a\oir une très bonne attitude.

A la suite du premier siège, les soldats étaient débraillés, mal vêtus, leur aspect était fâcheux. J*élais certain que ce désordre passerait bientôt avec le campement, avt»e une surveillanct» aetive et bien soutenue. Mon espérance ne fut point trompée, car en cpielques jours Tarmée changea d'aspect, et tout le monde en fut frappé.

Ce n'était pas tout «pie de réconforter l'armée sauvée de Paris ; il fallait la porter à 120,001) ou 130,000 honnnes, et surtout la munir iVun immense matériel de siège. Il y a une manière d'ordonner que j'ai employée souvent et qui m'a toujours réussi, c'est <le ne pas s\»n lii'r à la correspomlance et de commander directement et <le vive voix. Clhique matin je réunissais tous les ehefs de service autour de moi, j'arrêtais en présence de tous les chels ce (|u'il fallait faire, et chacun avait ainsi sa tache bien tracée. Il fallait «II' la yrossi.» artillerie; on disait sur-le-champ où elle était ; on s'occupait <les transports, devenus très dilliciles. S'il v avait une ditlkullé, on cherchait

612 ËNQCÊTE SLR LE 18 MARS.

à la lever inslanlaiiémcnt. Grâce à celle manière de procéder, j'ai pu, en réunissant tous les services, eu ne recourant pas aux correspondances, qui prennent un temps inlini en demandes et réponses, en exigeant que les ordres fussent transmis inimédialement, en ni'assurant que tout le monde était d'accord, avait bien entendu, bien compris, exécuterait Taprës-midi ce qui avait été convenu le matin, en m*assurant moimême que les ordres s'accomplissaient, j'ai pu, disje, arriver au but et créer en quelques semaines une armée de 130,000 hommes. Je recommençais le lendemain matin ce que j'avais fait la veille; je ne donnais jamais un ordre sans être certain de son exécution et je suivais cette exécution jusqu'à ce que tout fût consommé.

C'est ainsi, Messieurs, que des hommes m'arrivèrent <le toutes parts, et que nous atteignîmes en peu de jours le chiffre de 50,000 hommes. Alors je fus non pas rassuré sur la possibilité d'emporter Paris, mais sur le danger d'être assailli à Versailles par une masse de forcenés. « Qu'ils viennent, me dis-je alors, et ils seront bien accueillis ! »

L'opinion générale était qu'il ne fallait pas perdre de temps ; mais on coniprenait aussi qu'il y aurait danger à faire une tentative prématurée, car, si un malheur était arrivé sous les murs de Paris, il eût été impossible de compter sur rien.

L'Assemblée nationale crut qu'il fallait demander <Ics volontaires ; tout le monde était de cet avis. Je

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