SEPTEMBRE
épée, et à travers tous les obstacles, il a essayé de se faire jour. (Bravo! bravo!)
Devant lui, un officier général non moins brave se présentait pour l'aider dans cette entreprise de salut public, il a échoué !
Assurément, ce n'est pas la valeur qui lui a manqué ; ce qui lui a manqué, messieurs, c'est la liberté du commandement.
M. LE MINISTRE DE LA GUERRE. Non! 110U !
M. Jules Favre. 11 n'est douteux pour personne qu'on lui a demandé des forces pour protéger l'empereur. (Exclamations et réclamations.)
Il les a refusées, et alors le conseil des ministres a cru devoir prendre ces forces sur celles qui étaient destinées à défendre Paris.
Voilà ce qui existait, et il ne faut pas qu'un pareil état de choses continue. (Rumeurs au centre et à droite.)
Nous devons savoir où nous en sommes avec le gouvernement qui nous régit. (Allons donc!)
Où est l'empereur? Communique-t-il avec ses ministres? Leur donne-t-il des ordres?
M. LE MINISTRE D).; LA GUERRE. Non!
M. Jules Favre. Si la réponse est négative, je n'ai pas besoin de longs développements pour faire comprendre à la Chambre que le
gouvernement a cessé d'exister (exclamations à droite et au centre),
et qu'à moins d'un incroyable aveuglement et d'une obstination qui cesserait d'être patriotique, c'est à vous-mêmes, c'est au pays que vous devez demander les ressources qui, seules, vous peuvent et le peuvent défendre,
Sans insister davantage, — car la réponse que vient de me faire M. le ministre de la Guerre me suffit et désintéresse le débat de cette grande question (Vives protestations à droite et au centre. — Assentiment à gauche.)
M. le président Schneider. En toute occasion, je devrais prolester contre de telles paroles
M. Jules Favre. Prolestez tant que vous voudrez, monsieur le président! Protestez contre la défaite, protestez contre la fortune qui nous trahit; niez les événements, dites que nous sommes victorieux, à la bonne heure!
M. le président Schneider. Je proteste, en tout cas, contre tout ce qui pourrait être un affaiblissement. (Approbation sur un grand nombre de bancs.)
M.Jules Favre. Un affaiblissement! Mais précisément je cherche la force, la force morale surtout, et je me demande où elle peut être. Elle est, messieurs, dans le pays, dans le pays souverain, dans le pays qui ne doit désormais compter que sur lui-même et sur ceux qui le respectent, cl non plus sur ceux qui l'ont perdu.
Voilà ce que je demande et ce que le pays lui-même demande avec moi. (Vive approbation à gauche. — Rumeurs au centre et à droite.)
Dans cette crise suprême, je n'ai que deux mots à dire. Que la France et que la ville de Paris, directement menacée, mues par une étroite solidarité, décidées à ne déposer les armes que lorsque l'ennemi sera chassé du territoire, avisent par elles-mêmes; car c'est sur elles-mêmes et sur elles seules, dans la liberté dont elles doivent jouir pour se défendre, que repose le salut de la patrie. (Très-bien! à gauche.)
Ce qu'il faut en ce moment, ce qui est sage, ce qui est indispensable, c'est que tous les partis s'effacent devant un nom représentant la France, représentant Paris, un nom militaire, le nom d'un homme qui vienne prendre en main la défense de la patrie. Ce nom, ce nom cher et aimé, il doit être substitué à tout autre. (Allons donc! — A l'ordre! à droite et au centre.)
Tous les autres noms doivent s'effacer devant celui-là, ainsi que ce fantôme de gouvernement qui a conduit la France où elle est aujourd'hui.
Voilà mon vœu, je l'exprime en face de mon pays : que mon pays l'entende! (Applaudissements à gauche. — Violents murmures au centre et à droite. — Agitation.)