LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C
I08, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, Io8
AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Histoire de Dix ans (1830-1840). 5 vol. in-8, 12* édition
(Germer-Baillière et C le ) 25 fr.
Histoire de la Révolution française, 12 vol. in-8 (Furne,
Jouvetet C ie ) 60 fr.
Dix ans de l'Histoire d'Angleterre, 10 vol. in- 18 (Caïman n-
Lévy) 35 fr.
Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils.
PARIS
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Tous droits réservés.
AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Histoire de Dix ans (1830-1840). 5 vol. in-8, 12' édition
(Germer- Baillière et C le ) 25 fr.
Histoire de la Révolution française, 12 vol. in-8 (Fume,
JouvetetC 16 ) 60 fr.
Dix ans de l'Histoire d'Angleterre, 10 vol. in-18 (Calmann-
Lévy) 35 fr.
Sceaux. — Imprimerie Charaire et fils.
PARIS
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Tous droits réservés.
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AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Histoire de Dix ans (1830-1810). S vol. in-8, 12» édition
(Germer-Baillière et C") 25 fr.
Histoire de la Révolution française, 12 vol. in-8 (Furne,
Jouvetet O) 60 fr.
Dix ans de l'Histoire d'Angjleterre, 10 vol. in-18 {Calmann-
Lévy) 35 f r .
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prochement tragique. Il y a quelque temps, le régime actuel paraissait plein de sève et de vigueur. Ses ennemis, hommes aux croyances forte* et au cœur vaillant, étaient morts, debout pour la plupart, mais ils étaient morts. Le cri de la guerre civile, deux fois poussé àLyon, y avait été deux fois étouffé. On n'entendait plus dans les rues de Paris le bruit du tambour d'alarme. Contre les soulèvements de la parole, le gouvernement avait les lois de septembre (cest cela!) ; contre les mouvements de la place publique, il eut les fortifications; si bien que les résistances de la presse se trouvèrent confinées dans l'hypocrisie de la périphrase, pendant qu'on se préparait à opposer, le cas échéant, aux résistances parlementaires, les forts qui embastillent Paris. {Applaudissements.)
Mais voilà que, soudain, ce pouvoir qui semblait si vigoureux s'affaisse sur lui-même, sans qu'on l'attaque; sans qu'on le pousse, il chancelle.
Une invincible fatalité va semant dans les hautes régions d'humiliantes catastrophes. Des actes inattendus de démence, de honteuses chutes, des forfaits à faire dresser les cheveux sur la tête, des suicides inexpliqués viennent frapper coup sur coup l'opinion publique de stupeur; et, à son tour, cette société qui avait toutes les apparences de la prospérité, cette société s'agite; elle s'interroge avec inquiétude sur je ne sais quel venin caché qu'elle sent courir dans ses veines. Le mot corruption devient le mot du moment, et chacun de dire : Tout ceci peut-il durer, et que nous apportera ta journée de demain? Messieurs, quand les fruits sont pourris, ils n'attendent que le passage du vent pour se détacher de l'arbre. N'-en serait-il pas de même des institutions vicieuses? (Acclamatiens.)
De toutes parts on proteste contre la corruption, et l'on ne saunait, certes, la flétrir trop haut ; car de tous les fléaux qui peuvent atteindre un peuple, il n'en est pas de pire que l'abaissement des oaractères; mais il n'y aurait que fatigue à constater le mal, si on s'en tenait là. Pour le guérir, il faut en chercher l'origine, il faut en 'étudier la nature.
Or, messieurs, quelle que puisse être sur les avantages du régime constitutionnel l'opinion des optimistes, il est certain que^ce régime renferme un grave danger. La nature, en faisant l'homme, n'a pas voulu qu'il fût possible au bras de contrôler Las décisions de la tête. Eh bien ! le régime constitutionnel nous montre Tétrange phénomène d'une tête qui peut vouloir ce que le bras ne voudra pas. De là, possibilité .d'anarchie. Il y aurait donc à examiner,
messieurs, si le ministère, en voulant une chambre remplie de fonctionnaires publics et en basant son pouvoir sur la corruption, •n'obéit pas à une sorte de nécessité résultant du vice de nos institutions politiques ; il y aurait à examiner, sans haine, sans parti pris, mais sérieusement, si cette corruption dont on dénonce avec tant de raison les scandales, n'est pas précisément l'huile qui fait aller les ressorte d'une machine mal réglée. [Cent cela! oui! oui!) À* moyen [de la corruption, le ministère agit sur la chambre. La corruption disparaissant, les deux pouvoirs d'origine et d'es* sence différentes que nous voyons au sommet de l'État n'entreraient-ils pas aussitôt en lutte ? Il est permis de le craindre, quand on se rappelle les péripéties de notre histoire depuis un demi-siècle. L'Assemblée législative et Louis XVI se rencontrent face à face : à l'instant même la lutte commence. Elle s'ouvrit par des difficultés 4e préséance, et vous savez, messieurs, où et comment elle se termina... sur la place Louis XV, au roulement des tambours ! ( Vive sensation.)
Plus tard, l'histoire nous montre le Conseil des cinq cents d'un •côté, Napoléon de l'autre : encore la lutte, et Napoléon fait sauter la représentation nationale par les fenêtres.
Tournons quelques feuillets : Voici le corps législatif qui applau- *Ht avec un emportement sacrilège aux suites de Waterloo. La Restauration, qui l'ignore? ne fut qu'une lutte ardente, implacable, entre deux pouvoirs ennemis; et cette lutte est venue aboutir à la fusillade de 1830. Depuis, qu'avons-nous vu? On a entouré Paris «de fortifieaiïons. Passe le ciel que la bourgeoisie, qui les a votées, aie reçoive jamais, par son asservissement à une dictature militaire, le châtiment de son vote !
• Comment empêcher deux pouvoirs placés face à face, deux pouvoirs naturellement rivaux, de se disputer l'empire de la société? Comment empêcher l'un des deux d'aller à la domination par la corruption ou par la force? Comment faire que la société cesse de marcher entre la crainte d'un 40 août et celle d'an 18 brumaire? Voilà, messieurs, des problèmes d'une importance capitale. Ils seraient dignes, ce me semble, de toute l'attention d'une •chambre composée de véritables hommes d'État; et si nous désirons, nous démocrates, que ces hautes questions soient étudiées, •c'est précisément parce que nous sommes des amis de Tordre bien entendu, et que l'anarchie n'est, a nos yeux, qu'une forme tumultueuse de l'oppression ; c'est parce que nous n'admettons comme moyens de gouvernement, ni ee qui intimide les âmes, ni ce qui les
énerve. Un orateur éminent disait naguère que la corruption avait aujourd'hui ses tragédies. Il y a quelque chose de plus effrayant encore que ses tragédies, c'est sa logique ! (Explosion de bravos l
Aussi cherchons-nous dans la réforme électorale autre chose qu'un texte à des déclamations vaines et à de stériles violences ; nous la voulons avec un but sérieux, hautement avouable : l'amélioration du gouvernement de la loi. Car on ne saurait trop veiller à ce que la loi soit conforme à l'équité. La loi tient, en effet, la place de la justice : contraire à la justice, elle usurperait le respect des peuples, ce qui est la dernière des insolences. (Bravo/ bravo/)
On a opposé au maintien du cens électoral des considérations puissantes ; mais il en est une qu'on me semble avoir oubliée. Le code civil, messieurs, en détruisant les droits de primogéniture et de substitution, en consacrant la division indéfinie des héritages, tend évidemment à morceler le sol. Or, plus le sol sera morcelé, moins le nombre des propriétaires en état de payer le cens sera considérable. Prétendre à immobiliser la puissance politique, quand ce qui lui sert de base est rendu si mobile, n'est-ce pas le comble de l'inconséquence ? Chose étrange I les partisans du cens électoral se disent les défenseurs de la bourgeoisie, et ils ne s'aperçoivent pas que le maintien du cens électoral aurait pour effet inévitable de remplacer la domination bourgeoise par une oligarchie!
Ils se disent conservateurs, et ils ne s'aperçoivent pas que leur système met en contradiction flagrante nos lois politiques et nos lois civiles I Nous leur crierons, nous : Choisissez : abolissez le cens ou déchirez le code. (Oui/ oui/)
Mais la fortune, dit-on, est le signe de la moralité et de la capacité. Ah ! messieurs, on rougit d'avoir à réfuter de pareils arguments. Car enfin, à côté de ceux qui sont honorablement et laborieusement arrivés à la fortune, il y a les calculateurs sans en* trailles qui se sont enrichis dans les impasses fangeuses de la Bourse (bravo/ bravo l), les entrepreneurs d'affaires lucrativement malhonnêtes (oui! oui!) ; les écrivains qui ont vendu leur âme ; les aventuriers du tapis vert qui ont volé au jeu (applaudissements) ; les spéculateurs qui ont ruiné leurs rivaux par une concurrence déloyale ; les vendeurs de produits falsifiés ; les intrigants qui ont fait un trafic heureux de la sainteté de l'amour. (Explosion de bravos.)
La moralité ! la capacité ! ce qui les atteste, ce n'est pas la fortune acquise, c'est la manière dont on a su l'acquérir; que dis-je?
c'est bien souvent la généreuse impuissance où Ton s'est mis d'y atteindre. Qu'un homme refuse de sacrifier à son intérêt ses idées et sa vertu, un morme suffira pour résumer sa grandeur : « Il est resté pauvre! » (Oui/ oui/)
Mais ne faisons pas à une doctrine sans élévation l'honneur d'un plus long débat. Affirmer que la loi représente tous les intérêts et toutes les volontés, quand on ne veut pas qu'elle soit l'œuvre de tous ; se porter fort pour le peuple, quand on ne veut pas consulter le peuple, c'est une injustice dans un outrage. (Bravos unanimes).
La réforme électorale donc, mais en vue d'un grand intérêt d'État; la réforme électorale, non pour mettre en mouvement les passions du peuple, mais pour reconnaître et établir son droit.
Du reste, notre ordre social ne réclame pas moins vivement que nos institutions politiques l'attention du législateur, et si je ne craignais d'abuser de la bienveillance de cette assemblée...
De toutes parts : Non I non ! parlez, parlez toujours !
M. Louis Blanc. — Eh bien, messieurs, lutte des producteurs entre eux pour la conquête du marché; lutte des ouvriers entre eux pour la conquête de l'emploi; lutte du journalier contre la machine qui menace de le faire mourir de faim en le remplaçant; lutte universelle, permanente, inexorable, où la victoire reste toujours aux gros capitaux, comme, dans des batailles d'un autre genre, elle reste aux gros bataillons ; voilà le spectacle que présente l'ordre social. (Cest vrai/) Ce spectacle n'a-t-il rien qui émeuve votre cœur, n'a-t-il rien qui épouvante votre esprit? A ceux qu'il attriste, qu'il effraye, à ceux qui parlent de mettre un terme aux désordres meurtriers de la concurrence, à ceux qui saluent l'association comme un principe sauveur et qui demandent l'organisation du travail, on ne cesse de crier : « Prenez garde ! ne touchez pas à la liberté ! » Eh quoi ! messieurs, la liberté existeraitelle d'aventure là où les conditions du travail sont débattues entre le maître qui stipule pour gagner, et l'ouvrier qui stipule pour ne ' pas mourir (Bravo! bravo/); là où le sort du pauvre dépend, non pas de son activité seulement et de son vouloir, mais d'une machine qu'on invente, d'un atelier qui se ferme, d'une faillite qui se dgclare, d'un de ces mille accidents tragiques qu'engendre chaque jour l'immense anarchie d'une compétition universelle (applaudissements) ; là où il y a des enfants de sept ans qui travaillent douze heures par jour et des filles qui à seize ans se prostituent pour vivre ; (Bravo/ bravo/) là où le pavé même de la rue est interdit au malheureux manquant d'asile, à quelques pas d'un palais inhabité; là
fl BANQUET RÉFORMISTE DE DUON
où Ion a vu des prolétaires chercher leur pain entre la révolta et l'aumône ; là où des milliers de travailleurs ont un jour poussé ce crû le plus déchirant dont ait jamais retenti l'histoire ; Vivre en travaillant ou mourir en combattant! (Tonnerre d applaudissements*)
Non! non! la liberté n'est point là' Partout où il y a lutte, la liberté du plus fort devient l'oppression du plus faible ; et voilà pourquoi la liberté de tous n'est réalisable que par l'association, et par l'association fondée sur l'amour fraternel.
Liberté, égalité, fraternité, a dit la Révolution française; ot ce sera son éternel honneur d'avoir déclaré inséparables les trois termes de cette belle, de cette profonde formule.
Au surplus, nous ne plaidons pas seulement en ceci la cause du peuple, nous plaidons celle de la bourgeoisie. Est-ce qu'elle n'est pas intéressée, elle aussi, à la modification d'un régime qui va droit à l'étouffement du moyen commerce, de la moyenne industrie, de la moyenne propriété? (Oui! oui!) Est-ce que la concentration des capitaux ne la menace pas du joug d'une véritable oligarchie financière? Est-ce qu'elle n'éprouve aucune inquiétude à la vue de ces magasins immenses qui représentent la ruine de tant de magasins modestes? Ah! soyons-en bien convaincus, tous les. intérêts sont solidaires. (Oui! oui!) Peuple, bourgeoisie, ne devraient former, si la science sociale était comprise, qu'une môme famille ; et il est assez étrange qu'on accuse ceux qui prêchent l'union, qui la veulent ardemment, qui en proposent le moyen, de souffler le feu des discordes. Naguère, dans une assemblée nombreuse, un orateur bien connu nous reprochait d'avoir créé une distinction pleine de périle entre la bourgeoisie et le peuple. Gette distinction nous ne l'avons pas créée, mais constatée, et constatée pour qu'on s'étudie précisément à la faire disparaître. ( C'est celât très bien!) Et depuis quand faut-il, pour guérir le mal, en nier l'existence? Quand Louis XI approchait de sa fin, on raconte qu'il dissir mulait la pâleur de son visage, qu'il disait : « Mais voyez donc! je ne me suis jamais mieux porté ! » Il mourut en niant la maladie !... (Explosion de bravos.)
Qu'on le sache bien : en défendant les pauvres, nous somme» assurés de défendre les riches. Car il en est d'une société comme du corps humain, dans lequel une seule partie ne saurait être frappée sans que le corps tout entier s'en affecte.
Ainsi, messieurs, Tordre par la démocratie, la liberté par l'aâr sociation, voilà ce que nous voulons. Et il nous est facile de repousser la seule objection par laquelle on s'efforce de décrôr
nos études, la peur des révolutions I Pourquoi donc avoir peur des dévolutions ? Mais il y en a donc à faire? {Bravos prolongés.) À qui le crime, alors? À ceux qui gouvernent, ou bien à ceux qui sont geisvemés ? (Explosion de bravos.)
Ah ! messieurs, ee n'est pas là la liberté que nous voulons ; nous la laissons aux esclaves assez lâches pour la subir, et aux despotes assez lâches pour l'exercer. (Bravo/ bravo/)
Nous voulons l'unité dans la démocratie. Et qu'on ne s'y trompe point : ce n'est pas pour la France seule que nous pensons, mais pour le monde, parce que le lendemain de la France contient l'avenir de l'humanité. Nous sommes placés, en effet, dans cette admirable position que, sans cesser d'être nationaux, nous sommes nécessairement cosmopolites, et presque plus cosmopolites que nationaux. Celui qui se dirait démocrate et qui serait Anglais, mentirait à sa propre histoire ; car le rôle de l'Angleterre a été de tout temps une lutte engagée, au profit de l'égoïsme, contre la fraternité. De môme celui qui est Français et qui ne serait pas cosmopolite mentirait à l'histoire de son pays ; car la France n'a jamais pu faire prédominer une idée qu'elle ne fût pour le mondé entier. (Explosion de bravos*)
Il n'est pas jusqu'à la monarchie qui, en France, n'ait été amenée par le génie de la nation à servir, au dehors, la liberté. Qui soutint dans le nouveau monde la jeune Amérique? La France. Et, rapprochement remarquable, ce fut la plus vieille monarchie de l'ancien monde qui vola au secours de la première république du monde nouveau l (Bravo ! bravo !)
Mais ce qui est vrai, messieurs, de la France monarchique, comment ne le serait-il pas, surtout, de la France républicaine ? Où rencontrer dans l'histoire quelque chose qui ressemble à cet admirable dévouement de la République, quand, épuisée par le sang qu'elle a versé sur les frontières et sur les échafauds, elle en trouve encore à répandre pour ses frères bataves; lorsque, vaincus ou vainqueurs, elle illumine ses ennemis mêmes des éclairs de son génie? (Bravos prolongés.)
Que l'Europe nous envoie seize armées, nous lui rendons la liberté. (Explosion de bravos.)
Et, en effet, nous l'avons apportée à toute l'Europe, et si géné-
• raie, si large, que c'est encore en vertu de ses principes que des
peuples qui paraissent abattus se soulèvent. La Révolution, qui
"sommeille en France, prend sa revanche en Suisse et en Italie.
(Bravo/ bravo/)
Mais, que personne ne s'y trompe, c'est toujours l'idée française qui combat, car la France des idées, la France des sentiments se retrouve sur tous les points du globe.
Aussi ne mourra-t-elle jamais 1 (Non/ non! jamais/) Son exisence est une des nécessités de la vie européenne. Le jour où la France viendrait à périr, il se ferait un vide immense qui ne pourrait être rempli. (Bravo/ bravo/)
Nous avons vu les portes de Paris ouvertes à l'invasion de nos plus cruels ennemis. Eh bien ! le jour où ils touchèrent cette terre sacrée, ils la sentirent tellement frémir sous le pas de leurs che-
f vaux, qu'ils en sortirent tout pleins de l'effroi de leur triomphé.
Oui, nous nous réveillerons, messieurs, et nous verrons s'ac-
^ complir les brillantes destinées de la démocratie ; mais, pourvu que
nous restions unis et forts comme aujourd'hui ; pourvu que nous ne fassions pas de vaines concessions ; pourvu qu'en souvenir de
I notre glorieux passé, nous plantions fermement notre drapeau. Oui,
' la liberté que nous apportons fera le bonheur même de nos
ennemis. Nous les accablerons de cette vengeance. Il n'en est pas de plus noble pour la démocratie.
> A l'avenir de la France!... (Applaudissements enthousiastes et
prolongés.)
Proposition de la création d'un ministère du travail et du progrès.
Assemblée nationale. — Séance du ÎO mai 1848.
Le citoyen Louis Blanc. — Je me présente à vous, libre de toute préoccupation personnelle. (Agitation.)
Placé en dehors du pouvoir, heureux de n avoir plus à en porter le fardeau, dégagé de toutes les conditions de réserve et de crainte qu'impose le maniement des affaires publiques, je puis dire toute ma pensée en homme libre et convaincu.
Je sais que je rencontre ici des préventions nombreuses, peutêtre. Je vous demande donc un peu d attention et d'indulgence. (Mouvements en sens divers.)
On nous a reproché, citoyens, d'avoir posé la question du travail, parce que, disait-on, cette question était redoutable. Ge n'est pas nous qui l'avons posée, c'est la Révolution ; elle a été posée au milieu du combat ; elle a été posée sur les barricades ; elle a été posée le jour même de la Révolution par le peuple armé, et le lendemain de la Révolution par le peuple affamé ; qu'on renvoie donc au peuple le reproche qu'on nous adresse. (Exclamations diverses. — // ri y a pas de reproche I)
J'y insiste : la question sociale a été posée par la Révolution ; elle a été posée par la force même des choses : en éviter la solution est, suivant moi, absolument impossible... (Bruit.)
Vous venez, citoyens, de fonder un pouvoir; ce pouvoir a une situation très difficile à dominer.
Il lui faut de la force, il lui faut de la popularité ; vous pouvez lui donner la popularité et la force, et c'est ce que je viens vous
demander pour lui en venant vous proposer de créer, non pasdans deux mois, non pas dans trois mois, mais immédiatement,, mais aujourd'hui, s'il est possible, un ministère du travail et du progrès. (Bruits et chuchotemen ts.)
Vous avez un ministère de la guerre ; il vous faut un ministère de la paix, c'est le ministère du progrès et du travail. (Interruptions,)
Un membre. — Il ne fallait pas donner votre démission, alors !
Le citoyen Louis Blanc — Le lendemain de la révolution de Février, citoyens, j'ai senti, quant à moi, que la crise n'était pas une crise accidentelle. J'ai pensé que c'était une crise qui avait des racines anciennes, des racines profondes. Je suis arrivé au pouvoir avec cette conviction intime que cette crise ne pouvait que s'aggraver, et malheureusement les événements m'ont donné raison. (Rumeurs.)
L'ordre a été maintenu dans les rues et sur les places publiques ; le tambour de l'émeute a cessé de battre. Pendant deux mois vous n'avez pas entendu dans Paris un seul coup de fusil ; et cependant la confiance s'est-elle rétablie? La crise s'est-elle amortie? Les industries ont-elles cessé de descendre la pente de la ruine? Non, et pourquoi? Parce que le mal que la révolution de Février n'avait fait que déclarer, la société k portait daas ses entrailles»
Voilà pourquoi le maintien de l'ordre n'a pu rien pour le maintien de la sécurité ; voilà pourquoi lia tranquillité de la rue et de la place publique n'a pu rien pour rassurer les esprits et les cœ urs.
Je sais ce que quelques-uns d'entre vous, peut-être, vont me répondre; ils diront que c'est nous qui avons créé le désordre par les efforts mêmes que nous avons faits pour l'éteindre. Eu bien 1 quand j'interroge ma conscience, ma conscience me dit que j'ai fait, dans la situation orageuse où j'étais placé, perpétuellement obligé de parlementer avec l'orage, tout ce qu'on pouvait attendre d'un bon citoyen, jaloux de maintenir le repos de la société, et, à ce peuple héroïque qui m'a entouré de sa confiance., je rends grâces de m'avoir aidé à maintenir ce repos de la société, quoique des calomnies ignobles, des injures répétées et systématiques m'aient rendu responsable du désordre, au milieu même des efforts que je faisais pour le conjurer. L'histoire, dont la voix sera plus forte que la voix des partis, dira que pendant deux mois, au sortir d'une effroyable tempête, en présence d'une crise à laquelle rien n'est comparable, l'ordre a été maintenu, et que