D'UN MINISTÈRE DU TRAVAIL ET DU PROGRÈS
nous vous ayons légué une population que ses souffrances n '.empêchent pas de se montrer pleine de confiance, de calme et de générosité. (Bruits divers.)
Citoyens, une commission de gouvernement pour les travailleurs a été instituée, mais cette commission ne suffit pas. A cette commission de gouvernement pour les travailleurs, on a dit : Les idées que vous jetez dans la société ne servent qu'à l'agiter et à la troubler; vos idées sont des rêveries, sont des utopies. Voyons l'application, nous voulons l'application. Et pendant qu'on nous disait cela, à nous qui n'avions aucun moyen d'application, à nous à qui un budget n'avait pas été donné, à nous qui ne pouvions rien faire, absolument rien, comme essai venant de l'initiative de l'État ; pendant qu'on nous disait cela, on disait au peuple : Yous le voyez : ces théoriciens qui vous annoncent tant de belles choses, qui vous bercent d'un si riant espoir, ce sont eux qti maintiennent votre misère et qui la font; ils vous soumettent des idées irréalisables. Qu'ont-ils fait depuis deux mois? étes-vous plus heureux? avez-vous cessé d'avoir faim? vos femmes et vos enfants ont-Us cessé d'avoir faim? Allez donc à la commission du Luxembourg. Voilà les coupables. Et quand ils venaient à cette commission du Luxembourg, si indignement calomniée, ce qu'ils trouvaient, c'étaient des hommes de cœur, faisant intervenir l'action de l'État entre les patrons et les ouvriers pour les réconcilier et les renvoyer amis ; ce qu'ils y trouvaient, c'étaient des hommes usant leur repos, leur santé, travaillant chaque heure du jour, et, îe puis le dire, dans les commencements, chaque heure de la nuit, à inviter le peuple au calme et à le maintenir dans le calme, précisément au moyen de ces idées qui, à défaut de la réalité, lui donnaient l'espérance, et qui, ne pouvant pas le retirer de sa misère, faisaient qu'ils s'en revenaient en disant : Aujourd'hui est un jour sombre, demain sera un jour meilleur. Voilà, citoyens, comment lé calme a été maintenu dans Paris; et ce calme, qu'est-ce qu'il a rapporté à ceux qui se sont épuisés à le maintenir? Il leur a rapporté des injures, de froides railleries, des calomnies incessantes ; et je suis bien aise de revenir là-dessus, pour vous dire que si j'ai abandonné le pouvoir, c'est-à-dire, si après m'étre incliné devant votre souveraineté, j'ai déclaré que jusqu'à ce qu'une constitution fût faite, je resterais complètement en dehors de ce pouvoir, cette décision ne m'a été dictée par aucun sentiment de découragement. Beaucoup d'amertume est entrée dans mon cœur, c'est vrai; mais je m'attendais à tout ce
qui s'est fait ; je savais qu'on n'attaque pas impunément la force ; je savais que ce n'est pas impunément qu'on émet des idées nouvelles devant des hommes pénétrés de la nécessité des idées anciennes. Je savais que je me ferais beaucoup d'ennemis ; que je souffrirais pour le peuple! {De vives interpellations sont adressées à f orateur de toutes les parties de la salle.)
Voix nombreuses. — Allons donc ! — À l'ordre !
Le citoyen Louis Blanc — Oui, citoyens, vous êtes tous des hommes du peuple, et c'est précisément parce que vous êtes des hommes du peuple...
Plusieurs voix. — Des amis du peuple !
Le citoyen Louis Blanc. — Que si l'on venait dire à l'un d'entre vous : C'est vous qui faites le malheur du peuple, c'est vous qui êtes responsable de la prolongation de sa misère ; vous êtes un mauvais. citoyen... il n'y en a pas un seul d'entre vous
Plusieurs voix. — Personne ne vous a dit cela !
Le citoyen Louis Blanc — Il n'y en a pas un seul d'entre vous qui n'eût eu le cœur profondément attristé, et celui qui n'aurait pas senti en lui de grandes angoisses, n'aurait pas été un homme du peuple. Oui, je l'avoue, j'ai été profondément ému d'attaques que je considérais comme injustes, non pas en tant qu'elles s'adressaient à mes idées; si mes idées sont fausses, qu'elles succombent, ce sera le bien du pays; mais les attaques qui s'adressaient à mes intentions... (Vives dénégations.)
Le citoyen Freslon. — Chacun applaudit à vos intentions ; il s'agit d'une question de système ; votre personne est en dehors du débat, et je regrette que vous l'y placiez si souvent. (Approbation.)
Un représentant. — Tout le monde vous rend justice.
Le citoyen Louis Blanc — Il ne s'agit pas des attaques qui ont pu être dirigées contre moi dans cette enceinte. ( Vives exclamations.)
Voix diverses. — Pourquoi en parler? — Parlez du ministère du travail; ne parlez pas de vous; vous n'avez pas besoin de justification. (Vive agitation.)
Le citoyen Louis Blanc — C'est des travailleurs et du pays que je parle, en parlant des calomnies dirigées, non pas contre moi simple individu, mais contre moi chargé d'une mission spéciale devant avoir pour aboutissement la solution des questions qui intéressent le peuple. Probablement le peuple n'est pas aussi complètement désintéressé dans la question que ceux qui sacri-