‹ Discours parlementaires de M. Thiers;Chapitre 26 sur 39 · FORMATION DU NOUVEAU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

FORMATION DU NOUVEAU MINISTÈRE

1" mars fut constitué, sous sa présidence, un ministère centre gauche, dans lequel il avait les affaires étrangères, et où les autres portefeuilles étaient donnés : celui de la justice, à M. Vivien ; celui de l'intérieur, à M. de Rémusat ; celui des finances, à M. Pelet (de la Lozère); celui du commerce, à M. Gouin; celui des travaux publics, à M. Jaubert; celui de l'instruction publique, à M. Cousin; celui de la marine, à l'amiral Roussin, et celui de la guerre, au général Despans de Cubière.

Trois jours après, dans leur séance du 4 mars, M. Thiers fit, devant les deux Chambres, la déclaration suivante, empreinte d'un esprit vraiment constitutionnel.

Messieurs,

Le roi nous a honorés de sa confiance, et nous a chargés du pesant fardeau de l'administration de l'État. Nous venons l'annoncer aux Chambres. En présence d'une situation difficile, reculer eût été une faiblesse, un abandon de nos devoirs. Ayant pris dans le sein des Chambres une part active aux affaires pubHques. nous avions contracté TobUgation de répondre aux désirs de la couronne quand elle nous appellerait à Texercice du pouvoir. C'est ce que nous avons fait, mes collègues et moi. Quant à moi en particuHer, sorti du ministère il y a trois ans, j'ai respectueusement décliné l'honneur d'y rentrer tant qu'un désaccord sur certains points m'imposerait le devoir de me tenir à

l'écart des affaires. Aujourd'hui j'avais le bonheur de \oir mes convictions personnelles en rapport avec les intentions de la couronne; je n'ai pas hésité. Mes collègues n'ont pas hésité plus que moi, et nous avons accepté la pénible tâche qui nous était offerte par la libre confiance du roi. Nous avons été heureux d'aider Sa Majesté à terminer en peu de jours les anxiétés qui sont inséparables de toute crise ministérielle.

Nous ne nous sommes pas dissimulé les difficultés d'une situation grave au dedans par la division des esprits, grave au dehors par la grandeur des questions qui s'agitent. Ces difficultés nous préoccupent sans nous intimider. Nous en avons mesuré l'étendue, et nous essayerons de les vaincre. Le moment viendra bientôt de nous expliquer complètement sur tous les points. En attendant, permettez-nous de nous borner à quelques paroles sur la direction générale qui nous semble devoir être imprimée aujourd'hui à la marche du gouvernement.

L'ordre matériel ne nous semble point menacé; mais, s'il pouvait l'être, il serait promptement et énergiquement rétabli. Les Chambres n'oublieront pas qu'il y a parmi nous des hommes qui ont autrefois contribué à le maintenir dans des jours périlleux. Mais il ne suffit pas de l'ordre matériel, il faut aussi l'ordre moral, c'est-à-dire l'union des esprits, leur tendance vers un même but; car, sans cette union, il ne saurait y avoir majorité dans les Chambres, harmonie entre les Chambres et la royauté ; et, sans majorité, sans

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