DE LA DÉFENSE DE SAINT-QUENTIN
Le 17 Novembre 1871.
Messieurs^
Vous avez raison d'associer le retour du patriotisme au retour même de la République, et je désire avant de nous séparer^ et sous le coup des douloureux et héroïques souvenirs de ajournée du 8 octobre, tirer des événements qui ont fondu sur nous la leçon qu'ils comportent, aQn d^y puiser la résolution qui nous est nécessaire pour nous mettre à Tœuvre de la régénération de la patrie.
En effet, on a pu se demander ce qui serait arrivé si toutes les villes de France avaient suivi Théroïque exemple de Châteaudun et de Saint-Quentin; si elles avaient eu, comme ces deux villes, désormais sœurs, la volonté de mourir plutôt que de céder.
Les peuples sont comme les individus, à chaque crise qui se produit dans leur existence, ils ne peuvent la traverser qu^avec les forces de réserve qu'ils ont su accumuler, et quand ces réserves manquent, ils tombent malgré leur courage, victimes de leur imprévoyance. Quand nous nous sommes trouvés face à face avec cette invasion germanique que Ton préméditait de-
puis cinquante ans, quelles étaient Mes povisions morales et naatérielles que nous avions faites? Pendant vingt ans on nous a vus courbés sous la main d'un seul homme, obéissant à tous ses caprices, à toutes ses volontés, oublieux de notre dignité de citoyen et de notre sécurité de Français.
Eh bien, il faut nous Tavouer à nous-mêmes, au lendemain de Teffroyable chute de Sedan, au lendemain de ces capitulations que vous connaissez, nous n'étions pas dans un état moral, dans un état social et militaire qui permet à un peuple de se lever tout entier.
Et cependant il n'est pas bon, il n'est pas juste de répéter que la France s'est abandonnée elle-même. Non, la France, au contraire, s'est vue, en face decetie guerre préméditée depuis cinquante ans, savamment conduite, admirablement préparée par les hommes d'État les plus subtils, les plus attentifs et les plus sérieux, et par les militaires les plus expérimentés; elle elle s'est vue tout à coup en face d'ennemis qui avaient tout, et elle n'avait rien. Elle a résisté pendant six mois, et sa capitale n'a succombé que par le concours réuni de la famine et de la.. . Je ne répéterai pas le mot, mais je dirai de la mollesse. (Oui! oui I Explosion d'applaudissements.)
Et, au dehors de Paris, le pays n'a rien négligé; il a tout donné avec générosité, son sang, son or, ses ressources matérielles de toutes natures. Ce qui a manqué^ c'est ce qui manque à tous les peuples qui se sont laissé asservir trop longtemps, c'est la foi en eux-mêmes et une haine suffisante de l'étranger.
Mais toutes ces choses, ces défaites, ces capitulations, ces lamentables résultats, sont les fruits d'une politique dont on n'avait pu mesurer l'effroyable corruption. Pendant vingt ans, un pouvoir indigne s'était attaché à abaisser les âmes, à avilir les consciences ; et, le jour où il a fallu faire des efforts, Tefifort était possible, mais il n'y avait plus entente, ni énergie, ni efficacité en faveur du pays : on l'avait garrotté trop longtemps. Lesconséqueuces de Tempire étaient toutes fa taies, elles étaient inévitables.
C'est à nous à nous pénétrer de cet enseignement. Il faut re-