‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 8 sur 45 · AD BANQUET DE SAINT-QDENTIN · texte numérisé non relu

AD BANQUET DE SAINT-QDENTIN

de la puissance théocratique qui leur envoie ses dogmes et ses ordres. (Profonde sensation.)

C'est donc à la fois rendre le sjacerdoce à sa dignité et l'homme à sa conscience, que de dire aux ministres des cultes : Sortez de ce milieu de colère et de passion , où vous n'êtes plus l'Église, et oii vous n'êtes qu'un parti politique?

Est-ce à dire que le clergé sera destitué de toute influence sociale? Est-ce à dire que la religion sera sacrifiée? Nullement, messieurs ; mais chacun restera dans son rôle, chacun sera maintenu dans ses attributions ; la morale sera enseignée laïquement, et la religion sera enseignée dans les endroits consacrés à la religion , et chaque père de famille choisira pour son enfant le culte qui lui conviendra, chrétien, juif ou protestant; mais renonçons à confier aux divers clergés l'éducation des enfants si nous vouions, avant tout, en faire des citoyens français, si nous voulons en faire des hommes chez lesquels l'idée de justice et de patrie domine. A l'église, ils recevront l'enseignement dçs dogmes et apprendront tout ce qui est du domaine de la foi. A l'école, on leur enseignera les vérités de la science, dans leur rigueur et leur simplicité majestueuse ; et ainsi vous aurez concilié le respect de la liberté de conscience avec le devoir, qui est imposé à l'État, de préparer des citoyens dont l'éducation, dont les principes ne soient pas renfermés dans des dogmes théologiques, mais^ tiennent à des bases sur lesquelles repose notre société tout entière.

Rappelez- vous qu'il y a déjà sept ans, à la suite de grands efforts de la libre pensée française, le pape a jugé opportun de passer en revue tous les principes modernes d'où découlent nos lois civiles et politiques : la constitution de notre famille, de notre propriété, de notre État, les grandes séries de droits qui font l'indépendance de chacun de nous, la liberté d'examen, la liberté de la presse, le droit de réunion, d'association. Eh bien ! sur chacun de ces droits, le pape a crié anathème.

Est-il concevable, quand le pouvoir religieux s'exprime avec cette franchise, avec cette loyauté, qu'on abandonne

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réducatioD des géDérations futures à des hommes qui, par leur coDscieDce, sont engagés à se faire les propagateurs de semblables doctrines? {Bravo 1 bravo!) Si vous leur confiez réducation, quand vous aurez à faire appel à l'énergie d'hommes élevés par de tels maîtres, quand vous voudrez mettre en mouvement ce peuple tout entier, quand vous lui parlerez de ses devoirs de citoyens, quand vous voudrez exciter en lui les idées de sacrifice, de dévouement à la pairie, vous vous trouverez en présence d'une espèce humaine amollie, débilitée, résignée à subir toutes les infortunes comme des décrets de la Providence. (Profonde sensation.)

C'est là, messieurs, le plus grand péril que puisse courir la société de 89, dont nous sommes les héritiers et les représentants La société de 89 a pour principal objectif de faire dépendre le système politique et social de l'idée de la suprématie de la Tdikon sur la grâce, de l'idée de la supériorité de l'état de citoyen sur Tétat d'esclave. Au lieu de la doctrine romaine, qui habitue l'esprit à l'idée d'une Providence mystérieuse qui a seule le secret de ses faveurs et de ses disgrâces ; qui enseigne que l'homme n'est dans la main de Dieu qu'un jouet, la Révolution enseigne la souveraineté de la Raison, Fautorité et la responsabilité des volontés humaines, la liberté de l'action, et trouve la cause des souffrances, des malheurs de l'humanité, dans l'ignorance ou les fautes des hommes.

Depuis quatre-vingts ans, ces deux systèmes sont en présence; ils se sont partagé les esprits et ont entretenu au coeur môme de la société un antagonisme, une guerre acharnée qui explique pourquoi, faute d'unité dans l'enseignement, nous roulons, sans jamais pouvoir nous fixer, de la révolte à la compression, de l'anarchie à la dictature.

Il faut effacer cette contradiction, dissiper ce trouble des intelligences; et il n'y a qu\m moyen, c'est de se désintéresser dans réducation publique d'une façon absolument impartiale de toutes les doctrines, de tous les systèmes, de toutes les sectes, de toutes les communions : c'est de laisser au libre choix ou même au caprice l'enseignement des doc-

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